Cultures

La saison des fraises commence

« Allez-y ! Elles sont toutes rouges… »

Publié le 30/05/2017

La saison des fraises est ouverte. Le lancement officiel a eu lieu mardi dernier au magasin Le Fruitier de Haguenau, à l’initiative de l’Association des producteurs de fraises d’Alsace et de l’Interprofession des fruits et légumes d’Alsace.

La campagne avait bien commencé, les fruits s’annonçaient abondants, mais les gelées noires des 17, 18 et 19 avril ont refroidi l’enthousiasme des fraisiculteurs qui ont vu leur récolte amputée de 40 %. Heureusement, la période ensoleillée que nous venons de vivre a permis de redresser la situation et aujourd’hui, les fraises sont présentes en abondance. « Ne tardez pas ! » insiste Olivier Grinner, président de l’Association des producteurs de fraises d’Alsace. La saison est très courte, elle ne dure que trois ou quatre semaines… Que vous les achetiez en barquettes dans les magasins et sur les marchés, ou que vous vous rendiez en famille dans une des nombreuses libres cueillettes de la région, c’est maintenant ! Michel Hegé se réjouit de voir les producteurs de toute l’Alsace rassemblés à la ferme Densch de Haguenau pour le lancement de la campagne, au côté des membres de l’interprofession, des représentants des organisations professionnelles agricoles et de la Région Grand Est. À l’orée de la forêt de Haguenau, le magasin Le Fruitier est entouré d’un « grand jardin » de 8 hectares où sont implantés une petite fraiseraie, un carré de myrtilles, un verger de pommes et de poires - qui a entièrement gelé - et un champ d’asperges. « Nous envisageons de convertir le verger en bio. » Le magasin, quant à lui, propose une large gamme de produits du terroir et de l’artisanat local, l’agencement soigné mettant particulièrement en valeur les fruits et légumes. « Nous allons tous dans le même sens » « La saison a du mal à démarrer en raison des fortes gelées qui ont considérablement réduit la production, poursuit Michel Hegé. Les clients attendent avec impatience l’ouverture de la libre cueillette, ils nous inondent de coups de fil. » Il est vrai que le magasin est idéalement placé à la sortie nord de Haguenau, une ville de 35 000 habitants. « Mais je voulais attendre cet après-midi pour que vous puissiez voir de belles fraises bien rouges… » « Après les asperges, le lancement de la saison des fraises est toujours un moment très attendu », explique Pierre Lammert, président de l’Interprofession des fruits et légumes d’Alsace (Ifla). Il marque en général le retour des beaux jours… et c’est le cas cette année. Il a remercié la Région Grand Est qui soutient la promotion, tout au long de l’année, des fruits et légumes d’Alsace. D’année en année, la liste s’allonge : récemment, les légumes primeurs ont fait une entrée en scène remarquée, et dès la semaine prochaine, ce sera au tour de l’ail, de l’oignon et de l’échalote d’être mis en valeur. La preuve que les producteurs locaux ont la pêche ! D’autres événements sont prévus dans les prochains temps. Le salon interprofessionnel du commerce des fruits et légumes d’Alsace réunira les acteurs de la filière le 13 juin, et le salon Saveurs et Soleil d’automne accueillera des milliers de visiteurs, du 22 au 24 septembre aux Tanzmatten à Sélestat. « C’est le plus grand salon des fruits et légumes de France, précise Pierre Lammert. Nous continuerons à communiquer pour promouvoir les produits de notre région, avec notre ambassadrice de charme, Delphine Wespiser, ancienne Miss France. Elle ne pouvait être parmi nous aujourd’hui car elle est en tournage pour l’émission Fort Boyard. » Boris Wendling, responsable régional de la Scofel, centre d’achat régional du groupe Auchan, rappelle que dix enseignes de la distribution sont réunies au sein de l’Ifla. « Vous retrouverez un peu partout la même communication autour de la fraise d’Alsace, quelle que soit l’enseigne. C’est une demande du client, il attend ce produit. » La grande distribution est le canal de distribution le plus important en France, ajoute-t-il. Il commercialise 70 et 80 % de la production. Pour Boris Wendling, il n’y a pas d’opposition entre grande distribution et circuits courts. « Nous allons tous dans le même sens : nous cultivons le bon, le sain, la proximité. »

Publié le 29/05/2017

Alors que le nom du nouveau ministre de l'Agriculture devait être dévoilé dans la journée, Jacques Rouchaussé, président de Légumes de France, était en visite en Alsace pour recueillir les doléances des producteurs. Et elles sont nombreuses.

