Cultures

Dephy Tour. Ferme Wild à Merxheim

Une « prise de risque » payante

Publié le 08/12/2017

Le 22 novembre, la ferme Wild située à Merxheim ouvrait ses portes dans le cadre du Dephy Tour organisé par la Chambre régionale d’agriculture Grand Est. Principal constat : d’excellentes performances économiques malgré une diminution drastique des produits phytosanitaires utilisés.

« Ce n’est pas réservé à une élite. » En tant qu’animateur du réseau des fermes Dephy dans le Haut-Rhin, Jean-François Strehler commence à avoir un certain recul sur la faisabilité de réduire ou non l’utilisation des produits phytosanitaires au sein de son exploitation. Comme il l’explique en préambule des portes ouvertes organisées le 22 novembre à la ferme Wild, à Merxheim, 70 % des fermes du réseau Dephy au niveau national ont réussi à diminuer leur IFT (indice de fréquence de traitement). Et, pour 80 % d’entre elles, cette baisse d’IFT n’a pas entraîné de baisse de la marge brute. Dans plusieurs cas, celle-ci s’est même améliorée. Ce dont peut témoigner Jean-Marc Wild, qui fait partie des treize fermes volontaires Dephy du Haut-Rhin. L’apparition de la chrysomèle comme élément déclencheur Au départ, c’est l’apparition de la chrysomèle en 2003 qui l’a poussé à diminuer ses intrants. « En raison des problèmes de trésorerie rencontrés cette année-là, j’ai commencé à réduire leur utilisation », se rappelle-t-il. Aujourd’hui, il n’utilise plus que 10 % de la quantité de phosphore et de potasse qu’il appliquait à cette époque. Il poursuit dans cette démarche en 2007 lorsqu’il abandonne la betterave pour faire plus de maïs, soit 80 hectares sur les 100 que comptait son exploitation. Comme il le souligne, « le maïs est la culture qui utilise le moins de produits phytosanitaires : il n’a pas besoin de fongicide, et on peut pratiquer la lutte intégrée. Je suis passé de deux palettes de produits phytosanitaires pour la betterave à une demi-palette pour le maïs. » En 2008, il souscrit à une MAET, puis, en 2010, il crée un GIE avec dix autres agriculteurs pour installer un réseau d’irrigation permettant d’alimenter en eau 230 ha à Merxheim et alentours. Depuis qu’il a intégré le réseau Dephy, Jean-Marc Wild a considérablement fait évoluer son système de culture passant d’une monoculture de maïs à un système 5 maïs + 1 blé (arrêté chrysomèle de 2011), puis ajoute du tournesol semences en 2013, pour arriver à un système MAEC en 2016 avec cinq cultures différentes (maïs sur 60 ha, blé sur 20 ha, tournesol semences sur 10 ha, soja sur 10 ha et pommes de terre sur 10 ha). Des leviers « accessibles à tous » Les résultats présentés à ces portes ouvertes couvraient une période allant de 2014 à 2016. Trois années pendant lesquelles Jean-Marc Wild a réussi à maintenir un IFT toujours inférieur à l’IFT de référence, que ce soit en blé, en maïs et en soja, même si les résultats sont moins parlants sur cette dernière culture étant donné le manque de recul comparé aux deux autres. Pour y parvenir, il a utilisé plusieurs leviers. Le premier, c’est « les yeux », confie Jean-François Strehler. « On commence déjà par aller observer directement dans la parcelle s’il y a des maladies et des mauvaises herbes. Ensuite, il y a des outils comme le Bulletin de santé du végétal, le Flash Culture, des brochures ou des logigrammes qui indiquent s’il faut traiter ou non. » Pour lutter contre les adventices et les ravageurs sur ses blés, Jean-Marc Wild sème habituellement après le 20 octobre. « Il n’y a ainsi pas de levée de mauvaises herbes à l’automne, ou très peu, et pas de problème de pucerons. Dans ce cas, on peut faire l’impasse sur le désherbage chimique au printemps qu’on compense avec un passage de herse étrille quand c’est possible. » Jusqu’à maintenant, Jean-Marc Wild faisait l’impasse sur le traitement contre la pyrale pour ses maïs. Mais suite à une forte pression observée en 2017, il envisage d’utiliser des trichogrammes lors de la prochaine campagne. Contre la verse, il est très attentif à ses choix variétaux. Un point également essentiel lorsqu’il s’agit de lutter contre la septoriose et la fusariose. Il est aussi attentif à la densité de semis et utilise presque systématiquement le binage dans ses parcelles de maïs. « Ce sont des leviers utilisables par tout un chacun », insiste Jean-François Strehler. Concernant les traitements, il convient de les faire au bon moment et dans les bonnes conditions pour qu’ils soient réellement efficaces. « S’il y a un peu de vent, s’il fait trop chaud, ou s’il n’y a pas assez d’hydrométrie, je n’y vais pas. La plupart du temps, je dois traiter la nuit pour que ce soit vraiment efficace. Et pour le maïs, je n’y vais qu’à partir du stade 2-3 feuilles », révèle Jean-Marc Wild. Moins de charges, plus de marge En réduisant son IFT, l’exploitant de Merxheim obtient toujours de très bons rendements, bien que légèrement inférieurs à ceux fournis par le service économie et gestion de l’entreprise (EGE) de la Chambre d'agriculture pour des exploitations de typologie similaire à celle de Jean-Marc Wild. Un écart de quelques quintaux qui ne nuit pourtant pas à la marge brute finale de l’exploitation (voir tableaux). À chaque fois, celle obtenue par l’exploitant est supérieure à la marge EGE. « Ce qui joue beaucoup au final, c’est la réduction des charges. Cela ne touche pas que les phytosanitaires, mais tous les produits. Et comme on peut le constater, la marge qui reste à l’agriculteur à la fin, et donc ce qui le fait vivre, est supérieure, même avec des rendements un peu moins bons. Ce n’est pas incompatible », poursuit Jean-François Strehler. Il reconnaît cependant un aspect fondamental : la réduction des charges, c’est un état d’esprit à avoir. « C’est une prise de risque, c’est vrai. Certains sont prêts, d’autres moins. Et la perception du risque est très personnelle. Mais dans le cas présent, on remarque que les efforts et la prise de risque sont payants à l’arrivée. »

