Cultures

Publié le 26/05/2016

À Kolbsheim, Thibaut et Philippe Diemer combinent désherbage chimique et mécanique pour garder le contrôle de la pression des mauvaises herbes dans leurs maïs.

Le maïs grain non irrigué occupe un peu plus de la moitié de l’exploitation de Thibaut Diemer. Il sème généralement des variétés cornées et dentées d’indice 350 à 390 dans des terres aux caractéristiques variées : limono-argileuses comme sableuses. Comme Philippe, son père, il pratique une rotation théorique sur quatre ans maïs-maïs-blé-betterave. Concrètement, le choix de réserver les plus grandes parcelles à la betterave peut l’amener à remettre trois années de suite du maïs au même endroit. Au contraire des légumes, la pomme de terre s’insère dans ce schéma. « J’ai toujours semé au moins 8 ha de blé. Cela permet de « nettoyer » la parcelle. Les mauvaises herbes tenaces comme le liseron sont mieux sous contrôle » indique Philippe. Il juge la pression des herbes indésirables comme « moyenne ». Les graminées localisées au bord des chemins et les chénopodes forment régulièrement le gros du bataillon contre qui Thibaut et Philippe luttent. « Nous ne sommes pas trop maniaques. Nous tolérons des pousses. Nous ne recherchons pas des maïs propres à 100 % » précisent père et fils. L’exploitation participe au réseau Dephy Ecophyto depuis 2012 et s’inspire de ce qu’ils apprennent des échanges qu’ils peuvent avoir. Thibaut et Philippe sont donc très attentifs à faire évoluer leur stratégie de désherbage. Avant la première intervention, ils en discutent toujours avec le conseiller de la Chambre d’agriculture et le technicien de la coopérative. Jusqu’en 2015, ils appliquent d’abord un produit complet post-semis pré-levée (Adengo) associant thiencarbazone-methyl, isoxaflutole et cyprosulfamide et repassent ensuite deux fois avec du dicamba (Banvel) pour maîtriser le liseron. En 2016, ils optent pour des herbicides plus ciblés. Leur itinéraire initial prévoyait 1 litre/ha de diméthénamide-P (Isard) dans un premier temps, ainsi que 100 g/ha de prosulfuron dicamba (Casper) associé à 0,7 l/ha de tembotrione et de bromoxynil (Hydris) quinze jours plus tard. Mais l’impossibilité de rentrer dans des parcelles insuffisamment ressuyées va obliger Thibaut et Philippe à regrouper ces deux passages en un seul, en diminuant à 0,6 l/ha la dose de diméthénamide-P. Un dicamba de 0,4 l/ha complétera le volet phytosanitaire de ce programme. Dans une parcelle en pente, ajuster sa trajectoire Depuis trois ans, Thibaut et Philippe binent leurs maïs. Ils y sont venus tout naturellement à la lumière de la bonne expérience qu’ils ont acquise avec un tel matériel sur leurs cultures légumières. Ils se sont équipés d’une bineuse six rangs dont les cinq pattes d’oie réparties sur une largeur de 75 cm travaillent à une dizaine de centimètres pour déchausser les mauvaises herbes et réaliser un léger buttage. Deux disques correcteurs servent au guidage. Le binage initial intervient en général sur un maïs à quatre-cinq feuilles qui n’a pas encore reçu son traitement contre le liseron. À ce stade, Thibaut rajoute un protège plant. « Le résultat est satisfaisant. Les rangs sont propres » constate-t-il. À condition cependant de s’adapter au terrain. Il relève sa bineuse quand il aborde une zone à forte présence de liseron afin de ne pas couper les rhizomes et ainsi contribuer au développement de l’infestation. Dans une parcelle en pente il ajuste sa trajectoire pour bien passer au plus près (environ 5 cm) de la ligne de maïs en amont. « L’erreur est de se retourner. On a vite fait de dévier de sa trajectoire » remarque-t-il. La plupart du temps, c’est Philippe qui intervient avec un pulvérisateur porté de 800 litres d’une portée de douze mètres. En optant pour de nouvelles buses à jet plat, il a diminué le volume de bouillie de 200 à 130 l/ha et s’est procuré une autonomie pour traiter six hectares en travaillant à une pression de 1,8 bar. Quand Thibaut renouvellera ce matériel aujourd’hui âgé de plus de quinze ans, il est certain d’investir dans un modèle plus perfectionné lui permettant davantage de souplesse dans les coupures de tronçon. S’il cherche à diminuer sensiblement voire à se passer de phytosanitaires pour ses légumes écoulés en vente directe auprès d’une clientèle de plus en plus sensible au mode de production, Thibaut ne se voit guère faire l’impasse sur les herbicides sur ses céréales. « Nous cherchons à désherber nos maïs en trois passages, soit deux herbicides et un binage » résument Thibaut et Philippe. Cette année en raison des conditions humides, ils s’attendent à effectuer un traitement unique et deux binages. Si le binage est impossible, ils n’auront d’autre choix que de ressortir leur pulvérisateur.

