Cultures

Publié le 27/01/2017

Les 6, 7 et 9 février, la Chambre d'agriculture d’Alsace, Arvalis-Institut du végétal et le syndicalisme agricole organisent trois « Rendez-vous des irrigants » du nord au sud de l’Alsace. Réduction des coûts, opportunités liées aux nouvelles technologies font partie des thèmes qui seront abordés. Gérard Lorber, responsable irrigation à la FDSEA du Bas-Rhin, et Joël Haumesser, représentant haut-rhinois à Irrigants de France, nous en disent plus.

EAV-PHR : L’irrigation requiert de l’énergie. Quelles sont les formes d’énergie envisageables ? Comment les amener à la parcelle ? À quel prix ? Gérard Lorber : « L’énergie nécessaire à l’irrigation provient de deux sources : le diesel ou l’électricité. Les inconvénients du diesel résident dans son prix, très variable car lié à celui du pétrole, et dans la nécessité d’entretenir les moteurs thermiques. Mais c’est une source d’énergie souple, transportable, donc disponible partout. L’électricité est - pour l’instant - moins chère que le diesel, mais elle est plus difficilement accessible car il faut pouvoir raccorder les parcelles à irriguer au réseau, et cela représente un coût qui peut être parfois important. Mais si l’irrigation est nécessaire, et à une intensité assez élevée, il est souvent intéressant d’investir dans une source d’énergie électrique, plus pratique à l’usage à long terme. » EAV-PHR : Quels sont les leviers pour optimiser la consommation d’énergie ? GL : « La première énergie économisée, c’est celle qui n’est pas utilisée ! Il faut donc piloter l’irrigation au plus près des besoins de la culture. Le second levier consiste à investir dans du matériel adapté à chaque situation. Il s’agit de respecter un équilibre entre perte de pression, débit requis et sectionnement du matériel. Car plus on doit faire passer un débit élevé dans une petite section, plus cela requiert de l’énergie. » EAV-PHR : Il existe de nombreuses formes d’irrigation (enrouleur, rampe...), comment faire les bons choix ? Joël Haumesser : « Cela dépend d’abord de la structure de l’exploitation et de la taille des parcelles. Personnellement, je donne ma priorité au pivot rang, qui nécessite le moins de main-d’œuvre. C’est un confort pour l’irrigation. Là où on ne peut pas mettre de pivot, on met des enrouleurs. Enfin, il y a la couverture intégrale qu’il faut réserver aux petites parcelles et aux coins de pivot. C’est une méthode d’irrigation qui demande beaucoup de main-d’œuvre car il faut tout le temps être derrière. » EAV-PHR : L’irrigation est-elle toujours gage de sécurisation du rendement ? Ou peut-elle s’avérer superflue, voire inutile, au regard du coût qu’elle représente ? JH : « L'irrigation c’est vraiment une sécurité pour les rendements, surtout sur certains types de sols où, sans irrigation, on peut se retrouver certaines années à 20 ou 30 quintaux, voire à zéro. Par exemple, sur Hettenschlag ou Grussenheim, dans les zones à gravier, si on n’irrigue pas, on n’a rien. Après, c’est vrai, il y a un coût, ça se calcule. Vouloir tout irriguer et mal le faire, ce n’est pas bien non plus. Pour ma part, là où j’irrigue, j’irrigue à fond, et là où ce n’est pas vraiment rentable, je laisse tomber et je fais de la culture sèche, comme sur mes parcelles à Illhaeusern, où je dois arroser une année sur dix. » EAV-PHR : Comment les besoins en eau des plantes sont-ils estimés ? Sur quels outils les irrigants peuvent-ils s’appuyer pour piloter leur irrigation ? JH : « Personnellement, je me base sur les avertissements irrigation envoyés par la Chambre d’agriculture. Des e-mails sont envoyés toutes les semaines avec les besoins en eau des plantes. Après, on connaît notre sol. On sait par quelles zones on commence à irriguer. Ensuite, le rythme d’irrigation est imposé par l’ETP et la pluviométrie locale. Certains utilisent des sondes tensiométriques. Pour ma part, je m’appuie sur les données de la Chambre et la pluviométrie locale sur mes parcelles. » EAV-PHR : Les irrigants sont soumis à une redevance. Comment est-elle calculée ? À quoi sert-elle ? Comment est-elle amenée à évoluer à l’avenir ? GL : « Comme tous les consommateurs d’eau, les irrigants sont soumis à une redevance, qui sert à alimenter le budget de l’Agende de l’eau Rhin Meuse, notamment pour financer des actions environnementales visant à protéger la qualité de l’eau. Mais pas d’amalgame, cette redevance n’est pas comparable