Cultures

Les Jeunes pousses de Planète Légumes

Une réunion constructive

Publié le 18/10/2016

Les jeunes producteurs de légumes d’Alsace éprouvent le besoin de partager leurs expériences professionnelles. Réunis sous l’égide de Planète Légumes, ils visitaient l’exploitation de Thibaut Diemer à Kolbsheim, avant de sceller les bases de leur groupe.

Avant d’aborder des questions plus structurelles sur le fonctionnement et la constitution du groupe des « Jeunes pousses » de Planète Légumes (nous y reviendrons dans une prochaine édition), les jeunes producteurs rencontraient Thibaut Diemer à Kolbsheim. Il a partagé son expérience professionnelle, avec ses passions techniques, ses incertitudes foncières avec le Grand contournement Ouest (GCO), et retracé le parcours de l’exploitation familiale. Thibaut Diemer reprend l’exploitation en 2014. Son projet d’installation consiste en l’implantation d’une serre Richel, 1 000 m2, au coût de 44 €/m2 pour la structure, à laquelle il ajoute une cuve de rétention de 100 m3 des eaux pluviales pour doper la pression du réseau d’irrigation. Coût : 20 000 €. Cinq marchés Les grands-parents de Thibaut étaient éleveurs laitiers. Ses parents, éleveurs de taurillons, puis de lapins, se lancent dans les années 1990 dans le maraîchage. Progressivement, l’activité monte en puissance avec les asperges et la diversification des productions végétales. La ferme propose aujourd’hui tomates, aubergines, poivrons, patates douces, choux, poireaux, choux-fleurs, brocolis, mâche, oignons, épinards sous serre, bref tout ce que peut offrir un jardin, mais en grandeur nature. Thibaut Diemer cultive également 30 ares de vignes en raisin de table et 30 ares de vergers, le tout complété par des grandes cultures reposant sur une surface totale de 65 hectares. La diversification s’est accompagnée d’un développement de la vente directe sur cinq marchés de producteurs, plus le magasin à la ferme, la vente à deux restaurateurs et à la Ferme fruitière Rothgerber à Traenheim. Thibaut Diemer complète ses étals par quelques achats au marché gare. Son exploitation fonctionne avec une employée à temps plein, des saisonniers pour les asperges et les récoltes estivales. GCO et avenir L’exploitation est extrêmement morcelée avec 110 parcelles. Elle est directement impactée par le GCO en particulier sur la zone « grandes cultures, vergers, vignes à raisin de table, là où nous réalisons beaucoup de production pour la vente directe ». Thibaut Diemer dénonce l’insuffisance des barèmes d’indemnisation de l’emprise GCO, sur la prise en compte de la perte de clientèle. Par ailleurs, « nos perspectives de développement sont pour l’heure très contraintes par le GCO ». Sur le plan agronomique, la ferme Diemer fait partie du réseau des fermes de référence Ecophyto pour les grandes cultures. Thibaut Diemer procède à des essais de réduction de dose avec Grégory Lemercier, conseiller à la Chambre d'agriculture d’Alsace. Côté maraîchage, ses productions sont conventionnelles sous cahier des charges Fruits et légumes d’Alsace, avec cependant de la production biologique intégrée et l’usage d’auxiliaires de culture Biobest : « Nous avons supprimé les insecticides ». Thibaut Diemer dit ne pas ignorer la demande de ses clients sur les marchés de réduire les produits phytosanitaires, mais cela implique des répercussions sur les coûts de production, qu’il faut expliquer. « Ça prend beaucoup de temps », et la réactivité pour protéger les cultures est parfois limitée faute de disponibilité immédiate des auxiliaires. Côté amendements, le jeune maraîcher utilise de l’Orga-pur et du Soluplant en fertigation permanente à la pompe doseuse. Il dit avoir de meilleurs résultats que des à-coups de fertilisant. Thibaut Diemer porte un soin tout particulier aux couleurs dans sa serre avec des fleurs qui sont tout aussi intéressantes pour le bien-être visuel qu’en bio-indication de maladie ou de pression parasitaire. En juillet, ses portes ouvertes ont attiré 300 visiteurs.

Maïs. Travail du sol et engrais starter

Différentes stratégies à l’essai

Publié le 17/10/2016

L’équipe dédiée à la lutte contre l’érosion de la Chambre d'agriculture d’Alsace a mis en place un essai à Weitbruch visant à étudier l’effet de diverses méthodes de travail du sol et de fertilisation starter sur le maïs, de sa levée au rendement final.

