Les agriculteurs du réseau Base Alsace se sont récemment retrouvés pour visiter des parcelles de maïs. A priori, rien ne les distingue. Pourtant elles ont toutes été implantées avec des techniques différentes. Preuve que les méthodes alternatives au labour peuvent fonctionner !
TCS, semis direct, strip-till, green tillage… les méthodes alternatives au labour pour implanter du maïs sont nombreuses et déclinables à l’envi en fonction des contraintes pédoclimatiques et des objectifs de chacun. C’est ce que la visite de parcelles de maïs organisée par le réseau Base Alsace a démontré.
Le green-tillage, du strip-till à l’envers
La visite débutait à Landersheim, sur une parcelle que Christophe Diss décrit comme « argilo-calcaire, avec beaucoup de magnésie et des argiles qui travaillent beaucoup, formant d’importantes fentes de retrait par temps sec ». Un sol très drainant donc, et non irrigable, à défaut de pouvoir accéder à la nappe. Par contre, le sol est profond, bien pourvu en matière organique, en phosphore et en potasse. Le maïs tient une place capitale dans l’assolement de cet éleveur, qui cherche à optimiser la production de lait par vache. À cela s’ajoute le besoin en paille, qui aboutit à un assolement composé pour moitié de céréales à paille et pour moitié de maïs, précise Christophe Diss, qui a opté pour une rotation 2/2, soit deux années de cultures de printemps, suivies de deux années de culture d’hiver. Une rotation qui présente notamment un intérêt pour la lutte contre les graminées en assolement maïs-blé. En 2010, il a fait le choix de remiser sa charrue, surtout pour faire des économies de gasoil. Et a investi dans un Terrano Horsch. Depuis 2012, entre les cultures principales il implante des couverts composés de féverole, pois, vesce, orge de printemps qu’il récole en fourrage pour l’alimentation des génisses. Avec des expériences plus ou moins concluantes.
La dernière en date, c’est le green-tillage, soit du strip-till à l’envers. En effet, avec le strip-till on réalise une préparation du sol dans un couvert. Alors qu'avec le green-tillage on sème un couvert dans une préparation de sol. L’itinéraire technique peut être résumé de la manière suivante : récolte du couvert, création de billons (photo 1), semis de féverole entre les billons, semis du maïs dans les billons (photo 2), destruction progressive de la féverole (photo 3). L’idée, c’est que le sol soit couvert par la féverole, que le maïs profite de la chaleur emmagasinée dans les billons pour lever rapidement, et que les excès d’eau ne ravinent pas les lignes de semis de maïs, mais soient dirigés vers l’interrang protégé par le couvert. Une des principales difficultés de la technique consiste à maîtriser la féverole, qui doit couvrir le sol tout en permettant au maïs de s’implanter. Visuellement, la parcelle conduite avec cette technique n’a pas à rougir. Mais Christophe Diss envisage des améliorations. En effet, il a constaté l’absence de nodosités sur la féverole, qu’il met sur le compte d’un excès d’azote. C’est pourquoi il envisage de l’associer à un triticale, pour pomper l’azote, et de détruire les deux espèces en deux temps. D’autres idées ont été évoquées, comme celle d’équiper l’avant du tracteur d’un rolofaca pour rouler la féverole et l’arrière du tracteur d’une bineuse pour semer le maïs. Avec le risque de voir la féverole repartir…
Quand l’interculture devient précédent
Christophe Diss a aussi présenté une parcelle de « maïs d’interculture », c’est-à-dire implanté derrière un méteil fourrager de type Anton Sidler (photo 4) composé de féverole, pois, triticale, trèfle incarnat et vesce velue d’hiver. « L’objectif recherché, explique-t-il, en plus de la couverture hivernale du sol, réside dans une amélioration du profil énergie/protéines des fourrages récoltés sur une même parcelle conduite en double culture la même année. » En effet, le maïs d'interculture permet d'obtenir un fourrage de maïs et méteil de 13 à 15 MAT (7 pour le maïs, 20 pour le méteil) et de 0,9 à 0,92 UFL. Le rendement total des deux récoltes devant atteindre un objectif minimal de 15 à 16 t en non irrigué. Le méteil doit être récolté au stade gonflement du triticale, pas plus tard, afin de bénéficier du maximum de sa valeur alimentaire. Cette année, Christophe Diss l’a récolté le 15 mai, en combiné de fauche sur andain, pour limiter le nombre de passages.