à celle que paient les particuliers qui, en fait, ne paient pas l’eau, mais le service de l’eau, c’est-à-dire les infrastructures, leur entretien par le Syndicat des eaux et de l’assainissement Alsace-Moselle. Alors que l’agriculteur paie son matériel d’irrigation et l’eau qu’il consomme puisque le montant de sa redevance est calculé sur la base du volume d’eau utilisé par chaque agriculteur. J’ajouterais qu’entre les particuliers et les irrigants, les volumes d’eau utilisés ne sont pas les mêmes, et les utilisations non plus, puisque l’eau de l’irrigation sert à produire de la nourriture. En 2013, le montant de la redevance irrigation a augmenté de 220 %. Nous estimons qu’à l’avenir elle doit donc rester stable. » EAV-PHR : Les irrigants doivent donc être équipés obligatoirement d’un compteur volumétrique ? Comment leur consommation est-elle évaluée sinon ? GL : « Non. L’obligation qui est faite aux irrigants dans le cadre de la loi sur l’eau, c’est de disposer d’un moyen de comptage. Mais, dans le cas d’eaux chargées en sable, les compteurs volumétriques ne tiennent pas sur la durée. Les agriculteurs ont donc aussi la possibilité de s’équiper de compteurs horaires, dont les enregistrements sont ensuite convertis en volumes d’eau consommée. » EAV-PHR : Comment sont assurées les cultures irriguées ? Et le matériel d’irrigation ? JH : « Pour les cultures irriguées, il n’y a pas d’assurance ; l’assurance Climat ne marche pas. Pour la sécurisation de l’eau, il n’y a pas d’assurance récolte, uniquement le travail de l’exploitant. Par contre, pour le matériel d’irrigation, il y a des assurances « bris de machine », ainsi que des assurances contre les vols de câbles. » EAV-PHR : Quelles sont les applications des nouvelles technologies en matière d’irrigation ? Les irrigants peuvent-ils en attendre de réelles avancées en matière de confort de travail ? GL : « Depuis quelques années la Chambre d’agriculture d’Alsace envoie chaque semaine des bulletins d’avertissement irrigation qui permettent aux irrigants de piloter le déclenchement et l’arrêt de l’irrigation sur la base de relevés tensiométriques. Mais certains irrigants sont équipés de leurs propres tensiomètres et élaborent leurs propres bilans hydriques. Demain ce sera peut-être accessible à davantage d’irrigants. Il y a déjà eu de nombreuses évolutions en termes de matériels d’irrigation qui peuvent être mis en œuvre : enrouleur, pivot, rampe, couverture intégrale… Et l’électronique fait partie intégrante du matériel d’irrigation depuis une dizaine d’années. Désormais, il est possible de piloter l’irrigation à distance par GSM, de moduler la quantité d’eau apportée par les enrouleurs au sein d’une parcelle en fonction du sol, sur des bases empiriques. Mais à l’avenir, il sera possible de le faire à partir de cartographies du sol. La quantité d’eau apportée sera alors plus finement adaptée aux qualités agronomiques des parcelles. Tout est imaginable, mais c’est aussi une question de coût ! » EAV-PHR : Pensez-vous que les technologies GSM et GPS pourront vous apporter un plus ? JH : « Elles apportent déjà un plus maintenant ; on a des pivots qui sont pilotés par GPS. Il y a d’autres outils qui existent depuis plus longtemps et qui sont aussi très pratiques : l’allumage des pompes à distance par téléphone ou par télécommande. Cela évite des allers-retours en voiture d’un bout du champ à l’autre. Après, allumer des stations par téléphone c’est bien, mais c’est bien d’avoir le parcellaire qui va avec. » EAV-PHR : Utilisez-vous déjà ces technologies ? Par exemple ? JH : « Mes deux pivots sont équipés avec un boîtier GPS qui m’indique le positionnement de la machine dans la parcelle, et qui m’avertit dès qu’il y a une panne, une perte de pression ou un défaut d’avancement. Je reçois un SMS sur mon téléphone. Je peux ainsi réagir rapidement et aller voir ce qu’il se passe au champ, surtout chez moi avec deux fermes distantes de 25 kilomètres. C’est vraiment un gros confort et beaucoup de stress en moins. » EAV-PHR : Peut-on et doit-on imaginer la mise en commun des moyens d’irrigation ? GL : « La mise en commun de moyens d’irrigation existe déjà. Dans des secteurs où le parcellaire est morcelé, et où l’accès à la ressource en eau requiert des forages profonds, les agriculteurs ont, par le passé, creusé des puits en commun afin d’amortir à plusieurs l’investissement que cela représentait. Par