Cultures

Chambre d'agriculture d’Alsace

Une année difficile pour la pomme de terre

Publié le 17/01/2017

Avoir une meilleure connaissance des différentes variétés de pomme de terre, déterminer leur potentiel de production et leur capacité à s’adapter selon les différentes conditions climatiques, tel était l’objectif de la réunion d’information organisée par la Chambre d'agriculture d’Alsace à Saint-Hippolyte.

Le début de la réunion a permis à Denis Jung, conseiller spécialisé pomme de terre au service fruits, légumes et horticulture à la Chambre d'agriculture d’Alsace, de rappeler que les conditions de production en 2016 ont été particulières du fait de la météo. « Jusqu’à Pâques, l’année était normale. Ensuite, nous avons vécu des phénomènes climatiques assez inhabituels en Alsace. Jusqu’à début juillet, il faisait plutôt frais et humide. Ensuite, il y a eu une période sèche et chaude. » Dans le Sundgau, par exemple, il y a même eu trois jours avec plus de 30 mm de pluie. Cela a occasionné beaucoup de difficultés pour planter et produire les pommes de terre. Il a ensuite fallu attendre mi-juin pour le faire avec toujours ces mêmes excès d’eau, peu ou pas de levée, et l’obligation d’effectuer des replantages. En moyenne, il a fallu cinq à six semaines pour lever au lieu des trois à quatre semaines habituelles. En revanche, il n’y a pas eu de problème de désherbage. Dans le Bas-Rhin, sur le secteur de Vendenheim, la situation était identique. En Centre Alsace, l’été a été marqué par de longues périodes de pluies et des orages, puis du très chaud et du très sec. La croissance de la pomme de terre a été favorisée avec une bonne végétation, mais l’apparition de foyers de mildiou. Forte pression du mildiou « Toutes les variétés ont été touchées quels que soient les modes de production », précise Denis Jung. Sur le secteur d’Altkirch, début mai, il y a eu une forte pression. Plus le mildiou se développait, plus la pression augmentait. « Pour les professionnels qui sont en production biologique, les rendements ont été divisés par deux partout en Alsace. Les parcelles sans mildiou étaient rares. La pression fongicide était très importante. Il a ainsi fallu doubler les traitements », constate Denis Jung. Une autre difficulté : le peu de gel l’hiver dernier. Les sols ont rapidement été saturés par les pluies. Les sols ont été compactés avec l’apparition de grosses mottes. À partir de juillet, il y a eu la nécessité d’irriguer. On a également constaté la présence de nombreuses limaces et de taupins. Il y a également ce phénomène physiologique que sont les crevasses. Cela s’explique par des problèmes de croissance de la pomme de terre. Leurs racines n’étaient pas profondes en raison de cet excès d’eau. Et dès qu’il a fait sec, cela s’est desséché. La réunion s’est déroulée au sein de la société Strubler à Saint-Hippolyte. Chez ce reconditionneur, les établissements Desmazières ont présenté leur savoir-faire en matière de production et de commercialisation de plants de pomme de terre. Ils proposent ainsi douze variétés de pomme de terre biologique et en produisent 6 000 tonnes dans une année normale. L’année 2016 a également été décevante avec une production située entre 3 000 et 4 000 t. Des agriculteurs, mais surtout de nombreux représentants des firmes qui achètent et revendent les pommes de terre étaient présents à cette rencontre professionnelle. L’occasion de découvrir le guide variétés 2017 (en couleur et sur papier glacé) où, sur cinq pages, toutes les variétés ont été présentées.

Publié le 16/01/2017

Mildiou, alternaria, jambe noire, dartrose, doryphore, puceron, taupin… la pomme de terre ne manque pas d’amateurs. Pour qu’elle arrive sans trop d’encombres jusqu’aux consommateurs, il faut la surveiller comme le lait sur le feu.

