Cultures

Publié le 05/07/2017

Reconnue organisme à vocation sanitaire depuis le 1er janvier 2015, la Fredon Alsace a connu une année 2016 riche d’activités dans la surveillance du territoire régional, dans la prévention et dans la lutte contre les maladies et ravageurs. Des missions qui vont évoluer dans les mois à venir.

L’objectif de la Fredon est d’assurer la protection sanitaire des végétaux dans le respect de l’environnement et de la santé humaine. « Nos actions répondent à trois objectifs. Le premier concerne la surveillance. Nous menons des inspections déléguées par le ministère de l’Agriculture et nos techniciens parcourent le territoire pour assurer une surveillance sanitaire sur le végétal. Cette surveillance s’applique autant en zones agricoles que dans les espaces urbains. Le second concerne la prévention. Nous accompagnons les arboriculteurs, les viticulteurs et les gestionnaires d’espaces verts dans l’amélioration de leurs pratiques phytosanitaires. L’objectif étant de reconquérir la qualité des eaux souterraines et de surface, via une meilleure identification des maladies, des insectes ravageurs et auxiliaires, et la diffusion de techniques alternatives d’entretien. Enfin, le troisième concerne la lutte. Nous assurons notamment la coordination et l’animation de luttes collectives contre les organismes et espèces invasifs », explique Albert Elbel, président de la Fredon Alsace. Il est intervenu lors de l’assemblée générale de l’organisme qui s’est déroulée vendredi 16 juin à Sainte-Croix-en-Plaine. Une réunion qui a également permis à la nouvelle directrice, Sylvie Spoerry, en poste depuis le 5 décembre 2016, de se présenter. Domiciliée à Colmar et âgée de 33 ans, elle est ingénieure agronome de formation. Elle a travaillé deux ans et demi, de 2008 à 2010, dans le développement agricole au Maroc où elle a conseillé de très petits exploitants agricoles pour développer une activité économique dans une zone oasienne en maraîchage, en olive ou encore en petit élevage ovin. « Après cette expérience très intéressante, j’ai travaillé pendant cinq ans, de 2011 à 2016, à Colmar, dans la formation professionnelle pour adultes en tant que responsable d’équipe et responsable qualité au Fongecif Alsace. Mais, je voulais retourner dans le monde agricole avec lequel j’ai toujours gardé des liens. Je fais d’ailleurs partie d’une association, les agronomes d’Alsace, qui réunit des personnes de tous les milieux. Nous organisons des conférences et des visites d’entreprises pour garder cette culture agro-agricole. Concernant la Fredon, j’ai toujours été plus intéressée par les plantes que par les animaux. La protection des plantes passe par une meilleure identification des problèmes. J’apprécie ces techniques alternatives qui sont aujourd’hui proposées et qui sont en accord avec mes valeurs. Je cherchais une responsabilité proche de mes sensibilités. Ici, à la Fredon, c’est le cas. Nous sommes une équipe de 17 salariés, basés à Sélestat, et nous avons vocation à travailler sur toute l’Alsace », précise Sylvie Spoerry. Un budget contraint L’assemblée générale a donné l’occasion de rappeler toutes les actions menées par la Fredon en 2016. Pour la surveillance du territoire, trois Bulletins de santé végétal ont été validés tout comme les suivis de 58 parcelles en arboriculture, en viticulture, en grandes cultures, en houblon ou encore en zones non agricoles. Il y a eu des surveillances toutes particulières pour la cicadelle de la flavescence dorée (lire encadré), le frelon asiatique, le cynips du châtaignier ou encore les ravageurs émergents. En matière de prévention, seize études destinées aux collectivités ont été menées. Elles ont porté sur des plans de désherbage communaux, des aides aux changements de pratiques de désherbage ou d’entretien, à des plans de gestion différenciée. Des conférences ont été données pour sensibiliser à la démarche « zéro pesticide ». 36 réunions « Bout de parcelle » ont été organisées en arboriculture et 164 « Rais’Alsace » en viticulture, coanimées avec la Chambre d'agriculture d’Alsace. Des « labo vert » ont été mis en place en viticulture, en arboriculture et en zone non agricole. Par ailleurs, 335 collectivités ont participé à au moins une action d’accompagnement à la démarche « zéro pesticide ». Enfin, 43 enseignes de jardinerie ont été signataires de la charte « Vos jardineries vous conseillent pour jardiner au naturel ». Pour la lutte « nous avons mené trois expérimentations sur houblon et deux autres sur houblon et buis. Nous avons également procédé à un comptage et à une localisation des dortoirs à corbeaux dans le Bas-Rhin », rapporte Sylvie Spoerry. Bien entendu, tout ce travail engendre des frais. Le bilan financier de l’exercice écoulé s’est soldé par un déficit d’un peu moins de 25 000 €. « Au vu de ces pertes financières, le conseil d’administration de la Fredon Alsace a décidé de ne plus bénéficier de la certification Bonnes pratiques d’expérimentation (BPE) à partir de 2017. Ainsi, les expérimentations conduites jusqu’à présent sous BPE s’arrêtent et seuls les essais ne nécessitant pas le BPE pourront encore être menés. Du coup, l’équipe de la Fredon Alsace impliquée jusque-là dans les essais autour de l’antenne de Wiwersheim vient renforcer l’inspection et la lutte », ajoute Sylvie Spoerry. Une structure Grand Est D’autres changements sont prévus pour cette année 2017 et les suivantes. À commencer par la mise en place d’une lutte collective contre les corvidés dans certaines communes du Bas-Rhin, en partenariat avec la profession agricole et la FDSEA 67, la Fédération départementale des chasseurs du Bas-Rhin, l’association des piégeurs agréés et gardes-chasse, les lieutenants de louveterie, la Chambre d'agriculture d’Alsace et la direction départementale des territoires. Il va également y avoir une conception de plans d’actions régionaux concernant le campagnol et le frelon asiatique, en collaboration avec les partenaires du Grand Est. Précisément, au sein de cette nouvelle grande région, l’association sanitaire régionale se constitue. Il s’agit d’une structure régionale qui a pour objet la prévention, la surveillance et la maîtrise de l’ensemble des dangers sanitaires. Elle rassemble les trois Fredon du Grand Est et les trois fédérations régionales des groupements de défense sanitaire en charge de la protection sanitaire des animaux. « La Fredon Alsace qui collabore depuis quelques années avec les Fredon de Champagne-Ardenne et de Lorraine va désormais accroître ce rapprochement pour concevoir la structure reconnue « organisme à vocation sanitaire » en charge de la protection sanitaire des végétaux à l’échelle du Grand Est à l’horizon 2020 », conclut Albert Elbel.

