Cultures

Publié le 22/11/2016

TerreAzur Alsace met à l’honneur quinze producteurs régionaux de fruits et légumes sur son site internet. Une traduction concrète - et dans l’air du temps - de son orientation en faveur d’un approvisionnement local.

À l’initiative de TerreAzur Alsace, le principal grossiste en fruits et légumes de la région, quinze producteurs de fruits et légumes d’Alsace et des Vosges ont accepté d’être filmés sur leur lieu de production. Fournisseurs de l’enseigne, ils ont relevé le défi lancé par TerreAzur : témoigner, devant la caméra, de ce qui les pousse à cultiver la terre, et à produire au fil des saisons salades, pommes de terre, courges, champignons, asperges, fraises. Les images ont été tournées durant la période de production, et le résultat - 15 films de moins d’une minute chacun - leur a été présenté mercredi 9 novembre, lors d’une soirée organisée dans le quartier de la gare, à Strasbourg. Les films sont désormais visibles sur le site internet de TerreAzur, en cliquant sur un nouvel onglet intitulé « Les producteurs de ma région ». Les acheteurs - restaurateurs, gestionnaires de cantines, chefs de rayon des grandes et moyennes surfaces notamment - y ont accès grâce à leur identifiant. Avant de les visualiser, ils accèdent à une fiche descriptive comportant le nom et la localisation du producteur, la description de son activité, la présentation de ses produits selon leur saisonnalité et les logos des différentes démarches dans lesquelles il est impliqué (agriculture biologique, production intégrée, etc.). Autant d’informations qui permettent de satisfaire une demande croissante pour des productions locales. 200 salariés dans la région Directeur régional de TerreAzur Alsace, Patrick Cassonnet a vivement remercié les producteurs d’avoir joué le jeu. « TerreAzur Alsace est une entreprise très ancrée dans la région et dans le local. Elle fait partie de Pomona, un groupe national important mais au fonctionnement décentralisé », a-t-il expliqué. Spécialisée dans le commerce de gros de fruits et légumes et de produits de la mer, la branche alsacienne emploie 200 salariés dans la région. Les achats sont entre les mains de huit acheteurs, placés sous la direction de Nadège Morel, dont trois en charge des fruits et légumes. L’enseigne s’approvisionne en Alsace en fonction des disponibilités, qui varient selon les saisons. Elle a noué pour cela des partenariats avec des producteurs dont certains lui livrent leurs fruits et légumes depuis plusieurs décennies. Également président de l’association des grossistes en fruits et légumes d’Alsace et vice-président de l’Interprofession alsacienne des fruits et légumes (Ifla), Patrick Cassonnet a rappelé que les grossistes jouent un rôle indispensable dans la distribution des fruits et légumes en assurant la logistique vers le client final. Un rôle qui demeure essentiel, même en période de développement des circuits courts, a reconnu Pierre Lammert, président de l’Ifla. « Nos métiers évoluent » Aux discours a succédé une partie conviviale au cours de laquelle le chef Clément Fleck a fait déguster aux producteurs présents une quinzaine de spécialités élaborées à partir des fruits et légumes d’Alsace : samosa choucroute-saumon, salade de crevettes et sa fondue d’endives, salade de mâche aux noix, lieu jaune et son embeurrée de chou vert, poire au vin chaud… Une façon pour Nadège Morel, directrice des achats, de soigner les relations avec les fournisseurs de TerreAzur Alsace. « Notre métier évolue, le vôtre aussi. Ces dernières années, on vous a demandé beaucoup de choses qu’on ne vous demandait pas avant : renforcer la traçabilité des produits, nous accompagner chez les clients, faire des photos et maintenant des films ! Il faut donner du sens à ce que l’on vous fait faire, et que vous compreniez que tout cela sert à nos commerciaux pour vendre vos produits », a-t-elle souligné.

Forestiers d’Alsace

L’érable, un arbre d’avenir

Publié le 14/11/2016

En forêt d’Alsace, le frêne est victime de la chalarose, une maladie cryptogamique qui entraîne son dépérissement prématuré. D’autres essences, comme l’érable, peuvent être travaillées par les forestiers qui souhaitent trouver une alternative au frêne pour valoriser leurs forêts.

