Cultures

Publié le 24/07/2017

Les agriculteurs du réseau Base Alsace se sont récemment retrouvés pour visiter des parcelles de maïs. A priori, rien ne les distingue. Pourtant elles ont toutes été implantées avec des techniques différentes. Preuve que les méthodes alternatives au labour peuvent fonctionner !

TCS, semis direct, strip-till, green tillage… les méthodes alternatives au labour pour implanter du maïs sont nombreuses et déclinables à l’envi en fonction des contraintes pédoclimatiques et des objectifs de chacun. C’est ce que la visite de parcelles de maïs organisée par le réseau Base Alsace a démontré. Le green-tillage, du strip-till à l’envers La visite débutait à Landersheim, sur une parcelle que Christophe Diss décrit comme « argilo-calcaire, avec beaucoup de magnésie et des argiles qui travaillent beaucoup, formant d’importantes fentes de retrait par temps sec ». Un sol très drainant donc, et non irrigable, à défaut de pouvoir accéder à la nappe. Par contre, le sol est profond, bien pourvu en matière organique, en phosphore et en potasse. Le maïs tient une place capitale dans l’assolement de cet éleveur, qui cherche à optimiser la production de lait par vache. À cela s’ajoute le besoin en paille, qui aboutit à un assolement composé pour moitié de céréales à paille et pour moitié de maïs, précise Christophe Diss, qui a opté pour une rotation 2/2, soit deux années de cultures de printemps, suivies de deux années de culture d’hiver. Une rotation qui présente notamment un intérêt pour la lutte contre les graminées en assolement maïs-blé. En 2010, il a fait le choix de remiser sa charrue, surtout pour faire des économies de gasoil. Et a investi dans un Terrano Horsch. Depuis 2012, entre les cultures principales il implante des couverts composés de féverole, pois, vesce, orge de printemps qu’il récole en fourrage pour l’alimentation des génisses. Avec des expériences plus ou moins concluantes. La dernière en date, c’est le green-tillage, soit du strip-till à l’envers. En effet, avec le strip-till on réalise une préparation du sol dans un couvert. Alors qu'avec le green-tillage on sème un couvert dans une préparation de sol. L’itinéraire technique peut être résumé de la manière suivante : récolte du couvert, création de billons (photo 1), semis de féverole entre les billons, semis du maïs dans les billons (photo 2), destruction progressive de la féverole (photo 3). L’idée, c’est que le sol soit couvert par la féverole, que le maïs profite de la chaleur emmagasinée dans les billons pour lever rapidement, et que les excès d’eau ne ravinent pas les lignes de semis de maïs, mais soient dirigés vers l’interrang protégé par le couvert. Une des principales difficultés de la technique consiste à maîtriser la féverole, qui doit couvrir le sol tout en permettant au maïs de s’implanter. Visuellement, la parcelle conduite avec cette technique n’a pas à rougir. Mais Christophe Diss envisage des améliorations. En effet, il a constaté l’absence de nodosités sur la féverole, qu’il met sur le compte d’un excès d’azote. C’est pourquoi il envisage de l’associer à un triticale, pour pomper l’azote, et de détruire les deux espèces en deux temps. D’autres idées ont été évoquées, comme celle d’équiper l’avant du tracteur d’un rolofaca pour rouler la féverole et l’arrière du tracteur d’une bineuse pour semer le maïs. Avec le risque de voir la féverole repartir… Quand l’interculture devient précédent Christophe Diss a aussi présenté une parcelle de « maïs d’interculture », c’est-à-dire implanté derrière un méteil fourrager de type Anton Sidler (photo 4) composé de féverole, pois, triticale, trèfle incarnat et vesce velue d’hiver. « L’objectif recherché, explique-t-il, en plus de la couverture hivernale du sol, réside dans une amélioration du profil énergie/protéines des fourrages récoltés sur une même parcelle conduite en double culture la même année. » En effet, le maïs d'interculture permet d'obtenir un fourrage de maïs et méteil de 13 à 15 MAT (7 pour le maïs, 20 pour le méteil) et de 0,9 à 0,92 UFL. Le rendement total des deux récoltes devant atteindre un objectif minimal de 15 à 16 t en non irrigué. Le méteil doit être récolté au stade gonflement du triticale, pas plus tard, afin de bénéficier du maximum de sa valeur alimentaire. Cette année, Christophe Diss l’a récolté le 15 mai, en combiné de fauche sur andain, pour limiter le nombre de passages. La principale difficulté, liée à la quantité de biomasse récoltée, c’est le séchage : « Après 36 h de cagnard, le cœur de