Cultures

Publié le 09/06/2016

À l'occasion de la journée de la biodiversité, le 19 mai dernier, les partenaires du projet Life Alister ont présenté les pratiques agronomiques mises en œuvre pour préserver le grand hamster, et par là même la biodiversité en général.

Le hamster qui disparaît, c'est la partie émergée de l'iceberg. C'est un signe palpable de l'appauvrissement de la biodiversité. Ainsi, toutes les mesures mises en œuvre pour préserver le grand hamster peuvent également s'avérer bénéfiques pour tous les insectes et micro-organismes, plus discrets, mais indispensables au bon fonctionnement des écosystèmes. L'objectif des partenaires du projet Life Alister, c'est « de développer l'agriculture de demain, une agriculture qui permette de préserver les espèces et la rentabilité de la production agricole, qui ne doit pas s'arrêter », indique Julien Eidenschenck, chef de projet hamster à l'Office national de la chasse et de la faune sauvage (ONCFS). En effet, en lui procurant le gîte et le couvert, « les agriculteurs sont potentiellement les meilleurs amis du hamster ». Reste à identifier les pratiques agricoles qui correspondent à ces objectifs. De 2014 à 2018, plusieurs pistes vont être étudiées sur 12 hectares cultivés en blé et maïs. Au total, une vingtaine d'agriculteurs sont engagés dans l'expérimentation de ces pratiques. Parmi elles, les Techniques culturales simplifiées (TCS) qui, en perturbant moins le sol, préservent la microfaune. Ou encore le sous-semis de trèfle dans le blé, technique qui doit permettre de remédier à l'absence de couvert et d'alimentation après la moisson du blé. Moisson qui intervient en outre en pleine période de reproduction du rongeur. En effet, la présence d'un couvert de trèfle devrait éviter que les hamsters ne quittent une parcelle moissonnée puisque ce trèfle représente un couvert protecteur et une source de nourriture riche en protéine, bienvenue à l'heure de la reproduction. La technique du sous-semis devrait permettre d'éviter la non-récolte des céréales qui est aujourd'hui pratiquée autour des terriers identifiés. Une technique qui fonctionne bien pour le hamster, mais moins bien pour les agriculteurs pour qui il est difficile de ne pas récolter ce qu'ils ont semé ! Reste que cette technique est assez difficile à mettre en œuvre. Elle nécessite du matériel spécifique, dont les agriculteurs disposent en commun au sein de la Cuma de la Plaine. La météo déterminante Une autre technique testée c'est l'implantation du maïs au strip-tiller directement dans un couvert en place, ce qui permet de ne travailler que la zone semée. D'ores et déjà, les partenaires de Life Alister ont pu constater que le succès de ces pratiques est dépendant de la météo : « L'année dernière, les conditions sèches ont fait que le trèfle a complètement grillé dans le blé. Cette année, les conditions sont plus favorables, le trèfle s'est bien développé. » Aussi les quatre années d'expérimentation inscrites dans le cadre du projet Life Alister apparaissent-elles d'ores et déjà bien courtes… Mais les partenaires se disent prêts à poursuivre les investigations au-delà de 2018 afin de mieux cerner l'effet de ces techniques sur l'évolution des populations. Au-delà du hamster La zone d'expérimentation est divisée en deux parties. L'une est dédiée aux techniques « améliorées », l'autre aux techniques « classiques ». La Chambre d'agriculture d'Alsace compare les rendements, les intrants utilisés, le matériel, le temps de travail nécessaire à la mise en œuvre des diverses pratiques. Le Centre national de la recherche scientifique (CNRS), le Groupe d'étude et de protection des mammifères d'Alsace (Gepma) et l'ONCFS ont en charge d'étudier l'impact des pratiques sur le hamster, mais aussi sur la microfaune du sol, grâce à divers indicateurs, comme les collemboles, des invertébrés qui compostent les matières végétales dans le sol. « L'objectif, c'est d'élargir l'intérêt de ces pratiques, de montrer qu'il est global et pas uniquement réservé aux hamsters », souligne Julien Eidenschenck. En effet, il faut se rappeler que le hamster était autrefois considéré comme un nuisible. Si les agriculteurs sont conscients que ces pratiques ont d'autres bénéfices, ils seront peut-être plus enclins à les adopter. Laurent Fischer, agriculteur et président de l’association Agriculteurs et faune sauvage Alsace (Afsal), a témoigné avoir abandonné le labour il y a dix ans et avoir depuis constaté que ces parcelles résistent mieux à l'érosion, sont moins sujettes à la stagnation d'eau et que les cultures y résistent mieux au manque de précipitations. Par contre, il a dû investir dans du matériel adapté pour y parvenir. Caroline Habold, chercheur au CNRS, participe au projet Life Alister. Elle étudie l'impact des pratiques innovantes sur la microfaune du sol : « Nous avons comparé des prélèvements provenant de parcelles innovantes et de parcelles conventionnelles. Les populations de collemboles, bons indicateurs de la qualité des sols, ont été étudiées. Ce qui a permis de mettre en évidence une augmentation des collemboles sur les parcelles innovantes, tant en termes de nombre d'individus que de nombre d'espèces. » En parallèle, le CNRS mène des études en milieu contrôlé. Ainsi, différentes variétés de trèfles et leurs effets sur la reproduction du hamster ont permis d'identifier des variétés moins riches en phytoestrogène, plus adaptées au hamster.

