Cultures

Campagne de blé 2017

Le rendement par le nombre de grains

Publié le 08/10/2017

Meilleure que celle de 2016, la campagne 2017 s’est caractérisée par son lot de particularités, notamment une fertilisation azotée compliquée à gérer. À l’heure des prochains semis, la Chambre d'agriculture d’Alsace propose de dresser le bilan de cette campagne qui s’achève sur un rendement moyen de 78 q/ha.

En préambule, rembobinons le film en arrière. Les préparations de sol et les semis ont été effectués dans de bonnes conditions. Il y a donc eu peu de pertes à la levée. Puis, l’hiver est arrivé, et avec lui le froid. Conséquences : « Une pression des pucerons limitée, des blés peu développés à l’entrée de l’hiver, un fond de cuve de septoriose quasiment inexistant », détaille Mickaël Haffner, conseiller agricole à l’Adar de l’Alsace du Nord. Les mois de décembre et de janvier se sont caractérisés par la rareté des précipitations, qui n’ont pas permis de recharger la réserve hydrique des sols. La sortie d’hiver s’est caractérisée par une période de tallage courte, qui s’est traduite par un nombre réduit de talles, ce qui explique que peu d’épis sont arrivés à montaison. Les premiers apports d’azote réalisés au mois de février ont été bien valorisés car suivis de précipitations. Ce qui n’a généralement pas été le cas des deuxièmes apports, rarement suivis de précipitations, le mois d’avril ayant été peu arrosé. Le retour des pluies fin avril - début mai a permis de valoriser les deuxième et troisième apports simultanément. Fin avril, un épisode de gel tardif a frappé l’Alsace, avec des dégâts qui sont restés très localisés sur blé et orge, suivi par un mois de mai arrosé, avec des températures moyennes relativement élevées pour la saison. La période qui sépare l’épiaison de la floraison a été assez brève. Et la floraison s’est déroulée en l’absence de précipitations, laissant augurer d’une faible pression en fusariose. Les conditions de fécondation étant idéales, la fertilité a été très bonne, se traduisant par un nombre de grains élevé par épis, ce qui a compensé le faible nombre de talles. Le mois de juin, avec des températures relativement élevées, a fait courir un risque d’échaudage. La récolte s’est déroulée dans de bonnes conditions. Et se solde par un rendement moyen pour l’Alsace de 78 q/ha, de bons PS (à 78 - 82 pour les premiers battages, puis 4 à 6 points de moins suite au retour des précipitations), et une bonne teneur en protéines. Beaucoup - voire trop - de grains Le graphique ci-dessus permet d’étudier la mise en place des différentes composantes du rendement en 2017 par rapport à la moyenne sur la période 2011-2015. Le faible nombre d’épis par mètre carré trouve son origine dans l’installation rapide et intense des températures hivernales, qui a conduit à des blés peu développés en entrée d’hiver. Suivi d’un intervalle court entre la reprise de végétation et la montaison. Ainsi la période de tallage a été réduite et ce potentiel n’a pu complètement s’exprimer. Les nombres de grains par mètre carré et par épi sont en hausse parce qu’à la période stratégique de la méiose, c’est-à-dire lors de la formation des grains de pollen, les conditions ont été optimales. Celles-ci l’ont également été durant la période qui sépare l’épiaison de la floraison. Par contre le poids de mille grains apparaît en baisse. « C’est la conséquence de plusieurs pics de températures supérieures à 25 °C qui ont impacté le remplissage des grains. Cependant, le rendement final n’aurait peut-être pas été meilleur sans ces conditions échaudantes, avance Mickaël Haffner. En effet, il y avait tellement de grains à remplir que les plantes n’auraient peut-être pas pu combler les besoins en remplissage de chaque grain. »

Betteraves sucrières

Tous contre la cercosporiose !

