Cultures

Campagne céréalière 2017

Sur quels postes envisager des économies ?

Publié le 06/12/2016

Dans un certain nombre d’exploitations, la succession de campagnes céréalières décevantes se traduit par des niveaux de trésorerie bas. Dans ce contexte, chaque investissement est à raisonner. Mais attention à ne pas réaliser de fausses économies.

« Pour réaliser des économies en 2017, il est possible d’envisager de jouer sur les différents facteurs constitutifs du coût de production », indique Didier Lasserre, ingénieur à Arvalis-Institut du végétal, invité du dernier groupe céréales organisé par la FDSEA du Bas-Rhin. Le coût de production du blé est estimé à environ 220 €/t, toutes charges comprises, et salaire pour le producteur inclus… « Les charges opérationnelles représentent la plus grosse part de ce coût de production. Mais, à 66 €/t, les charges de mécanisation ne sont pas négligeables… » Et parmi les intrants qui sont utilisés pour produire des céréales, Didier Lasserre distingue ceux visant au maintien du patrimoine (fumure de fond, désherbage), à la fonction de production - « plus on met, mieux c’est », schématise-t-il, typiquement il s’agit de l’azote… - et ceux de type effet de seuil, c’est-à-dire qui peuvent ne rien apporter ou rapporter beaucoup, comme la protection contre les maladies. Fumure de fond : une économie peu risquée L’objectif en 2017 va être de « maintenir le patrimoine au meilleur coût », résume Didier Lasserre. L’impasse sur la fumure de fond est une économie qui pourra être envisagée dans d’assez nombreuses situations. « Le risque pris en faisant une impasse va dépendre de l’exigence de la culture, de la teneur du sol, de l’historique de fertilisation, du mode de gestion des résidus… Ainsi, il sera plus facile d’envisager une impasse sur blé ou sur maïs que sur betteraves. » En gros, les sols alsaciens sont bien pourvus en phosphore, indique Didier Lasserre, carte à l’appui. En potasse aussi, même si c’est un peu moins généralisable à toutes les parcelles. Aussi estime-t-il qu’en blé, il est possible de réaliser une économie de 30 à 70 €/ha de fumure de fond, en faisant l’impasse ou en réduisant la dose de moitié, sans prendre de gros risques. Pour les éleveurs, les apports de fumier ou de lisier suffiront largement à couvrir les besoins d’un blé, l’impasse en est d’autant plus envisageable. Enfin, même si elles ont un coût, Didier Lasserre estime qu’investir dans des analyses de terre pourrait cette année, peut-être encore plus qu’une autre, s’avérer une stratégie payante, car « elles permettent de voir où on se situe », donc où on peut tranquillement lever le pied ou pas. Économiser sur le désherbage : un jeu risqué S’il est plutôt enclin à encourager une économie sur la fumure de fond, Didier Lasserre est beaucoup plus circonspect en ce qui concerne le désherbage : « Un échec de désherbage, ça peut coûter cher. Parce que si on laisse passer des adventices, on risque d’augmenter le stock semencier, et par la suite on aura du mal à retrouver une parcelle propre sans passer par des investissements dans le désherbage. » Didier Lasserre est donc catégorique : « Il ne faut pas économiser sur le désherbage ». Sans pour autant oublier que le désherbage n’est pas que chimique : « Il y a aussi des solutions comme le faux-semis, les couverts, le labour… » Azote : garder la dose, l’apporter mieux En ce qui concerne la fertilisation azotée, autant il est possible de jouer sur le fractionnement et le pilotage, pour apporter l’azote au plus près des besoins, sur la forme, pour éviter les pertes, par exemple en privilégiant l’ammonitrate à l’urée, le pilotage. Autant il est « dangereux d’essayer d’économiser sur la dose d’azote ». En effet, le rendement et la qualité des grains répondent nettement aux variations de la dose d’azote : « Si on diminue de 40 unités la dose optimale on peut perdre 3,4 quintaux et 0,7 % de protéines ». Le débouché du blé peut donc s’en trouver affecté. Conclusion de Didier Lasserre : il faut apporter la bonne dose, mais la fractionner par rapport aux besoins des plantes et en fonction des données fournies par les outils de pilotage. Sanitaire : gare aux fausses économies Reste la gestion des risques sanitaires. Didier Lasserre préconise de choisir des variétés tolérantes, de bien raisonner la protection en fonction des parcelles et de leur niveau d’exposition au risque, et d’utiliser tous les Outils d’aides à la décision (OAD) disponibles pour positionner les traitements au bon moment. Quant aux intrants à effet de seuil (traiter contre les pucerons ou pas ? Lutter contre la verse ou pas ?), le raisonnement de Didier Lasserre est le suivant : « Ce sont pour la plupart des interventions qui ne coûtent pas très cher et qui peuvent rapporter gros. Par exemple, entre un blé traité et un blé non traité contre les pucerons il peut y avoir jusqu’à 20 q d’écart de rendement. S’en priver risquerait donc de s’avérer une fausse économie. » Gagner en technicité, et la réinvestir Pour résumer, 2017 va être une campagne très technique, résume Didier Lasserre : « Il va falloir piloter les interventions au plus juste, ne pas faire de l’assurance, mais raisonner chaque intervention en fonction du niveau de risque. » Dans l’ordre de pertinence, il préconise de se passer des intrants « de luxe », dont la rentabilité n’est pas avérée, puis de procéder à des ajustements significatifs de la fertilisation azotée en fondant le raisonnement sur des analyses de terre et des outils de pilotage, enfin d’ajuster la stratégie fongicide au plus près des besoins. « En poussant les producteurs à davantage de technicité, la campagne 2017 pourrait s’avérer utile pour l’avenir. C’est l’occasion d’acquérir des compétences techniques qui pourront être réutilisées lors des prochaines campagnes », estime Didier Lasserre. Un pessimiste voit la difficulté dans chaque opportunité, un optimiste voit l’opportunité dans chaque difficulté, a conclu Didier Lasserre, citant Winston Churchill. Tout un symbole !