Publié le 04/07/2017

Une histoire, une passion, un terroir, le magasin Auchan d’Illkirch-Graffenstaden a mis un grand coup de projecteur sur les fruits et légumes d’Alsace du 21 au 24 juin. Un hommage appuyé aux producteurs et à la filière, invités le samedi 24 juin au côté de son ambassadrice, Delphine Wespiser.

Cerises, groseilles, pommes de terre, choux, oignons, le magasin Auchan d’Illkirch-Graffenstaden a joliment et savamment mis en scène l’ensemble des productions de la filière Fruits et légumes d’Alsace entourées d’une multitude de produits transformés ou faits en Alsace sur un grand stand installé à l’entrée du magasin, du 21 au 24 juin. 30 producteurs, plus de 200 références régionales Pyramide de fruits et légumes au logo de la filière, ancienne charrette regorgeant de fruits rouges, produits de la marque Savourez l’Alsace, Produit du terroir, l’équipe d’Auchan, menée par la manager commerce, Sandrine Roussel, a eu à cœur de montrer à ses clients la diversité de ces productions. Les producteurs et fournisseurs invités à découvrir cette opération de promotion le 24 juin ont tous félicité le directeur du magasin, Frédéric Agaud, pour cette initiative. Après avoir salué la présence notamment des Jardins du Ried, de Sodicru, de Michel Hegé, producteur de fraises, de Laurent Sonnendrucker, horticulteur, Frédéric Agaud a précisé que cette opération s’inscrit dans « la démarche militante de la direction nationale en faveur du bon, du sain et du local ». Un quart des produits référencés dans le magasin proviennent d’Alsace. « Nous travaillons toute l’année avec une trentaine de producteurs de fruits et légumes et comptons plus de 200 autres références », via la centrale d’achat régionale Scofel, dirigée par Boris Wendling. Des références qui vont des cosmétiques au textile, en passant par les fleurs ou le café. Le magasin va élargir son offre de produits bios, « en multipliant par trois leur nombre », dont ceux issus d’Alsace. « Nous entendons soutenir le développement de ces productions régionales, une demande de plus en plus forte en ce sens émanant de la part des consommateurs », a souligné Frédéric Agaud, avant de conclure que le magasin souhaite développer « cette politique volontariste en parfaite harmonie avec les producteurs » comme le montre cette opération, « une grande première ». Montrer la qualité des produits alsaciens Boris Wendling a rappelé que derrière ces terroirs et ces produits, il y a une histoire et des hommes. Le magasin « rend hommage à leur passion, à partager avec les clients ». Jean-François Vierling, président d’Alsace Qualité, a noté « la chance des consommateurs d’avoir des productions de proximité et de qualité ». La grande distribution a pris conscience que « les circuits courts, c’est l’avenir. La qualité alsacienne est au rendez-vous à Auchan », a-t-il déclaré avant de remercier le directeur pour cette initiative. Un sentiment partagé par Pierre Lammert, président de l’Interprofession des fruits et légumes d’Alsace (Ifla). Il a ajouté que le développement de ces productions favorise également celui de la main-d’œuvre. Et salué la participation à cette opération de l’ambassadrice de la filière, Delphine Wespiser. Miss France 2012, elle lui donne « une image forte », dynamique et augmente sa notoriété auprès des consommateurs. Fruits et légumes d’Alsace, c’est aussi la garantie de la qualité, avec des producteurs qui sont tenus de suivre une charte et dont 90 % sont adhérents à l’Ifla. Delphine Wespiser a souligné « l’importance du bien manger » en rappelant les valeurs défendues par la filière, « plus près, plus frais, plus vrai », que les consommateurs ont eu tout loisir de découvrir et tout particulièrement sur les fruits rouges de saison…