La précédente campagne a accumulé les facteurs préjudiciables à la réussite de la culture de la pomme de terre. En conventionnel, les rendements sont inférieurs à ceux des dernières années, et ils sont souvent catastrophiques en bio. L’élément marquant de la campagne a été la pression très forte en mildiou (lire aussi l’article de Denis Jung paru dans notre n° 1 en page 11). Une épidémie d’autant plus difficile à gérer que les feuillages étaient souvent développés, avec une surface foliaire à traiter importante, et que les modèles avaient tendance à plafonner, étant donné l’intensité de la pression. « Outre par les conditions météorologiques propices, celle-ci peut s’expliquer par des recombinaisons de souches de mildiou, ce qui expliquerait les démarrages précoces, ou encore par une contamination des plants », indique Denis Jung, conseiller spécialisé en pomme de terre à Planète Légumes et à la Chambre d'agriculture du Grand Est, lors des réunions techniques des 20 et 21 décembre 2016. La campagne 2016 restera donc dans les annales comme une année à mildiou. Même si d’autres agents pathogènes se sont attaqués aux champs de pommes de terre : alternaria, jambe noire dans les parcelles inondées, dartrose, doryphore, puceron, taupin… Et puis l’alternance entre l’humidité printanière et la sécheresse estivale a pu entraîner des fissurations des tubercules, préjudiciables à leur commercialisation. Traitement des plants : Oscar WG évolue Dans le cadre de la lutte contre la gale argentée, la spécialité Oscar WG n’apporte pas vraiment de gain de rendement, mais améliore la conservation des tubercules. Oscar WG est aussi un peu plus efficace que les autres solutions sur le rhizoctone brun, dont l’inoculum primaire peut provenir des plants ou du sol. En outre, le produit va changer de packaging. Il sera désormais conditionné en bidon de 5 litres ou en sceau de 10 l, dans lesquels il suffira de rajouter de l’eau, d’attendre 15 minutes pour laisser gonfler les granulés, puis de mélanger pour obtenir leur dispersion. Cette nouvelle formulation permet en outre de limiter le volume de bouillie, donc de ne pas trop mouiller les pommes de terre. La machine Oscar System, renommée Robstar, utilisée pour traiter les plants avec ce produit, a été testée pour évaluer son efficacité. Elle s’avère la solution la plus efficace sur le plus large spectre de maladies. « En février une démonstration avec différentes firmes et produits de traitement des plants, ou des pommes de terre après récolte pour le traitement anti-germination, sera organisée », annonce Denis Jung. « L’acquisition de tels outils de traitement des plants représentant un certain coût, il peut s’avérer intéressant de se regrouper », poursuit-il. À noter aussi que la Caisse d’assurance accidents agricole (CAAA) accorde des aides à l’investissement dans ces outils qui limitent le contact avec les produits phytosanitaires. Taupins : miser aussi sur la prophylaxie Une nouvelle espèce de taupin, avec un cycle deux fois plus rapide que l’espèce endémique, et aussi plus vorace qu’elle, se développe, ce qui pourrait accroître les dégâts causés par ce ravageur sur la pomme de terre. Une dérogation pour l’utilisation du Mocap 15G sur pomme de terre a été demandée, ainsi que son homologation pour cet usage. « Un dossier à suivre de près. » Autres solutions : Karate 0,4 GR et Trika Expert, dont une nouvelle formulation est attendue pour 2017. « Un essai a mis évidence une meilleure efficacité de Mocap 15G par rapport aux deux autres solutions », indique Denis Jung. À noter aussi que des produits de biocontrôle sont en cours d’évaluation, comme le Met 52, qui contient un champignon entomopathogène qui infecte le taupin. « À la dose de 50 kg/ha son efficacité s’avère intéressante en conditions humides. » D’autres produits, comme Biofence et Tapis Vers, à base de glucosinolates, devraient être homologués. « Ils peuvent permettre de réduire les attaques de 50 %, mais pèchent par un comportement irrégulier. » Enfin, certaines mesures prophylactiques permettent d’endiguer le ravageur. Il est en particulier recommandé de privilégier les variétés les moins appétentes. Plus la peau est fine, plus les dégâts sont importants. Et les taupins seraient attirés par les émissions de CO2 en provenance des tubercules. Des émissions qui seraient plus ou moins importantes en fonction des variétés. En raison du manque de rémanence des produits, donc des attaques qui peuvent intervenir tardivement, il convient de ne pas procéder à des récoltes trop tardives. Le travail du sol à l’automne et au printemps permet de réduire le nombre de larves, donc d’avoir davantage de tubercules peu touchés. Les rotations longues (six-sept ans plutôt que quatre), avec une autre protection anti-taupin dans la rotation, par exemple sur maïs, sont également à privilégier. Désherbage : ne pas lésiner sur le mulch Planète Légumes a mené un essai pluriannuel visant à tester l’efficacité d’un mulch de luzerne pour couvrir le sol et ainsi éviter à la fois la levée des adventices et