Cultures

Agriculture de demain

Des observations faites maison

Publié le 11/07/2018

Les causes des problèmes observés sur une culture ne sont pas toujours à chercher du côté des bioagresseurs ou des carences nutritives. Parfois, il s’agit de problèmes de structure du sol. Pour en avoir le cœur net, une seule solution : aller vérifier ce qui se passe du côté du système racinaire. Pour cela, inutile de faire appel à des spéléologues certifiés : une bêche, une tarière, et un peu d’expérience peuvent suffire, et être riche d’enseignements.

« On peut commencer par observer la surface du sol. Car l’infiltration de l’eau sera très différente en fonction de l’état de surface. Il peut y avoir une croûte de battance, qui induit un risque de ruissellement, d’érosion, de coulées de boue. Ou, au contraire des microreliefs et des résidus en surface », introduit Anne Schaub, de la Chambre régionale d’agriculture Grand Est. Pour aller un peu plus loin sans déplacer des montagnes, le test à la bêche est une solution idéale. Pour le réaliser, il suffit de s’équiper d’une bêche, d’un couteau, d’une grille de notation. Et d’avoir un quart d’heure devant soi. « Ce test se réalise deux fois par an, pour suivre l’évolution de la vie biologique du sol. Il s’agit d’observer la forme des racines, l’aspect des agrégats, la présence de vers de terre… » Pour avoir une réponse précise quant à une intervention de travail du sol (faut-il le travailler ? Comment ? À quelle profondeur ?) ou de vérifier qu’une intervention a rempli son rôle, Anne Schaub préconise de réaliser un profil en creusant un trou au télescopique. Cela permet d’observer les mêmes paramètres que dans le test à la bêche mais plus en profondeur et sur une largeur plus importante. Nommer c’est connaître Enfin, il est intéressant d’observer le sol sur sa profondeur, jusqu’à 1 m, à l’aide d’une tarière. Non seulement parce que les racines prospectent le sol sur une certaine profondeur et que ses caractéristiques sur toute cette profondeur déterminent ses propriétés agronomiques. Mais aussi parce que cela permet de donner un nom au sol, de le rattacher à une certaine catégorie. Ce qui est utile, par exemple, pour paramétrer correctement les outils d’aide à décision. Pour cela, il convient d’observer plusieurs paramètres sur une carotte de sol : couleur, texture, présence et forme des cailloux, traces de rouille, effervescence à l’acide chlorhydrique… À partir de ces observations, l’agriculteur peut décider lui-même de travailler le sol, ou pas. Et s’il décide de le faire, de choisir le bon outil, les bons réglages. Il peut aussi vérifier qu’une intervention a eu l’effet escompté. Et que son sol fonctionne bien. Et, si ce n’est pas le cas, envisager de mettre en place des mesures correctives, comme la couverture des sols, une manière de les travailler différemment, l’apport de matière organique…

Chambre d'agriculture d’Alsace - Arvalis - institut du végétal

Des leviers pour du blé encore plus durable

Publié le 07/07/2018

La plateforme dédiée à la culture du blé coorganisée par la Chambre d'agriculture d’Alsace et Arvalis - institut du végétal a permis de faire le point sur la campagne qui s’achève (lire en page 15), et de développer des actions à mettre en œuvre pour construire des itinéraires techniques performants, adaptés, et durables.