Plateforme blé Arvalis - institut du végétal et Chambre d'agriculture d’Alsace

Les bonnes clés pour se faire du blé

Publié le 03/07/2017

Depuis quatre ans, à quelques semaines de la moisson, Arvalis - institut du végétal et la Chambre d'agriculture d’Alsace convient les agriculteurs à visiter leur plateforme commune d’essais dédiée au blé. L’occasion de faire le point sur les dernières avancées en matière de conduite de la deuxième production la plus importante de la plaine alsacienne après le maïs.

La campagne 2016-2017 de blé s’annonce bien meilleure que la précédente, a déclaré Patrick Bastian, élu de la Chambre d'agriculture d’Alsace, pour introduire cette visite. Ce n’était pas très difficile : on se souvient encore des excès d’eau au printemps, qui ont favorisé le développement des maladies, et du verdict final, lorsque les enveloppes des épis se sont avérées quasiment vides… Alors que les accidents climatiques apparaissent de plus en plus fréquents et violents, Patrick Bastian l’affirme : « La technique est primordiale, c’est elle qui nous permettra de nous adapter à ces évolutions. » Peu de maladies cryptogamiques L’un des aspects techniques qui conditionne la réussite du blé est sa protection contre les maladies cryptogamiques. Elle se gère grâce à l’observation au champ et à l’utilisation de modèles qui permettent de prédire l’évolution des principales maladies, notamment la fusariose et la septoriose. « Aujourd’hui en Alsace, le risque se raisonne à partir du niveau d’intensité de la maladie, de la sensibilité variétale et du risque climatique. Arvalis - institut du végétal a élaboré une grille de décision qui, en fonction du précédent et de la sensibilité variétale, renseigne sur la conduite à tenir en matière de protection contre la fusariose », indique Alain Weissenberger, responsable du service filières végétales et agronomie à la Chambre d'agriculture d’Alsace. « Après un maïs en non-labour et avec une variété assez sensible à la fois à la fusariose et à la septoriose, il faudrait prévoir un produit efficace contre la fusariose et aussi contre la septoriose, quitte à en faire l’économie si le risque climatique est faible. À l’inverse, si le précédent n’est pas à risque et que la variété choisie est tolérante à la fusariose, on peut faire l’impasse sur le traitement contre la fusariose et se contenter de traiter contre la septoriose entre le stade deux feuilles et le stade gonflement, en fonction du risque et du climat. Si la variété est tolérante aux deux maladies, la théorie consiste à faire l’impasse. Mais par précaution, il vaut peut-être mieux acheter un produit mixte en morte-saison plutôt qu’en pleine saison, où on aura moins de choix », suggère Alain Weissenberger. La plateforme comporte un essai visant à comparer l’efficacité de différents programmes de protection sur quatre variétés de blé présentant des profils sanitaires différents. Une des modalités comprend un produit de bio contrôle (Nectar), dont l’objectif est de permettre de réduire la dose de fongicide classique. Les autres sont plus classiques et l’une d’entre elles, dite flash, consiste à adapter la stratégie à la situation. Pour ce faire, les techniciens ont utilisé le modèle Precept, qui simule le développement de la septoriose en fonction des données météorologiques. Les contaminations ont été très faibles à l’automne et en hiver, en raison des températures faibles et de la rareté des précipitations. Le mois d’avril a été particulièrement sec, ce qui a posé des problèmes de valorisation de l’azote mais a évité le développement des maladies. « L’objectif de la protection est de protéger l’épi et les deux dernières feuilles, car ce sont elles qui font le rendement. Donc après la floraison, la protection n’est plus nécessaire car les contaminations seront trop tardives pour causer des dégâts », rappelle Alain Weissenberger. Sur la base de ce modèle et des observations de terrain, la modalité flash a donc consisté en un traitement à demi-dose d’Elatus Era sur Advisor, la variété la plus sensible aux maladies, en une impasse totale sur SY Moisson, Foxyl, et même Cellule bien que son profil sanitaire soit un peu moins bon que celui des deux précédentes. Un choix justifié notamment par l’absence de précipitation durant la phase critique de la floraison, donc au risque fusariose limité. Verdict à la