contre, il y a très peu d’installations électriques en commun car, entre-temps, le parcellaire a souvent pu être regroupé. Mais cela révèle l’importance capitale du parcellaire dans les choix stratégiques d’irrigation. Cela n’a pas de sens d’investir seul dans du matériel pour irriguer 50 ares. Pour cela, il faut disposer d’un parcellaire qui permette de valoriser l’investissement. Alors, lorsque les remembrements ou les échanges de parcelles sont inenvisageables, la mise en commun de moyens d’irrigation doit effectivement être étudiée. Sachant que c’est aussi une question d’intensité d’irrigation puisque les charges d’irrigation ne sont pas les mêmes lorsqu’il s’agit d’une irrigation d’appoint, sur des cultures spéciales, ou d’une irrigation rendue nécessaire par une réserve utile insuffisante. » EAV-PHR : Y a-t-il une ruée vers l’irrigation ? JH : « Dans les zones où on doit irriguer, tout le monde est équipé. Après, il y a des zones plus sensibles où on se demande si c’est rentable ou pas, comme les collines sous-vosgiennes et une certaine partie du Bas-Rhin. C’est vrai qu’avec les deux années atypiques qu’on vient d’avoir, beaucoup se posent la question de sécuriser leurs rendements, que ce soit pour l’ensilage ou le grain. Ça devient primordial parce que deux mauvaises années de suite, ça fait très mal pour la pérennisation économique de l’exploitation. Après il y a des cultures qui se développent aussi comme le tournesol semences ou le maïs semences. Là, les opérateurs veulent de l’irrigation pour sécuriser les rendements car, derrière, il faut pouvoir assurer une récolte pour les industriels situés en aval. » EAV-PHR : Pourquoi organiser ces trois réunions ? JH : « Cela fait plusieurs années que rien n’a été organisé spécifiquement sur ce sujet. Il y a bien le salon Agriculture de demain qui abordait cette thématique l’an passé, sans pour autant se pencher sur tous les sujets à la fois : l’apport des nouvelles technologies pour le matériel ou la perte de charge, la consommation de gasoil, les coûts électriques, etc. Donc c’est très bien de refaire des réunions qui peuvent intéresser un maximum de monde. » EAV-PHR : Quel message souhaitez-vous faire passer lors de ces réunions ? GL : « Ces réunions sont organisées conjointement par Arvalis-Institut du végétal, la Chambre d'agriculture d’Alsace et le syndicalisme agricole. D’un commun accord nous avons trouvé important de faire le point sur plusieurs aspects, le temps d’une après-midi. L’objectif de ces réunions est de fournir des informations par rapport à la réglementation. Par exemple en ce qui concerne la mise aux normes des compteurs, un dossier sur lequel nous avons obtenu des avancées qui seront présentées lors de ces réunions. Par ailleurs, l’irrigation représente un poste de charges important pour les exploitations qui irriguent. Généralement il s’agit d’un mal nécessaire, pas d’un moyen de s’enrichir. Certes, les rendements sont souvent meilleurs qu’en situations non irriguées, mais les charges de production sont aussi plus élevées. Il est donc important de trouver des pistes techniques qui permettent de faire des économies, notamment d’énergie. Ces réunions devraient donc être utiles aussi bien aux agriculteurs aguerris à l’irrigation qu’à ceux qui envisagent de franchir le pas. Ces derniers en ressortiront mieux armés pour négocier avec les marchands de matériel. Et ils auront déjà acquis un peu du savoir-faire et de la technicité que requiert l’irrigation. Il est par exemple intéressant de constater qu’en année sèche on a tendance à irriguer un peu trop, et pas assez en année humide… Les précipitations ont en effet tendance à démobiliser les irrigants en fin de campagne, alors qu’il ne faudrait pas relâcher la pression jusqu’au bout. C’est ce qui fait la différence entre un arroseur et un irrigant ! » EAV-PHR : Souhaitez-vous en faire un rendez-vous annuel ? JH : « Non, on ne pourra pas avoir chaque année des nouveautés intéressantes pour drainer suffisamment de monde. Cela reste un événement ponctuel. Après, est-ce qu’il faut tenir un rythme plus espacé, comme tous les deux ans ou tous les cinq ans, ça reste à voir. »

Publié le 24/01/2017

Le sorgho est un fourrage aux propriétés intéressantes, qui peut par exemple accompagner avantageusement des fourrages riches en amidon. Mais sa culture comporte quelques difficultés, notamment de désherbage, ou encore de date de récolte.