Lui-même maraîcher serriste dans la Marne, Jacques Rouchaussé ne fait pas à proprement parler partie des élites déconnectées du terrain. Il n’empêche, il est sûrement plus au fait des préoccupations des producteurs de l’est de la France que de Paca, par exemple, et c’est pourquoi il a entamé une tournée en régions, accompagné du directeur de Légumes de France, Bertrand Rival. « Nous devons comprendre les problématiques des producteurs de légumes de chaque région, car elles ne sont pas toujours les mêmes. Par contre, nous poursuivons tous des buts identiques : développer la consommation de fruits et légumes, défendre l’origine France, voire plus locale encore, dénoncer les distorsions de concurrence que nous subissons, tant en termes d’utilisation des produits phytosanitaires que de coût de la main-d’œuvre. Et, alors que le nouveau gouvernement se met en place, nous n’avons plus le droit à l’erreur. Nous devons nous remettre en marche vers une agriculture moderne. Or pour avancer, nous avons besoin du soutien du gouvernement, notamment pour être à pied d’égalité par rapport à nos voisins, et pouvoir courir le même 100 mètres, sans boulets supplémentaires aux pieds », explique Jacques Rouchaussé aux producteurs de légumes alsaciens. La France n’est autosuffisante en légumes qu’à hauteur de 52 % de la consommation, le reste est importé. La marge de progression est donc importante, et entraînerait dans son sillage de nouveaux emplois, un regain d’activité économique. En outre, si elle peut progresser, la filière légumière ne doit pas être considérée comme le menu fretin de l’agriculture française puisque ses 5,5 millions de tonnes de production génèrent 3,5 milliards d’euros de chiffre d’affaires et 200 000 emplois directs, rappelle Jacques Rouchaussé. Mieux assurer, mieux indemniser Après plusieurs années agricoles médiocres, 2017 ne semble pas vouloir déroger à la règle. L’épisode de gel qui a sévi en Alsace en avril a détruit une bonne partie des vergers et des parcelles de petits fruits. « Une demande de reconnaissance de calamités agricoles a été déposée », indique Franck Sander, président de la FDSEA du Bas-Rhin. Mais pas seulement : « Avec Denis Nass, président de la FDSEA du Haut-Rhin, nous avons envoyé un courrier à la Région afin de demander l’activation d’une ligne budgétaire prévue en cas de crise. » Une enveloppe qui devrait notamment permettre de payer la mise en repos de salariés qui auront moitié moins de volumes à traiter. Pour Jacques Rouchaussé, le système de calamités agricoles nécessiterait d’ailleurs d’être revu de fond en comble. Un chantier qui occupe actuellement Légumes de France et ses partenaires, notamment assureurs. En attendant, Bertrand Rival constate que, dans le cadre des calamités agricoles, les Régions se heurtent souvent aux règles des minimis. Or « il est possible d’avoir recours à une mesure d’exemption auprès des autorités de Bruxelles ». Il s’agit d’une notification simplifiée, qui permet de sortir du cadre des minimis, donc de rendre les montants alloués plus intéressants. Dire la vérité aux consommateurs Au cours de son périple bas-rhinois, Jacques Rouchaussé a visité les installations de deux maraîchers qui ont misé sur la vente directe (lire en encadrés) pour écouler leur production. « À Légumes de France, nous avons le projet de créer un magasin test, qui nous permettra d’étudier le comportement des consommateurs, indique-t-il. Nous allons aussi procéder à une étude du comportement des produits, des parcelles aux étals, afin d’identifier les améliorations qui pourraient être apportées pour satisfaire les différents maillons de la chaîne. » Une chose est sûre, cet engouement pour la consommation locale traduit le besoin qu’éprouvent les consommateurs d’être rassurés dans leurs actes d’achat. « On leur doit donc la vérité. C’est-à-dire leur expliquer que les légumes ne poussent pas tout seul. Que parfois ils sont malades et qu’ils ont besoin de prendre un médicament pour s’en remettre, voire mourir. Nous devons aussi leur expliquer que nous voulons bien améliorer nos pratiques, mais que cela exige une rémunération à la hauteur, et un traitement des producteurs à pied d’égalité partout en Europe. » Un constat que ne peut qu’approuver Olivier Vogt, dont les navets entrent en concurrence directe avec des navets produits en Allemagne, à moindres frais.

Publié le 27/05/2017

À Hindisheim, Gaël Meyer se partage entre céréales et prestation de service. L’organisation du travail est la clé de son revenu.

