Cultures

Développement de l’agriculture biologique en Alsace

Le soja bio voit loin

Publié le 06/10/2016

Les surfaces dédiées à l’agriculture biologique progressent chaque année en Alsace. Si la viticulture, l’élevage ou les cultures légumières sont les plus représentés, la filière soja bio offre des perspectives intéressantes pour les agriculteurs souhaitant valoriser au mieux leur production.

N’est pas bio qui veut. Si l’agriculture biologique grappille chaque année plus d’hectares en Alsace (voir encadré), elle reste d’abord une filière de personnes convaincues par la démarche et l’agronomie, et conscientes du travail supplémentaire que cela demande. Car la tentation de se convertir pour bénéficier d’abord des aides à la conversion existe. Et si l’Organisation professionnelle de l’agriculture biologique en Alsace (Opaba) et la Chambre d'agriculture d’Alsace (CAA) souhaitent que le « bio progresse », c’est sur des bases solides. « Il ne faut pas aller à l’aveugle dans le bio. Il faut d’abord passer par un pôle d’expertise du pôle conversion de la Chambre qui analysera la solidité du projet. Sinon, c’est le risque d’un échec quelques années plus tard », prévient Véronique Klein, agricultrice bio en Alsace Bossue et présidente de la commission agroécologie à la CAA. Si l’objectif des 10 % d’exploitations bios en 2020 en Alsace est toujours présent, il ne sera donc pas atteint à n’importe quel prix. « Nous avons déconseillé à certains agriculteurs de se convertir. Économiquement, cela ne tenait pas la route alors que c’est le plus important. Nous pouvons trouver des débouchés pour quasiment toutes les productions, mais cela ne suffit pas. Il faut par exemple bien calculer et optimiser ses charges de mécanisation, forcément plus importantes qu’en agriculture conventionnelle. Dans mon cas, j’ai intégré une Cuma, ce qui permet de mutualiser les moyens, mais aussi de pouvoir souffler de temps en temps », témoigne Véronique Klein. Aujourd’hui, elle souhaite lever les a priori qui subsistent sur le bio. « Il est temps de sortir de l’image d’Épinal où l’agriculteur fait tout à la main. Le bio est plus technique que le conventionnel ; on doit tout analyser car on n’a pas de moyen de secours. Le bio n’est plus une niche désormais. L’ère philosophique sur le sujet est passée. L’approche est bien plus pragmatique qu’avant », estime-t-elle. Une structure peut ainsi être de taille importante en agriculture biologique, sans pour autant basculer dans l’industrialisation tant redoutée par beaucoup d’observateurs. « À partir du moment où le cahier des charges, le lien au sol et le bien-être animal sont respectés, on peut être grand et bio. Ce n’est pas incompatible », poursuit Véronique Klein. Elle prend comme exemple Lactalis, aujourd’hui très présent sur le marché du lait bio, qui valorise, en moyenne, les 1 000 litres de lait à 450 euros. Et plutôt que de voir une « bulle » se créer autour du bio avec un effondrement des prix à la clé, le groupe laitier ne prend actuellement plus d’agriculteurs en conversion afin « de ne pas surcharger le marché », précise la présidente de la commission agroécologie à la CAA. « Il faut anticiper » Un raisonnement qu’applique également l’entreprise allemande Taïfun, basée à Freiburg, qui est spécialisée dans la production de tofu bio. « Nos objectifs de l’année vont être dépassés avec un tonnage plus important que prévu, entre 4 000 et 4 500 tonnes selon nos dernières estimations. Nous reprendrons des producteurs bien sûr, mais d’ici un an ou deux. Le temps de se convertir en somme », souligne Fabian Van Beesten, conseiller culture chez Taïfun. C’est principalement grâce à cette entreprise allemande que la filière soja bio s’est développée en Alsace. Sur les 29 producteurs de soja bio dans le Haut-Rhin et le Bas-Rhin - pour une surface de 300 hectares -, 12 sont sous contrat avec Taïfun. Parmi eux, la ferme Pulvermühle, à Volgelsheim, convertie en bio depuis les années 1960 et productrice de soja depuis dix ans. Une culture que le gérant de la ferme, Dany Schmidt, soutient fortement après l’avoir « regardée de loin » pendant des années. « Le soja est une culture qui s’enherbe rapidement et facilement. On se disait toujours que le jour où l’on saura avoir des cultures légumières propres, on fera du soja. Et un jour, on a appris. » Ses associés et lui en produisent 20 ha sur les 97 ha que compte l’exploitation. Comme pour le soja conventionnel destiné à l’alimentation humaine, le soja bio livré à une industrie agroalimentaire doit être le plus propre possible, mais aussi le plus riche