Concours prairies temporaires du Gnis

Le lycée agricole d’Obernai se distingue

Publié le 30/11/2016

Cette année encore le lycée agricole d’Obernai s’est distingué lors du concours des prairies temporaires organisé par le Groupement national interprofessionnel des semences et plants (Gnis). Deux binômes d’étudiants se classent deuxièmes ex aequo sur quelque 736 participants.

« Dans les exploitations d’élevage, la maîtrise des prairies est le premier moyen pour les éleveurs de sécuriser le système fourrager tout en améliorant le revenu. Choisir des espèces et des variétés adaptées aux conditions de l’exploitation et aux contraintes de production, c’est incontestablement améliorer son système fourrager tant au niveau de la qualité et de la productivité de la prairie, que de l’organisation du travail et de la rentabilité de l’exploitation. Il est important que les futurs techniciens et techniciennes y soient sensibilisés », explique le Gnis sur la page internet dédiée au concours des prairies temporaires qu’il organise. Regroupés en binômes, les étudiants doivent choisir une exploitation support comportant un atelier d’élevage et des surfaces fourragères. Dans une première partie de leur dossier, ils sont invités à décrire cette exploitation avec des éléments techniques et économiques. Dans une seconde partie, ils doivent poser un diagnostic sur la situation existante, l’analyser et proposer des améliorations : introduction d’une nouvelle prairie, rénovation d’une prairie existante, choix et conduite d’espèces prairiales adaptées. Les conséquences technico-économiques de l’évolution proposée doivent également être présentées et chiffrées. Un capital de connaissances Pour la 31e édition de ce concours, tous les étudiants de BTS Acse du lycée agricole d’Obernai ont participé, guidés par Caren Bulte, professeur de zootechnie, et Guillaume Bapst, professeur d’agronomie, qui a présélectionné les dossiers les plus aboutis pour les présenter au concours. « Je suis content du travail que vous avez fourni. Nous nous étions fixé des objectifs, vous les avez tenus, notamment en termes de respect des délais de remise de vos travaux », constate Guillaume Bapst qui souligne que « les connaissances acquises en participant à ce concours pourront être réinvesties sur vos exploitations ». Thierry Girodot, proviseur du Legta d’Obernai, a quant à lui décrit ce concours comme « une situation interactive et professionnalisante ». Le lycée agricole d’Obernai concourait avec les autres établissements agricoles des régions Nord et Est, soit environ 450 participants, le plus gros des 736 participants au niveau national. Les travaux ont été jugés par des professionnels issus d’instituts techniques, de Chambre d'agriculture… Ils ont particulièrement apprécié le travail fourni par les étudiants d’Obernai puisque deux binômes constitués d’une part de Stéphane Hoenen et Audrey Lossel et d’autre part de Stéphanie Reeb et Nicolas Richert se classent parmi les dix premiers. Et que deux autres binômes constitués d’une part de Léo Brandt et Xavier Thuet et d’autre part de Jonathan Risch et Jérémy Herr terminent deuxièmes ex aequo. Venu récompenser les étudiants, Jonathan Pétry, inspecteur semences fourragères au Gnis, a souligné la qualité des dossiers présentés par le lycée : « Ils étaient tous d’un très bon niveau ». Tous les étudiants primés ont d’ailleurs été récompensés d’un diplôme et d’une revue technique sur la luzerne. Les quatre finalistes ont en plus reçu une caméra GoPro. « Prochaine étape : 100 % de réussite au BTS », a lancé Gilles Cadieu, proviseur adjoint, pas peu fier des résultats obtenus par les étudiants.