le réchauffement trop rapide du sol. L’essai comportait quatre modalités : témoin sans mulch, mulch épandu en plein sur 20 cm d’épaisseur, mulch épandu en plein sur 10 cm d’épaisseur, mulch épandu entre les buttes sur 20 cm d’épaisseur. Le mulch a été épandu le 10 juin sur la variété Agria. Résultats : un effet sur le rendement, sur le calibre - en augmentation - et sur la gestion des adventices avec 80 % des adventices recouvertes a pu être mis en évidence avec la modalité du mulch épandu en plein sur 20 cm d’épaisseur. Côté solutions chimiques, le Proman est une spécialité à base de metobromuron (500 g/l). Ses autres noms commerciaux sont Soleto et Inigo. Son spectre d’action est assez complet. Son efficacité est notamment intéressante sur morelle, qui pose problème en Alsace. Il l’est moins sur gaillet et mercuriale. Mais il est associable à un certain nombre d’autres produits. Il est généralement utilisé en désherbage de prélevée, « mais en 2016 il a été dans des situations limites positionné en post-levée, ce qui a permis de constater l’absence de phytotoxicité ». De l’azote contre alternaria Dans un autre essai, c’est l’effet de diverses modalités de fertilisation azotée, notamment sur le développement d’alternaria, qui était étudié. Premier enseignement, le témoin non fertilisé présente moitié moins de feuillage que les autres modalités. Et, plus la dose totale d’azote apporté est importante, plus le feuillage est développé. Autre enseignement : c’est avec la fertilisation fractionnée en trois apports (105 puis 40, puis encore une fois 40 unités) que la résistante à alternaria est la meilleure. Denis Jung insiste sur l’importance de faire des mesures de reliquats azotés, pour apporter la bonne dose, afin d’optimiser à la fois le rendement et la résistance à alternaria. Et, dans les situations à risque alternaria avéré, le fractionnement en deux, voire trois, apports est donc conseillé. Enfin, la localisation de la fertilisation permet de réduire la dose, mais se traduit par un développement du feuillage plus limité. En matière de solutions chimiques contre alternaria, la spécialité Kix (difénoconazole à 250 g/l) n’apporte pas beaucoup d’efficacité supplémentaire par rapport aux références lorsqu’elle est utilisée seule. Le Revus Top (difénoconazole 250 g/l et mandipropamid 250 g/l) comporte une phrase de risque qui stipule qu’il ne faut pas cumuler plus de 450 g de diféconazole sur trois ans, ce qui peut s’avérer contraignant dans la rotation. Afin de positionner au mieux les traitements, Denis Jung préconise de faire un témoin non fertilisé et de commencer à traiter 15 jours après que les premières taches ont été repérées sur ce témoin, « car les pommes de terre y sont toujours un peu plus sensibles quand elles sont sous-fertilisées ». Mildiou : un arsenal à déployer Afin de lutter contre le mildiou, une nouvelle spécialité, Vendetta (fluazinam à 375 g/l et azoxystrobine à 150 g/l), a le mérite d’apporter de l’azoxystrobine. Mais il existe des souches résistantes à cette matière active. « Le produit risque donc de décrocher dans la lutte contre alternaria, et n’apporte pas grand-chose dans la lutte contre le mildiou en situation de risque élevé », constate Denis Jung. L’autorisation de mise sur le marché du mancozèbe doit être renouvelée avant le 30 janvier 2018 pour conserver un usage en vigne et pomme de terre. La spécialité va donc être réévaluée pour être réhomologuée en 2018 avec une nouvelle formulation, procurant des particules plus fines, donc une meilleure répartition et une amélioration du pouvoir couvrant. À venir aussi un nouveau cuivre trisulfate, des nouveautés en matière de biostimulants, « comme des mycorhizes, des produits à base d’algues, de phosphites, qui permettent de réduire les IFT ». 80 % des variétés de pomme de terre sont sensibles au mildiou, mais il en existe tout de même de plus résistantes, comme eden, tentation ou passion. Denis Jung conseille donc d’organiser la culture par parcelle et par variété, en gardant à l’esprit la progression géographique très rapide de la maladie. Autres stratégies à mettre en œuvre : alterner et associer les matières actives, garder de bons produits pour la fin de cycle, utiliser des modes d’action par diffusion, lorsque la pression devient forte, opter pour des produits haut de gamme. Globalement, Denis Jung conseille d’avoir en stock des produits pour la protection durant la croissance active et lorsque la végétation est stabilisée, de tenir une cadence de 14 jours entre deux traitements alternaria et de 7 jours entre deux traitements mildiou. Un essai mené par Arvalis-Institut du végétal sur les techniques de pulvérisation a permis de démontrer l’absence de risque à réduire les volumes de bouillie, à certaines conditions, notamment d’utiliser des buses adaptées, et une pression qui procure des tailles de gouttes et une couverture adaptée. Par rapport aux buses classiques, les buses à injection d’air permettent de mieux pénétrer le feuillage, « donc ont un effet positif, mais pas exceptionnel ».

