Cultures

Publié le 19/10/2017

La campagne de blé 2017 s’est caractérisée par une très faible nuisibilité des maladies, qui permettait de réaliser des impasses sur les traitements fongicides dans la très grande majorité des cas. Cependant, la prudence reste de mise et la tolérance des variétés aux maladies doit rester un critère prioritaire lors du choix variétal.

Face à la faible pression en maladies cryptogamiques sur blé cette année, « les différents prescripteurs avaient des points de vue différents sur les stratégies à adopter », constate Laurent Fritzinger, conseiller agricole à l’Adar de l’Alsace du Nord. La Chambre d'agriculture d’Alsace était, dans la majorité des situations, partisane des impasses. Laurent Fritzinger justifie : « Il n’y avait que quelques foyers de rouille jaune, car le rayonnement important a limité le développement de l’agent pathogène. La rouille brune, la septoriose et la fusariose étaient très rares. Ce faible niveau de pression s’est traduit par une nuisibilité très faible, de 4 à 5 q/ha, contre 30 q/ha en 2016. » Les symptômes les plus marqués de l’année ont donc été ceux dus à l’oïdium, des taches physiologiques, et des dégâts de gel très localisés. Pour Laurent Fritzinger, avec un risque climatique faible, et en l’absence de symptômes, les impasses sur les traitements, que ce soit contre les maladies foliaires ou des épis, se justifiaient dans la grande majorité des cas. « Dans nos essais nous avons procédé à des traitements qui se sont traduits par une contre-performance économique de 50 à 130 €/ha de dépense en produits phytosanitaires qui n’ont pas permis de significativement améliorer le rendement. Sauf sur la variété SY moisson, très sensible à la septoriose, qui valorise un peu un traitement contre les maladies foliaires. » Même constat pour les traitements visant la fusariose. Conclusion de Laurent Fritzinger : « Ces résultats valident à nouveau notre grille de décision ». Variétés : un choix très personnel La Chambre d'agriculture a mis en place des essais variétaux sur trois sites. Les préconisations émises (résumées dans le schéma ci-contre) regroupent les variétés qui ont donné de bons rendements sur chaque site, et chaque année (l’année 2016 a été exclue de l’analyse des données en raison de sa particularité). De la compilation des données récoltées, il ressort que les variétés orloge, pibrac et absalon combinent un rendement et une teneur en protéines supérieurs à la moyenne. En effet, la tendance générale est à une dilution de la teneur en protéines avec l’augmentation du rendement. Parmi les nouvelles variétés mises sur le marché figure orloge, qui cumule une tolérance un peu trop limite à la verse, à la septoriose et à la fusariose. Filon et chevignon semblent plus tolérantes à la septoriose, et affichent un bon comportement vis-à-vis de la rouille jaune. « Il y a des nouveautés intéressantes en septoriose, mais aucune avec un bon profil confirmé face à la fusariose, sauf peut-être chevignon, mais cela reste à confirmer lors des prochaines campagnes », conclut Mickaël Haffner. Quoi qu’il en soit, aucune variété n’étant parfaite, les conseillers préconisent de les choisir en fonction des caractéristiques et des objectifs principaux de chaque exploitation : date de semis, productivité régulière, tolérance à la septoriose, profil DON, teneur en protéines, tolérance à la verse ou au chlortoluron. Quant à la densité de semis, ils préconisent de l’augmenter en cas de semis tardif, afin d’assurer le nombre de plants par mètre carré en sortie d’hiver. Et d’augmenter la densité de semis de 50 grains par mètre carré en mauvaises conditions.

Publié le 17/10/2017

Lors de sa journée technique, Agro 67 a livré les secrets d’une culture réussie de maïs waxy. Pleins feux sur ce maïs aux propriétés particulières qui le rendent très prisé des amidonniers.