l’andain n’était pas encore sec », témoigne Christophe Diss. Le maïs suivant a été semé le 25 mai, avec un indice de précocité qui permet de limiter le nombre de chantiers d’ensilage, soit une variété précoce à ultra-précoce. « Le facteur limitant de cette technique, c’est l’eau parce que le méteil en pompe pas mal. Je la réserve donc aux parcelles à bonne réserve hydrique », indique Christophe Diss. « C’est vrai qu’une luzernière serait plus simple à conduire, concède-t-il. Mais la luzerne est plus faible en densité énergétique (moins de 0,8 UFL) et nécessite un complément en système de vaches laitières hautes productrices. De plus, la parcelle n’est pas bloquée sur trois ou quatre ans, mais est disponible pour enchaîner sur une autre production. » Taupins : ne pas - trop - baisser la garde La visite s’est poursuivie sur des parcelles de Jacques Adloff et Thierry Willem, du Gaec de la prairie, à Kleingœft. Sur la première, après la récolte de 4 tonnes de MS/ha de méteil qui a été ensilé, les agriculteurs ont apporté 10 t/ha de compost correspondant à la phase solide du fumier, obtenue grâce à un séparateur de phase. Un double déchaumage, profond puis superficiel, a permis d’incorporer 140 unités d’urée. Puis la terre a été roulée, pour rappuyer et garder l’humidité, avant le semis du maïs. « C’est la deuxième année de suite que nous faisons du méteil sur cette parcelle. Cette année nous l’avons semé en direct. Nous avons eu des repousses de colza que nous avons décidé de laisser jusqu’à la récolte qui a eu lieu le 23 mai pour un semis de maïs le 26 mai », précise Jacques Adloff. Sur une autre parcelle conduite en TCS, du maïs a d’abord été semé le 6 avril, mais suite à une attaque de taupins, 5 ha ont dû être ressemés le 16 mai. « Je n’avais rien fait contre les taupins depuis six ans, j’ai eu une bonne piqûre de rappel », sourit, un peu jaune, Thierry Willem, qui a observé quasiment un taupin par grain de maïs. Avant le maïs, la parcelle portait un mélange fermier composé d’avoine, vesce, pois, qui a été roulé une fois gelé et après un passage de strip-tiller, afin de mieux en voir les traces. Le sorgho, alternative au maïs en conditions séchantes La dernière étape de la journée a conduit les membres du réseau à Jetterswiller, sur les terres de l’EARL Bornert, qui n’ont « pas vu de charrue depuis 1997 », indique Nicolas Bornert. Il a présenté une parcelle de sorgho, qui constitue une alternative efficace au maïs en système laitier face à des sols superficiels et/ou à faible réserve hydrique. En effet, le sorgho bénéficie d’un pouvoir de succion élevé qui lui permet d’extraire l’eau particulaire du sol. « Dans ces sols qualifiés de bleu, très argileux et magnésiens, au pH alcalin, et très durs en surface, le sorgho passe toujours bien. C’est la culture principale depuis 2006. » Ce sorgho fait suite à cinq céréales et il a été implanté derrière un couvert de vesce, pois, avoine, orge, féverole et tournesol qui a été enrubanné. « Sans couvert, ce serait trop difficile, estime Nicolas Bornert, il apporte de la stabilité en surface ». Dans la foulée il y a eu un passage de dents à 7 cm, puis deux passages de déchaumeur à disques indépendants. Le sorgho a été semé début mai, en plein au Pronto à 4 cm. Comme il a été envahi par les chénopodes et a souffert du sec, Nicolas Bornert a dû soigner son désherbage. « C’est la principale difficulté », confie-t-il. Sinon, « la semence n’est pas chère, il n’y a pas de traitement insecticide, les besoins en azote sont faibles, donc, au final, les charges sont moitié moins élevées que pour un maïs, avance Nicolas Bornert. C’est donc une bonne solution pour couper les cultures d’hiver et, économiquement, il n’a jamais été une charge. » Le sorgho sera récolté en fourrage, théoriquement début octobre. Il laissera la place aux céréales, sachant que « le sorgho est un très mauvais précédent. Il pompe beaucoup d’eau et sécrète de la sorgoleone, qui a un effet allélopathique », précise Nicolas Bornert. Ceci dit, cet effet est très apprécié dans les systèmes sans labour. Enfin, la tournée s’est achevée par une parcelle de maïs semé en direct après un couvert de céréales de printemps récolté en fourrage et dont les repousses ont été détruites chimiquement au printemps avec 0,5 à 1 l de glyphosate adjuvé. L’itinéraire est identique dans la modalité adjacente où une reprise très superficielle a été effectuée au printemps avec un outil à disque. Le maïs a été semé au MaxEmerge 2 et a bien profité des températures élevées du début de l’été.