en protéines ; c’est en effet le taux de protéines qui détermine le volume de tofu produit. Pour arriver à un soja bio le plus qualitatif possible, un seul mot d’ordre : l’anticipation. Tant pour la préparation du sol, que pour les faux semis, le semis (pas dans des sols inférieurs à 15 °C) et le binage ; ce dernier point étant considéré par Dany Schmidt comme le « nerf de la guerre » pour la conduite du soja. Il recommande d’effectuer un premier binage « à l’aveugle » cinq à six jours après le semis, « dans une bonne fenêtre météo » précise-t-il, puis un deuxième binage quelques semaines plus tard. « Ces deux premiers binages sont déterminants pour la propreté de la culture », explique-t-il. Pour la récolte 2016, il a dû biner jusqu’à fin juin. « Avec le printemps pluvieux, le travail était plus compliqué, même dans des sols légers comme ici. Après, il faut être clair : le zéro adventice n’existe pas, même si on réussit à faire de très belles choses. » Cette année, le rendement de son soja bio devrait avoisiner les 35 q/ha, avec de bons taux d’humidité et de protéines. De quoi satisfaire le cahier des charges de Taïfun, à cheval sur la qualité du soja qui lui est livré. « Nous appliquons les normes européennes en matière d’agriculture biologique. Mais moi, je suis plus strict. Notre débouché est une voie alternative et de qualité. Je veux conserver cela comme ça », indique Fabian Van Beesten. 16 000 tonnes de tofu en 2030 Si Taïfun se fournit en soja en Autriche, en Franche-Comté, en Bourgogne, dans le Bade Wurtemberg, au sud de Berlin (grâce à des variétés plus précoces), et un peu hors d’Europe, c’est bien le soja alsacien qui offre selon elle les meilleures teneurs en protéines. Un potentiel que souhaitent développer l’Opaba et la CAA dans les années à venir. « Avec la plaine que nous avons en Alsace, on s’est dit que nous devions être en mesure de proposer quelque chose. Le soja a en plus l’avantage de ne pas être cher à produire comparé à d’autres cultures, et bénéficie d’une très bonne valorisation. Et si nous ne produisons pas localement, d’autres le feront », fait ainsi remarquer Dany Schmidt. Un point à ne pas négliger quand on connaît les objectifs fixés par Taïfun pour les quinze prochaines années. De 7 000 tonnes de tofu bio produites aujourd’hui, l’entreprise allemande entend faire monter ce chiffre à 16 000 t en 2030, soit une augmentation de plus de 100 %. Avec un niveau d’exigence toujours aussi drastique. Toujours à l’image du soja conventionnel, la récolte reste une étape essentielle pour la propreté de la matière première, tout comme le stockage. Dans le cas de Taïfun, ce dernier est assuré par un producteur de soja allemand situé à quelques kilomètres de l’usine de production. « Il assure le nettoyage, le stockage et le séchage », précise Fabian Van Beesten. « On peut par contre nettoyer une première fois avant la livraison s’il y a beaucoup de mauvaises herbes. À partir de 20 % de mauvaises herbes, j’estime que c’est trop et que l’agriculteur doit faire quelque chose. » Pour obtenir de bons taux de protéines, et donc de bons rendements, Taïfun mise sur des semences choisies par ses soins. Le producteur de tofu bio met un point d’honneur à gérer toute sa filière, dès le semis. « Cela nous permet d’assurer la qualité de notre produit », justifie Fabian Van Beesten. Une politique qui porte ses fruits vu les bons résultats enregistrés d’année en année. Sur les 200 livraisons que reçoit Taïfun à chaque campagne, seules une ou deux s’avèrent manquer de protéines. « Et à chaque fois, cela résulte d’un problème d’inoculation », constate le conseiller culture. De petits désagréments qui n’empêchent pas Taïfun d’entretenir d’excellentes relations avec ses 100 producteurs, tous sous contrat. C’est même un élément essentiel de la philosophie de l’entreprise ajoute Fabian Van Beesten : « Avant l’aspect économique, nous cherchons d’abord à établir des relations humaines, durables et sincères avec nos agriculteurs. Aujourd’hui, je les connais tous personnellement. Quand je m’engage avec l’un d’entre eux, je veux un travail à long terme, avec un plaisir à produire ensemble. Dans une filière comme la nôtre, la qualité doit être à tous les niveaux. »

56es Journées d’octobre et 16e Folie’Flore

Pour les yeux et les papilles

Publié le 05/10/2016

Les 56es Journées d’octobre et 16e Folie’Flore démarrent jeudi prochain, 6 octobre, pour une dizaine de jours. Une manifestation conviviale à partager en famille ou entre amis, entre jardins colorés et éphémères et gastronomie alsacienne pleine d’authenticité.