Coulées d'eau boueuse

Le pire a - presque - été évité

Publié le 17/05/2016

30, 40 et jusqu'à 50 mm en moins d'une heure, c'est la quantité d'eau que certains sols alsaciens ont eu à absorber dans la nuit du mercredi 11 au jeudi 12 mai. Des trombes d'eau qui ont déclenché quelques inondations et coulées d'eau boueuse. Mais les mesures mises en place pour contrer ce phénomène semblent commencer à porter leurs fruits.

Plusieurs communes ont été touchées par des pluies abondantes ayant entraîné débordements des cours d'eau et coulées d'eau boueuse mercredi et jeudi dernier. Du nord au sud, citons, dans la région de Saverne, les communes de Landersheim, Saessolsheim, Dettwiller et Lixhausen. Un peu plus au sud, le secteur de Geudertheim, Brumath, Kriegsheim, Weitbruch ainsi que celui de Gougenheim, Rohr, Gimbrett. Les communes plus centrales d'Erstein, Colmar et Sélestat ont également été impactées. Dans le Haut-Rhin, Soultz, Jungholtz, Wuenheim et plusieurs communes situées dans la couronne mulhousienne ont également subi des dommages, notamment Pfastatt, Zillisheim, Steinbrunn-le-Haut, Steinbrunn-le-Bas, Brunstatt, Rantzwiller et Flaxlanden. C'est sans doute dans ces trois dernières que les dégâts ont été les plus importants (lire en encadré). Des cultures encroûtées dans les sédiments Dans la plupart des cas, les dégâts « civils » sont restés relativement mesurés : il s'agit surtout de caves et de locaux inondés, de rues et de routes immergées et qu'il a parfois fallu débarrasser de la couche de boue charriée par les coulées d'eau boueuse. Mais les dégâts sont aussi agricoles. En effet, ces pluies se sont abattues sur des sols tout juste semés ou travaillés, entraînement du ravinement, de la perte de terre, d'engrais, un tassement des sols, la formation d'une croûte de battance que les plantules auront du mal à percer… Et encore, « heureusement qu'il n'y a pas eu de grosses chaleurs mais plutôt de légères précipitations tout de suite après ces épisodes : ça a permis de retarder la formation de la croûte et donc aux plantules de passer au travers », constate Rémy Michaël, conseiller spécialisé en érosion à la Chambre d'agriculture d'Alsace. Quant à François Alvès, son homologue dans le Haut-Rhin, il estime que certaines parcelles devront être ressemées au niveau des zones d'accumulation des sédiments, notamment en bas de pente, ce qui ne sera pas toujours techniquement réalisable en fonction des configurations des parcelles concernées. L'ampleur des dégâts est entre les mains de la climatologie : « S'il continue à faire froid, les sols tassés en surface resteront froids plus longtemps, auront du mal à respirer, ce qui se traduira par des maïs bleus, des levées hétérogènes. Mais les adventices, elles, vont continuer à pousser et il sera impossible d'intervenir tant que les sols n'auront pas suffisamment ressuyé », prévient Rémy Michaël. Des mesures qui portent leurs fruits Certes les dégâts occasionnés par ces épisodes de pluies printanières violentes sont toujours aussi impressionnants, mais Rémy Michaël relativise leur ampleur : « Dans le secteur de Brumath, comparé à l'intensité de l'épisode pluvieux, il y a eu relativement peu d'habitations touchées. Une telle quantité de pluie aurait pu faire bien plus de dégâts. » Le conseiller y voit le résultat des mesures qui ont été appliquées pour maîtriser des coulées d'eau boueuse, devenues récurrentes dans les années 2000, notamment « les assolements concertés et l'augmentation de la part des céréales d'hiver ». En effet, ces dernières étant suffisamment développées lorsque surviennent les orages printaniers, elles agissent comme un frein hydraulique, freinant le débit de l'eau et retenant les particules de terres arrachées dans les parcelles encore nues ou tout juste semées. Ainsi, alterner les parcelles de cultures d'hiver et de printemps, mettre en place des bandes enherbées, permet de réduire l'intensité des coulées d'eau boueuse. Rémy Michaël a aussi pu constater l'efficacité du travail du sol simplifié qui, en laissant des résidus de culture en surface, procure aussi une couverture protectrice aux sols. La technique du strip-till, également envisagée, semble peut-être un peu moins efficace : « Un agriculteur m'a rapporté le cas d'une de ses parcelles où il y a eu du ravinement sur la partie travaillée ». « Nous sommes sur la bonne voie », estime donc Rémy Michaël, tout en constatant que « la proportion de terres labourées est encore largement dominante ». Pourquoi ? « C'est essentiellement une question d'habitude. Les agriculteurs aiment avoir un sol bien travaillé au printemps, qui réchauffe vite. Les techniques culturales simplifiées requièrent plus de patience, d'observation, de technicité. Mais ceux qui ont pris le pas ne reviennent pas en arrière. Et quand ils peuvent comparer, comme en ce moment, le comportement de leurs parcelles avec des parcelles labourées, ils doivent se dire qu'ils ont fait le bon choix ! »

