Association des planteurs de houblon d’Alsace (APHA)
Transformer le rebond en renouveau
Association des planteurs de houblon d’Alsace (APHA)
Publié le 20/02/2017
Les planteurs de houblon d’Alsace ont à nouveau le moral. En effet, la filière se relève d’une de ces crises cycliques qui caractérisent la production. Elle se relève même si bien que la production de houblon séduit des producteurs au-delà du berceau alsacien.
Cela faisait de nombreuses années que l’assemblée générale de l’APHA n’avait pas attiré autant de monde, qui plus est dans une ambiance aussi conviviale et détendue. Le houblon figure parmi les productions qui ont le moins souffert des conditions climatiques atypiques de la campagne 2016. Certes la pluviométrie record au printemps a compliqué les travaux dans les houblonnières et s’est traduite par une pression importante des maladies cryptogamiques. Mais l’été plus clément a permis une « récolte de bonne qualité », se félicite Jean-Paul Ulrich, président de l’APHA. Reste que, comme tous les agriculteurs, les houblonniers sont désormais bien conscients de la nécessité de « trouver des solutions pour faire face à un climat de plus en plus extrême. » La politique commerciale orchestrée par le Comptoir agricole porte ses fruits : « Les bénéfices sont de retour, la dizaine de variétés de houblon que nous produisons est vendue dans plus de dix pays, ce qui laisse entrevoir un avenir serein », déclare Jean-Paul Ulrich. Mais, pour faire face aux investissements parfois lourds que requiert la culture du houblon, « les producteurs ont besoin d’un engagement et d’une visibilité pluriannuelle sur les prix ainsi que d’un plan d’investissement pour faciliter la reprise des ateliers existants et la création de nouveaux, afin de pérenniser la filière ». Du coaching immersif « Il y a un an, nous avons mis en place un groupe de travail afin d’identifier les freins au développement de la culture du houblon », confirme Denis Fend, directeur du Comptoir agricole. Plusieurs freins ont été identifiés : le caractère très spécifique de la production, la nécessité de savoir gérer du personnel, la dimension impressionnante des installations, donc le montant des investissements à prévoir. Pour lever ces freins, plusieurs pistes peuvent être creusées, comme la solidarité qui règne au sein du groupe de producteurs, « qui n’est pas assez connue » et qui pourrait déboucher sur du « coaching immersif » entre un producteur stagiaire et un producteur aguerri, sur la base d’un système donnant-donnant : du temps de travail contre du savoir-faire. « Il est hors de question d’envoyer des jeunes au casse-pipe » En outre, les producteurs peuvent bénéficier du soutien financier de la section houblon du Comptoir agricole et des fonds publics. Le dispositif d’aide mis en place par la section houblon du Comptoir agricole est éligible aux nouveaux comme aux anciens producteurs, pour du matériel neuf ou d’occasion. Les conditions d’éligibilité des investissements sont qu’ils contribuent à une augmentation de la surface houblonnière, pour une durée minimale de cinq ans. Le montant de l’aide s’élève alors à 1 000 €/an/ha de houblonnière pendant 5 ans. « Une vingtaine d’hectares vont bénéficier prochainement de cette aide qui a été budgétée pour 70 ha, ce qui signifie que le dispositif sera revu une fois cet objectif atteint », indique Denis Fend. À ce dispositif devrait prochainement venir s’en ajouter un autre, porté par la Région Grand Est. À ce stade, le projet n’est pas encore validé, il devrait être présenté à la filière avant le début de l’été. Mais il devrait prendre la forme d’un abondement du dispositif du Comptoir agricole, avec l’attribution de 1 000 €/an/ha de houblonnière, pour du matériel neuf, et avec un plafonnement du montant de l’investissement subventionné. D’autres pistes sont à l’étude pour porter le développement de la filière, comme le remplacement du matériel vieillissant, le cautionnement de prêts des futurs installés, « qu’il est hors de question d’envoyer au casse-pipe », assure Denis Fend. D’ailleurs, le Comptoir agricole ne se fixe pas d’objectif de surface, « il faudra s’adapter au marché », tout en se félicitant de voir approcher le seuil des 500 ha, « que nous nous étions fixé pour rester crédibles sur le marché du houblon », conclut Denis Fend. « La famille houblonnière doit rester soudée » « Après une longue traversée du désert, nous sommes à l’orée d’une nouvelle ère. Le Comptoir agricole cherche désormais de nouveaux planteurs, et a créé une formation spécifique à la culture du houblon », indique Francis Woehl, dans son rapport d’activité. Le 3 février, un groupe d’Alsaciens impliqués dans la filière s’est rendu au comice du houblon à Paris, un lieu de rendez-vous et d’échange entre les producteurs, les brasseurs… De leur participation à cet événement, les Alsaciens sont revenus avec une certitude : « De nouveaux modèles de production du houblon sont en train d’émerger ». Face à ce constat, Francis Woehl estime que la priorité est de « rester attentif à ce que la famille houblonnière reste soudée et forte ». Car, après de longues négociations auprès de ses instances, l’Union européenne soutient enfin la production. Et il reste encore bon nombre de chantiers à mener à bien pour pérenniser la filière, notamment en matière d’assurance récolte - « des négociations sont en cours pour obtenir une augmentation de l’assiette assurable » - de séchage et de conditionnement - des points qui pourraient être améliorés en formant les producteurs - et de la conduite de la culture. « La baisse de la teneur en matière organique des sols a tendance à fragiliser les cultures, les maladies n’en sont que plus virulentes. Il s’agit de restaurer la fertilité et la vie microbienne des sols », estime Francis Woehl. Un périple à la rencontre des acheteurs Pour 2016, les comptes de l’APHA se clôturent sur un déficit de 400 € à relier à une baisse des cotisations. La barre devrait être redressée dès 2017 puisque cette fois les cotisations devraient être en hausse. Bernard Ingwiller a été remplacé au conseil d’administration de l’APHA par Jean-Noël Burg, de Batzendorf. En 2017, les producteurs envisagent d’organiser un voyage aux États-Unis pour assister au congrès de l’IAB, qui a lieu du 30 juillet au 3 août. L’occasion de rencontrer quelques-uns des acheteurs de houblon alsacien, et de leur démontrer que les producteurs alsaciens s’impliquent dans le devenir de leur houblon.