Waxy est un terme anglais qui signifie « cireux », expliquent Mathieu Riedinger et Thomas Frison, technico-commerciaux chez Agro 67. Le caractère waxy est lié à l’expression d’un gène porté par le chromosome 9. Il est présent à l’état naturel dans certaines populations de maïs chinois. Il s’agit d’un caractère récessif. Ce gène a été transféré dans des variétés de maïs standard par rétrocroisements successifs dans le génome d’hybrides classiques. Un hybride waxy est un maïs dont les deux parents possèdent un gène introduit par back cross, qui modifie la structure de l’amidon du grain. De ce fait, l’amidon d’un hybride waxy est entièrement constitué d’amylopectine alors qu’un maïs classique est constitué à 70-75 % d'amylopectine et à 25-30 % d’amylose. Quelles utilisations pour le maïs waxy ? À l’origine, les amidonniers européens faisaient venir le maïs waxy par bateau des États-Unis. À la fin des années 1990, les semences de maïs waxy ont ensuite été importées en France, où elles étaient cultivées dans le Sud Ouest, mais peu à peu les régions du bassin méditerranéen et de l’Europe de l’Est ont commencé à la cultiver. Puis l’interdiction des OGM a obligé de plus en plus les firmes semencières à produire leurs semences en Europe, de manière à respecter la norme exigée par tous les amidonniers d’une teneur en OGM des maïs inférieure à 0,1 %. Pour sécuriser la production, les amidonniers européens ont instauré le système de prime qui permet de compenser la différence de rendement avec la variété classique et les frais de séchage supplémentaires. Aujourd’hui, la France est, avec l’Italie, le principal pays producteur de l’Union européenne, cette culture s’étant peu à peu déplacée vers le nord du pays avec l’apparition de variétés plus précoces. Le marché waxy progresse de 2 % par an. Quelque 230 000 tonnes de maïs waxy sont transformées chaque année par les amidonneries. Son amidon est principalement utilisé pour les produits préparés (sauces, plats pour bébés) et en papeterie (cartons alvéolés). Contrairement aux amidons de maïs et de blé ou aux fécules, ce produit retrouve ses propriétés originelles après congélation et décongélation. Sa tendance à gélifier est presque nulle, sa consistance est onctueuse au refroidissement et sa saveur neutre ne masque pas les arômes, ce qui en fait un produit très apprécié dans l’agroalimentaire, la pâtisserie industrielle, etc. La société Agro 67, filiale de la ZG Raiffeisen, a collecté l’an dernier 9 000 t de maïs waxy. Cela représentait 20 % de la collecte totale de maïs. « Nous avons un silo entièrement dédié au maïs waxy à Reichstett, ainsi qu’un séchoir dédié à Karlsruhe. Nous payons une prime de 20 €/t pour le maïs waxy. » Veiller à la pureté variétale au champ Qui dit rémunération dit contraintes. La parcelle doit être de taille conséquente, en raison de l’obligation de détourage. Il faut ensuite semer des variétés spécifiques et bien nettoyer le semoir après le semis de maïs classique, pour éviter toute contamination. Enfin, il faut prévoir une manutention séparée : le maïs waxy est livré départ champ ou au silo sécheur de Reichstett. Avant la récolte proprement dite, il faut isoler les parcelles en les détourant, pour garantir une pureté optimale. « Une pureté de 98 % est exigée par les amidonniers. Si elle est inférieure à ce seuil, le maïs est déclassé en maïs standard. Et adieu la prime ! » Pourquoi faire un détourage ? Le gène waxy est récessif, contrairement au maïs corné, où le gène est dominant. Il faut donc que le mâle et la femelle portent le gène récessif. Or le pollen des variétés de maïs standards peut voler à une distance de 100 m. En cas de contamination, le maïs ne sera pas waxy. Les techniciens d’Agro 67 conseillent une technique de détourage qui a fait ses preuves : enlever douze rangs si du maïs standard se trouve à proximité ; enlever six rangs à proximité d’un chemin ou d’une route ; le détourage n’est pas nécessaire si la parcelle de maïs est bordée par du blé ou d’autres cultures. Le détourage doit être effectué la veille de la récolte. Un kit à iode permet de tester la pureté du maïs waxy, mais cette méthode n’est pas infaillible. Si le maïs est waxy, la couleur de la pulvérisation à l’iode reste violette. Si elle devient noire, c’est qu’on est en présence de maïs standard. « Tous les lots sont vérifiés à l’arrivée au silo. » Ces précautions ont fait leurs preuves : « Tous les lots que nous avons livrés ont été acceptés. » Vincent Weureuther, directeur commercial d’Agro 67, met les agriculteurs en garde : « Seuls les tests réalisés lors de la réception au silo permettront de déterminer si le maïs est waxy ou pas ». Les agriculteurs qui ont assisté à cet atelier ont pu visiter la vitrine mise en place par Agro 67, qui présentait les quatre variétés de maïs waxy qu’elle commercialise, le Cobalt waxy, le PR 38A75, le Pioneer P 8012E et le DKC 4590 waxy. « Les maïs waxy sont en train d’être fauchés et, selon les premiers retours, les rendements sont au rendez-vous », indique Vincent Weureuther.

