Production de légumes
Jacques Rouchaussé récolte les doléances
Production de légumes
Publié le 29/05/2017
Alors que le nom du nouveau ministre de l'Agriculture devait être dévoilé dans la journée, Jacques Rouchaussé, président de Légumes de France, était en visite en Alsace pour recueillir les doléances des producteurs. Et elles sont nombreuses.
Lui-même maraîcher serriste dans la Marne, Jacques Rouchaussé ne fait pas à proprement parler partie des élites déconnectées du terrain. Il n’empêche, il est sûrement plus au fait des préoccupations des producteurs de l’est de la France que de Paca, par exemple, et c’est pourquoi il a entamé une tournée en régions, accompagné du directeur de Légumes de France, Bertrand Rival. « Nous devons comprendre les problématiques des producteurs de légumes de chaque région, car elles ne sont pas toujours les mêmes. Par contre, nous poursuivons tous des buts identiques : développer la consommation de fruits et légumes, défendre l’origine France, voire plus locale encore, dénoncer les distorsions de concurrence que nous subissons, tant en termes d’utilisation des produits phytosanitaires que de coût de la main-d’œuvre. Et, alors que le nouveau gouvernement se met en place, nous n’avons plus le droit à l’erreur. Nous devons nous remettre en marche vers une agriculture moderne. Or pour avancer, nous avons besoin du soutien du gouvernement, notamment pour être à pied d’égalité par rapport à nos voisins, et pouvoir courir le même 100 mètres, sans boulets supplémentaires aux pieds », explique Jacques Rouchaussé aux producteurs de légumes alsaciens. La France n’est autosuffisante en légumes qu’à hauteur de 52 % de la consommation, le reste est importé. La marge de progression est donc importante, et entraînerait dans son sillage de nouveaux emplois, un regain d’activité économique. En outre, si elle peut progresser, la filière légumière ne doit pas être considérée comme le menu fretin de l’agriculture française puisque ses 5,5 millions de tonnes de production génèrent 3,5 milliards d’euros de chiffre d’affaires et 200 000 emplois directs, rappelle Jacques Rouchaussé. Mieux assurer, mieux indemniser Après plusieurs années agricoles médiocres, 2017 ne semble pas vouloir déroger à la règle. L’épisode de gel qui a sévi en Alsace en avril a détruit une bonne partie des vergers et des parcelles de petits fruits. « Une demande de reconnaissance de calamités agricoles a été déposée », indique Franck Sander, président de la FDSEA du Bas-Rhin. Mais pas seulement : « Avec Denis Nass, président de la FDSEA du Haut-Rhin, nous avons envoyé un courrier à la Région afin de demander l’activation d’une ligne budgétaire prévue en cas de crise. » Une enveloppe qui devrait notamment permettre de payer la mise en repos de salariés qui auront moitié moins de volumes à traiter. Pour Jacques Rouchaussé, le système de calamités agricoles nécessiterait d’ailleurs d’être revu de fond en comble. Un chantier qui occupe actuellement Légumes de France et ses partenaires, notamment assureurs. En attendant, Bertrand Rival constate que, dans le cadre des calamités agricoles, les Régions se heurtent souvent aux règles des minimis. Or « il est possible d’avoir recours à une mesure d’exemption auprès des autorités de Bruxelles ». Il s’agit d’une notification simplifiée, qui permet de sortir du cadre des minimis, donc de rendre les montants alloués plus intéressants. Dire la vérité aux consommateurs Au cours de son périple bas-rhinois, Jacques Rouchaussé a visité les installations de deux maraîchers qui ont misé sur la vente directe (lire en encadrés) pour écouler leur production. « À Légumes de France, nous avons le projet de créer un magasin test, qui nous permettra d’étudier le comportement des consommateurs, indique-t-il. Nous allons aussi procéder à une étude du comportement des produits, des parcelles aux étals, afin d’identifier les améliorations qui pourraient être apportées pour satisfaire les différents maillons de la chaîne. » Une chose est sûre, cet engouement pour la consommation locale traduit le besoin qu’éprouvent les consommateurs d’être rassurés dans leurs actes d’achat. « On leur doit donc la vérité. C’est-à-dire leur expliquer que les légumes ne poussent pas tout seul. Que parfois ils sont malades et qu’ils ont besoin de prendre un médicament pour s’en remettre, voire mourir. Nous devons aussi leur expliquer que nous voulons bien améliorer nos pratiques, mais que cela exige une rémunération à la hauteur, et un traitement des producteurs à pied d’égalité partout en Europe. » Un constat que ne peut qu’approuver Olivier Vogt, dont les navets entrent en concurrence directe avec des navets produits en Allemagne, à moindres frais.












