Cultures

Dégâts de gel

Du « jamais vu »

Publié le 26/04/2017

Face au gel qui frappé l’Alsace la semaine passée, les producteurs de fruits alsaciens ont connu des fortunes diverses. Si certains ont réussi à limiter la casse grâce à l’irrigation ou les bougies de cire, d’autres ont bien plus souffert.

Radical. Le gel qui a frappé l’Alsace dans les nuits des 20 et 21 avril derniers a été d’une rare intensité. Que ce dans le Bas-Rhin ou le Haut-Rhin, de nombreux producteurs de fruits ont subi de plein fouet un froid « jamais vu » à cette période. Un phénomène d’autant plus dévastateur que le printemps a été particulièrement précoce cette année. « Les arbres étaient prêts depuis le mois de février », commente Philippe Jacques, conseiller arboricole à la Chambre d'agriculture d’Alsace (CAA). Trop vite, trop tôt, trop enthousiasmant. Et, au final, une désillusion d’autant plus grande pour ceux qui n’ont pas pu se protéger efficacement. Une saison qui s’annonçait « très belle » C’est le cas de Danielle Bernhard, à Sigolsheim, qui cultive 35 ha de fruits et 10 ha de vigne le long des départementales 10 et 4.1. En début de semaine, elle estimait avoir perdu 80 % de sa production. « Honnêtement, je ne sais pas si je pourrai m’en sortir. Il va me falloir des aides pour assurer la survie de l’exploitation. On a un peu de trésorerie de côté étant donné que 2015 et 2016 ont été de bonnes années. Mais cela n’est pas suffisant pour couvrir l’ensemble des charges qui, elles, ne diminuent pas. » Et pas d’assurance vers laquelle se tourner. « Le prix demandé pour couvrir mes surfaces de fruits est bien trop cher. Il n’y a pas d’assurance climatique comme en viticulture. » Son seul espoir réside désormais dans une reconnaissance en calamité agricole de ses parcelles. Sur certaines d’entre elles, tout a brûlé sous l’effet du gel. C’est le cas notamment des vignes. « On avait des cépages très en avance comme le gewurztraminer. Il ne reste plus rien. Les contre bourgeons ont cramé eux aussi », témoigne, un peu amère, Margot Tissidre, ouvrière arboricole et viticole au sein de l’EARL Bernhard. Du côté des fruits, le bilan est tout aussi catastrophique : tous les abricots y sont passés, 70 % des prunes, et au moins 50 % des mirabelles. « Même sur les myrtilles, il y a des dégâts importants. Seules les mûres en sont ressorties indemnes. » L’EARL Bernhard n’a pourtant pas chômé au cours de ces deux nuits pour contrer les effets du gel : éoliennes pour souffler l’air, paille mouillée brûlée… « Mais dans le cas présent, les effets ont été nuls. Ces gelées noires étaient cette fois trop fortes. En à peine trois heures, toute la vie de l’entreprise a changé. C’est d’autant plus frustrant que la floraison était quasi parfaite. Cela s’annonçait comme une super année », souligne l’ouvrière arboricole. Il va maintenant falloir quatre années dans de « bonnes conditions » à l’EARL Bernhard pour remonter la pente d’un point de vue économique. L’irrigation et les bougies de cire à la rescousse Heureusement, la situation n’est pas aussi catastrophique pour les autres exploitants du secteur. À Bennwihr, le propriétaire de Pom d’Alsace, Vincent Wagner, a pu sauver la moitié de ses huit hectares de vergers (essentiellement des pommes) grâce à l’aspersion. « Aucune autre technique n’a fonctionné. Le chauffage, c’était comme allumer une bougie dans un frigo. Avec l’irrigation, on protège vraiment le bourgeon. » En quatre nuits, il a dormi dix heures à peine. Pas le choix au vu de l’urgence de la situation. « À cinq heures du matin, il faisait -6°. Le matin suivant, il faisait -2°. Il fallait rester vigilant. » Une situation similaire