Cultures

Cultures associées de légumineuses à graines

À deux, on est plus fort

Publié le 04/06/2018

Les cultures associées de légumineuses à graines visent à proposer une alternative au soja importé pour l’alimentation animale en cultivant des légumineuses à graines indigènes associées à des céréales pour éviter la verse, la fertilisation azotée, et sécuriser le rendement. Maurice Clerc, ingénieur au FiBL, était invité à la rencontre annuelle du réseau Base Alsace pour partager l’expérience suisse en la matière.

La culture associée de légumineuse à graine est une technique culturale ancestrale, un temps reléguée au rang de pratique archaïque mais que certains agriculteurs redécouvrent. L’objectif est de proposer une alternative au soja fourrager, en cultivant par exemple du pois protéagineux ou de la féverole. Or en cultures pures, ces plantes ont tendance à verser avant la récolte et peuvent souffrir de la concurrence avec les adventices. D’où l’idée d’associer une légumineuse et une céréale, pour « obtenir un maximum de protéagineux dans le grain récolté, sans fertilisation azotée, sans verse, ni casse, avec peu de travail », indique Maurice Clerc, ingénieur au FiBL. 80 % de légumineuse/40 % de céréales Lors du semis, associer 80 % de légumineuse à 40 % de céréales en pourcentage de densité de semis en culture pure semble être un équilibre qui fonctionne dans la majorité des situations. Le semis s’effectue au semoir à céréales, en trouvant un compromis entre la date de semis et la profondeur de semis de chaque espèce. La culture gagne à recevoir du compost, et un passage de herse étrille si la météo le permet. La récolte doit être effectuée quand la légumineuse à graine est mûre. La moissonneuse-batteuse usuelle, équipée d’un tamis spécial, doit être réglée en fonction de la légumineuse pour ne pas casser les grains, quitte à avoir un peu de céréale non triée qui passe. « En général, l’association permet d’obtenir un rendement plus élevé qu’en culture pure », souligne Maurice Clerc. Qui évoque des optimisations possibles, par exemple grâce à des semoirs capables de semer chaque espèce à sa profondeur optimale. « Le principal problème, ce sont les variétés. Comme le soja a pris le dessus en alimentation animale, les sélectionneurs se sont désintéressés des autres légumineuses. Aujourd’hui, la sélection redémarre, mais il va falloir attendre dix ans pour avoir des variétés adaptées. » Avec du pois, de la féverole, du lupin Néanmoins, Maurice Clerc évoque plusieurs associations possibles. Avec le pois protéagineux d’abord, intéressant de par sa tolérance au froid et à l’humidité. Le pois protéagineux peut être associé à de l’orge d’automne. « S’il est peu vigoureux, il faut privilégier l’orge à deux rangs. Mais s’il est vigoureux, mieux vaut miser sur de l’orge à six rangs, plus haute et vigoureuse. Car l’effet tuteur de l’orge doit être suffisant pour éviter la verse, et une espèce ne doit pas étouffer l’autre. Il est aussi important que l’association laisse derrière elle un champ propre, pour ne pas avoir à multiplier les déchaumages après moisson et pouvoir semer rapidement un couvert végétal. » Autre association qui a été testée : pois fourrager - triticale, pour profiter de la résistance au froid du premier. « Mais les essais n’ont pas donné de résultat concluant. Le pois fourrager ne s’avère pas maîtrisable : soit il étouffe le triticale, soit il ne lève pas… C’est trop aléatoire. » L’association de la féverole et de l’avoine d’automne est intéressante : « L’avoine a un effet raccourcisseur sur la féverole, or peu de variétés de féverole sont résistantes à la verse. » Pour synchroniser la maturité des deux espèces, Maurice Clerc conseille de jouer sur la variété d’avoine car « il y a plus de choix qu’en féverole ». Et il précise : « Semer de l’avoine d’automne au printemps ne pose pas de problème. Elle fera moins de rendement que si elle avait été semée à l’automne, mais est aussi moins concurrentielle que l’avoine de printemps pour la féverole. » Les associations à base de lupin peuvent également être envisagées. « Le lupin peut être toasté et affiche une valeur alimentaire très proche de celle du soja. » Comme il n’existe pas de variété de lupin blanc résistant à l’anthracnose, les essais ont été menés avec du lupin bleu, moins productif. « Les associations lupin bleu et avoine ou triticale sont les deux qui ont le mieux fonctionné. » L’association avec du blé pêche par un effet insuffisant sur les adventices. Avec l’avoine rude, « l’effet propreté est bon, mais l’avoine était trop tardive ». Avec du soja Enfin, la légumineuse peut aussi être du soja. « Nous avons testé 25 plantes compagnes allant de l’avoine, à la caméline, au triticale, à la chicorée néozélandaise, une espèce très couvrante, trop même, puisqu’elle a aussi étouffé le soja, en passant par des mélanges de ces espèces. » Plusieurs enseignements peuvent en être tirés. Associer deux légumineuses n’a pas d’intérêt. La concurrence pour l’eau en année sèche constitue un frein. En outre, « la nécessité d’effectuer un sarclage de l’interligne et de la plante compagne sur la ligne et à proximité est rapidement apparue ». Mais même cette précaution prise, en année sèche, « le rendement décroche en association, et ceci d’autant plus que la culture associée est semée dense ». Depuis les premiers essais, la technique de semis a été améliorée, avec un semoir combiné qui permet de semer les deux espèces en même temps. En 2016, après des conditions de semis très difficiles, l’association soja-sarrasin a donné de bons résultats en termes de propreté. Puis, en 2017, le soja a levé dans des conditions très poussantes et a étouffé toutes les associations, sauf le sarrasin. Maurice Clerc analyse : « La densité de semis a été trop diminuée. L’optimum dépend de l’année, ce qui ne peut pas être anticipé. » La technique n’est donc pas encore au point, mais les travaux se poursuivent : irrigation, utilisation d’espèce compagne tapissante comme le gazon, amélioration variétale, apports de compost pour réduire le phénomène de fatigue des légumineuses. « Il y a encore beaucoup de choses à faire pour occuper tous les créneaux possibles, car il y a aussi des variétés alimentaires de pois, de lupin, de féverole, etc. », avance Maurice Clerc.

