Cultures

Maïs. Travail du sol et engrais starter

Différentes stratégies à l’essai

Publié le 17/10/2016

L’équipe dédiée à la lutte contre l’érosion de la Chambre d'agriculture d’Alsace a mis en place un essai à Weitbruch visant à étudier l’effet de diverses méthodes de travail du sol et de fertilisation starter sur le maïs, de sa levée au rendement final.

L’un des objectifs de cet essai est aussi d’étudier l’effet de l’implantation de couverts sur la mycorhization de maïs qui suit. Il a donc été implanté sur une parcelle ayant porté de la betterave sucrière, une crucifère qui, comme le colza ou la navette, a la réputation de pénaliser la mycorhization du maïs suivant. « La betterave a été récoltée fin octobre, dans de bonnes conditions », indique Rémy Michaël, conseiller agricole à la Chambre d'agriculture d’Alsace. Puis, diverses modalités de travail du sol ont été mises en œuvre : labour à la charrue classique (modalité labour) labour à la charrue déchaumeuse décompactage et passage de déchaumeur (modalité TCS + décompactage) passage de déchaumeur (modalité TCS) passage de déchaumeur puis semis d’un pois d’hiver (modalité TCS + pois) passage de déchaumeur puis semis d’un blé (modalité TCS + blé) semis direct d’un pois d’hiver (modalité SD + pois) semis direct d’un blé (modalité SD + blé) Réduire le travail du sol au printemps Le pois - « qui a la réputation de favoriser la mycorhization » - et le blé ont été semés le 12 novembre, avec pour objectif de réduire le travail du sol au printemps, période de sensibilité maximale à l’érosion et aux coulées d’eau boueuse. Au printemps, le blé et le pois « quoique très beaux », ont donc été détruits chimiquement, « le blé avait alors atteint le stade fin tallage ». La modalité TCS a bénéficié d’un passage de vibroculteur avant le semis du maïs. Mais dans la modalité semis direct, le maïs a été semé directement dans les résidus de couvert au semoir à maïs classique. « Nous avions peur que la présence du couvert, même s’il avait été au préalable détruit chimiquement, n’assèche trop le sol et ne pénalise les levées. En effet, les conditions étaient tout juste favorables pour que les lignes de semis se referment. Les conditions humides ont permis d’obtenir des levées homogènes, mais s’il avait fait plus sec, des graines se seraient peut-être desséchées », rapporte Rémy Michaël. Et puis, dans chaque modalité de travail du sol, différentes méthodes de fertilisation starter localisée ont été testées : témoin sans fertilisation starter ; engrais 18-46 ; Trika Expert (une association de lambda-cyhalotrine sur support organo-minéral NP 7-15) ; Locacell Neo (une association de deux micro-organismes, Bacillus amyloliquefaciens sp. IT45 et Glomus intraradices). Le semis direct tire son épingle du jeu Au mois de mai-juin, les équipes ont pu constater des différences de démarrage flagrantes. La vigueur de départ a été notée de 0 (nulle) à 10 (très bonne) : « Les levées de maïs après semis direct dans le blé ou le pois ont obtenu des notes de 8, ce qui est très bon », souligne Rémy Michaël. Aucune différence significative de vigueur n’a pu être mise en évidence entre les modalités labour, TCS + décompactage et TCS. L’engrais 18-46 et Trika Expert procurent des vigueurs de départ très similaires, avec une note de respectivement 6,4 et 6,5. Par contre les modalités Locacell Neo décrochent à ce stade, avec une note de 4,7. Les premières modalités à être entrées en floraison sont celles qui ont été implantées après un couvert de blé ou de pois, le 22 juillet. Les modalités les plus tardives ne sont entrées en floraison que cinq jours plus tard. Et lorsqu’on considère les modalités de fertilisation starter, l’écart d’entrée en floraison est de quatre jours entre la modalité la plus précoce et la plus tardive, sachant que c’est toujours la modalité témoin qui est en retrait, que ce soit en termes de vigueur ou de date de floraison. Verdict cet hiver Lundi 26 septembre, lors d’une visite de cet essai, Rémy Michaël livrait quelques-unes de ses impressions, que la balance confirmera ou infirmera : « Les maïs semblent être restés verts plus longtemps dans la modalité TCS + décompactage que dans la modalité TCS, peut-être parce que grâce à ce travail du sol plus profond les racines sont descendues plus en profondeur et ont mieux résisté au manque d’eau en fin de cycle. » Rémy Michaël a déterré quelques pieds de maïs afin d’en apprécier le chevelu racinaire : « J’ai l’impression qu’il y a plus de racines avec Locacell Neo, et que les plantes ont donc pu travailler plus longtemps. » Visuellement néanmoins, aucune différence flagrante ne saute aux yeux entre les diverses modalités. Ce qui est déjà un résultat en soi puisque cela prouve qu’avec un printemps humide, le semis direct du maïs dans un couvert peut s’envisager, y compris au semoir conventionnel. Pour connaître les résultats de cet essai plus en détail, il faudra attendre le verdict de la pesée et des analyses statistiques, qui seront dévoilées cet hiver, au cours des réunions techniques organisées par la CAA.