Cette année, la plateforme blé était installée à Kintzheim, sur une parcelle de l’EARL Kohler. « Le semis a été effectué le 20 octobre, trois jours après un labour, avec la variété RGT Venezio. Il y a eu un premier apport d’azote le 27 février, à raison de 17 uN de sulfate d’ammoniaque et 46 uN d’urée, suivie par un second apport, le 29 mars, de 117 uN d’ammonitrate. Le 3 avril, un régulateur a été appliqué. Il y a eu un traitement herbicide, le 11 avril, avec du kart à 1,2 l. Puis deux tours d’eau, le 5 et le 19 mai, à raison de 35 mm à chaque fois, et enfin un fongicide le 19 mai, soit au stade début floraison, avec du Sakura à 1 l », décrit Marielle Stimpling, conseillère agricole à l’Adar d’Obernai. Irrigation : pour la croissance et pour l’azote « L’irrigation du blé se pilote en fonction des périodes de sensibilité au stress hydrique, qui est la plus élevée aux stades levée et montaison », rappelle Jonathan Dahmani, conseiller agricole à la Chambre d'agriculture d’Alsace (CAA). Mais aussi en fonction des besoins en eau pour valoriser les apports d’azote. En agrégeant les besoins en eau pour la croissance et pour la valorisation de l’azote, la période d’irrigation s’étend potentiellement du stade deux nœuds jusqu’à 20-25 jours après l’épiaison. « Des études ont montré qu’il convient d’arrêter l’irrigation lorsque la longueur du grain a dépassé 75 % de la glumelle », précise Jonathan Dahmani. Cette année, le premier tour d’eau a généralement été positionné au stade deux nœuds, soit vers le 20-25 avril, avec quelques difficultés en raison du vent. Le deuxième tour d’eau se justifiait non seulement pour valoriser l’azote mais aussi parce qu’il coïncidait avec une période de forts besoins, avec une ETP importante, et en l’absence de précipitation. Un troisième tour a pu être réalisé du 20 au 27 mai. Puis le retour des précipitations a marqué la fin de l’irrigation. Changement climatique : des adaptations à anticiper Année après année, il apparaît de plus en plus certain que le changement climatique va conduire à des adaptations des pratiques agricoles. Pour les anticiper, la CAA a développé un outil qui permet de simuler le climat à l’échelle locale. « Nous avons commencé à effectuer des simulations sur trois périodes de 30 ans, de 1960 à 1990, de 2020 à 2050 (futur proche) et de 2070 à 2100 (futur lointain) », indique François Lannuzel, conseiller agricole à la CAA. Ces simulations reposent sur un scénario d’évolution des émissions de gaz à effet de serre médian, c’est-à-dire où les besoins énergétiques mondiaux sont couverts grâce à un mix d’énergies fossiles et renouvelables, permettant d’aboutir à une augmentation des températures limitée. Deux indicateurs climatiques ont été utilisés pour caractériser le futur climat de Haguenau, Altkirch et Sélestat : la température annuelle, et le cumul des précipitations annuelles. Résultats : « Il faut s’attendre à une hausse importante des températures moyennes dans le futur proche (+ 1,3 °C) et lointain (+ 3,1 °C) », annonce François Lannuzel. Par contre, les températures annuelles continuent à évoluer selon les mêmes amplitudes. Les précipitations annuelles seront marquées par une plus grande variabilité, avec davantage d’années sèches ou humides, et qui le seront de manière plus marquée : « On va vers des extrêmes », résume François Lannuzel. Qui détaille : les précipitations mensuelles tendent à augmenter en hiver, et à diminuer en été. En outre, le nombre de jours sans précipitations entre le 1er mars et le 30 juin, soit la période de sensibilité du blé au stress hydrique, augmente. Et le nombre de jours où les températures dépassent 30 °C du 10 mai au 30 juin, soit durant la floraison et le remplissage du blé, augmentera fortement dans le futur lointain. Ce qui suggère soit de développer l’irrigation, soit d’opter pour des variétés, des espèces moins sensibles au stress hydrique. En tout cas d’exacerber les pratiques qui vont dans le sens d’une gestion rigoureuse de l’alimentation hydrique des cultures. Face à ces premiers résultats, la CAA a la volonté de créer un groupe d’agriculteurs afin de travailler de concert sur la définition d’indicateurs agronomiques, de faire des projections qui permettent d’identifier des impasses, des leviers pour s’adapter, par exemple en modifiant les itinéraires techniques. Mais aussi en réfléchissant à des actions qui permettraient d’atténuer ce changement climatique. Les référents de ce dossier sont François Lannuzel et Jonathan Dahmani. Les