L’un des objectifs de cet essai est aussi d’étudier l’effet de l’implantation de couverts sur la mycorhization de maïs qui suit. Il a donc été implanté sur une parcelle ayant porté de la betterave sucrière, une crucifère qui, comme le colza ou la navette, a la réputation de pénaliser la mycorhization du maïs suivant. « La betterave a été récoltée fin octobre, dans de bonnes conditions », indique Rémy Michaël, conseiller agricole à la Chambre d'agriculture d’Alsace. Puis, diverses modalités de travail du sol ont été mises en œuvre : labour à la charrue classique (modalité labour) labour à la charrue déchaumeuse décompactage et passage de déchaumeur (modalité TCS + décompactage) passage de déchaumeur (modalité TCS) passage de déchaumeur puis semis d’un pois d’hiver (modalité TCS + pois) passage de déchaumeur puis semis d’un blé (modalité TCS + blé) semis direct d’un pois d’hiver (modalité SD + pois) semis direct d’un blé (modalité SD + blé) Réduire le travail du sol au printemps Le pois - « qui a la réputation de favoriser la mycorhization » - et le blé ont été semés le 12 novembre, avec pour objectif de réduire le travail du sol au printemps, période de sensibilité maximale à l’érosion et aux coulées d’eau boueuse. Au printemps, le blé et le pois « quoique très beaux », ont donc été détruits chimiquement, « le blé avait alors atteint le stade fin tallage ». La modalité TCS a bénéficié d’un passage de vibroculteur avant le semis du maïs. Mais dans la modalité semis direct, le maïs a été semé directement dans les résidus de couvert au semoir à maïs classique. « Nous avions peur que la présence du couvert, même s’il avait été au préalable détruit chimiquement, n’assèche trop le sol et ne pénalise les levées. En effet, les conditions étaient tout juste favorables pour que les lignes de semis se referment. Les conditions humides ont permis d’obtenir des levées homogènes, mais s’il avait fait plus sec, des graines se seraient peut-être desséchées », rapporte Rémy Michaël. Et puis, dans chaque modalité de travail du sol, différentes méthodes de fertilisation starter localisée ont été testées : témoin sans fertilisation starter ; engrais 18-46 ; Trika Expert (une association de lambda-cyhalotrine sur support organo-minéral NP 7-15) ; Locacell Neo (une association de deux micro-organismes, Bacillus amyloliquefaciens sp. IT45 et Glomus intraradices). Le semis direct tire son épingle du jeu Au mois de mai-juin, les équipes ont pu constater des différences de démarrage flagrantes. La vigueur de départ a été notée de 0 (nulle) à 10 (très bonne) : « Les levées de maïs après semis direct dans le blé ou le pois ont obtenu des notes de 8, ce qui est très bon », souligne Rémy Michaël. Aucune différence significative de vigueur n’a pu être mise en évidence entre les modalités labour, TCS + décompactage et TCS. L’engrais 18-46 et Trika Expert procurent des vigueurs de départ très similaires, avec une note de respectivement 6,4 et 6,5. Par contre les modalités Locacell Neo décrochent à ce stade, avec une note de 4,7. Les premières modalités à être entrées en floraison sont celles qui ont été implantées après un couvert de blé ou de pois, le 22 juillet. Les modalités les plus tardives ne sont entrées en floraison que cinq jours plus tard. Et lorsqu’on considère les modalités de fertilisation starter, l’écart d’entrée en floraison est de quatre jours entre la modalité la plus précoce et la plus tardive, sachant que c’est toujours la modalité témoin qui est en retrait, que ce soit en termes de vigueur ou de date de floraison. Verdict cet hiver Lundi 26 septembre, lors d’une visite de cet essai, Rémy Michaël livrait quelques-unes de ses impressions, que la balance confirmera ou infirmera : « Les maïs semblent être restés verts plus longtemps dans la modalité TCS + décompactage que dans la modalité TCS, peut-être parce que grâce à ce travail du sol plus profond les racines sont descendues plus en profondeur et ont mieux résisté au manque d’eau en fin de cycle. » Rémy Michaël a déterré quelques pieds de maïs afin d’en apprécier le chevelu racinaire : « J’ai l’impression qu’il y a plus de racines avec Locacell Neo, et que les plantes ont donc pu travailler plus longtemps. » Visuellement néanmoins, aucune différence flagrante ne saute aux yeux entre les diverses modalités. Ce qui est déjà un résultat en soi puisque cela prouve qu’avec un printemps humide, le semis direct du maïs dans un couvert peut s’envisager, y compris au semoir conventionnel. Pour connaître les résultats de cet essai plus en détail, il faudra attendre le verdict de la pesée et des analyses statistiques, qui seront dévoilées cet hiver, au cours des réunions techniques organisées par la CAA.