Couverture végétale des silos

Fini les bouts de bâche et les pneus usagés

Publié le 17/05/2016

Encore peu répandue, la couverture végétale des silos en remplacement des bâches et des pneus mérite d’être testée. En Alsace, Freddy Merkling, responsable de la ferme du lycée agricole d’Obernai, en est un adepte convaincu. D'autant qu'il s'agit d'une couverture recyclable, méthanisable ou compostable, et technico-économiquement performante.

La couverture végétale consiste simplement à semer très densément des graines de plantes à chevelure racinaire touffue, formant un matelas protecteur. A priori, il apparaît difficile de penser que la couverture végétale assure une protection efficace, en remplacement des traditionnelles bâches et des pneus usagers. Pour vérifier l’intérêt de la couverture végétale sur les silos couloir, Denis Chapuis et A. Leuthreau, de la Chambre d'agriculture de Saône-et-Loire, ont analysé les couvertures de dix silos d’ensilage de maïs. L’étude a porté sur la qualité des fourrages, la qualité finale induite sur le lait et la validité économique de cette pratique. De 0,5 à 3 kg de semences d’orge ont été déposés sur le silo par mètre carré au moment de l’ensilage. La couverture meurt en fin d’hiver, et il se forme une couche protectrice de 10 à 24 cm d’épaisseur, selon les silos, avec un chevelu racinaire dense « qui s’enlève aisément par plaque ». Perte en MS moyenne de 1,8 % La perte en matière sèche « est en moyenne de 1,8 % pour tout le silo ». Elle correspond à l’épaisseur superficielle de la couche dégradée de 0,6 % à 3,21 % pour la partie hors pentes aux extrémités ; où les couches dégradées sont plus importantes accroissant la perte globale de 0,6 à 0,8 %. Notons que ces couches constituent de la matière organique qui peut être recyclée en compost ou en méthanisation. Sur le plan sanitaire, « aucun développement de moisissures n'a été observé sur les fronts d'attaque ni dans la masse des silos, notent les expérimentateurs. Le nombre de spores butyriques est très variable de 16 000 à 110 000 spores/g pour la partie haute et de 9 000 à 15 000 spores/g pour la partie basse, mais en moyenne très nettement plus élevé en partie haute (23 280 spores/g versus 3 343). » Quant à la valeur alimentaire du fourrage, « celle de la partie haute est systématiquement plus faible de 5 à 12 % que celle de la partie basse (UFL : 0,88 vs 0,92 ; PDIN : 47 vs 54) ». Quant au lait, la teneur en spores butyriques est difficile à interpréter. Les techniciens ont également évalué le temps de travail, jugé plus faible pour la couverture végétale, pour l’installation. Et en intégrant cette composante dans le coût final bâche vs couverture végétale, ils trouvent 0,84 €/m3 contre 0,77 €/m3 pour la bâche, correspondant également à l’intégration des pertes en MS, coût semence, coût bâche. Les données technico-économiques des exploitations ne font pas état de dégradation des performances. Le facteur qualité de récolte étant prépondérant. Cependant, la couverture végétale permet d’éviter le risque d'accumulation de corps étrangers - armatures de pneus - dans la panse des ruminants.

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