Publié le 12/07/2017

L’après-midi a été consacrée à une démonstration de différentes machines en situation réelle.

Photo 1. Utilisé depuis longtemps dans le houblon pour supprimer les jets indésirables, le désherbage thermique est-il transposable dans les vergers ? Oui sans hésitation pour Jean-Marie Felden, de la société Felden Industrie à Wingersheim, qui a conçu et fabriqué ce désherbeur thermique à gaz en étroite collaboration avec les techniciens houblonniers. « Cela nécessitera un travail d’ingénierie assez important, mais cela ne posera pas de problèmes techniques », estime-t-il. Au contraire : « Un tronc d’arbre est plus résistant qu’une liane de houblon… » Et cela pourrait avoir des incidences positives, comme l’élimination des rejets et la destruction des ravageurs, notamment des pucerons lanigères. « Comme il est possible de régler la pression du gaz, on peut aussi intervenir dans les jeunes vergers », précise Jean-Marie Felden. Photo 2. Développé par la société Comac, l’outil de désherbage mécanique NaturaGriff offre la possibilité de travailler un demi-rang, avec un outil positionné à droite ou à gauche, en montage à l’avant, entre les roues ou bien à l’arrière du tracteur. Il offre également la possibilité de travailler simultanément sur deux côtés en un seul passage avec deux outils fixés sur un châssis pendulaire, attelés à l’avant ou à l’arrière, sur le relevage du tracteur. L’outil présenté à Obernai était équipé de chaque côté de deux brosses montées à l’arrière. « La brosse est efficace quelle que soit la hauteur de l’herbe », indique Hubert Preiss. L’idéal, pour lui, est de passer avec les disques en novembre, après la récolte, puis avec les brosses en mars pour niveler. « L’avantage, c’est que la mauvaise herbe repousse dans une terre meuble et qu’elle est plus facile à arracher. Le liseron, le lierre, ça les tire et les broie. » Le passage de la brosse n’a aucun impact sur le système racinaire, précise-t-il. NaturaGriff peut être équipé de brosses, de brosses avec des dents, de lames et d’un rotofil. C’est une machine conçue pour ne pas faire de dégâts dans les plantations, souligne-t-il. « Nous intervenons dans des champs de lavande et des plantations de groseilles. » Photo 3. Léon Durrmann, concessionnaire à Andlau, présentait le pulvérisateur Nicolas dernière génération Air One ADSD, équipé d’une cuve de 2 000 l et d’une ventilation à air double superposé décalé. Cela lui procure une grande souplesse d’utilisation, tout en limitant la dérive verticale. Les Nicojets sont placés dans le flux d’air afin d’obtenir une bonne pénétration et une meilleure diffusion de la pulvérisation dans l’arbre. Photo 4. Techprodis propose une large gamme de produits, allant des équipements de protection individuels à la station de lavage et de remplissage des pulvérisateurs, en passant par le stockage et la rétention des produits phytosanitaires.

Arboriculture fruitière d’Alsace

Une journée entre pros

Publié le 12/07/2017

Mercredi 5 juillet, les arboriculteurs de toute l’Alsace se sont retrouvés au verger expérimental d’Obernai pour une journée consacrée à la pulvérisation. Une journée qui a permis de resserrer les liens entre professionnels malmenés par les aléas climatiques de ce début de campagne.