Odette Ménard invitée de Base Alsace

Sols : jamais sans racines vivantes

Publié le 23/11/2016

Mercredi 9 novembre, l’association Biodiversité, agriculture, sol et environnement (Base) Alsace organisait une conférence d’Odette Ménard, spécialiste québécoise de la conservation des sols, au lycée agricole d’Obernai. Il était question de sols, de plantes, de micro-organismes… et d’hommes.

« Il existe seulement une fine couche de sol entre l’homme et la famine » ; « Une nation qui détruit ses sols se détruit elle-même »… C’est de ces citations incantatoires qu’Odette Ménard (lire notre portrait en page 2) a orné les premières diapositives de sa conférence. Elle fait en effet partie de ces agronomes convaincus que, pour nourrir l’humanité en 2050, il faudra une meilleure productivité. Et que celle-ci passe par des sols en bonne santé. Mais « ça veut dire quoi un sol en bonne santé ? », interroge celle qui s’en est fait une spécialité. Les réponses fusent : « Un sol qui reste en place », « qui est capable d’autoproduire », « vivant », « qui respire ». À chaque proposition, Odette Ménard acquiesce. Et résume : « C’est assez facile de trouver des mots. L’objectif, c’est de se donner des points de repère. Or quand vous parlez de vos récoltes, vous ne parlez pas de nombre de vers de terre par hectare, mais bien d’une quantité récoltée par hectare. Le rendement demeure donc le critère ultime d’observation. » Mais elle invite aussi à regarder le rendement sous un angle différent, c’est-à-dire celui du rendement économique par hectare - « Combien ça me coûte de tonne avant de faire du profit ? » - et à garder à l’esprit la responsabilité essentielle qui incombe aux agriculteurs, celle de « rendre la terre meilleure, et de la transmettre en bon état. » Pour Odette Ménard, cela passe notamment par une réduction du travail du sol. « Le labour a été inventé pour gérer les mauvaises herbes et booster la fertilité des sols en accentuant la minéralisation. Mais autrefois on ne labourait pas les parcelles chaque année », indique-t-elle. Et puis l’agrandissement des structures s’est accompagné d’une augmentation de la dimension des engins agricoles, donc de leur poids. Or la compaction du sous-sol est liée au poids par essieu, qui requiert un certain volume de sol pour le supporter, qui sera le même quelle que soit la taille des pneus. Qu’importe donc le nombre d’essieux, la taille des pneumatiques, « il faut préférer les machines les moins lourdes ». Car la structure du sol se dégrade très vite : une année peut suffire à créer une zone de compaction. L’azote plus efficace dans un sol en bonne santé Ces bases jetées, Odette Ménard est entrée dans le vif du sujet en partageant les résultats d’une étude dont il ressort que, en comparant diverses stratégies qui vont du labour au semis direct, on peut constater une amélioration du rendement avec la simplification du travail du sol, et que le fait d’apporter de l’azote n’améliore pas le rendement en situation de non-labour. « En changeant de stratégie, on est donc doublement gagnant : on a plus de rendement, avec moins d’azote ! » Une autre étude corrobore les résultats de la précédente. Elle met en évidence que des agriculteurs qui utilisent des doses d’azote allant du simple au double peuvent obtenir des rendements équivalents. En comparant les pratiques des agriculteurs économes en azote à celles des autres, des différences sont apparues. Les premiers pratiquent de « vraies » rotations, pas seulement des alternances de deux cultures, apportent régulièrement de la matière organique sous forme de fumier, n’ont pas de problème de compaction, et utilisent préférentiellement des « cultivars pleine saison », c’est-à-dire des variétés dont la précocité est adaptée au climat. Se faisant, ils ont pour objectif des récoltes précoces afin de préserver la qualité des grains et de se laisser une plus grande