vécue par Marie-Reine Spargo, productrice de fraises à Oberhergheim. Le matin du 21 avril, les asperseurs tournaient encore à plein régime pour protéger les 1,40 ha de fraises qui font chaque année le bonheur des libres cueilleurs. Elle aussi témoigne d’une situation jamais vue de son vivant. « Les fraises sont très précoces cette année. Forcément, cela complique la donne vu qu’il y a toujours des risques de gelée en avril. » « Le problème est que cela arrive cette année au plus mauvais moment, pendant la période de fécondation des fruits. S’il y a bien quinze jours durant lesquels il ne doit pas geler, c’est à ce moment-là », indique Philippe Jacques. S’il ne peut pas encore établir un bilan chiffré des pertes subies dans les vergers, le conseiller arboricole de la Chambre d’agriculture veut néanmoins rester confiant pour la suite de la saison. « Ces phénomènes de gel ont été hyperlocalisés, ça se jouait parfois à dix ou vingt mètres près. Il ne faut pas oublier qu’on partait sur une récolte exceptionnelle. Au final, il devrait quand même en rester. » Cela devrait être le cas pour la Pommeraie à Sigolsheim gérée par Bernard Gsell et Marie Siciarek. Pour le moment, ils ne peuvent pas quantifier les dégâts. Mais grâce aux bougies de cire qu’ils ont utilisées, ils s’en sont globalement « bien sortis ». « Grâce à elles, on a pu monter la température à zéro degré au lieu des -3 ou -4 affichés sur le thermomètre », témoigne Marie Siciarek. Si l’investissement est conséquent, il reste indispensable au vu des enjeux. « On utilise ces bougies tous les ans pour se prémunir des gelées ainsi que trois éoliennes pour la prune. On n’a pas le choix. Ces 35 hectares sont notre seul gagne-pain. » « La nature est allée trop vite » Pour les prochaines années en tout cas, Vincent Wagner sera paré. Convaincu de l’intérêt de l’irrigation contre le gel, il est train d’installer ce système sur la totalité de son verger. Des arbres qu’il a déjà couverts avec un filet paragrêle pour se protéger des orages de plus en plus violents et fréquents. « Oui, tout cela a un coût. Mais si on ne fait pas ça, on est morts. On doit prendre toutes les précautions nécessaires face à ces changements climatiques. Et puis la pomme, c’est un marché mondial. Personne ne va acheter nos produits plus chers parce que l’on produit moins. » Un constat qui se vérifie chez Clarisse Sibler, à Sigolsheim. Voilà presque trois semaines que les clients s’affairent dans son magasin pour déguster le millésime 2017 de ses asperges. Une arrivée là aussi trop précoce qui a fini par se payer au cours de cet épisode de gel. « Toutes les asperges vertes qui ne sont pas bâchées ont été détruites à 100 %, soit deux hectares sur les quinze que j’exploite. Sur les asperges blanches bâchées, on a enregistré 30 % de dégâts », constate-t-elle avec un brin d’amertume. Résultat : une perte nette de 15 000 à 20 000 euros de chiffre d’affaires. « C’est beaucoup, surtout avant un week-end où l’asperge verte est très demandée par les particuliers. Là, on n’a rien à leur proposer. » Une pénurie qui ne doit heureusement durer que quelques jours, le temps que les nouvelles pousses arrivent. En attendant, les consommateurs ont pu profiter d’asperges « à soupe » vendues à deux euros le kilo. « Elles sont plus sucrées mais se mangent quand même. Mais rapidement par contre, sinon elles noircissent », précise Clarisse Sibler. Cette précocité de la saison des asperges était de toute façon trop belle pour durer selon elle. « C’était tellement beau et bien. Avoir des asperges à Pâques, c’est très rare. Mais voilà, la nature est allée un peu trop vite et a fini par reprendre sa place. »