« Le constat a été dressé il y a trois ans : une certaine distance s’était instaurée entre le verger expérimental et les arboriculteurs, explique Pierre Barth, président de Verexal. Nous organisons des portes ouvertes une fois par an, mais c’est plutôt une journée tournée vers le grand public, même si les producteurs sont cordialement invités à y participer. Nous avons donc décidé d’organiser une journée technique à intervalle régulier. » Cette année, elle est consacrée à la réduction de l’utilisation des produits phytosanitaires. De nombreux thèmes ont été abordés tout au long de la matinée. Denis Litt, préventeur de la Caisse d’assurance accidents agricole du Bas-Rhin, a rappelé que des subventions sont accordées par la Caisse pour l’achat des équipements de protection individuelle. Il a également effectué une démonstration pour mettre en avant l’utilité des gants lors du changement de buses de pulvérisation. « Le Comptoir agricole est intervenu sur l’impact du plan Ecophyto 2 sur la coopérative et les producteurs, en insistant sur les contraintes de résultat », explique Pierre Barth. Enfin, l’assemblée a évoqué la démarche d’homologation des pulvérisateurs à turbine. Désormais, certains pulvérisateurs arboricoles sont officiellement reconnus comme permettant de réduire la dérive des produits phytosanitaires. Optimiser l’eau de traitement Dans la foulée, les différentes méthodes permettant de réduire le nombre d’applications et les doses de produits phytosanitaires ont été passées en revue. Benoît Pintat, gérant de la société Atiben, a par exemple présenté Aquatiben 3 P, un système de préparation et d’optimisation de l’eau de traitement qui permet une réduction significative des doses de produits phytosanitaires. « Il a proposé de mettre en place un essai dans le verger cet automne pour démontrer l’efficacité de ce procédé », indique Pierre Barth. « Nous avons aussi approfondi les alternatives au tout-chimique, comme le désherbage mécanique et le désherbage thermique. Ce dernier est déjà pratiqué dans la houblonnière, et le matériel pourrait aisément être adapté aux vergers. Mais nous nous heurtons à certaines limites : le désherbage mécanique est difficile à mettre en œuvre dans les vergers existants, car le système racinaire est superficiel et les arbres risqueraient d’être endommagés. De plus, il est exigeant en main-d’œuvre, ce qui le rend difficilement rentable. » Lors de l’assemblée générale de Verexal, le président avait insisté sur le fait que l’arboriculture est dépendante des produits phytosanitaires. « Même si les produits sont plus respectueux de l’environnement, plus sélectifs, c’est très compliqué de réduire les doses de 20 à 40 %, à l’instar des grandes cultures. Car on ne peut pas se permettre de perdre une récolte. Cette année, nous avons déjà subi d’importants dégâts de gel. Les fruits à pépins ont été particulièrement touchés : à Verexal, le potentiel de récolte a été entamé de 80 %. » Pour les fruits à noyau, le bilan est plus mitigé. En cerises, la saison s’achève sur une demi-récolte, pour Verexal. Une variété alsacienne de pomme résistante à la tavelure « Les arboriculteurs sont constamment tiraillés entre la contrainte de rentabilité et la pression du prix d’un côté, et la pression environnementale de l’autre. En pommes, cela fait trois ans que la situation est tendue, ça ne motive pas les arboriculteurs à investir dans de nouveaux matériels ou à tester de nouvelles techniques. » En partenariat avec la station expérimentale lorraine, l’Arefe, Verexal veut lancer un nouveau projet visant à réduire l’utilisation de produits phytosanitaires. « Nous avons soumis le dossier à la Région Grand Est, explique Pierre Barth. Nos deux stations se complètent bien : nous sommes plutôt orientés vers les fruits à pépins, les Lorrains vers les fruits à noyau (prunes et mirabelles, notamment). » Pierre Barth fonde beaucoup d’espoir dans la nouvelle variété de pommes résistante à la tavelure, développée en Alsace. « Cela permettrait de supprimer un tiers, voire la moitié des traitements. Nous en avons planté deux rangs l’an dernier à Verexal, à titre d’essai. Cette année, nous effectuerons de nouvelles plantations. C’est la Cuma Alsa Pomme de Brumath qui porte le projet. »

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