Publié le 06/10/2017

Le service agronomique de Cristal Union et l’équipe agrobetteravière de la sucrerie d’Erstein, en collaboration avec les sociétés SESVanderHave et Syngenta, ont organisé une rencontre technique sur le thème de la cercosporiose dont la virulence croît chaque année en Alsace depuis quatre ans. Plus d’une centaine d’adhérents sont repartis avec de nouvelles clés pour maîtriser cette maladie en Alsace.

La cercosporiose. C’est la bête noire des betteraviers alsaciens. Car la maladie est désormais très présente sur l’ensemble du territoire, et particulièrement dans les secteurs irrigués. En outre, les fortes attaques de 2016 et 2017 ont mis à jour des souches de champignon résistantes aux fongicides. L’homologation du cuivre pour lutter contre la maladie aide beaucoup les betteraviers. Mais il faut aller plus loin, notamment en matière de génétique. « De nouvelles variétés arrivent sur le marché, avec des différences de comportement importantes. Il nous a donc paru important de faire le point sur la maladie », indiquait Michel Butscha, adjoint au responsable du service agrobetteravier de la sucrerie d’Erstein, en préambule de cette rencontre technique. Des outils de suivi de la maladie existent, comme CercoTOP, mais « doivent encore être optimisés pour accroître leur précision dans la détermination de l’apparition de la maladie, ce qui permettra d’améliorer le positionnement des traitements parfois trop tardifs ». En effet, pour lutter efficacement contre la cercosporiose, il s’agit de commencer à traiter avant même l’apparition des symptômes : « Si on voit des taches, il est trop tard, on ne fera plus que courir derrière la maladie », commente Michel Butscha. Autre problème : la cercosporiose n’est pas le seul ennemi de la betterave. « On ne peut pas relâcher la pression sur les autres parasites. Il s’agit donc de privilégier des variétés qui cumulent plusieurs tolérances », estime Michel Butscha. Et donc aussi accepter la baisse du potentiel de rendement de ces variétés multitolérantes. « C’est un virage à prendre pour être plus serein à l’avenir. Car sachant que la multiplication des traitements n’est pas une solution envisageable, ce n’est que par la génétique que la lutte progressera », estime Michel Butscha. Qui déroule une série de scénarios, avec des variétés plus ou moins tolérantes, des stratégies de traitements plus ou moins coûteuses et plus ou moins efficaces. Et dont il ressort que la marge est plus intéressante dans les stratégies utilisant des variétés tolérantes à la cercosporiose. Car leur moindre productivité est compensée par des traitements moins coûteux et/ou par une perte de rendement imputable à la cercosporiose moins importante qu’avec une variété sensible. Résistance multigénique Camille Barre, sélectionneuse au sein de la société SESVanderHave, a détaillé le mode d’action de l’agent pathogène, qui entre dans les plantes en passant par les stomates, puis se développe entre les cellules. Avec la lumière et la chaleur, le champignon va produire de la cercosporine, une phytotoxine qui va tuer les cellules des feuilles. Le champignon se développe d’abord dans les feuilles les plus anciennes, puis sporule et s’attaque aux feuilles nouvellement émises par la betterave. Mais pour produire de nouvelles feuilles, la betterave puise dans ses réserves, d’où les pertes de rendement enregistrées. Pour élaborer de nouvelles variétés, combinant tolérance à la cercosporiose et rendement, la société SESVanderHave met à profit les avancées permises par les nouvelles technologies. Les notations sont effectuées à partir d’images acquises par des caméras embarquées dans des drones. La présence de gènes de résistance dans le matériel végétal est vérifiée par des analyses moléculaires, ce qui permet d’accélérer le cycle de sélection. « Notre objectif est d’aboutir à une résistance multigénique, avec plusieurs gènes qui font barrière à l’agent pathogène. Il s’agit d’une résistance plus stable, plus difficile à contourner, mais aussi plus lente à transférer », indique Camille Barre. C’est pourquoi regrouper des gènes de résistance dans du matériel végétal constitue