Traditionnellement cultivé dans le Ried, parce qu’il se sème plus tard que le maïs, et qu’il est donc moins soumis aux risques d’inondations, le sorgho s’est développé en Alsace suite à l’installation de la chrysomèle des racines du maïs et l’obligation de rotation qui en a découlé. « La Chambre d'agriculture d’Alsace a commencé à mener des essais sur le sorgho en 2004, avec une difficulté principale : l’absence d’équation pour calculer la valeur énergétique de ce fourrage », indique Laurent Fritzinger, conseiller agricole à la Chambre d'agriculture d’Alsace. Pas un, mais des sorghos Cinquième céréale la plus cultivée au monde, le sorgho est une plante très hétéroclite. On en distingue trois grandes familles : grain, fourrager et sucrier. Le sorgho grain présente un petit gabarit. Comme son nom l’indique il est généralement cultivé pour ses grains qui sont récoltés à la moissonneuse. « Il peut être ensilé mais il faut alors éclater ses grains pour en valoriser l’amidon », précise Laurent Fritzinger. Au sein de la famille des sorghos fourragers il faut distinguer les monocoupes des multicoupes. Les premiers ne se récoltent qu’une fois. Dans cette catégorie, le plus fréquent est le sorgho sucrier, qui présente une bonne aptitude à l’ensilage, mais dont la teneur en amidon est faible car il n’a quasiment pas de grains. Autre représentant de cette catégorie, le grand sorgho grain, plus riche en amidon. Les sorghos multicoupes ont la faculté de repousser, donc de procurer plusieurs coupes dans la même saison. Le sorgho le plus classique dans cette catégorie, le sudangrass, ressemble à une grande graminée, qui émet une panicule, mais qu’il faut récolter avant l’émission de l’épi car ensuite sa valeur alimentaire diminue. Ce sorgho affiche un démarrage rapide, qui permet de faire une première coupe au bout de huit semaines. Théoriquement les repousses de sorgho fourrager sont pâturables, « mais il y a un risque de paralysie respiratoire lié à la présence d’acide cyanhydrique si le sorgho est pâturé à un stade trop jeune ». Généralement les coupes sont donc ensilées, et l’acide cyanhydrique disparaît avec la conservation. Dans la famille des sorghos sucriers, il faut faire la distinction entre le type normal et les BMR, identifiables grâce à leur nervure centrale brune, qui sont à la fois plus faciles à ingérer et plus digestibles, et qui constituent donc une bonne source d’énergie avec peu d’amidon, mais qui sont aussi plus sensibles à la verse. Ils peuvent être mono ou multicoupes. Une culture de la patience Pour réussir un sorgho, il faut d’abord choisir les parcelles qui se prêtent le mieux à cette culture, c’est-à-dire celles dont les sols se réchauffent vite, qui ne sont pas trop sensibles à la battance, ni trop superficiels, ni trop envahis d’adventices. Les semis doivent être soignés, dans un sol suffisamment chaud, à 2-3 cm de profondeur, à une densité de 220 000 à 300 000 grains/ha, de préférence avec un semoir monograine. Il est en effet important d’obtenir une levée homogène, pour que les plantes atteignent le plus simultanément possible le stade trois feuilles avant lequel aucun désherbage chimique n’est possible au risque de détruire aussi les plantules de sorgho. La culture est peu gourmande en phosphore et en potasse. « Les sorghos monocoupes ne doivent pas recevoir trop d’azote pour éviter la verse. Pour les sorghos multicoupes, il est conseillé d’apporter 30 unités au semis et 30 unités après chaque coupe. » L’une des principales difficultés de la culture du sorgho, c’est le désherbage. Peu de matières actives sont homologuées pour cet usage : il n’y a que deux produits en prélevée. Ils permettent de limiter le développement des