Filière semences et plants dans l’est de la France

Un potentiel grainier qui ne demande qu’à essaimer

Publié le 14/01/2017

Cette année, la délégation régionale Est du Gnis tenait sa réunion de fin de campagne 2015-2016 en Alsace, région où la surface dédiée à la production de semences a plus que doublé en quatre ans, du fait du lancement d’une filière maïs semences par le Comptoir agricole. Et la production de semences a encore un bel avenir devant elle…

La délégation régionale Est du Gnis couvre la région Grand Est, la région Bourgogne Franche-Comté (à l’exclusion de la Saône-et-Loire), et le département de Seine-et-Marne. La région cultive le tiers des surfaces nationales en production de semences de céréales à paille et de protéagineux, avec 52 700 hectares en céréales et 3 500 ha en protéagineux. Elle couvre également 20 % des surfaces en multiplication de fourragères avec plus de 8 000 ha. Les oléagineux couvrent un peu plus de 1 300 ha. Il s’agit de tournesol en Alsace (476 ha), et plutôt de colza dans les autres départements. Ces surfaces sont à peu près stables depuis cinq ans, sauf dans deux départements où elles augmentent. Le département de la Meuse a augmenté de 20 % ses surfaces en céréales à paille. Le Bas-Rhin a démarré la production de semences de maïs avec 27 ha en 2013, pour atteindre 1 102 ha à la récolte 2016. Désormais, 1 538 ha sont consacrés à la production de semences en Alsace (776 dans le Bas-Rhin et 762 dans le Haut-Rhin). Une belle progression, mais cela reste peu par rapport aux deux départements qui produisent le plus de semences au sein de la délégation : la Marne arrive en tête avec 18 806 ha, suivie par la Seine-et-Marne, avec 11 044 ha. « Dans ces deux départements, les agriculteurs ont l’habitude de produire des semences. Jusqu’à récemment ce n’était pas le cas en Alsace. Mais depuis quatre ans le Comptoir agricole a investi dans la production de semences de maïs, qui représente une diversification à haute valeur ajoutée pour les agriculteurs », commente Yves Amiet, délégué régional du Gnis pour la région Est. Autre évolution à venir au sein de la délégation, le Jura, département où la production de lait AOC est importante, est engagé dans une dynamique de production de semences fourragères adaptées au terroir afin de faciliter l’entretien, la restauration, ou le remplacement des prairies. « La production de semences fourragères est assez tributaire du climat, mais les règles d’isolement, et les besoins en main-d’œuvre sont peu contraignants », note Yves Amiet. Opération communication En 2017, le Gnis Est va poursuivre sa mission de mise en œuvre de la convention phytosanitaire qui consiste, pour le compte du Service régional de l’alimentation (Sral), à contrôler et émettre les passeports phytosanitaires des semences et plants qui partent à l’export et qui certifient que les marchandises sont exemptes de maladies ou d’organismes nuisibles. Le Gnis Est se fixe également pour objectif d’intensifier ses actions de communication sur la filière semences et plants auprès des agriculteurs, de l’enseignement, des Organisations professionnelles agricoles, des collectivités locales et du grand public. Il sera présent à la foire de Châlons-en-Champagne et à celle de Sedan, ainsi qu’au Salon Agrimax à Metz. Le Gnis va aussi poursuivre son partenariat avec les établissements agricoles, auxquels il fournit les semences nécessaires à l’installation de collections fourragères qui permettent aux élèves d’observer ces espèces à différents stades de développement dans les conditions pédoclimatiques locales. Le Gnis organise également un concours sur le thème des prairies à destination des élèves des établissements agricoles. Le jury du concours prairies se tiendra cette année le 20 juin à Reims. Un projet de rénovation des prairies permanentes Le Gnis Est va poursuivre son projet de rénovation des prairies permanentes en Lorraine, en Franche-Comté et dans la partie montagne vosgienne d’Alsace. Un projet né du constat d’une certaine dégradation de ces prairies, donc de l’intérêt de les rénover pour des éleveurs qui ont par ailleurs investi dans le potentiel génétique de leur troupeau, et qui ont donc tout intérêt à valoriser des prairies à potentiel alimentaire élevé. Ce qui passe par du sursemis ou la rénovation avec des mélanges fourragers de qualité. Ce projet, bâti en partenariat avec Arvalis-Institut du végétal, les Chambres d’agriculture du Jura, du Doubs, des Vosges et de la Moselle, donnera notamment lieu à une journée sur le thème « Mieux connaître les prairies pour mieux vendre des semences » le 2 février à Mirecourt.

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