moisson ! Mais une chose est sûre : les dégâts liés à la fusariose seront bien moins importants que l’année dernière. On observe très peu de symptômes, y compris dans les situations non protégées. Seule situation un peu plus préoccupante : les épis gelés, qui semblent plus affectés par la maladie. Des pistes pour déplafonner les rendements Alors que le rendement moyen du maïs continu d’augmenter régulièrement, celui du blé n’évolue plus autant : « Il progresse de 0,64 q/ha/an, alors que celui du maïs augmente de plus de 1 q/ha/an », constate Didier Lasserre, ingénieur à Arvalis - institut du végétal, qui pointe du doigt un biais induit par des modalités différentes d’inscription des variétés pour le blé et le maïs. Pour le maïs, une nouvelle variété doit obligatoirement améliorer le rendement pour être inscrite. Pour le blé ce n’est pas le cas en raison des bonus liés aux qualités boulangères et technologiques. Néanmoins, Arvalis - institut du végétal et la Chambre d'agriculture d’Alsace ont mis en place un essai visant à chiffrer l’écart entre le rendement du secteur et le potentiel maximal de l’année, et à identifier le poids des facteurs limitants dans cet écart. L’essai comporte huit modalités. La première correspond à la conduite locale de référence. Dans les sept autres modalités, un intrant a été ajouté : plus d’azote (280 unités en quatre apports), un traitement contre les maladies cryptogamiques renforcé, un insecticide d’automne, un insecticide de printemps, de la fertilisation soufrée, de la fertilisation phosphatée, et le tout cumulé dans une dernière modalité intitulée potentiel max, qui doit donc permettre de constater l’effet de pratiques non limitantes. « L’idée c’est de voir si on gagne du rendement, avec quelles modalités, et à quel prix, donc de savoir si c’est rentable de lever les facteurs limitants », indique Didier Lasserre. Ce dernier distingue les intrants de capital (phosphore, potasse, herbicide), des intrants de seuil (contre les pucerons, la verse…), et proportionnels (comme l’azote). Il estime d’ailleurs que « les blés alsaciens sont parfois un peu sous fertilisés ». Ce qu’il explique par une « barrière psychologique » à 200 unités d’azote, qui mériterait pourtant parfois d’être franchie : « On estime que pour faire un quintal de blé il faut 3 unités d’azote. Donc pour faire 100 q il faut 300 unités d’azote. Si on enlève la fourniture du sol et la minéralisation, il faudrait apporter 220 à 240 unités en au minimum trois apports », schématise Didier Lasserre, qui rappelle que le maïs pousse quand l’azote du sol se minéralise, ce qui est moins vrai pour le blé, et justifie donc une fertilisation azotée un peu renforcée. Didier Lasserre estime aussi que les blés alsaciens sont souvent semés trop dense. Ou encore que l’irrigation est parfois arrêtée trop tôt : « Il faut la poursuivre jusque 25 jours après l’épiaison. » Variétés : un choix stratégique « Quel est votre principal critère de choix variétal ? », demande Thomas Munsch, d’Arvalis - institut du végétal. Sans surprise, c’est la productivité, répondent les agriculteurs. Mais pas seulement : le profil sanitaire est également important car il peut permettre de réaliser des économies de traitement. Les meilleures variétés sont donc celles qui cumulent productivité et tolérance aux maladies. Parmi les critères secondaires de choix figurent aussi la teneur en protéines du blé, un critère important pour l’export, ou encore la qualité boulangère du blé, qui facilite l’obtention de débouchés intéressants par les collecteurs, et l’adaptation des variétés aux conditions pédoclimatiques locales : « Les variétés précoces sont plus sensibles au risque de gel au printemps. Les variétés plus tardives au risque d’échaudage lors du remplissage… », illustre Thomas Munsch. Guillaume Pfrimmer, conseiller agricole à la Chambre d'agriculture d’Alsace, a ensuite présenté aux agriculteurs la vitrine de 40 variétés testées sur cette plateforme. Parmi elles, citons Diamento, régulière, Mogador, au potentiel de rendement intéressant mais moins bonne sur les maladies, LG Absalon, à suivre, Filon, qui affiche une très bonne productivité, Descartes, un SY Moisson renforcé en septoriose, et une référence en matière de tolérance à la fusariose, Chevignon, avec un bon potentiel…

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