Publié le 18/04/2017

Lundi 10 avril, la commission agricole de la Région Grand Est visitait la Cuma Alsa Pomme. L’occasion pour les arboriculteurs de présenter leur projet de lancement d’une nouvelle variété de pomme, identifiée au bassin de production, et de créer un Groupement d’intérêt économique (GIE) pour accompagner cette dynamique.

Sa chair est sucrée et acidulée, sa robe est d’un rouge ardent, son calibre est régulier, sa tolérance à la tavelure est bonne. Mais elle n’a pas encore de nom. Elle, c’est la variété que les pomiculteurs alsaciens ont choisie pour porte-étendard de la production alsacienne. Les objectifs de l’opération sont multiples : offrir des perspectives intéressantes aux jeunes arboriculteurs, répondre à la demande croissante des consommateurs en produits locaux, en profiter pour capter de la valeur ajoutée. « En Alsace, seuls 20 % des vergers sont irrigués, le niveau de rendement n’est donc pas comparable à celui atteint dans les grands bassins de production de l’ouest de la France. Il fallait donc trouver d’autres leviers », avance Philippe Jacques, conseiller en arboriculture à la Chambre d'agriculture d’Alsace. C’est ainsi qu’est née l’idée d’élargir la gamme avec une variété locale, à forte valeur ajoutée. Une pomme précieuse Lorsqu’ils ont commencé à passer en revue les diverses candidates, en 2009, les arboriculteurs alsaciens avaient établi des critères de sélection bien précis : une vigueur plutôt faible (car les sols alsaciens sont poussants), une bonne régularité de production, une coloration facile, une bonne conservation, une époque de récolte intermédiaire (entre jonagored et braeburn, pour ne pas bousculer les travaux), une forte résistance à la tavelure, peu sensible au chancre, au phytophtora, moyennement aux carpocapses, aux pucerons cendrés et lanigères, un bel aspect, sans oublier une saveur, qui rappellerait le sucré acidulé du fruit emblématique alsacien, la quetsche. Et puis il fallait aussi un metteur en marché alsacien. Tolérante à la tavelure Pas facile de trouver la perle rare ! Mais les arboriculteurs ont tout de même trouvé une variété qui leur convient : « Il s’agit d’un croisement entre pink lady et topaz », annonce Philippe Jacques. Topaz, une variété que les producteurs bios connaissent bien pour sa tolérance à la tavelure, l’ennemi numéro un des pommiers. Les producteurs estiment qu’ils vont pouvoir diviser par trois le nombre de traitement contre cette maladie, ce qui va considérablement alléger les IFT. L’heureuse élue a pour autre avantage de correspondre à la demande des consommateurs : « Golden s’est fini, gala est devenue incontournable, et il faut l’avoir toute l’année », décrit Philippe Jacques. Or la variété sélectionnée par les arboriculteurs s’en approche. Elle cumule une bonne conservation, une bonne productivité, une conduite facile des vergers, un calibre très homogène, une période de récolte favorable, c’est une variété peu alternante, facile à éclaircir… Les producteurs concluent : « C’est une très belle et bonne variété qui a sa place en tant que porte-étendard de la pomme dans notre région. » 31 000 €/ha d’implantation Actuellement, la variété est encore en phase de test au Verexal, afin de déterminer la meilleure densité de plantation, les modes de conduite les plus adaptés… Mais, pour présenter cette variété aux élus, les arboriculteurs les avaient conviés chez Patrick Vogel, arboriculteur à Kriegsheim, qui en a implanté une parcelle de 1 hectare. Soit un investissement de pas moins de 31 000 €, en plants et en structures. Somme à laquelle il faudra ajouter d’autres charges, comme un filet paragrêle. Plantée en novembre 2016, cette parcelle devrait entrer en production en 2019, pour une durée d’environ 15 ans.

Verger expérimental d’Alsace

La station diversifie son activité

Publié le 15/04/2017

Le Verger expérimental d’Alsace (Verexal) tenait son assemblée générale mercredi 29 mars à Obernai. Les intervenants ont relaté les faits marquants de 2016, entre coopération internationale et vente directe.

L’année 2016 a été marquée par une grande diversité dans les actions du Verger expérimental d’Alsace (Verexal). La station expérimentale avait donné rendez-vous aux adhérents dans ses locaux d’Obernai, mercredi 29 mars. L’assemblée générale a permis de relever les faits marquants des douze derniers mois. Plus de coopération européenne Le verger s’est internationalisé via un partenariat avec l’Allemagne et la Suisse. En association avec les régions frontalières de ces deux pays, le Verexal essaie de trouver des solutions pour venir à bout de la drosophile et de la sharka. Suivi des contaminations, piégeage, insecticides, produits alternatifs et méthodes de détection, tous les aspects de la lutte sont abordés conjointement. « C’est un projet très motivant, surtout avec les collègues allemands et suisses qui sont plutôt calés dans ce domaine », explique Hervé Bentz, le responsable de station. En Alsace, les parcelles de Westhoffen et de Sigolsheim ont intégré le projet. Cette initiative intervient dans le cadre du programme européen Interreg, qui vise à renforcer la coopération entre les régions d’Europe. Un magasin qui prend de l’ampleur « L’essence de Verexal c’est la recherche », insiste son président, Pierre Barth. Mais vu les résultats de son magasin, dont les chiffres sont en constante augmentation, il était impossible de ne pas en parler. Installé au rez-de-chaussée du bâtiment, il propose légumes et fruits de saison, ainsi que des produits transformés. Tout ce qui n’est pas produit au verger provient de producteurs bios et de circuits courts. Environ 470 clients y font leurs courses chaque semaine. Le panier moyen atteint les 12 €, soit 3 € de plus que l’année dernière. Surtout, « les clients identifient clairement le magasin comme un point de vente de produits locaux », selon l’étude économique menée par Hervé Bentz. Autrement dit, le magasin affirme sa notoriété, alors même qu’il est excentré, dans la zone industrielle nord d’Obernai. Une réussite d’autant plus grande que les dirigeants du verger expérimental n’ont pas fait de la communication sur le sujet une priorité. « La progression s’est faite par le bouche-à-oreille », détaillent les participants à l’étude. Incertitudes et projets Malgré ces bonnes nouvelles, l’équipe de la station navigue à vue. La refonte de la Région Alsace dans le Grand Est laisse planer le doute quant aux dotations réelles pour 2017. Le maire d’Obernai, Bernard Fischer, a néanmoins assuré les membres de l’association de son soutien. En dépit de ces incertitudes, l’organisation souhaite aller de l’avant. Ainsi, l’extension du bâtiment de stockage, attendue depuis des années, est prévue pour 2017. Cette fois-ci c’est la bonne !

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