Concours des prairies fleuries de la vallée de la Bruche et du val de Villé

Des prairies vectrices d’émotions

Publié le 16/10/2016

La fête de l’agriculture de montagne à Plaine a été le théâtre de la remise des prix du concours des prairies fleuries de la vallée de la Bruche et du val de Villé. Le jury a décrit une édition « remarquable par la qualité des prairies présentées ». Celle d’Alexandre Valentin, à Ranrupt, surclasse les autres petits coins de paradis.

« Le concours des prairies fleuries s’inscrit dans la continuité de ce qui se pratique depuis longtemps au sein de nos territoires », a rappelé Jean-Marc Riebel, président de la Communauté de communes de la vallée de Villé. En effet, depuis plus de 30 ans, divers acteurs de la vie locale mènent des actions en faveur des paysages et de la qualité des produits agricoles. Une politique ambitieuse qui a porté ses fruits puisqu'« en 25 ans le nombre d’agriculteurs a doublé et que derrière chaque agriculteur qui s’apprête à partir en retraite il y a un jeune prêt à reprendre l’activité ». Jean-Marc Riebel a rappelé que les Associations foncières pastorales (AFP) ont été le déclencheur de cette dynamique qui s’est poursuivie par l’embauche d’un conseiller agricole et le portage de mesures agricoles. « En démontrant qu’il est possible de concilier la préservation de l’environnement et de la biodiversité avec une agriculture de qualité économiquement viable, notre territoire constitue un laboratoire de l’agriculture de demain », a-t-il déclaré. Un résultat qui a été obtenu notamment grâce à un partenariat étroit entre les collectivités locales et la Chambre d'agriculture d’Alsace, représentée à cette cérémonie par Emmanuel Molard, directeur du pôle territoire. Il a rappelé que les concours des prairies fleuries, initiés par les parcs naturels régionaux ont ensuite été animés par les Chambres d’agriculture et, plus récemment, ont été intégrés au Concours général agricole (CGA). Il a souligné que l’un des critères de notation des prairies, à savoir la diversité et l’équilibre de leur flore, a cette année encore montré son importance puisque « les prairies multi-spécifiques ont mieux résisté aux aléas climatiques, ce qui a permis des récoltes plus abondantes ». Des prairies entretenues par de bonnes pratiques Cette année, onze agriculteurs ont participé au concours des prairies fleuries de la vallée de la Bruche et du val de Villé, « une édition remarquable de par la qualité des prairies présentées », a indiqué Thierry Froehlicher, responsable du pôle aménagement du territoire à la Communauté de communes. François Labolle, botaniste, a présenté la prairie de Mickaël Rochel, qui lui a permis d’obtenir le troisième prix : « Une prairie avec un bon équilibre entre les espèces puisque toutes les familles étaient représentées de manière homogène et qu’il y avait des espèces patrimoniales. C’est une prairie bien structurée, située sur un col, avec un paysage remarquable. Elle est bien entretenue grâce aux pratiques mises en œuvre par l’agriculteur et je l’en félicite. » Le paysage, un bien public Régis Ambroise, le spécialiste des paysages au sein du jury, a décrit la prairie présentée au concours par le Gaec de l’Eichmatt et pour laquelle Simon et Jérôme Maier ont décroché la deuxième place : « C’est une prairie issue d’une AFP, dont la pente permet de distinguer différents secteurs et de procurer une qualité d’alimentation remarquable au troupeau. En maintenant un alignement de cerisiers, un mur de pierres sèches, les agriculteurs ont su maintenir l’ouverture paysagère, qui constitue un bien public. » Si bien que Régis Ambroise y verrait bien un parcours pédagogique destiné aux concitoyens. De Ranrupt à Paris Enfin, François Labolle et Régis Ambroise ont décrit de concert la prairie présentée par Alexandre Valentin, grand gagnant de ce concours, « une prairie remarquable en tout point, par l’équilibre et la productivité de sa flore, par la présence d’espèces patrimoniales, d’ombre propice aux animaux… » Une prairie pour laquelle l’ensemble du jury a eu un coup de cœur qui vaudra à Alexandre Valentin de descendre de ses hauteurs pour aller représenter son territoire au Salon international de l’agriculture, à Paris, lors du prochain CGA.