Une exploitation qui tombe du ciel ? C’est un peu l’histoire qui est arrivée à Gaël Meyer. Ses parents ne sont pas agriculteurs, mais le jeune homme prend plaisir à travailler l’été dans une ferme de polyculture-élevage lorraine, à partir de ses 16 ans. En 2010, il démarre un BTS Axe au lycée agricole d’Obernai. Il achève sa formation quand la chance se présente. Pierre Meyer, céréalier à Hindisheim, est à la recherche d’un ouvrier. Il fait passer le message à la classe de Gaël. Ce dernier l’appelle dans l’heure, lui rend visite le soir même. Il est engagé le lendemain ! Au bout de deux CDD de dix-huit mois au total, un CDI scelle la relation de travail. Un souci de santé de Pierre bouscule les événements. L’exploitant en place anticipe sa retraite et Gaël s’installe le 1er janvier 2015. L’Eàrl lui met le foncier à disposition. Le jeune agriculteur loue les bâtiments de 600 m² couverts et reprend 40 % des parts sociales réévaluées de l’Eàrl, ce qui revient peu ou prou à racheter un parc matériel bien entretenu. Il se compose de huit tracteurs, dont un seul de moins de dix ans, de deux semoirs, d’une charrue, d’un déchaumeur, d’un vibroculteur, d’un cross board, de trois remorques dont une trois essieux. L’an passé, Gaël a bénéficié d’un PVE pour investir 77 000 € HT dans un système GPS, un épandeur de 3 000 l et un pulvérisateur de 1 200 l équipés pour gérer la coupure de tronçons. À 25 ans, Gaël est à la tête d’un ensemble foncier dont l’essentiel se partage entre les lœss profonds de plaine et les terres noires du Bruch qui procurent leurs meilleurs rendements en années sèches. Il fait l’impasse en fumure de fond sur blé, mais apporte 350 kg/ha de 25-25 en maïs. Il enfouit 200 kg d’urée en pré-semis et complète la fumure azotée en fonction du reliquat. En blé, Gaël calcule avec un désherbage, deux fongicides en préventif dont un au stade dernière feuille étalée et de 200 à 210 unités/ha d’azote. « Quand je commence à désherber mon maïs, je dois avoir fini sur blé et sur betterave » dit-il. « Passer des heures dans un champ pour exterminer jusqu’à la dernière mauvaise herbe ne m’intéresse pas. Je raisonne pour optimiser mon temps ». Car Gaël n’est pas seulement céréalier. Il est aussi faucheur. Comprenez qu’il entretient les bords de route. Concentré dix heures par jour Gaël poursuit la prestation qui constituait la spécialité historique de Pierre grâce à laquelle celui-ci avait pu développer son exploitation. Il dispose de trois épareuses équipées avec un lamier, un broyeur à bois ou à herbe. Il en conduit une et loue les deux autres. Gaël intervient pour faucher l’herbe des bas-côtés de routes et de chemins viticoles sur le territoire d’une bonne demi-douzaine de communes d’Eichhoffen à Molsheim. Ces chantiers débutent en moyenne à la mi-mai et s’étalent jusqu’à la mi-décembre. « En soi, ce n’est pas sorcier, commente Gaël. On roule à 2,5 km/h, dix heures par jour. Et il faut rester concentré tout le temps. Si l’on oublie que la machine ne s’efface pas en marche arrière, c’est de suite un vérin de cassé ». Il effectue environ 1 000 h/an facturées en moyenne 50 € HT/h. Le chiffre d’affaires réalisé rentre dans celui de l’Eàrl dans la limite de 50 000 €. L’éventuel solde relève d’une micro-entreprise créée pour l’activité. Du coup, « m’organiser est ma principale préoccupation. Je dois être le plus efficace possible pour perdre le moins de temps possible. Il faut que je travaille vite et bien dans mes champs pour me libérer les heures nécessaires pour faucher ». Il n’est pas rare que Gaël sorte son pulvérisateur pour traiter à 80 l/ha à 4 h du matin, quand il n’y a pas de vent. Gaël vend ses récoltes à la moisson. Ses marges brutes en maïs, blé et betterave sont proches les unes des autres. Mais elles ne sont actuellement pas suffisantes. « Depuis trois ans, c’est le fauchage qui me fait vivre » lâche le jeune agriculteur. « En agriculture, je sais à peu près ce que je vais produire mais je n’ai aucune idée de la recette finale. Ma seule piste est d’essayer de diminuer mes coûts en travaillant rationnellement. En prestation de service, j’ai le gros avantage de savoir ce que je gagne avant d’être intervenu ». À moyen terme, Gaël réfléchit à investir dans une unité de stockage-séchage à la ferme qui utiliserait une énergie renouvelable bon marché. Il pourrait s’agir de plaquettes, de rafles de maïs, mais aussi de la chaleur produite par un méthaniseur. Gaël se verrait bien l’approvisionner avec l’herbe qu’il fauche. « Il existe un modèle d’épareuse ramasseuse. Il suffirait d’avoir les chantiers techniquement adéquats. Cette herbe est une matière première disponible qui, en plus, n’ampute en rien mon potentiel de SAU ».

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