adventives au départ, « mais il faut souvent procéder à un rattrapage car leur spectre d’efficacité n’est pas complet ». Pour faciliter le contrôle des adventices, il est donc aussi conseillé de pratiquer un faux semis, et/ou de choisir un écartement entre les rangs compatible avec le binage. Une autre difficulté de la culture relève du timing : « Plus on attend pour atteindre le stade de récolte optimal, plus le risque de verse augmente. Il n’est donc pas toujours facile d’atteindre les 28 % de matière sèche recommandés. D’autant que, contrairement à l’aspect du grain pour le maïs fourrage, il n’y a pas de repère qui permette de détecter le stade optimal d’ensilage. » Lorsque ce stade est atteint, le maïs est déjà ensilé depuis un mois environ, ce qui signifie qu’il faut rouvrir le silo, le retasser, le refermer… Et, même si la teneur en matière sèche de 28 - 30 % est atteinte, il est conseillé d’avoir déjà quelque chose dans le silo, sous le sorgho, pour en absorber les jus riches en sucre afin de ne pas les perdre. En termes de productivité, on peut compter sur 4 à 6 tonnes de MS/ha de potentiel pour une première coupe de sorgho multicoupe. Un sorgho BMR pourra produire 12 t MS/ha. Les rendements des sorghos sucriers sont comparables à ceux des BMR en termes d’UF/ha car le fait qu’ils fassent moins d’UF est rattrapé par le fait qu’ils font plus de rendement.

Publié le 19/01/2017

Lors des réunions techniques dédiées aux productions fourragères qui ont eu lieu début janvier, les conseillers agricoles de la Chambre d'agriculture d’Alsace ont dressé le bilan d’une année où le maïs fourrage a grillé sur pied en quelques jours, perdant en valeur alimentaire. Et ils ont présenté les variétés préconisées pour les semis 2017.

En raison des précipitations excédentaires au printemps, les semis de 2016 ont souvent dû être décalés, ce qui a eu tendance à allonger la période d’ensilage. « Les semis tardifs ont eu moins de pluie que les précoces. Ce sont ces maïs issus de semis tardifs qui ont le plus souffert et qui ont perdu le plus de rendement », note Laurent Fritzinger, conseiller agricole à la Chambre d'agriculture d’Alsace (CAA). Sans doute parce qu’après leur implantation dans des conditions humides leur système racinaire est resté en surface, ce qui leur a été préjudiciable lorsque l’eau est venue à manquer. La fin de cycle sèche, avec quatre semaines sans pluie et des températures élevées en août, a fait augmenter rapidement le taux de matière sèche (MS), « plus par sénescence que par maturité ». Résultats : de bonnes conditions de chantier d’ensilage, mais un déficit à la fois de matière (avec un rendement en baisse de 10 à 30 %) et de valeur alimentaire. Assez étalée, la période d’ensilage s’est néanmoins concentrée mi-septembre, avec une évolution des MS assez similaire à celle de 2014. Des maïs grillés sur pied Cette année, la CAA a mené quatre essais comportant des variétés de maïs fourrage, dont un à Bitschhoffen où 21 variétés, de demi-précoces (indice 300-340) à demi-tardives (indice 360-400), ont été semées le 7 mai et récoltées le 14 septembre. Globalement, l’essai a fourni de grands gabarits (de 2,6 à 3,3 mètres), ce que Laurent Fritzinger explique par un semis en jours longs, ce qui a pour effet de rallonger les entre-nœuds et de produire des tiges plus fines. Dans la catégorie des variétés demi-précoces, le rendement moyen était de 21 tonnes de MS/ha. Cet essai a été récolté trop tard, à 40 % de MS, car les maïs ont « grillé en une semaine ». Autres enseignements : des écarts de rendement et de valeur alimentaire importants entre les meilleures et les moins bonnes variétés, et une absence de relation entre hauteur et rendement. La