Premier lancement des champignons d’Alsace

« La proximité et la fraîcheur sont nos atouts »

Publié le 07/12/2017

L’Interprofession des fruits et légumes d’Alsace a organisé sa première journée de présentation des champignons d’Alsace à la Ferme Burgaentzlen située à Colmar. L’occasion de découvrir une filière qui a fait de la proximité et de la fraîcheur ses principaux atouts face à la concurrence venue d’ailleurs.

Pas besoin d’aller jusqu’à Paris pour trouver de bons champignons. À Colmar, la Ferme Burgaentzlen propose depuis plus de 35 ans des produits au moins aussi bons, la fraîcheur et la proximité en plus. « On était précurseur, on a dû tout apprendre sur le tas », témoigne Robert Burgaentzlen, lors de la première journée de lancement organisée le 23 novembre par l’Interprofession des fruits et légumes d’Alsace (Ifla). C’est Melmin Holzic qui gère quotidiennement la Ferme Burgaentzlen. Venu du Monténégro avec son épouse, il a pris le relais de Robert Burgaentzlen il y a dix ans. « Mes enfants ne souhaitaient pas continuer. Grâce à Melmin, cette exploitation maraîchère peut continuer à exister. » Contrairement aux champignons qui poussent en région parisienne, ceux de l’exploitation colmarienne poussent dans trois salles où l’humidité, la lumière et la température sont soigneusement calibrées pour permettre un développement optimal. Le tout sans le moindre traitement, insecticide ou fongicide. « On n’est pas bio, mais c’est tout comme », poursuit-il. Une fraîcheur « inégalable » La production de champignons représente 30 % du chiffre d’affaires de l’exploitation devant les endives (25 %), les salades (25 %), et les légumes de saison. Environ 4 tonnes sont produites chaque semaine pendant 10 mois. En juillet et août, la production s’arrête, la rentabilité n’étant plus intéressante au vu des frais de climatisation nécessaires pour maintenir une température adéquate. Les cueillettes se font en continu du lundi au samedi, garantissant une fraîcheur « inégalable » lors de la livraison dans les différents points de ventes (grandes surfaces colmariennes, marchés mulhousiens, restaurateurs par le biais de Metro). Si elle bien représentée à Colmar, la culture de champignons alsacienne dispose aussi d’un ambassadeur de qualité dans le Bas-Rhin avec Martin Schwaerderlé. Depuis plus de vingt ans, son exploitation située à Geispolsheim produit 40 tonnes de pleurotes et de lentins du chêne tous les ans. Contrairement à la Ferme Burgaentzlen, la quasi-majorité de la production (environ 95 %) de Martin Schwaerderlé est transformée directement pour être vendue dans des plats sous la marque Champichoux. Tourtes, nems, quiches, salades, spaetzle, lasagnes ou apéritifs font partie des nombreux produits vendus, là encore, en circuit court. « Cela fonctionne car les consommateurs souhaitent un produit du terroir sur lequel il habite. D’où l’intérêt de continuer à communiquer sur les territoires plutôt que sous une étiquette Grand Est », ajoute le président de l’Ifla, Pierre Lammert.

