Cultures

Nouvelles technologies en agriculture

Par, pour, et pas sans les hommes

Publié le 04/01/2017

Lors de l’assemblée générale du groupe Comptoir agricole, une table ronde était consacrée à la nouvelle ère qui débute, celle de l’agriculture numérique. Les nouvelles technologies représentent en effet de nombreux leviers de performance et de compétitivité potentiels pour l’agriculture. À condition de ne pas s’y perdre, et de savoir les utiliser intelligemment.

Pour introduire cette table ronde, Matthieu Luthier de Saint Martin, responsable développement et communication au Comptoir agricole, a démontré que les prémices de ce que sera sans doute l’agriculture du futur sont d’ores et déjà en ordre de marche, notamment grâce aux « outils de pilotage intercommuniquant ». En effet, dès cet hiver, les adhérents au Comptoir agricole pourront bénéficier de la technologie Farmstar, qui permet d’économiser jusque de 45 €/ha de fertilisation azotée. Mais pour réaliser ces économies, il faut aussi être équipé en guidage. C’est pourquoi le Comptoir agricole investit depuis plusieurs années sur deux réseaux RTK. Parmi les autres avancées que peuvent permettre les nouvelles technologies, Matthieu Luthier de Saint Martin cite les stations météorologiques connectées, c’est-à-dire capables de donner des informations en temps réel, ou encore les capteurs embarqués, à même de fournir immédiatement des cartographies des paramètres mesurés. À terme, tout l’intérêt de ces cartographies sera de pouvoir les superposer, afin de faire le lien entre les caractéristiques du sol et le rendement, « avec pour objectif de maximiser le gain par hectare en modulant la densité de semis, la fertilisation… en fonction des potentialités du sol de manière très fine ». Parallèlement, la robotique appliquée à l’agriculture ouvre un vaste champ des possibles. Déjà, des robots sont capables de désherber la plupart des cultures sarclées. Pour que tout cela fonctionne, il faut des réseaux de communication efficaces, y compris dans les secteurs ruraux. Dans son inventaire futuriste, Matthieu Luthier de Saint Martin n’oublie pas les applications digitales, qui « viennent bouleverser la donne », le co-farming, le big data, qui à terme doit permettre autant d’applications concrètes que l’adaptation des rations aux performances des animaux, la prédiction de maladies… D’ores et déjà le Comptoir agricole intègre les nouvelles technologies au quotidien dans sa relation avec ses adhérents : « Nos techniciens sont en mesure de fournir du conseil connecté. Équipés de tablettes, ils peuvent éditer des commandes en temps réel. » Des filières pour capter la plus-value Cet inventaire du champ des possibles une fois dressé, Matthieu Luthier de Saint Martin a animé une table ronde sur les leviers de performance et de compétitivité au sein des exploitations agricoles. Ces leviers sont d’ordre technologique, bien sûr, mais pas que. Il s’agit aussi d’effectuer des choix stratégiques. C’est pour cette raison que le Comptoir agricole a accompagné, accompagne, et accompagnera encore le développement des filières agricoles telles que la volaille, les pommes de terre, le houblon, le maïs semence, et, plus récemment, les bovins et les porcins… Pourquoi est-ce si important ? Parce que ces filières constituent « autant d’opportunités de recherche de plus-value, d’autant plus qu’en Alsace, rares sont les exploitations qui peuvent vivre uniquement de la production de céréales. Il est donc d’autant plus important que la principale coopérative agricole de la place accompagne les agriculteurs pour les aider à trouver de la plus-value, donc du revenu, grâce à la diversification », affirme Marc Moser, président du groupe Comptoir agricole. L’indispensable touche humaine Christian Lux, responsable du service technique au Comptoir agricole, était invité à donner sa vision de l’innovation agronomique : « J’ai connu l’époque des innovations en matière de solutions chimiques et génétiques. Aujourd’hui, nous entrons dans l’ère des nouvelles technologies. Ces dernières sont amenées à nous accompagner, mais il faudra toujours des compétences humaines pour les mettre en œuvre sur le terrain. À l’heure actuelle, alors que de nombreux outils arrivent sur le marché, la principale difficulté c’est de faire le tri entre eux, de jauger leur efficacité. Car nous devons pouvoir nous appuyer sur des outils robustes. C’est d’ailleurs la raison pour laquelle nous avons choisi de proposer le service Farmstar à nos adhérents. » Christian Lux est rejoint dans son analyse par Didier Lasserre, ingénieur régional à Arvalis-Institut du végétal, pour qui les nouvelles technologies ouvrent certes des perspectives intéressantes, mais ne feront pas tout : « Elles resteront une aide et devront être accompagnées des compétences d’agronomes à même de pouvoir interpréter les données qu’elles fournissent. » Didier Lasserre insiste sur l’importance de ce lien entre le virtuel et le réel : « Avoir de belles photos c’est bien, mais il faut savoir les interpréter ». Il illustre : « La télédétection va pouvoir nous dire qu’une zone est très caillouteuse. Très bien. Mais ça veut dire quoi ? Qu’il faut semer plus dense ? Moins dense ? Seul un agronome pourra le dire. » Simplifier la gestion du complexe L’agriculture est sans doute l’une des catégories socioprofessionnelles qui a le plus évolué, et qui évoluera encore sous l’effet de l’essor des nouvelles technologies. Pour Marc Moser, cela pose aussi des questions en matière de taille des exploitations, et de manière de mutualiser ces outils, par exemple au sein des coopératives, afin de proposer ces services à un prix qui permet de ramener de la plus-value au niveau des exploitations. Une chose est sûre : « Au regard de la complexité croissante de la réglementation, on ne pourra pas se passer des nouvelles technologies, car elles simplifient la vie et la gestion des entreprises », estime-t-il.  