Fleurs et plantes d’Alsace

Faire pousser les plantes… et les idées

Publié le 14/05/2018

Les horticulteurs et pépiniéristes d’Alsace s’adaptent à la demande des particuliers, en proposant des plantes qui demandent moins d’entretien et toutes sortes d’idées pour les mettre en scène.

Prenez un géranium, un plant de feuille de chêne ou de basilic, ajoutez un dracaena, un mini-pétunia, un fraisier quatre-saisons, et pourquoi pas un dorotheanthus ? Garnissez-en un bac de bonne dimension rempli de tourbe blonde, et vous obtiendrez un bac fleuri du plus bel effet. Les horticulteurs et pépiniéristes d’Alsace ne manquent pas d’idées pour fleurir balcons et jardins. Alors que la saison estivale approche à grands pas, ils ont donné le coup d’envoi de la campagne de fleurissement mercredi 25 avril, depuis les serres des établissements Sonnendrucker, dernières serres urbaines de Strasbourg situées dans le quartier de Koenigshoffen. Pour la quarantaine de professionnels réunis au sein de l’association Fleurs et plantes d’Alsace, il est essentiel de faire connaître le savoir-faire et la créativité des horticulteurs et pépiniéristes de la région pour qu’ils puissent se démarquer de la concurrence, a expliqué Christian Romain, leur président. La qualité et la fraîcheur des produits ne sont plus leurs seuls arguments : ils se présentent comme de véritables créateurs de décors, auxquels les clients peuvent demander conseils et idées pour faire les choix de fleurissement les plus adaptés à leurs envies et à leurs possibilités. C’est pour cette raison qu’ils ont imaginé, avec le concours de l’agence Musiconair, cinq univers permettant aux clients de se repérer : le jardin nourricier ; les associations fruits-légumes-fleurs ; les plantes « propres sur elles », autrement dit qui perdent peu leurs pétales et leurs feuilles ; les plantes mellifères qui attirent les abeilles et les papillons ; et enfin, les « plantes chameaux », peu gourmandes en eau. Ces différents univers, auxquels le personnel de vente a été sensibilisé, sont déclinés sur des affiches et supports placés en magasin. Le jardin est à réinventer Le déploiement de ces supports témoigne de la prise en compte des nouvelles habitudes de vie et de consommation de la clientèle. « Le jardin est à réinventer car les gens vivent de plus en plus souvent en ville ou en lotissement et ils ont peu de surfaces pour le fleurissement », constate Dominique Krafft, de l’agence Musiconair. Les horticulteurs et pépiniéristes souhaitent notamment attirer les jeunes générations, qui n’ont pas suffisamment le réflexe de pousser la porte de leurs établissements. Il ne s’agit pas de les orienter vers des tendances de fleurissement toutes faites, précise Christian Romain, mais plutôt de leur donner des clés pour qu’ils puissent fleurir selon leurs envies, sans risquer d’être déçu. Leur apprendre, par exemple, qu’un bon terreau n’est pas forcément de couleur noire, qu’un dracaena tient parfaitement en plein soleil, et que le géranium, valeur sûre du fleurissement en Alsace, peut fort bien être associé à d’autres plantes qui donneront un coup de jeune aux jardinières.