Concours des prairies fleuries de la vallée de la Bruche et du val de Villé

Des prairies vectrices d’émotions

Publié le 16/10/2016

La fête de l’agriculture de montagne à Plaine a été le théâtre de la remise des prix du concours des prairies fleuries de la vallée de la Bruche et du val de Villé. Le jury a décrit une édition « remarquable par la qualité des prairies présentées ». Celle d’Alexandre Valentin, à Ranrupt, surclasse les autres petits coins de paradis.

« Le concours des prairies fleuries s’inscrit dans la continuité de ce qui se pratique depuis longtemps au sein de nos territoires », a rappelé Jean-Marc Riebel, président de la Communauté de communes de la vallée de Villé. En effet, depuis plus de 30 ans, divers acteurs de la vie locale mènent des actions en faveur des paysages et de la qualité des produits agricoles. Une politique ambitieuse qui a porté ses fruits puisqu'« en 25 ans le nombre d’agriculteurs a doublé et que derrière chaque agriculteur qui s’apprête à partir en retraite il y a un jeune prêt à reprendre l’activité ». Jean-Marc Riebel a rappelé que les Associations foncières pastorales (AFP) ont été le déclencheur de cette dynamique qui s’est poursuivie par l’embauche d’un conseiller agricole et le portage de mesures agricoles. « En démontrant qu’il est possible de concilier la préservation de l’environnement et de la biodiversité avec une agriculture de qualité économiquement viable, notre territoire constitue un laboratoire de l’agriculture de demain », a-t-il déclaré. Un résultat qui a été obtenu notamment grâce à un partenariat étroit entre les collectivités locales et la Chambre d'agriculture d’Alsace, représentée à cette cérémonie par Emmanuel Molard, directeur du pôle territoire. Il a rappelé que les concours des prairies fleuries, initiés par les parcs naturels régionaux ont ensuite été animés par les Chambres d’agriculture et, plus récemment, ont été intégrés au Concours général agricole (CGA). Il a souligné que l’un des critères de notation des prairies, à savoir la diversité et l’équilibre de leur flore, a cette année encore montré son importance puisque « les prairies multi-spécifiques ont mieux résisté aux aléas climatiques, ce qui a permis des récoltes plus abondantes ». Des prairies entretenues par de bonnes pratiques Cette année, onze agriculteurs ont participé au concours des prairies fleuries de la vallée de la Bruche et du val de Villé, « une édition remarquable de par la qualité des prairies présentées », a indiqué Thierry Froehlicher, responsable du pôle aménagement du territoire à la Communauté de communes. François Labolle, botaniste, a présenté la prairie de Mickaël Rochel, qui lui a permis d’obtenir le troisième prix : « Une prairie avec un bon équilibre entre les espèces puisque toutes les familles étaient représentées de manière homogène et qu’il y avait des espèces patrimoniales. C’est une prairie bien structurée, située sur un col, avec un paysage remarquable. Elle est bien entretenue grâce aux pratiques mises en œuvre par l’agriculteur et je l’en félicite. » Le paysage, un bien public Régis Ambroise, le spécialiste des paysages au sein du jury, a décrit la prairie présentée au concours par le Gaec de l’Eichmatt et pour laquelle Simon et Jérôme Maier ont décroché la deuxième place : « C’est une prairie issue d’une AFP, dont la pente permet de distinguer différents secteurs et de procurer une qualité d’alimentation remarquable au troupeau. En maintenant un alignement de cerisiers, un mur de pierres sèches, les agriculteurs ont su maintenir l’ouverture paysagère, qui constitue un bien public. » Si bien que Régis Ambroise y verrait bien un parcours pédagogique destiné aux concitoyens. De Ranrupt à Paris Enfin, François Labolle et Régis Ambroise ont décrit de concert la prairie présentée par Alexandre Valentin, grand gagnant de ce concours, « une prairie remarquable en tout point, par l’équilibre et la productivité de sa flore, par la présence d’espèces patrimoniales, d’ombre propice aux animaux… » Une prairie pour laquelle l’ensemble du jury a eu un coup de cœur qui vaudra à Alexandre Valentin de descendre de ses hauteurs pour aller représenter son territoire au Salon international de l’agriculture, à Paris, lors du prochain CGA.

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