Fertilisation soufrée du maïs grain

Un luxe superflu

Publié le 02/01/2017

Les trombes d’eau qui se sont abattues sur l’Alsace au printemps 2016 ont entraîné un drainage et un lessivage estival important des sols. Si bien que des carences en soufre ont été suspectées. Mais les essais de la Chambre d'agriculture d’Alsace concluent à l’absence d’effet significatif de la fertilisation soufrée sur le rendement du maïs grain.

Le soufre constitue un élément majeur de la nutrition des plantes. « Il intervient dans la synthèse des protéines et notamment de la chlorophylle », indique Laurent Fritzinger, conseiller agricole à l’Adar des Deux Pays. Pour autant, la quantité de soufre absorbée par les plantes est relativement faible : « Pour produire un rendement de 100 q/ha, le maïs doit absorber environ 23 unités de SO2 par ha, contre 143 unités d’azote », indique Laurent Fritzinger. Et laisser au sol 6 tonnes de paille de maïs par hectare revient à y ramener environ 7 unités de SO2/ha, soit pas grand-chose. Des besoins linéaires Le cycle du soufre est très similaire à celui de l’azote : « Il est stocké dans le sol, où il est essentiellement lié à la matière organique et aux argiles. Pour qu’il puisse être absorbé par les plantes, le soufre doit d’abord être minéralisé. Un processus qui nécessite de la chaleur et de l’humidité, et qui a donc lieu essentiellement de mai à août, parfois aussi à l’automne. » Les origines du soufre absorbé par les plantes sont nombreuses : soufre sous forme minérale issue du sol, soufre en provenance des engrais (azote soufré, fumier, lisier), soufre issu des résidus végétaux, des pluies acides - avec une nette réduction de cette dernière source depuis les 30 dernières années et l’atténuation des émissions industrielles de SO2 dans l’atmosphère. S’il n’est pas absorbé par les plantes, le soufre minéral peut être lessivé avec les eaux de drainage, sous forme sulfate. Alors que les besoins en azote et en potasse augmentent fortement à partir du stade 6-8 feuilles du maïs, ses besoins en soufre s’avèrent plus linéaires et aussi plus faibles. En année « normale », le drainage hiver est supérieur au drainage estival. Mais en 2016, le drainage estival s’est avéré supérieur au drainage hivernal quel que soit le type de sol, car ils étaient saturés par les précipitations printanières élevées. Avec un drainage estival quasiment doublé, il y avait donc un risque de perte du soufre et de carences en soufre. Dès lors, peut-il s’avérer pertinent d’amener du soufre cette année pour compenser ces éventuelles pertes par lessivage ? Fumier et lisier bien pourvus en soufre Pour répondre à cette question, il faut connaître le niveau de fourniture potentiel du sol. Or une analyse de terre classique mesure le stock de soufre, pas le soufre disponible pour les plantes. Il s’agit donc d’un critère qui manque de pertinence. Par contre une autre analyse, la méthode Scott, permet d’estimer la quantité de soufre facilement disponible. En outre, il est possible d’effectuer des analyses du soufre contenu dans les feuilles, mais le résultat s’avère trop tardif pour envisager une correction en cas de carence. Une carence en soufre peut par contre être détectée au champ, dès lors qu’on en connaît les symptômes. Laurent Fritzinger décrit : « La croissance est retardée, les feuilles sont en pointe, de couleur jaune. Lorsqu’on les regarde de plus près on constate que la nervure est verte mais que le reste de la feuille est jaune, sauf les bords qui sont bruns. Ce sont les feuilles du haut, les plus jeunes, qui présentent les symptômes d’une carence en soufre, alors qu’une carence en azote s’exprime plutôt sur les feuilles du bas. Enfin, ce n’est jamais la parcelle entière qui exprime ces symptômes. » Les apports en soufre peuvent être réalisés sous de nombreuses formes (sulfate, superphosphate soufré, sulfate de potassium). À noter que 40 t/ha de fumier amènent 40 à 60 kg de soufre par hectare, qui plus est sous forme assimilable. Donc qu’un apport tous les deux ans couvre les besoins du maïs. La fourniture du sol très souvent suffisante La Chambre d'agriculture d’Alsace a mené deux essais sur la fertilisation soufrée à Helsenheim et à Sainte-Croix-en-Plaine. Ils ont permis de mettre en évidence que la forme de l’engrais soufré utilisé n’a pas d’effet significatif sur le rendement, que ce soit en plein ou en localisé au semis. D’ailleurs, il n’y a pas non plus d’effet de la fertilisation soufrée tout court. « Nous n’avons pas observé de carence, mais le stock de soufre ne devait pas être exceptionnellement élevé non plus », commente Laurent Fritzinger. Conclusion : il n’y a rien à gagner à effectuer une fertilisation soufrée. En fait, les sols fournissent suffisamment de soufre en année normale. Au cours d’une année atypique comme 2016, des symptômes de carence transitoire peuvent apparaître, car même s’il y a du stock de soufre dans le sol, il peut venir à manquer sous forme assimilable de manière transitoire. « En tout cas il ne sert à rien de systématiser les apports car même en 2016 nous n’avons constaté aucun effet de l’apport de soufre sur le rendement », conclut Laurent Fritzinger.

