Cultures

Travail du sol simplifié

Choix des outils : pas si simple…

Publié le 12/11/2015

Pour labourer, on utilise une charrue. Pour travailler le sol sans le labourer, les agriculteurs se trouvent confrontés à une très large gamme de matériels dans laquelle il faut bien effectuer un choix. La Chambre d’agriculture de région Alsace a récemment organisé une démonstration de quelques outils pour guider les agriculteurs dans ce choix cornélien.

Assez paradoxalement, avec les techniques culturales simplifiées (TCS), on travaille moins le sol, mais on a davantage d’outils à sa disposition. Cependant, leur tarif ne permet pas de disposer de toute une panoplie sur une exploitation. Il faut donc choisir et, au regard de l’investissement que cela représente, mieux vaut être sûr de son coup. Pour aider les agriculteurs tentés par les TCS à choisir l’outil qui leur convient, la Chambre d’agriculture de région Alsace (Cara) a organisé jeudi 5 novembre une démonstration animée par Rémy Michaël et David Kraemer, respectivement conseillers spécialisés érosion et Agri-Mieux. Cette démonstration, orchestrée sur les terres de l’EARL Weckel, convertie depuis 2008 aux TCS, a attiré un public nombreux : pas moins de 150 personnes s’y sont retrouvées, preuve que le choix des outils en TCS est une vraie question. « Les techniques culturales simplifiées procurent un gain de temps, une meilleure répartition de la charge de travail et une réduction de charges estimée de 30 à 50 €/ha si la traction est optimisée. Les risques de battance, d’érosion sont limités grâce à la présence de résidus en surface qui permettent de freiner l’écoulement de l’eau. La capacité de rétention en eau du sol est améliorée. La température du sol est stabilisée. L’activité microbienne est améliorée et la portance des sols est meilleure », introduit Rémy Michaël, qui cite aussi quelques inconvénients des TCS : réchauffement du sol plus lent au printemps, réduction de la porosité mécanique, itinéraire technique plus pointu. Il précise : « Entre labour et semis direct, il existe toute une plage de techniques intermédiaires : travail du sol profond sans retournement, ou pseudo-labour, strip-till, travail du sol superficiel, semis direct et semis direct sous couvert. L’objectif n’est pas de passer d’un extrême à l’autre, mais de passer par les différentes étapes pour améliorer progressivement le travail du sol. » Six outils à l’essai Cette démonstration a été l’occasion de comparer six outils de travail du sol simplifié : Super-Craker d’Alpego. Un décompacteur qui effectue un pseudo-labour. Des dents équipées d’ailettes font un travail en profondeur. Puis deux rouleaux Franter travaillent le sol en surface, ce qui permet d’enfouir les débris végétaux et de niveler le sol. Sur le terrain, cet outil a remonté de la terre en surface et a procuré un bon mélange terre/paille. Il laisse un sol irrégulier, ce qui ne constitue pas un inconvénient, au contraire : « C’est bon pour l’infiltration de l’eau. Il suffira d’un coup de vibro au printemps pour aplanir le sol. » Charrue Express de Perrein. Une charrue de pseudo-labour équipée de dents de décompactage munies de socs larges (20 cm) qui permettent de mélanger le sol et les résidus dans tout le