Ce n’est pas la graphiose de l’orme, mais ça y ressemble, notamment de par la virulence de la maladie : « En Alsace, de très nombreux arbres sont atteints, même certains gros sujets », indique Marc Debus, technicien à Forestiers d’Alsace. Les symptômes de la maladie sont une défoliation précoce, une nécrose des rameaux, des descentes de cimes… Ce qui ne va pas sans engendrer des conséquences économiques : « Les forestiers veulent couper ces arbres malades. Du coup l’offre est trop importante. Et puis comme ces arbres sont coupés jeunes, ils fournissent du bois de chauffage, pas du bois d’œuvre. » Mais si les dégâts sont importants, l’essence n’est pas menacée : « D’après les dernières estimations, environ un frêne sur cent serait résistant à la chalarose. C’est une très bonne nouvelle », estime Daniel Wohlhuter, directeur de Forestiers d’Alsace, qui incite donc les forestiers à précieusement conserver les frênes résistants qu’ils repèrent afin qu’ils se multiplient et essaiment. « En effet, les chercheurs pensent qu’il doit pouvoir être possible de sauvegarder l’essence à partir de ces individus résistants. » Néanmoins, face aux dépérissements et aux coupes prématurées que la chalarose engendre, les forestiers sont dans l’obligation de réagir, souligne Daniel Wohlhuter. Tempérament montagnard Érables et frênes ayant des exigences pédoclimatiques similaires, l’érable est une essence envisageable pour renouveler les frênes atteints de chalarose. C’est l’objet d’une réunion qui a récemment réuni une cinquantaine de personnes dans les forêts privées situées entre Valff et Westhouse. Marc Debus commence par faire la distinction entre l’érable plane, « dont les feuilles à cinq lobes portent de petites pointes » ; l’érable sycomore, dont les feuilles, toujours pentalobées, sont plus dentelées ; et l’érable champêtre, dont les feuilles sont bien plus petites que les précédentes. Les érables sont des essences au tempérament montagnard, qui supportent des stations acides à calcaire et se plaisent en conditions humides et fraîches, mais qui ne supportent pas d’avoir les pieds dans l’eau. Il est donc important de les implanter dans des sols profonds et frais, avec une bonne réserve utile. Une exigence qui, dans un contexte de changement climatique, doit attirer l’attention des forestiers : s’assurer de la disponibilité en eau en été constitue en effet un préalable indispensable à l’implantation d’érables. Le changement climatique pourrait d’ailleurs aussi impacter la progression de la chalarose du frêne, puisque le vecteur de l’agent pathogène est l’eau : « J’ai observé des frênes qui avaient fait une descente de houppier et qui se sont refait une santé après deux étés chauds et secs qui ont été défavorables au champignon », témoigne Hubert Ott, ancien président de ce qui était alors le Groupement de gestion et de développement forestier du Bas-Rhin. Appréciés des abeilles et des luthiers Les érables sont des essences mellifères, dont la floraison est très appréciée des abeilles. Ils produisent un bois aux très bonnes caractéristiques mécaniques, qui se travaille bien et qui est apprécié des ébénistes, escaliéteur et luthiers. L’érable ondé, notamment, permet d’élaborer des instruments de musique de très bonne qualité. L’érable sycomore est capable de former des tiges droites et longues. La branchaison de l’érable plane est plus délicate à gérer : elle peut provoquer des nœuds au niveau du tronc, ce qui détériore la valeur du bois. L’érable champêtre a une croissance plus lente, c’est une essence de sous-étage, plus biscornue, que l’on trouve généralement en lisières de forêt. Faire de la place suffisamment tôt Les érables sont des essences de demi-ombre, qui supportent de l’ombrage au début de leur croissance mais qui doivent ensuite accéder à la lumière : « Il faut ouvrir le peuplement pour les mettre en lumière », indique Marc Debus en désignant un bouquet d’érables planes qui « ont filé comme des asperges. Il aurait fallu intervenir plus tôt et supprimer quelques sujets au profit d’autres. Aujourd’hui, leur hauteur est bien trop importante par rapport à leur diamètre. Du coup, si on ouvre trop le peuplement, les arbres risquent de pencher, d’être abîmés par le vent… Il faut donc leur faire de la place suffisamment tôt, puis veiller à ce que, à tout stade, le houppier représente la moitié de la hauteur totale de l’arbre. Car sinon sa capacité de croissance est ralentie. Pour faciliter la cicatrisation, l’élagage doit se faire sur des branches dont le diamètre n’excède pas 3 cm. » Intervenir à bon escient En futaie irrégulière, Marc Debus conseille de choisir 120 tiges par hectare, et de les détourer, c’est-à-dire d’enlever les arbres qui touchent leur houppier. En futaie régulière, la sélection des sujets se complique : « Il faut toujours travailler pour les plus beaux sujets, c’est-à-dire ceux qui présentent le plus de rectitude, qui sont les plus cylindriques, qui présentent le moins de blessures et un bon élagage ». Ces arbres une fois sélectionnés, il s’agit de travailler autour pour leur mettre « la tête au soleil, la tige à l’ombre et les pieds au frais ». En présence d’érables sycomores, qui ont la particularité d’avoir une écorce fine et lisse, il faut rester prudent lors des interventions : « Si on pratique une éclaircie trop brutale, les arbres peuvent souffrir de coups de soleil qui se traduisent par un décollement de l’écorce ». La réunion s’est achevée autour d’un bel érable sycomore, dont l’écorce en écailles atteste une bonne quarantaine d’années. Contrairement au bois de frêne, celui de l’érable ne présente aucune altération lorsque le diamètre augmente. Aussi, si l’arbre est sain « il ne faut pas hésiter à le laisser augmenter de diamètre », indique Marc Debus, qui incite les forestiers à se manifester pour organiser des chantiers concertés. Ces derniers doivent permettre à plusieurs forestiers de valoriser de petites coupes, sans que le coût de l’opération ne vienne trop réduire la marge.