l’un des axes de travail du projet Aker, qui vise à améliorer la compétitivité de la betterave. Une résistance aux strobilurines exponentielle Si la lutte génétique progresse, la lutte chimique reste un complément indispensable. Il est donc nécessaire de gérer les problèmes de résistance aux fongicides afin de maintenir la productivité de la culture. « Des isolats de l’agent pathogène résistants à différentes familles chimiques existent naturellement, indique Frédéric Cannaert, chef de marché betterave chez Syngenta. C’est la pression de sélection exercée par certaines pratiques agricoles qui peut faire basculer l’équilibre entre les différents isolats, conduisant au développement de résistances et à une baisse d’efficacité des fongicides. » Un phénomène qui peut être accéléré par une mauvaise utilisation des fongicides. Il s’agit donc de veiller à les utiliser « au bon moment, à la bonne dose, à la bonne cadence, et avec une bonne qualité de pulvérisation ». (NDLR : lors de cette réunion, les coopérateurs ont d’ailleurs pu observer, grâce à un dispositif de démonstration, comment optimiser la qualité de pulvérisation et limiter les effets de la dérive.) Malgré ces mesures de précaution, la résistance de l’agent de la cercosporiose aux strobilurines est exponentielle : « De 9 % d’isolats résistants en 2013, nous sommes passés à 88 % d’isolats résistants en 2017 », indique Frédéric Cannaert, sachant que les prélèvements sont effectués là où des cas sont soupçonnés. Afin d’élargir l’éventail des solutions de lutte chimique, Syngenta a déposé une demande d’autorisation de mise sur le marché pour un produit phytosanitaire associant deux formes de cuivre à d’autres matières actives présentant différents sites d’action dans la cellule. Un produit qui pourrait être commercialisé en 2019, voire avant. Un paquet génétique lourd à porter Ce produit, qui vient d’obtenir une dérogation temporaire pour cet usage, a d’ailleurs été testé cette année dans un essai portant sur la stratégie de lutte fongicide réalisé à Schoenau. Si l’essai a confirmé l’efficacité du produit, il n’en reste pas moins que son application correspond à une forte dose de cuivre, dont le devenir dans le sol pose question. Des alternatives au cuivre ont donc été testées, avec parfois des résultats encourageants, constituant autant de pistes à creuser. Conduits par William Huet, responsable du département agronomie et services aux adhérents du groupe Cristal Union, les planteurs ont ensuite pu visiter la plateforme qui présente plus de 88 variétés : « Cette parcelle a dû être traitée, sinon on n’aurait rien vu tellement la pression en cercosporiose était importante, a-t-il indiqué. Il faut surtout regarder ce qui a été perdu au niveau des feuilles, parce qu’une betterave peut être verte parce qu’elle a émis de nouvelles feuilles. Mais cela se traduira par une perte de richesse. » Au fil des variétés, il commente : « En plus d’être tolérante à la cercosporiose, la variété idéale devrait aussi l’être au rhizoctone, à la rhizomanie, aux nématodes… Ça fait un paquet génétique lourd à porter. »

Publié le 05/10/2017

La campagne betteravière a démarré le 12 septembre et se terminera début janvier 2018. Une campagne plus longue que les précédentes donc pour les planteurs qui approvisionnent l’usine d’Erstein, situés sur une vaste zone couvrant l’Alsace, la Moselle et les territoires frontaliers allemands. Une zone qui a d’ailleurs enregistré cette année une augmentation des surfaces dédiées à la betterave de 10 % en moyenne. À la fin de cette semaine (semaine 40), 20 % des surfaces auront été arrachées. Le rendement s’établit à ce jour à environ 78 tonnes à 16 ° à l’hectare, pour une richesse moyenne de 17,50 °, après une semaine remarquable à près de 18 °. Les betteraves qui ont jusqu’ici approvisionné la sucrerie sont propres, grâce aux très bonnes conditions d’arrachage fin septembre et au chargement par avaleurs. Les pluies annoncées sont cependant les bienvenues car les sols commencent à devenir très secs. C’est donc un bon démarrage de campagne pour la sucrerie d’Erstein.

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