teneur moyenne en amidon était de 36 %, donc assez élevée, mais la valeur énergétique n’était que de 0,89 UFL/kg MS (allant de 0,84 à 0,93 UFL/kg MS). « Les variétés qui présentent les meilleures valeurs alimentaires sont aussi celles qui ont le moins d’amidon, ce qui démontre l’importance de la digestibilité », note Laurent Fritzinger. Pour avoir une bonne valeur d’UF, les variétés doivent en fait combiner une bonne valeur Dinag (digestibilité du non-amidon et non glucides, c’est-à-dire pour schématiser de la matière verte, des tiges et des feuilles) et une bonne teneur en amidon. « Si on a de l’amidon à digérer, mais avec du bois, ça ne va pas », illustre le conseiller. Pour comparer des variétés à destination fourragères, le critère à considérer est le rendement énergétique par hectare, qui combine « le rendement des variétés et ce qu’elles ont dans le ventre, car c’est ce qui permet de faire de la viande ou du lait ». Sur ce critère, parmi les variétés demi-précoces ES Floreal sort en tête grâce à son bon rendement et sa bonne digestibilité. Kamponi CS, Corioli CS, LG 30.311, Pauleen sont d’autres variétés intéressantes. Concernant les autres composantes de la valeur alimentaire, cette série présentait une MAT (teneur en azote) de 3,8, ce qui est peu comparé aux valeurs de 6-7 généralement enregistrées. La valeur PDIN (protéines digestibles dans l’intestin grêle permises par l’azote apporté par l’aliment) n’est pas bonne non plus. La DMO (digestibilité moyenne), à 70, est également moyenne, tout comme la Dinag et l’encombrement (UEL). La comparaison de ces valeurs de 2016 à celles de 2015, pour des variétés de précocité similaires, révèle une hausse de la teneur en amidon de 30 %, mais une perte de 3 points de Dinag qui se traduit par une réduction de l’UFL de 3 %. La digestibilité l’emporte sur l’amidon Dans la catégorie des variétés demi-tardives, le rendement est le même, à 21 t MS/ha, mais la teneur en matière sèche s’approche davantage de la norme, à 35 % en moyenne. La teneur moyenne en amidon est de 30,5 %, et la valeur énergétique est plus élevée, à 0,95 UFL/kg MS, une moyenne qui masque un écart de 10 points entre les moins bonnes et les meilleures variétés, et qui est en baisse par rapport à 2015. Alors que, par rapport à la série précédente la teneur en amidon baisse, les UF augmentent, ce qui tend à prouver que « dans la formation des UF, le poids de la digestibilité est plus élevé que celui de l’amidon », indique Laurent Fritzinger. Le rendement énergétique par hectare moyen de cette série est de 19 700 UFL/ha. Les meilleures variétés sont Basmati CS, Futurixx, P0319, Mas 49 G, ou encore RGT Luxxida, qui pèche en rendement mais se rattrape avec de bonnes valeurs alimentaires. La teneur en azote (MAT) moyenne de cette série est de 6, les PDIN s’élèvent à 38,8, les PDIE à 69,8, la DMO est meilleure, à 73, la Dinag s’élève à 54,1, et l’encombrement (UEL), à 0,93, est réduit. Le même essai a été réalisé dans le Sundgau, afin de tester la robustesse des variétés, c’est-à-dire leur capacité à faire des UFL/ha quelles que soient les conditions pédoclimatiques. Résultats : parmi les variétés demi-précoces, ES Floreal et Pauleen affichent de bons résultats sur les deux sites. Parmi les variétés demi-tardives P0319 et Futurixx, apparaissent comme des variétés à la fois performantes et robustes. Enfin les résultats obtenus au cours de cette campagne 2016 très atypique sont à tempérer avec des résultats pluriannuels. C’est la combinaison de tous ces éléments qui a permis l’élaboration des préconisations variétales en maïs fourrage pour les semis 2017, compilées dans le tableau ci-contre.

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