Publié le 10/11/2016

Confronté à la baisse du prix du lait, Sébastien Lapp a fait le choix de réduire ses coûts d’alimentation en redonnant une place de choix aux céréales qu’il produit sur son exploitation.

Installé depuis 2010, Sébastien Lapp élève 55 vaches laitières à Wingersheim, pour une production annuelle de 560 000 litres. Le départ en retraite de son père et celui, prochain, de sa mère, l’ont poussé à s’équiper d’un robot de traite en 2014. « Comme je vais me retrouver seul, j’ai préféré anticiper », indique le jeune éleveur, qui, avec cet investissement, a gagné en souplesse d’organisation et en temps d’astreinte. Il lui faut en effet s’occuper des 73 hectares de cultures et 35 ha de prairies en plus de l’atelier lait. Le passage au robot de traite nécessite une vigilance accrue dans la gestion des concentrés, indique Annabelle Ragot, conseillère à Alsace Conseil Élevage. Les éleveurs sont souvent tentés d’augmenter les apports pour assurer une bonne fréquentation du robot, d’où des risques de dérapage des coûts alimentaires. Sébastien Lapp en a fait l’expérience au pire moment : avec un prix du lait au ras du plancher, un coût alimentaire de 137 €/1 000 kg de lait pour une production de 27,2 kg/vache n’était plus supportable. « Dans le secteur, sur la même période de juin 2015 à janvier 2016, les éleveurs laitiers avaient en moyenne un coût alimentaire de 110 €/1 000 kg. Il fallait réagir », explique Annabelle Ragot, qui chiffre à 15 000 € par an la perte subie par l’éleveur. Sur les conseils de la technicienne, Sébastien Lapp visite un élevage comparable au sien. Seule différence : l’éleveur utilise des céréales au robot et possède un certain recul sur le sujet. Cette visite convainc l’éleveur de Wingersheim de revoir sa stratégie alimentaire en redonnant une place de choix aux céréales produites sur l’exploitation, moins chères qu’un aliment du commerce. « J’ai réduit les concentrés et j’ai remplacé un des deux concentrés provenant du commerce par un mélange orge-maïs distribué au Dac », explique Sébastien Lapp. Les deux céréales sont aplaties à la ferme, grâce à un aplatisseur d’une capacité de 2 tonne/heure que Sébastien et son père utilisaient déjà pour l’orge rentrant dans la ration de base des laitières. « Bien sûr, il faut pouvoir stocker la céréale, reconnaît l’éleveur. Et l’aplatissage demande une charge de travail supplémentaire, mais on peut le faire en dehors des pointes de travail. » Sébastien Lapp garde une certaine souplesse grâce à un silo de stockage de 6 t, qui offre environ 2 mois et demi d’autonomie. Ne pas dépasser 4 kg de céréales par vache et par jour « Il ne faut pas dépasser 4 kg de céréales par vache et par jour avec une ration riche en ensilage de maïs, c’est la limite du système », souligne Annabelle Ragot. Les 2,5 ha d’orge semés en 2016 n’ont pas suffi pour couvrir les besoins du troupeau, ce qui a obligé Sébastien Lapp à en acheter à sa coopérative. Mais dès cet automne, il a porté la surface à 6 ha, avec un objectif de rendement de 65 q/ha. Quant au maïs, il le récupère après séchage auprès de la coopérative. L’éleveur et la technicienne tirent un bilan largement positif de ce changement de régime, plus économe en concentrés. « La production de lait moyenne a augmenté de 1 kg/vache, à 28,2 kg, avec un troupeau vieillissant en mois moyen alors que la distribution de concentrés a été réduite de 55 g/1 000 kg, à 250 g, commente Annabelle Ragot. Le prix du concentré est maîtrisé puisqu’en utilisant la céréale issue de la ferme à 128 €/t (coût de revient éleveur) et un tourteau à 37 % de matière azotée totale, on fait une économie de 57 €/t de concentré. » L’ensemble de ces éléments a permis à Sébastien Lapp de revenir à un coût alimentaire de 110 €/1 000 kg de lait, comparable à celui des éleveurs de son secteur. Reste quelques précautions à observer : l’utilisation de céréales nécessite de dépoussiérer plus fréquemment le robot de traite et de vérifier régulièrement le bon écoulement du mélange de céréales au Dac. Elle exige également l’emploi de souricide pour éviter la présence de rongeurs autour du robot.

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