La filière des asperges d’Alsace prend l’eau
La pire situation depuis 20 ans
La filière des asperges d’Alsace prend l’eau
Publié le 31/05/2016
Après un été sec, un hiver trop doux, un printemps très froid, voici l’eau ! Les producteurs d’asperges d’Alsace n’ont jamais connu d’enchaînement climatique aussi catastrophique, avec des aspergeraies inondées, des investissements lourds de mises en terre perdus, et des charges sociales et en personnel incompressibles qu’il faudra assumer malgré tout.
Jamais la production d’asperges d’Alsace n’a subi un tel enchaînement de conditions climatiques défavorables : un été sec, un hiver trop doux, un printemps très froid et une récolte sous des trombes d’eau. Avec les orages dévastateurs de ces 28 et 29 mai, on peut même parler de déchaînement et d’acharnement climatique : aspergeraies inondées, inter-buttes ravinées, kg de boues collés aux bottes rendant la récolte harassante, bâches sens dessus dessous… Très tardive à cause du printemps exceptionnellement froid, la production 2016 n’a pour ainsi dire pas connu de réel démarrage et la voici déjà engloutie sous les eaux, avec de surcroît un ciel éternellement lourd qui plombe le moral. « La pire année qu’on ait connue » Après déjà trois années bien mauvaises, cette quatrième année 2016 est « la pire qu’on ait connue », témoigne Jean-Jacques Nonnenmacher, président de la coopérative de Hoerdt. « Du jamais vu », ajoute Jean-Charles Jost, président de l'association pour la promotion de l'asperge d'Alsace. Les producteurs d’asperges d’Alsace tirent donc la sonnette d’alarme et en appellent aux pouvoirs publics. Réunis chez Rémy Friess, producteur à Rohr, ce mardi matin en présence de la FDSEA du Bas-Rhin, et de son président Franck Sander, ils ont d’abord dressé le bilan de « la saison catastrophique » déjà quasiment terminée et regardé ensemble ce qu’il va être demandé. « Une demi-année en volumes » « Les parcelles sous mini-tunnel sont entrées en production mi-avril, celles sous bâche noire et blanche traditionnelle début mai. Le 8 mai, nous avons enfin connu des températures de saison. Et nous avons eu une production normale seulement autour du week-end de la Pentecôte », commente Jean-Charles Jost. Hormis ce répit de Pentecôte, la météo n’a pour ainsi dire pas permis de production : froid avant, précipitations incessantes et orages dévastateurs après. « On s’achemine vers une demi année en volumes », estiment les producteurs. Des pertes en fond importantes Las ! Les pertes ne se limitent pas à la seule production annuelle, l’asperge étant une plante pérenne. Les pluies de ces derniers jours ont inondé les parcelles : or « les plantations inondées ne vieillissent pas, l’asperge déteste la stagnation d’eau », expliquent les producteurs qui envisagent de devoir replanter les aspergeraies avant l’heure. « Il faut compter 25 000 €/ha d’investissements de mise en terre, puis deux années avant de commencer la récolte, c’est colossal », indique Jean-Charles Jost. Les griffes, la formation des billons, le nylon, auxquels s’ajoutent le matériel de conditionnement, et bien sûr la main-d’œuvre. Cette dernière représente en année normale 50 % du prix de revient. Cette année, elle pèsera au bas mot 75 % : « Le travail est physiquement très dur, le rendement horaire est faible, il faut sortir tous les jours, débâcher et rebâcher le billon pour au final un rendement faible, expliquent les producteurs. Nos charges de main-d’œuvre explosent ! » « On prend ce dossier très au sérieux » « On prend ce dossier très au sérieux, on va faire notre maximum », indique Franck Sander. Pour les producteurs, la saison est déjà pratiquement achevée et déjà se profile l’heure du bilan. Ils vont devoir faire face aux charges incompressibles, payer les salaires, les charges sociales, avec ce coût horaire qui a explosé. Une fin de saison qui laisse place à une certaine forme d’exaspération face à ces charges, doublée d’une ambiance morose. « Beaucoup d’autres productions viennent de subir les aléas climatiques, mais pour les asperges, force est de constater que nous sommes déjà à l’heure du bilan, la saison étant pratiquement close, constate Franck Sander. Nous allons demander l’enclenchement du système des calamités agricoles, en précisant bien qu’on a affaire à un enchaînement climatique et climatologique exceptionnellement défavorable depuis l’été dernier. Il suffit de voir les volumes écoulés par la coopérative pour constater le sinistre. » Par ailleurs sur la question des charges, Franck Sander a souligné les récents acquis : baisse de charge sociale avec le passage de 45 à 35 % et la possibilité de calcul sur l’assiette n - 1. « Même si on ne peut pas se satisfaire de la situation, ces deux dossiers étaient en négociation depuis longtemps et viennent suite aux fortes mobilisations. Nous avons d’autres demandes que nous continuerons d’appuyer pour réduire les distorsions de concurrence notamment. » La filière des asperges vient par ailleurs de consentir de gros investissements pour la vente locale, le conditionnement. Les producteurs voudraient un allégement des charges s’ajoutant au début de convergence opéré depuis l’été dernier sur le taux de charges allemand.