fenêtre pour mettre en place des pratiques favorables à la santé du sol. Cette étude met en évidence la différence d’efficacité de l’azote en fonction de l’état des sols : de l’ordre de 80 % dans un sol en bonne santé, elle chute à 30 % dans un sol dégradé. Aussi Odette Ménard estime-t-elle que le rendement obtenu par unité d’azote apportée constitue un critère d’évaluation de la santé des sols pertinent et simple à mesurer. Des résidus et des couverts Le coût de la compaction a été estimé à 2 milliards d’euros par an en Grande-Bretagne. Inverser la tendance pourrait donc permettre de réaliser de substantielles économies… Car qu’est-ce qu’une plante va chercher dans l’air ? « Le carbone, et puis c’est tout, rappelle Odette Ménard. Tout le reste, elle va le chercher dans le sol. C’est pourquoi elle doit avoir un système racinaire développé, dans un sol qui n’est pas trop compacté, car sinon il n’y a de place ni pour l’air, ni pour la solution du sol… » Or c’est de cette solution que les plantes tirent la plupart des éléments nutritifs. Après avoir projeté une image de la charte de Mulder, qui symbolise la synergie entre les éléments du sol et la complexité de leurs interactions, Odette Ménard profite de l’exaltation intellectuelle suscitée chez son auditoire pour l’emmener plus loin encore : « Les plantes communiquent entre elles… Êtes-vous correc' avec ça ? » Or plus la compaction est importante, plus les informations que les plantes échangent entre elles sont anxiogènes. Pour redonner de la sérénité aux plantes (et consommer moins d’intrants) « il s’agit en priorité d’entretenir la biologie du sol ». Il faut donc implanter des cultures de couverture, dont les racines, « en travaillant tout le profil du sol, augmentent sa capacité d’infiltration ». En outre, ces cultures maintiennent une certaine fraîcheur au niveau du sol, ce qui permet de mieux valoriser l’eau d’une pluie que sur un sol nu. Et puis elles apportent deux fois plus de carbone et d’azote au sol que les résidus de culture. Ces derniers sont néanmoins importants, à condition d’être assez nombreux : « L’objectif, c’est 30 % de la surface couverte par les résidus après le semis. C’est ce qu’il faut pour absorber l’eau qui ruisselle en surface. » Au menu : résidus et exsudats Laisser des résidus en surface constitue un des leviers pour remédier à une mauvaise stabilité structurale, qui se traduit par des particules de sol arrachées, qui colmatent la porosité du sol. L’autre levier consiste à entretenir la stabilité structurale dans le profil, en favorisant la production de glomaline par les champignons et les bactéries. Or, comme ce sont les derniers maillons de la chaîne alimentaire, cela signifie qu’il s’agit de l’entretenir dans son intégralité « grâce à des résidus remplis d’éléments nutritifs, qui vont être dégradés en morceaux de plus en plus petits par les organismes du sol, pour les rendre accessibles à d’autres organismes plus petits, jusqu’aux bactéries et aux champignons. » Mais les résidus ne sont pas la seule source de nourriture pour la vie du sol : il y a aussi les exsudats racinaires. Et si les plantes nourrissent bactéries et champignons de leurs exsudats racinaires, l’inverse est vrai également : les bactéries et les champignons peuvent faciliter l’assimilation d’éléments nutritifs par les plantes. Qui plus est à la carte. En effet, la composition de l’exsudat racinaire reflète les besoins nutritionnels de la plante. Schématisons et imaginons une plante carencée en phosphore. Ses exsudats racinaires seront pauvres en cet élément. Les bactéries et les champignons de la rhizosphère peuvent capter ce message et rendre du phosphore du sol assimilable par les plantes. « D’où l’importance de maintenir des racines vivantes à temps plein dans le sol », démontre Odette Ménard, qui sourit : « On tourne en rond, la boucle est bouclée… »

Pages

Les vidéos