La principale difficulté, liée à la quantité de biomasse récoltée, c’est le séchage : « Après 36 h de cagnard, le cœur de l’andain n’était pas encore sec », témoigne Christophe Diss. Le maïs suivant a été semé le 25 mai, avec un indice de précocité qui permet de limiter le nombre de chantiers d’ensilage, soit une variété précoce à ultra-précoce. « Le facteur limitant de cette technique, c’est l’eau parce que le méteil en pompe pas mal. Je la réserve donc aux parcelles à bonne réserve hydrique », indique Christophe Diss. « C’est vrai qu’une luzernière serait plus simple à conduire, concède-t-il. Mais la luzerne est plus faible en densité énergétique (moins de 0,8 UFL) et nécessite un complément en système de vaches laitières hautes productrices. De plus, la parcelle n’est pas bloquée sur trois ou quatre ans, mais est disponible pour enchaîner sur une autre production. »
Taupins : ne pas - trop - baisser la garde
La visite s’est poursuivie sur des parcelles de Jacques Adloff et Thierry Willem, du Gaec de la prairie, à Kleingœft. Sur la première, après la récolte de 4 tonnes de MS/ha de méteil qui a été ensilé, les agriculteurs ont apporté 10 t/ha de compost correspondant à la phase solide du fumier, obtenue grâce à un séparateur de phase. Un double déchaumage, profond puis superficiel, a permis d’incorporer 140 unités d’urée. Puis la terre a été roulée, pour rappuyer et garder l’humidité, avant le semis du maïs. « C’est la deuxième année de suite que nous faisons du méteil sur cette parcelle. Cette année nous l’avons semé en direct. Nous avons eu des repousses de colza que nous avons décidé de laisser jusqu’à la récolte qui a eu lieu le 23 mai pour un semis de maïs le 26 mai », précise Jacques Adloff.
Sur une autre parcelle conduite en TCS, du maïs a d’abord été semé le 6 avril, mais suite à une attaque de taupins, 5 ha ont dû être ressemés le 16 mai. « Je n’avais rien fait contre les taupins depuis six ans, j’ai eu une bonne piqûre de rappel », sourit, un peu jaune, Thierry Willem, qui a observé quasiment un taupin par grain de maïs. Avant le maïs, la parcelle portait un mélange fermier composé d’avoine, vesce, pois, qui a été roulé une fois gelé et après un passage de strip-tiller, afin de mieux en voir les traces.
Le sorgho, alternative au maïs en conditions séchantes
La dernière étape de la journée a conduit les membres du réseau à Jetterswiller, sur les terres de l’EARL Bornert, qui n’ont « pas vu de charrue depuis 1997 », indique Nicolas Bornert. Il a présenté une parcelle de sorgho, qui constitue une alternative efficace au maïs en système laitier face à des sols superficiels et/ou à faible réserve hydrique. En effet, le sorgho bénéficie d’un pouvoir de succion élevé qui lui permet d’extraire l’eau particulaire du sol. « Dans ces sols qualifiés de bleu, très argileux et magnésiens, au pH alcalin, et très durs en surface, le sorgho passe toujours bien. C’est la culture principale depuis 2006. » Ce sorgho fait suite à cinq céréales et il a été implanté derrière un couvert de vesce, pois, avoine, orge, féverole et tournesol qui a été enrubanné. « Sans couvert, ce serait trop difficile, estime Nicolas Bornert, il apporte de la stabilité en surface ». Dans la foulée il y a eu un passage de dents à 7 cm, puis deux passages de déchaumeur à disques indépendants. Le sorgho a été semé début mai, en plein au Pronto à 4 cm. Comme il a été envahi par les chénopodes et a souffert du sec, Nicolas Bornert a dû soigner son désherbage. « C’est la principale difficulté », confie-t-il. Sinon, « la semence n’est pas chère, il n’y a pas de traitement insecticide, les besoins en azote sont faibles, donc, au final, les charges sont moitié moins élevées que pour un maïs, avance Nicolas Bornert. C’est donc une bonne solution pour couper les cultures d’hiver et, économiquement, il n’a jamais été une charge. » Le sorgho sera récolté en fourrage, théoriquement début octobre. Il laissera la place aux céréales, sachant que « le sorgho est un très mauvais précédent. Il pompe beaucoup d’eau et sécrète de la sorgoleone, qui a un effet allélopathique », précise Nicolas Bornert. Ceci dit, cet effet est très apprécié dans les systèmes sans labour.
Enfin, la tournée s’est achevée par une parcelle de maïs semé en direct après un couvert de céréales de printemps récolté en fourrage et dont les repousses ont été détruites chimiquement au printemps avec 0,5 à 1 l de glyphosate adjuvé. L’itinéraire est identique dans la modalité adjacente où une reprise très superficielle a été effectuée au printemps avec un outil à disque. Le maïs a été semé au MaxEmerge 2 et a bien profité des températures élevées du début de l’été.