profil. C’est un outil davantage adapté aux terres argileuses qu’aux terres limoneuses, sableuses ou caillouteuses. Pour son propriétaire, Benoît Burg de Keffendorf, cet outil présente l’inconvénient de ne pas être utilisable en conditions humides. Par contre, il est possible de régler la profondeur de travail en fonction des situations. Cet outil procure un travail un peu plus profond que le précédent. La surface du sol est plus plane mais, sous les résidus, on retrouve les traces du passage des dents. Cultimer 300 de Kuhn. Un déchaumeur à dents équipé de disques niveleurs et d’un rouleau. Cet outil se caractérise par des socs travaillant à plat, ce qui lui permet de faire aussi bien du déchaumage superficiel que du déchaumage profond, tout en requérant moins de puissance de traction (il faut compter de 150 à 160 ch). Pour son propriétaire, Aurélien Weckel de Mommenheim, la vitesse de travail est plus importante que la profondeur : « Je ne descends jamais en dessous de 12 km/h. » Sur le terrain, le Cultimer a travaillé le sol sur 15 cm de profondeur. Il a laissé davantage de résidus en surface que les précédents. Le rouleau utilisé a eu tendance à sillonner le sol. « Le choix du rouleau n’est donc pas à négliger », réagissent les techniciens. Dynamix de Rabe. Un déchaumeur à disques indépendants de grand diamètre (630 mm), avec plusieurs versions de disques qui pénètrent différemment dans le sol. Adapté au travail superficiel, mais aussi au travail plus profond, il permet de travailler en conditions plus humides que les précédents. Un rouleau vient ensuite niveler le sol. Mais les techniciens de la Cara préviennent : « L’objectif n’est pas d’avoir un sol plat en entrée d’hiver car sinon on risque une prise en masse ». Le passage de cet outil a confirmé un travail superficiel, qui aboutit à davantage de résidus et moins de terre en surface. Une tendance qu’il est possible d’inverser en augmentant la vitesse de travail, ce qui aura pour effet de « projeter davantage de terre, donc d’avoir moins de résidus en surface ». L’indépendance des disques permet de limiter le risque de lissage en fond de raie. Disc-o-mulch d’Agrisem. Un déchaumeur à disques indépendants procurant une profondeur de travail de 0 à 8 cm, avec également plusieurs versions de disques disponibles. La vitesse de travail doit être plus élevée que pour un déchaumeur à dents afin d’éviter les bourrages, de l’ordre de 10 à 15 km/h. Sur le terrain, cet outil a révélé de bonnes performances sur les côtés de l’attelage, tandis qu’au centre, il remet surtout de la terre sur les traces de pneus. Compil de Duro France. Des bêches roulantes qui effectuent un déchaumage superficiel (0 à 8 cm) et qui procurent un bon mélange de la paille et de la terre. Le faible poids de certains modèles peut limiter leur pénétration dans les sols à consistance dure. Et l’outil, relativement encombrant, nécessite d’assez grandes parcelles pour travailler correctement. Son passage de démonstration a confirmé le caractère superficiel du travail procuré : il s’agit surtout de mélanger la terre et la paille pour améliorer la dégradation de cette dernière. « Son propriétaire compte davantage sur les couverts pour restructurer le sol », explique Rémy Michaël.