Ferme Pulvermühle à Volgelsheim

Savourons les fruits et légumes bios d’Alsace

Publié le 10/10/2016

La première journée consacrée à la marque « Fruits et légumes bios d’Alsace » s’est déroulée mardi 4 octobre à la ferme Pulvermühle à Volgelsheim. Issue d’un partenariat entre l’Interprofession des fruits et légumes d’Alsace et l’Organisation professionnelle de l’agriculture biologique en Alsace, elle a été créée dès 2011.

Cette première journée destinée aux professionnels avait pour objectif de mettre en avant la marque « Fruits et légumes bios d’Alsace » auprès des acheteurs de tous les circuits de distribution implantés dans la région : magasins 100 % bios, grossistes spécialisés bios, grossistes mixtes, grande et moyenne distribution. L’objectif était de présenter la filière fruitière et légumière bio alsacienne, ses spécificités, ses contraintes et ses dynamiques de développement. La marque a pour objectif d’aider les consommateurs à retrouver rapidement les fruits et légumes de la région grâce à un visuel qui date de 2005 et qui est désormais bien connu. Elle se démarque de son homologue rouge par sa couleur verte et la présence du logo bio européen (« eurofeuille ») et du logo AB (logo bio français). On peut ainsi la retrouver sur les cartons d’emballage des producteurs partenaires (les fameux cartons « verts »), mais également sur divers supports de communication, comme des jupes de palettes et des guirlandes. « On sème, on plante, on récolte » Cette journée s’est déroulée dans un contexte où les produits bios, dans la production comme dans les ventes, semblent susciter un enthousiasme croissant. Que de chemin parcouru depuis la fin des années 1960 ! À l’époque, la ferme Pulvermühle à Volgelsheim était pionnière en la matière. Pas étonnant que cette journée se soit déroulée sur le site de la famille Schmidt. « Mon père, victime des produits de traitement, a pris conscience de l’intérêt de changer sa façon de travailler. Au début, le bio concernait l’arboriculture, la polyculture et l’élevage. Il n’y avait « que » 13 hectares. Je me suis installé en 1984 et l’entreprise a poursuivi son développement. Aujourd’hui, nous sommes quatre associés et nous travaillons sur 97 ha, dont 45 ha de légumes, 45 ha de grandes cultures et 7 ha avec des arbres et des haies. Nos parcelles sont en effet entourées d’arbres. C’est notre ADN », explique Dany Schmidt. La ferme travaille avec un grossiste distributeur allemand depuis 35 ans. Une façon d’écouler 50 % de la production. Les autres 50 % sont vendus localement. 98 % de la production sont destinés à l’alimentation humaine dans un circuit le plus court possible. La ferme propose des produits toute l’année grâce aux serres sous abri, notamment un bâtiment qui fonctionne depuis le mois d’août dernier. « En production légumière, le travail est désormais perpétuel. On sème, on plante, on récolte. Il n’y a plus de temps mort. Là, cette parcelle de courgettes a été semée après le 15 août. Nous avons pu le faire grâce aux conditions météorologiques. Les récoltes se font tous les jours, sauf le dimanche. Nous écoulons les produits sur des marchés spécifiques. Nous allons travailler jusqu’à ce qu’il gèle », ajoute Dany Schmidt qui emploie quinze salariés à temps plein, mais également dix à vingt saisonniers suivant les années. Une dynamique de conversion régulière Produire toute l’année est nécessaire pour répondre à une demande croissante. À l’image de la ferme Pulvermühle, il y a aujourd’hui plus de 600 fermes bios en Alsace. Elles représentent 7 % de la surface agricole utile (SAU). Et des filières sont à la pointe. 