Publié le 27/04/2018

Malgré les craintes liées à un hiver plus long que les années précédentes, les semis de maïs se sont bien déroulés et sont quasiment terminés partout en Alsace. Sur les parcelles les plus précoces, on est même déjà au stade deux feuilles, voire trois feuilles.

Les intempéries de ce début d’année 2018 et la fraîcheur constatée à la fin du mois de mars pouvaient laisser penser qu’il allait être difficile de réaliser ces semis dans de bonnes conditions. Au final, et c’est une heureuse surprise, cela a plutôt été le contraire. « Les gens ont généralement travaillé idéalement, rapidement et efficacement. Certes, le travail a débuté un peu plus tardivement que les années précédentes. Mais, ensuite, le temps ensoleillé et surtout les températures idéales ont favorisé ces travaux puis le premier développement de la plante. Du coup, les levées ont été très rapides un peu partout en Alsace », explique Jonathan Dahmani, conseiller à la Chambre d'agriculture d’Alsace. Le 21 avril par exemple. Alors qu’il avait gelé en 2017, du soleil et des records de température ont inondé la région ce jour-là. « Un épisode climatique suivi d’une journée de pluie le 23 avril qui a également été bénéfique pour le maïs. On peut donc estimer que tous les semis, même sur les secteurs les plus tardifs et les moins favorables, seront réalisés au plus tard début mai », ajoute Jonathan Dahmani. Des propos confirmés par Jean-Louis Galais, responsable de l’équipe Grandes cultures à la Chambre d'agriculture d’Alsace. « Tout se passe très bien. Dans le Sundgau, les semis ont démarré plus tard du fait de la fraîcheur dans cette zone. Dans les secteurs les plus favorables, les semis sont quasiment finis. Il reste encore à faire les parcelles les moins ressuyées. Dans le Sundgau, comme partout dans la plaine en Alsace, on voit déjà les rangs du maïs. La première feuille est sortie. Les levées sont très rapides. Dans certains secteurs les plus précoces, il y a même déjà la deuxième feuille », poursuit Jean-Louis Galais. Deux feuilles dans le Bas-Rhin C’est effectivement le cas dans le Bas-Rhin, où les levées semblent avoir été encore plus rapides. « Les semis se sont très bien déroulés, notamment dans les parcelles les plus ressuyées. En même pas dix jours, le maïs a levé. Cela s’explique par les températures et les structures de sol qui sont bonnes. Avant la pluie du lundi 23 avril, on peut estimer que 80 % des semis avaient été effectués. Depuis, la plante part à une vitesse impressionnante. Nous sommes déjà au stade deux feuilles sur de nombreuses parcelles voire presque trois feuilles », analyse Marielle Stimpfling, conseillère grandes cultures à l’Adar d’Obernai. Cette levée rapide permet d’éviter des problèmes d’insectes ravageurs du sol (taupin, oscinie…). Et la levée des maïs sur un laps de temps plutôt court permet que les corbeaux soient moins voraces (les maïs sont sensibles aux corbeaux jusqu’à environ six feuilles). « Ce dernier point est plutôt théorique, il y a des secteurs où les corbeaux sont très voraces ! » La levée rapide des maïs par temps sec est, par contre, moins favorable à l’application de désherbants à action racinaire. Cependant, les désherbants racinaires utilisés dans la région sont « assez souples » dans leur utilisation. Ils ne sont pas post-semis stricts, mais certains peuvent être utilisés jusqu’à deux voire quatre feuilles du maïs. Il y a donc une légère souplesse d’application de ces racinaires. « Et si les adventices sont déjà levées, un désherbant foliaire pourra être ajouté afin de renforcer l’efficacité du programme de désherbage. Pour l’instant il n’y a pas de report en faveur des désherbants de post-levée en foliaire strict », ajoute Marielle Stimpfling. Pour ce week-end, il est annoncé jusqu’à 15-20 mm de pluie. Selon les secteurs, cela peut faire courir un risque de coulées d’eau boueuse - notamment en versant de collines - ou de glaçage/battance des sols - surtout dans les parcelles pauvres en matières organiques ou à dominante limoneuse. À noter enfin que l’irrigation ne commence généralement qu’au stade sept à huit feuilles. Le premier « flash irrigation » a en tout cas été réalisé et envoyé tout récemment aux professionnels.

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