Publié le 07/10/2015

Les premiers arrachages de betteraves sucrières ont débuté le 20 septembre, soit à peine un jour avant le démarrage de l'usine d'Erstein. Des conditions stressantes qui n'ont pas empêché l'usine de transformer un tonnage de betteraves record durant ses dix premiers jours de fonctionnement.

La campagne sucrière 2015 a été riche en surprises, qu'elles soient bonnes ou mauvaises. Il y a d'abord eu la surprise de voir la sécheresse s'installer durablement sur la plaine d'Alsace et se doubler de pics de chaleur. Contrairement à celui des céréales, le cycle de la betterave ne présente pas de phase particulièrement sensible au manque d'eau. Les feuilles de la betterave flétrissent, certaines vont disparaître, et le tubercule arrête sa croissance en attendant de meilleures conditions. Et c'est ce qui est en train de se passer suite au retour des précipitations : « Les bouquets foliaires se sont reformés, les betteraves ont repris vie et continuent à faire des réserves, à grossir », rapporte Michel Butscha, technicien agro-betteravier à l'usine Cristal Union d'Erstein. Aussi, pour que chaque planteur bénéficie de la croissance automnale, le planning d'arrachage prévoit que chacun d'entre eux arrache une petite partie de sa surface au début de la campagne, pour commencer à alimenter l'usine. La richesse compense le poids Si tout n'est donc pas encore joué en ce qui concerne les rendements, les premières livraisons s'annoncent conformes aux prévisions : « Nous constatons une très forte hétérogénéité entre les secteurs non irrigués, qui ont souffert du manque d'eau, et les secteurs irrigués où les rendements sont prometteurs. Au final, ils devraient être compris dans une fourchette allant de 50 à 110 t/ha », annonce Laurent Rudloff, responsable du service agro-betteravier de l'usine Cristal Union d'Erstein. La bonne surprise, c'est la richesse, qui s'élève à 18 % sur la deuxième semaine de réception et qui continue à progresser. Tant et si bien que la « richesse va compenser le manque de poids dans certaines parcelles », constate Laurent Rudloff. Et, contrairement au rendement, la richesse est très stable, puisqu'elle oscille entre 17 et 19 %. Tonnage au démarrage record Du fait de la réduction du volume de betteraves à traiter, la mise en route de l'usine d'Erstein a été décalée d'environ une semaine. Les arrachages l'ont été également, mais cette fois en raison des précipitations. Du coup les arrachages ont débuté à peine un jour avant la mise en service des lignes de production de l'usine d'Erstein. Une situation « rare et inconfortable parce que nous avons travaillé à flux tendu et, comme le chargement de l'usine va plus vite que l'arrachage des betteraves, nous risquions la rupture d'approvisionnement », explique Laurent Rudloff. Mais depuis ce démarrage un peu précipité, tout est rentré en ordre : les arrachages ont pris un peu d'avance, ce qui a permis de constituer un stock de réserve de quatre jours, et l'usine tourne bien, voire très bien. Patrick Baudot, directeur de l'établissement d'Erstein, rapporte en effet « un très bon démarrage de l'usine : le tonnage produit durant les dix premiers jours est le meilleur jamais atteint ». Une belle performance qui s'explique par tout un travail de maintenance, de préparation durant l'inter-campagne. « De petites évolutions qui, mises bout à bout, portent leurs fruits », explique Patrick Baudot qui évoque notamment des économies d'énergie significatives. Une performance à laquelle la très bonne qualité des betteraves n'est pas non plus étrangère, puisqu'elle procure une cadence régulière et, à l'issue du process, des coproduits de qualité, notamment des pulpes surpressées qui titrent à 28 % de matière sèche. Des arracheuses plus performantes Autre bonne surprise : le niveau de tare est très faible, ce qui limite les frais de transport. Une particularité liée aux conditions sèches, qui limitent l'adhérence de la terre aux tubercules, et aux progrès permis par le renouvellement du matériel d'arrachage des entrepreneurs de travaux agricoles. Les dernières arracheuses mises sur le marché affichent en effet des performances accrues grâce à l'amélioration de la forme des socs, qui ramènent moins de terre, mais aussi à l'amélioration de la portance des pneumatiques. Des investissements qui permettent d'améliorer la qualité de la récolte, mais aussi d'accélérer les débits de chantier. La dernière « surprise », celle des prix, sera-t-elle bonne ou mauvaise ? Il faudra attendre jusqu'au mois de janvier pour le savoir. En attendant, le groupe Cristal Union envoie un signal positif aux planteurs alsaciens puisqu'après la baisse de 5 % des surfaces betteravières alsaciennes en 2015, celles-ci devraient à nouveau augmenter en 2016.

Lancement de la saison des pommes

Elles vous attendent, avec leurs belles joues rouges

Publié le 23/09/2015

C'est à Westhoffen, capitale de la cerise et de la quetsche, qu'a eu lieu l'ouverture officielle de la saison des pommes. Une pluie diluvienne a obligé les organisateurs à modifier le programme des festivités, et c'est sous un hangar que Pierre Barth, président de l’association Production fruitière intégrée d’Alsace, et Pierre Lammert, président de l’Interprofession des fruits et légumes d’Alsace, ont accueilli leurs nombreux invités.