Publié le 26/12/2016

En 2015 comme en 2016, les tabaculteurs de la Cama-T2F ont été moins sinistrés que durant les trois années précédentes. Face au durcissement du dispositif d’assurance récolte, ils réfléchissent à un système d’assurance alternatif.

Médiocre sur le plan de la qualité des tabacs, 2015 a été une année plus favorable sur le plan des sinistres, a souligné Bruno Paulus, président de la Cama-T2F à l’assemblée générale de la coopérative d’assurance, le 15 décembre à Paris. 1 340 hectares étaient assurés dans le périmètre de la coopérative, soit 38 % de la production nationale. 788 ha ont été sinistrés, dont 67 ha de destruction totale. 470 000 € d’indemnisation ont été versés aux planteurs concernés pour un taux de perte historiquement bas de 4,13 %, à comparer aux 10,35 % de taux de perte décennal. La Cama-T2F affiche de ce fait un compte technique positif, « ce qui n’était plus arrivé depuis 15 ans », et un résultat positif de 196 000 €. Au niveau national, 3 500 ha étaient assurés. 179 ha ont été détruits en totalité, soit un taux de perte de 4,75 % en virginie et de 2,56 % en burley. 1,3 million d’euros (M€) d’indemnités ont été versés, dont 952 000 € provenant des cotisations des Caisses mutuelles et près de 350 000 € provenant de la Caisse nationale. 2015 a été une année de « faible sinistralité » pour la Caisse de réassurance, selon Bruno Paulus, d’où un résultat de 303 000 € qui a été reversé aux Caisses locales sous forme de ristourne. En 2016, toutes les cultures agricoles ont souffert mais le tabac a « plus que bien tiré son épingle du jeu », relève le président de la Cama-T2F. La pluie et les attaques de mildiou ont toutefois occasionné des dégâts sur les plantations. Sur les 1 176 ha assurés, 700 ont été sinistrés à des degrés divers. Pour les indemnisations, la Cama-T2F tiendra compte de la réévaluation des prix liée à la diversification vers des marchés de niche. Sur la période 2010-2015, le rapport sinistres à cotisations dans la zone T2F s’est établi à 144 %, c’est-à-dire que pour 100 € de cotisations versées, 144 € d’indemnisations ont été versées. Ce rapport varie peu en fonction de la variété, constate Bruno Paulus. De ce fait, ajoute-t-il, « il n’y a pas lieu d’appliquer un taux de cotisation différent selon les variétés ». En revanche, le rapport sinistres à cotisations diffère assez sensiblement selon le mode de récolte : il est de 110 % pour le virginie récolté manuellement et de 167 % pour le virginie récolté mécaniquement, l’écart s’expliquant par les pieds couchés qui ne peuvent pas être récoltés par la machine. Peu de sinistres en 2016 Au niveau national, 2016 est une année avec peu de sinistres : sur 3 024 ha assurés, 239 ha ont été détruits en totalité. Les pertes sont estimées à 931 tonnes, contre 1 125 t en 2015. Les coopératives spécialisées dans le burley sont à nouveau moins touchées que les coopératives de virginie, comme Poitou Tabac et T2F. Les indemnisations devraient tourner autour de 1 M€. « Ces deux années remettent du baume au cœur des planteurs après trois années difficiles », indique Bruno Paulus. Le dispositif d’assurance récolte a évolué en 2016. Pour pouvoir bénéficier des aides de l’État, il faut assurer au minimum 70 % des surfaces de l’exploitation et dans le cadre de ces 70 %, chaque culture doit être assurée à 100 %. Compte tenu de ces dispositions, de nombreux planteurs au niveau national ont décidé de se passer des aides. Bruno Paulus relève une autre difficulté : la multiplication des nouveaux risques, dont certains sont très difficilement chiffrables par les experts. Tous ces éléments poussent à un retour au système précédant la mise en œuvre de l’assurance récolte. « Nous devons y réfléchir. Nous allons rencontrer Groupama à ce sujet prochainement. L’assurance tabac est un atout pour la filière. Nous allons tout mettre en œuvre pour qu’elle reste attrayante et ne soit pas une charge excessive pour les planteurs », conclut Bruno Paulus.

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