Betteraves sucrières

Une année à petites bêtes

Publié le 05/06/2016

Les betteraves se portent bien, malgré des dégâts de tipules, de scutigerelles, de blaniules et de limaces. En cette année humide, la cercosporiose est à surveiller de près.

Les betteraves se portent globalement plutôt bien. Si elles semblent un peu stagner en ce moment, Michel Butscha, technicien au service agronomique de la sucrerie d'Erstein, rappelle que c'est parce que « les betteraves font d'abord leur système racinaire. Ce qui leur permet de réagir comme un ressort à une hausse des températures : elles peuvent doubler de volume en 15 jours ». Des irrégularités de développement peuvent cependant être observées, liées à des problèmes parasitaires (tipules, scutigerelles, blaniules) et à des dégâts de gibier (lièvres, chevreuils). « Les blaniules remontent autour des racines pour absorber de l'oxygène et consommer les racines. Du coup les betteraves stagnent car elles doivent refaire leur système racinaire », décrit Michel Butscha. C'est un ravageur qui se rencontre surtout les années humides. 2016 lui est donc favorable, et certaines parcelles ont dû être ressemées face à l'ampleur des dégâts. Mais tant qu'il n'y a pas de perte de pied, les betteraves sont capables de se rétablir. Autres facteurs favorisant ces ravageurs : la présence d'un lit de résidus et l'absence de travail du sol en été qui permet d'éliminer les œufs et les larves. Aussi Michel Butscha a-t-il incité les planteurs à trouver un compromis, selon le type de sol, entre la volonté de semer les engrais verts le plus tôt possible et se laisser la possibilité de travailler régulièrement le sol en été : « Semer les engrais verts fin août, voire début septembre, c'est aussi envisageable. Réglementairement un couvert doit rester en place au moins deux mois » Leçon d’agronomie Côté maladies cryptogamiques, la sucrerie d'Erstein teste un fongicide efficace contre le rhizoctone brun en traitement de semences. « Il devrait permettre de protéger la racine de la betterave jusqu’en juin et éviter un traitement en végétation », indique Michel Butscha. Pour l’instant aucun symptôme de rhizoctone brun n’est visible en plaine, malgré un cumul de 400 mm de pluie depuis janvier (un record). Le dernier printemps humide remonte à 2013 avec des rendements catastrophiques et de fortes attaques de rhizoctone brun dans les secteurs à sols hydromorphes. Cependant Michel Butscha distingue les deux contextes : « L'automne 2015 a été sec, contrairement à l'automne 2012 qui avait été très humide. Du coup les labours 2015 ont été réalisés sans enfouissement de terre et de résidus détrempés et sans tassement. Et ça fait toute la différence ! Car ce sont les conditions automnales du labour qui sont déterminantes pour l'évolution de la maladie. L’absence d'hydromorphie dans le fond de labour permet l’évacuation des excès de pluie et l’oxygénation du sol et des racines, et cela devrait éviter le développement du rhizoctone brun cette année. » Ces observations sont le grand enseignement de l’année et elles remettent en avant l’importance du soin à apporter au labour et aux travaux de l’automne. La vigilance concernant la cercosporiose est d'ailleurs aussi de mise en cette année très humide, encore plus que 2013, année où la pression avait été très importante. La surveillance par l’outil d’aide à la décision est maintenant opérationnelle et permettra de prévoir et de détecter précisément l’arrivée de la maladie.