Après la sécheresse estivale, les pluies de ces dernières semaines ont eu un effet bénéfique sur les pommes, a expliqué Daniel Dettling, arboriculteur à Westhoffen, devant les nombreuses personnalités venues assister au lancement de la campagne pommes d'Alsace. Installé en 2003 sur l'exploitation familiale, ce dernier a considérablement développé les surfaces en vignes (6 ha) et en vergers (12 ha). « Jusqu'ici, les quetsches étaient notre fer de lance, mais la sharka nous a obligés à arracher à tour de bras des vergers en pleine récolte. Pour assurer la pérennité de notre exploitation, nous avons dû rebondir, mais le parcellaire morcelé a compliqué la donne. En réalisant des échanges entre agriculteurs, nous avons réussi à regrouper une parcelle d'1 ha que nous avons plantée en pommes boskoop et idared avec des clones actuels qui colorent bien. » L'objectif, a-t-il précisé, est de relever le défi de satisfaire le consommateur par la couleur et le calibre des pommes. Aujourd'hui, les vergers se composent de 1,5 ha de cerises de bouche, 8 ha de mirabelles et de quetsches et 1 ha de pommes en production. À cela s'ajoute 1 ha de pommes en plantation qui représente un investissement important, notamment pour les filets paragrêle et les clôtures contre le gibier. Daniel Dettling vend ses fruits à la ferme, dans le magasin La Nouvelle Douane à Strasbourg - où son épouse s'investit beaucoup - et adhère à la Cuma Alsa Pomme de Brumath. Pour Pierre Barth, président de l’association Production fruitière intégrée d’Alsace, la ferme fruitière de Daniel Dettling est un bel exemple de développement de l'arboriculture. « Il y a de la place pour les jeunes qui veulent s'installer », a-t-il ajouté. Une nécessaire visibilité La Région Alsace accompagne fortement la filière fruits et légumes, a poursuivi Pierre Lammert, président de l'Interprofession des fruits et légumes d'Alsace (Ifla), en soulignant la présence de François Loos, vice-président du Conseil régional, de Nathalie Arnold, chef du service agriculture et forêt, et d'Yves Demangel, directeur du pôle marque et réseaux de l'Agence d'attractivité de l'Alsace. C'est le cas de la filière pomme : la Région a aidé les producteurs à sensibiliser les consommateurs à manger local. « Nous avons ajouté sur notre logo la marque Savourez l'Alsace Produits du terroir qui vient d'être lancée. C'est normal que les fruits et légumes soient entrés dans cette démarche. » Les producteurs de fruits ont envie de développer la production régionale, d'augmenter les surfaces, d'installer des jeunes, à condition d'avoir de la visibilité, a souligné Pierre Lammert. Un verger c'est un engagement de 25 ans ! Une démarche est en cours pour créer les conditions favorables à cette dynamique. L'Ifla organise une grande manifestation du 1er au 10 octobre, dans le cadre des Journées d'octobre de Mulhouse, a annoncé Pierre Lammert. Sur 10 000 m2, Folie’Flore mettra en avant les fruits et légumes d’Alsace, par une succession de vingt jardins, cinq spectacles et cinq ateliers participatifs. « C'est un travail colossal ! » Mais le résultat sera magnifique, à n'en pas douter. Autre actualité, la quinzaine fruits et légumes d'Alsace se déroule en ce moment dans les grands magasins, ainsi que dans la restauration hors domicile. « Le concours d'étalage a été lancé, de nombreux magasins sont décorés avec nos fruits et légumes. » Pour Patrick Bastian, secrétaire général de la Chambre d'agriculture de région Alsace (Cara), « 2014 est la pire des années que nous ayons connue au niveau des prix. Nous espérons que les prix se maintiendront à un bon niveau pour 2015. » Il faut que la grande distribution joue le jeu pour motiver les jeunes agriculteurs, a-t-il insisté. « Nous devons essayer de contractualiser la production avec un volume, mais aussi un prix et une durée, sinon nous n'y arriverons pas. » De son côté, la profession continue à y croire : la Cuma Alsa Pomme vient d'investir dans une ensacheuse-barquetteuse et la Cara a engagé un deuxième technicien arboricole à mi-temps, Thierry Antoine. La station Verexal continue à acquérir des références techniques pour guider le choix des producteurs. « Nous allons développer d'autres espèces, comme l'abricot ou la pêche, car il y a une vraie demande des consommateurs. » François Loos, vice-président du Conseil régional d'Alsace, estime qu'il est important de délivrer un message positif. « Contractualisation, qualité, marque, autant d'éléments fondamentaux sur lesquels il faut agir sous peine d'être soumis aux dures lois du marché. Or la production a besoin de visibilité à long terme. » C'est dans cette optique que le Conseil régional a signé une convention d'objectifs avec la Cara. « Nous avons mis en œuvre tout ce que nous avons décidé et nous avons déjà voté les crédits pour 2016. » Pierre Barth en a profité pour remercier la Région pour son soutien, en particulier pour la campagne de promotion menée l'an dernier, au plus fort de la crise, a souligné Pierre Barth. « Si les prix n'étaient pas au rendez-vous, cela nous a au moins permis d'écouler les stocks en fin de campagne. » « Nous continuons à avoir la fibre de la ruralité » Après le maire de Westhoffen, Pierre Geist, la parole était à Thierry Carbiener, conseiller départemental du Bas-Rhin. « Malgré les temps difficiles, nous sommes très enclins à être un appui indéfectible de l'agriculture, à travers la convention signée avec la Cara, dans laquelle les producteurs de fruits ont une place privilégiée, a-t-il souligné. Nous restons en appui en matière de formation, nous privilégions les circuits courts, notamment dans les restaurants collectifs des cantines, et nous nous sommes toujours investis sur la replantation des arbres fruitiers et dans les vergers solidaires. » Malgré un désengagement financier provisoire, le Conseil départemental du Bas-Rhin continuera à appuyer certaines opérations remarquables et certains investissements, a conclu Thierry Carbiener.

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