Choucrouterie Baur à Blaesheim

La dernière campagne choucroutière

Publié le 16/10/2017

La famille Baur, à Blaesheim, ferme un chapitre de son histoire. Créée en 1948, la choucrouterie Baur achève actuellement sa dernière campagne. Retour sur 70 années de passion choucroutière.

« La choucrouterie Baur a été créée en 1948 par mon père et mon grand-père, explique Jacques Baur. Mon grand-père cultivait déjà du chou auparavant et le livrait aux choucroutiers de Strasbourg. » Les six premières cuves ont été construites en 1948. « L’entreprise s’est agrandie progressivement, en ajoutant de nouvelles cuves, en 1952 et 1956. » En 1964, quatre cuves supplémentaires viennent s’y ajouter, suivies de cinq cuves en 1969. « Je me suis installé en 1972, explique Jacques Baur, mon frère, Jean-Philippe en 1976. » C’est cette année-là qu’est créé le Gaec du Gloeckelsberg, dont les associés sont le père, Paul, et les deux fils, Jacques et Jean-Philippe. De gros investissements sont réalisés deux ans plus tard : « Nous avons mécanisé la récolte de chou à choucroute et modernisé la transformation ». « Nous nous sommes mariés en 1970, poursuit Adeline Baur. J’ai travaillé dans un cabinet d’expertise comptable jusqu’en 1973 et me suis dès lors impliquée dans la gestion de la choucrouterie, dont je tenais déjà la comptabilité. Et je donnais un coup de main sur l’exploitation. Je sais ce que c’est de récolter des choux à la main… » À partir de 1982, sa belle-sœur, Denise, rejoint à son tour l’entreprise familiale pour s’occuper de la facturation. Création des Ets Paul Baur en 1984 « À cette époque, la choucrouterie était en nom personnel », explique-t-elle. Elle est transformée en SARL en 1984 et prend le nom d’Ets Paul Baur, la gérance étant confiée aux deux belles-filles, Adeline et Denise. « C’est là que nous nous sommes vraiment spécialisés dans la choucroute, précise Jacques Baur. Pour élargir notre clientèle, nous avons racheté plusieurs fonds de commerce, comme les sociétés Felden à Holtzheim, Speiser à Ostwald et Schneckenberger à Strasbourg - la célèbre Choucrouterie, aujourd’hui cabaret spectacle. » Le rachat de ces deux dernières entreprises a permis à la choucrouterie Baur d’effectuer des tournées auprès des boucheries, restaurants, restauration collective, grossistes et GMS dans un rayon d’une centaine de kilomètres, jusqu’en Lorraine et même en Allemagne. « C’est Jean-Philippe qui s’est occupé de ces tournées. Moi, je me suis consacré à l’agriculture et à la transformation à la choucrouterie. Les très bonnes années, nous avons planté jusqu’à 45 ha de choux et nous avons produit 2 400 t de choucroute, voire plus, car nous achetions du chou à d’autres producteurs. » Le colza remplacera bientôt le chou Jacques Baur a décidé de « raccrocher » à la fin de la saison. « Cinquante années, cela suffit. J’ai planté mes premiers choux à 17 ans et j’en ai 67 aujourd’hui ! » Le fonds de commerce a été vendu à la choucrouterie René Weber et fils à Krautergersheim. La choucrouterie, quant à elle, sera démolie : un promoteur immobilier l’a rachetée pour y construire un ensemble résidentiel. L’arrêt de la culture du chou ne signifie pas la fin de l’exploitation. Jacques Baur continuera à faire tourner l’exploitation agricole avec son frère. Une exploitation de 110 hectares, où le colza succédera au chou comme troisième culture, diversité de l’assolement oblige. « Je n’en avais pas cultivé depuis 50 ans. » Comme ces deux plantes font partie de la famille des crucifères, elles ne font pas bon ménage… « Nos enfants ne voulaient pas poursuivre l’activité de transformation. » Ce n’est pas sans un petit pincement au cœur que la famille Baur tourne la page du chou à choucroute. « Nous avons conduit des essais variétaux avec la société semencière Bejo pendant 42 ans, se rappelle Jacques Baur. Et j’ai de tout temps été le responsable technique du chou à choucroute pour la profession, en travaillant en étroite collaboration avec le Suad de la Chambre d’agriculture et ensuite avec Planète Légumes. » Quant à Adeline Baur, elle a présidé l’Association de valorisation de la choucroute d’Alsace (AVCA) qui a mis en place le cahier des charges choucroute d’Alsace.

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