20 % des vergers sont conduits en bio dans la région, 13 % des légumes. « Nous connaissons une dynamique de conversion régulière et un peu plus soutenue depuis deux années. La production biologique est désormais présente sur une grande diversité des circuits de distribution : la vente directe, les magasins spécialisés, les grandes et moyennes surfaces ou encore les artisans et commerçants. Cela permet de répondre à une augmentation de la demande. Cette augmentation a été de 15 % en 2015 et nous suivons la même courbe en 2016. Il y a une attente forte et une demande sociétale pour des produits bios, mais surtout des produits bios et locaux », assure Julien Scharsch, président de l’Organisation professionnelle de l’agriculture biologique en Alsace (Opaba). Les professionnels engagés dans la production biologique veulent répondre à cette demande et aux attentes des consommateurs en privilégiant une production de haute qualité. Pour y parvenir, ils comptent proposer à leurs interlocuteurs (grossistes, distributeurs) un partenariat durable et sur du long terme pour continuer à progresser tant dans la qualité que dans la quantité. Ils comptent également s’appuyer sur leurs premiers partenaires, l’Interprofession des fruits et légumes d’Alsace (Ifla) et l’Opaba. « Nos relations sont très bonnes comme en témoigne la visite d’essais effectuée cet été ici même où une cinquantaine de producteurs, des bios et des conventionnels, ont échangé et travaillé ensemble. Nous avons une image à défendre et à promouvoir. La réussite des uns sera la réussite des autres. Le développement du bio est dans l’air du temps. Il doit répondre à des attentes fortes. En Alsace, notre organisation commune entre producteurs, grossistes et distributeurs permet de le faire. Tout le monde joue le jeu avec le soutien des collectivités ». Doris Burger, arboricultrice bio à Steinseltz et responsable de la commission « fruits » à l’Opaba, a également témoigné positivement. « Il y a actuellement 124 fermes en production fruitière bio en Alsace sur 248 ha et 7 ha en conversion, soit 20 % des vergers de la région. Nous sommes très attachés à la marque « Alsace ». Cette lisibilité permet de repérer nos produits et de faciliter leur écoulement auprès des consommateurs. Après une année 2015 difficile à cause de la sécheresse, 2016 est également compliquée avec toute cette pluie. Pour autant, nous proposons une variété de fruits incomparable. À l’image de nos pommes, dont les variétés ne sont pas forcément connues, mais plus faciles à produire en bio. Quoi qu’il en soit, la demande est là, il faut s’adapter. » D’autant plus que des conversions sont en cours et seront réalisées en 2017.

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