Publié le 04/06/2016

La septoriose est là et bien là. Le fond de cuve de la fusariose est plus ou moins élevé selon les facteurs de risque. Et les précipitations en pleine floraison n'ont pas été rares.

Cela faisait longtemps que la septoriose n'avait pas été aussi virulente en Alsace : « Le niveau de risque est très élevé, partout et quelle que soit la date de semis », indiquait Laurent Fritzinger, conseiller à l'Adar des Deux Pays à Bouxwiller, lors de la réunion de bout de parcelle du jeudi 26 mai à Hochfelden. La plupart des agriculteurs ont donc déjà effectué un traitement qui, selon le stade végétatif auquel il a été appliqué, a permis de protéger toute la plante ou pas : « Si toutes les feuilles n'étaient pas encore sorties lors de ce traitement, celles qui sont sorties depuis ne sont pas protégées des contaminations qui progressent du bas vers le haut de la plante à la faveur des éclaboussures occasionnées par les précipitations ». Or pour limiter les pertes de rendement générées par la septoriose, la F1 et la F2 doivent être protégées et rester saines jusqu'à la récolte. Guetter les étamines À la date à laquelle se tenait cette réunion, les parcelles de blé les plus en avancées commençaient à fleurir. Laurent Fritzinger a donc rappelé les règles de décision qui doivent dicter la conduite à tenir en matière de protection contre la fusariose. Il y a d'abord un risque climatique : « Le risque de contamination est très élevé s'il pleut pendant la floraison ». Mais s'il ne pleut pas durant cette période, le risque de voir la fusariose se développer est quasiment nul car les portes d'entrée du champignon se referment après la floraison. À ce risque climatique s'ajoute le risque agronomique, lié au précédent, au type de travail du sol, et à la sensibilité variétale : « Le risque est le plus élevé après un maïs grain, sans labour et sur une variété sensible ». Pour optimiser la protection, le premier levier, c'est la date d'application : « Le stade de traitement optimal, c'est le début de la floraison, dès que les premières étamines sont visibles au centre de l'épi. Car c'est à ce moment-là que les glumes sont ouvertes et que la matière active peut donc le mieux pénétrer dans l'épi. » Et puis surtout, il faut traiter avant les pluies contaminatrices. Car après le champignon est entré dans l'épi, le mal est fait, on ne peut plus l'atteindre. Le second levier c'est le produit. Laurent Fritzinger conseille d'opter pour un produit complet, efficace à la fois sur la septoriose et la fusariose, de ne pas prendre les mêmes matières actives que celles utilisées lors du premier traitement afin de limiter le risque d'apparition de résistances, de ne pas trop - voire pas du tout - réduire les doses, et de ne pas lésiner sur le volume de bouillie : « Il faut traiter à au moins 150 litres/hectare afin de bien mouiller l'épi car on a affaire à une cible verticale, pas facile à atteindre », confirme son collègue David Kraemer, conseiller à l'Adar des Deux Pays. Rouille brune et rouille jaune Septoriose et fusariose sont les deux maladies cryptogamiques du blé les plus fréquentes en Alsace. Mais d'autres ont tendance à se faire de plus en plus courantes, comme la rouille jaune et la rouille brune. Cette dernière est plutôt une maladie de fin de cycle, qui se développe à la faveur de conditions chaudes et humides et qui se traduit par la formation de monticules de poudre de couleur rouille sur les feuilles de blé. Disséminé par le vent, le champignon contamine en général des parcelles entières. La rouille jaune, elle, se traduit par des pustules jaunes parfois orangées alignées entre les nervures et plus petites que celles de la rouille brune. Assez présente en Alsace depuis deux trois ans, elle est favorisée par des températures douces et un ciel couvert car elle est sensible au rayonnement solaire. Contrairement à la rouille brune, elle se propage par foyers.

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