Du 6 au 16 octobre, le Parc des expositions de Mulhouse va accueillir la 56e édition des Journées d’octobre (JO) et 16e Folie’Flore. Cette année, les organisateurs ont mis les petits plats dans les grands pour concocter une offre de manifestation « bien supérieure » aux années précédentes. Du côté de Folie’Flore tout d’abord, devenu incontournable pour tous les visiteurs des JO. « Près de 95 % vont voir les Folie’Flore », indique le directeur du parc expo de Mulhouse, Laurent Grain. L’an passé, ce sont ainsi plus de 145 000 personnes qui se sont émerveillées devant les œuvres créés autour des fruits et des légumes. Cette année, point de produits maraîchers ou arboricoles en guise de tête d’affiche. Place à l’Union nationale des entreprises du paysage (Unep) qui va réaliser six jardins à thème (« post-apocalyptique », « éco bio », « sauvage », « en nature », « la nature sublimée », « le kiosque flottant ») et six jardins miniatures. Sans oublier un jardin école qui sera réalisé par les élèves de six lycées et CFA professionnels dont celui du Pflixbourg à Wintzenheim. Le tout sur une surface de 850 m2 qui comprendra également le restaurant « éphémère » du chef Henri Gagneux, les jardins des communes et des partenaires comme l’Interprofession des fruits et légumes d’Alsace et le groupement Fleurs et plantes d’Alsace, le jardin des Lapi’Flores gardé par un lapin géant en mosaïculture, le jardin à la française qui accueillera les créations des meilleurs apprentis du Grand Est participant à la Coupe Espoir Interflora, et la boutique de Folie’Flore - une nouveauté de l’année - située à la fin du circuit. À noter aussi de nombreuses animations qui seront distillées au cours de ces dix jours : démonstrations de taille de bonsaï, de fleuristerie, dégustation de jus de fruits, etc. Une gastronomie 100 % « authentique » Du côté des Journées d’octobre, on ne change pas une formule qui gagne avec quatre villages : celui des créateurs, celui du jardin, celui de l’habitat et celui dédié à la gourmandise. Avec plus de 100 000 repas servis l’an passé, ce dernier montre à quel point la gastronomie reste une valeur sûre auprès des visiteurs. Et elle le sera certainement encore plus cette année avec l’arrivée d’Alsace Authentique, un groupement d’intérêt économique réunissant seize entreprises agroalimentaires et agricoles alsaciennes. Jusqu’à maintenant présent dans les grandes surfaces pour promouvoir les producteurs locaux, ce GIE intègre désormais les JO avec un concept de restauration inédit 100 % Alsace. « Notre philosophie est le respect de recettes ancestrales, tant dans la préparation que dans le résultat final », explique Hervé Laforêt, vice-président d’Alsace Authentique. Concrètement, leur espace sera divisé en trois parties : une partie restauration assise qui permettra de profiter de plats alsaciens revisités réalisés à partir des entreprises membres du GIE (Poulaillon, Lisbeth, Les pâtes Valfleuri, la Choucrouterie Claude, la Ferme Adam, la Maison Dodin), un coin convivial pour déguster des produits de snacking, et un point de vente des produits utilisés dans la préparation des plats. La gastronomie, encore elle, sera également présente à travers différents concours culinaires organisés entre professionnels ou particuliers. Pour ces derniers, rendez-vous le samedi 8 octobre avec le Bredala de Mulhouse proposé par la Corporation des boulangers, et le jeudi 13 octobre avec le nouveau concours de l’année : le Paris-Brest revisité. Côté professionnels, la scène accueillera le Jambon d’or et la Deckwurst d’or le dimanche 9 octobre, la Baguette d’or et le Kougelhopf d’or le mercredi 12 octobre.

Festival de non-labour et semis direct à Courcelles-Chaussy (57)

Objectif : déplafonner les rendements

Publié le 04/10/2016

Le lycée agricole de Courcelles-Chaussy accueillait le 21 septembre dernier le festival de non-labour et semis direct. Avec une belle concentration de semoirs de semis direct et six conférences d’agriculteurs praticiens ou de conseillers techniques.