Publié le 01/12/2017

L’Organisation professionnelle de l’agriculture biologique en Alsace a profité du Mois de la bio pour lancer les bases d’une filière céréales bio. En ligne de mire, l’approvisionnement des transformateurs de produits d’épicerie bio. Vendredi 17 novembre, producteurs de céréales, collecteurs et transformateurs se sont retrouvés au moulin Kircher d’Ebersheim pour trouver des solutions.  

Qui veut d’une filière céréalière bio ? Les moulins alsaciens. Car si la demande de farines bios explose, les producteurs d’Alsace ne sont pas assez structurés pour répondre aux exigences des transformateurs. Conséquence, ils passent à côté d’un marché juteux. L’Organisation professionnelle de l’agriculture biologique en Alsace (Opaba) a tenté de remédier à ce problème via une table ronde entre tous les acteurs de la chaîne de production, au moulin Kircher, mi-novembre. Les produits d’épicerie arrivent à la quatrième place des aliments bios les plus consommés en France. De quoi attirer les convoitises pour la production de pains et autres huiles. D’autant plus qu’au premier semestre de cette année, la consommation bio totale a bondi de 20 %. Pourtant, en Alsace, les moulins ont du mal à trouver des fournisseurs. En cause, l’absence de filière céréales bio capable de fournir des grains de qualité et en quantité. Si bien que les transformateurs vont voir ailleurs. En Lorraine ou plus loin. « On a réappris à trier » À Ebersheim, Jean Kircher transforme 1 000 tonnes de farine bio par an. Le patron de la minoterie se fournit depuis des années chez Probiolor, une coopérative basée sur l’autre versant des Vosges. L’avantage par rapport à des contrats passés en direct avec les agriculteurs ? Qualité et régularité. « Au sein de notre coopérative, on a réappris à trier, car il garantit un grain de qualité », explique Claude Choux, président du groupement. De plus, les agriculteurs associés dépassent des obstacles logistiques insurmontables pour des paysans isolés. La clé, les fermes relais. Des exploitations spécialisées dans un domaine à côté de leurs activités habituelles. Triage, stockage, elles servent de vrais points d’appui à la coopérative, disséminées partout sur son territoire. « Notre plus gros client commande 6 000 t par an, hors de question de gérer ce flux avec 10 t par ci, 15 t par là, démontre le coopérateur. De plus, il s’agit d’effectuer des livraisons de qualité égale. » Chaque chargement qui part doit être le plus proche possible du suivant. Et cette qualité de service importe beaucoup à Jean Kircher. « Ici, nous pouvons nettoyer le grain, afin d’éliminer les dernières impuretés, mais pas le trier », remarque le chef d’entreprise. De ce fait, il repère tout de suite les arrivages de moins bonne qualité. « Quand on nettoie deux, trois fois et que le résultat n’est toujours pas satisfaisant, on a l’impression de s’être fait avoir. » Autre avantage d’une filière structurée, se décharger des soucis commerciaux. « Quand on passe en bio, il faut savoir anticiper, explique Danaé Girard, de l’Opaba. Cet été, j’ai reçu une dizaine d’appels de producteurs sur leurs moissonneuses-batteuses qui me demandaient où ils pourraient vendre leur récolte ! » Trop tard, évidemment. L’Opaba a bien édité des fascicules avec les contacts des collecteurs et transformateurs, mais cela ne suffit pas. Le sol alsacien, un don empoisonné ? Tout pousse vers la construction d’une filière. Dès lors, quels sont les freins à une telle organisation ? Ils seraient principalement culturels, selon Claude Choux. « L’Alsace a un si bon terroir que les exploitants ne sentent pas la nécessité de s’organiser. Quand c’est facile, on ne se pose pas de question. » Et le Lorrain d’ajouter avec une pointe de malice : « Mais les mauvaises années, c’est la panique totale et je suis inondé d’appels d’agriculteurs alsaciens ». Un écueil plus préoccupant se cache du côté des consommateurs. Selon Jean Kircher, les transformateurs comme lui veulent augmenter leur production bio, mais il ne sait pas s’il trouverait preneur pour de plus gros volumes. « Aujourd’hui, mes clients achètent mes produits bios car ils sont bons, parce que c’est du Kircher. Pas parce qu’ils sont bios. » Pour le meunier, il faut convaincre les gens de payer quelques centimes de plus pour manger bio. Pour ce faire, le minotier va commercialiser un pain 100 % bio et alsacien. Une manière d’introduire le bio via un autre argument en plein boom. Le manger local.

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