Les Techniques culturales simplifiées (TCS) évoluent désormais dans un contexte où les marges de rentabilité des productions céréalières ne permettent plus d’autoriser des échecs. Et de se risquer à des essais de semis direct sans être certain d’obtenir des rendements qui couvrent les charges et les investissements en terre. Et même, « en agriculture de conservation, l’objectif n’est pas de perdre mais de gagner des quintaux », souligne Jean-Luc Forrler, conseiller agriculture de conservation (AC) chez Vivescia. Le rapport des agriculteurs aux TCS a donc considérablement évolué. Ils sont de plus en plus nombreux à introduire ici ou là quelques principes agronomiques des TCS sans pour autant convertir totalement l’exploitation au non-labour. L’idée de l’AC reste la même : produire de l’humus et de l’azote pour transformer le carbone. « Il faut trois à quatre ans pour remettre en route la vie biologique du sol et multiplier par quatre les vers de terre, champignons, insectes, soit passer de 3 à 12 tonnes de vie biologique. » La première idée est de prendre en compte la gestion du tassement, « de pratiquer des récoltes d’été et donc d’éviter dans les rotations du maïs ensilage ou de la betterave, les premières années de transition vers les TCS », prévient le conseiller. En Lorraine, « nous disposons d’une culture de printemps pour trois d’hiver soit colza-blé-orge d’hiver- pois ou blé. Les intercultures qui marchent ici sur le plateau lorrain, ce sont les couverts semi-permanents. Les couverts permanents présentent trop de risques ici, on a du mal à les réguler, ils deviennent des nids à campagnols. » La technique du couvert semi-permanent consiste à semer par exemple du trèfle blanc nain, à 4 kg/ha, en même temps que le colza, puis à le laisser en place après la récolte du colza. Il devient alors très agressif et explose, puis on le régule au glyphosate. Le blé est semé en direct dessus. Puis le couvert est détruit avec un herbicide avant la montaison du blé. « Avec cette technique, on déplafonne les rendements et on gagne en protéines. » Autre technique validée en Lorraine, les colzas associés aux féveroles, semées précisément à 5 cm. Quant aux mélanges multi-espèces, ils doivent être réfléchis en fonction d’objectifs précis, par exemple faire pâturer des moutons, ou produire du carbone ou de l’azote et faire de l’humus, ou produire du fourrage. La clé de la réussite en terres argileuses est le bon ressuyage, d’où une destruction des couverts avant semis plus précoce qu’ailleurs. « Une superbe machine pour nettoyer les parcelles » « L’agriculture de conservation est une superbe machine pour nettoyer les parcelles des dicotylédones ou des graminées. » Pour Jean-Luc Forrler, la féverole est un superbe outil, rustique pour les cultures associées, qui « n’a jamais fait perdre de rendement en association avec le colza », on gagne en moyenne 2 à 3 q et on réduit de 30 unités l’azote. On peut par exemple la semer au semoir EasyDrill à 5 cm de profondeur, un rang sur deux avec le colza à 0,5 cm. Et en outre, on évite de dépasser le seuil de nuisibilité des insectes. Le couvert aéré est une technique permettant par exemple de venir à bout des vulpins résistants, le seul produit efficace étant le glyphosate. Le principe consiste à faire un couvert long dans une interculture courte. Dans une rotation blé sur blé, ou blé sur orge d’hiver, on sème une interculture courte, comme de la féverole (15 à 18 pieds/m2), dès la moisson, puis le blé (ou l’orge) est semé en direct au disque ou avec un outil à dents « sans problème ». Le couvert de féverole gèle durant l’hiver ou est détruit à l’herbicide Atlantis. « Ce qui est important, c’est de désolidariser la période de travail du sol, qui doit être la plus éloignée possible de la date de semis. Donc si on n’est pas à l’aise avec les TCS et si on veut travailler le sol pour semer la féverole, on le fait tout de suite après la moisson », souligne Jean-Luc Forrler, ceci afin d’éviter qu’au semis du blé suivant, le remuage de terre occasionné par le semis ne fasse germer aussi les graines d’adventices. D’où la nécessité de préparer la terre au moins un mois avant le semis de la céréale d’hiver. Au final, avec cette technique, on déplafonne les rendements de blé de 5 q, avec un gain protéique de 0,8 à 1,2.

Pages

Les vidéos