agriculteurs motivés pour participer à ce groupe de travail sont invités à les contacter. Variétés : cumuler les atouts Fructidor, SY Moisson et Cellule forment le trio variétal de tête en Alsace. Mais il en existe tant d’autres qu’identifier les bonnes relève d’un choix cornélien ! Thomas Munch, d’Arvalis-Institut du végétal, a évoqué quelques critères de choix variétaux. Le débouché d’abord. Le principal débouché des blés alsaciens étant la meunerie, les variétés de classe BPS sont à privilégier. La précocité des variétés est un critère de choix important. Il faut distinguer la précocité à la montaison de la précocité à l’épiaison. « Une variété précoce à montaison redémarrera plus tôt en sortie d’hiver et s’exposera donc à un risque de gel tardif. » La précocité à épiaison reflète la capacité de la variété à finir son cycle. Elle est recherchée dans les milieux stressants en fin de cycle. Sinon, des variétés plus tardives à l’épiaison permettent de valoriser leur plus longue période de végétation. D’autres critères sont à prendre en considération, comme l’alternativité, qui correspond au besoin en froid en hiver pour taller et monter ; la tolérance aux maladies ; la teneur en protéines ; la tendance à accumuler les mycotoxines… Il précise : « La dilution de la teneur en protéines par le rendement est une réalité qu’il convient de nuancer, car certaines variétés ont une meilleure capacité à valoriser l’azote en fin de cycle. » C’est le cas d’orloge, une variété qui affiche une très bonne note GPD. « En Alsace, le critère à privilégier reste la fusariose, car il n’existe que des traitements préventifs qui ne sont pas toujours faciles à placer », estime Fabienne Boizet-Noël, conseillère agricole à la CAA. Et mieux vaut composer un bouquet variétal varié afin de cumuler les atouts de chaque variété. Biocontrôle : encore trop onéreux Les produits de biocontrôle sont définis comme « des agents et des produits utilisant des mécanismes naturels dans le cadre de la lutte intégrée contre les ennemis des cultures », a rappelé Didier Lasserre, d’Arvalis-Institut du végétal. Ils comprennent en particulier les macro-organismes et les produits phytopharmaceutiques qui sont composés de micro-organismes, de médiateurs chimiques, ou de substances naturelles d’origine végétale, animale ou minérale. « Les strobilurines copient une substance produite par un champignon, mais comme un processus chimique est mis en œuvre pour leur synthèse, elles ne peuvent pas être considérées comme un produit de biocontrôle », précise Didier Lasserre. Idem pour les pyréthrinoïdes. Pour l’instant, les produits de biocontrôle ont surtout été développés pour les cultures à haute valeur ajoutée. Il y en a moins en grandes cultures, où le coût de leur mise en œuvre reste encore souvent rédhibitoire, hormis quelques exceptions, comme les trichogrammes utilisés pour lutter contre la pyrale du maïs. Ou encore le Success 4 (Spinosad), composé d’un extrait de bactéries, utilisable pour lutter contre la chrysomèle du maïs, ou contre la drosophile suzukii, mais qui reste cher (80 €/ha). Et d’autres solutions sont en passe de se démocratiser, à l’instar d’un nématode tueur de chrysomèle, dont il parasite les larves, et qui est d’ores et déjà homologué en Autriche. Didier Lasserre prévient : « Biocontrôle ne veut pas dire bio. Certains de ces produits sont toxiques, notamment pour les abeilles ». Lucile Pligot, d’Arvalis-Institut du végétal, a présenté deux essais qui sont en cours pour évaluer l’efficacité de produits de biocontrôle sur la fusariose et la septoriose et qui sont menés en réseau, dans le cadre d’un projet européen, avec un protocole commun. Différentes solutions de biocontrôle y sont testées seules, à différentes doses, associées à d’autres solutions… Pour l’instant, avance Lucile Pligot, le niveau d’attaque, évalué en déterminant le nombre d’épillets touchés, est similaire quelles que soient les modalités sur le site de Kintzheim. Le même essai est mené à Colmar, avec des conditions très favorables au développement des maladies, ce qui permet de mieux discriminer les différentes modalités.

Les pommes de terre primeur sont arrivées

Succombez à la tentation !

Publié le 05/07/2018

Elles sont craquantes, les pommes de terre primeur ! À peine sorties de terre, les voilà déjà chez votre épicier ou dans votre supermarché préféré. Profitez-en vite, car vous ne les trouverez que jusqu’au 15 août.

Commercialisée sans délai pour garantir son extrême fraîcheur, la pomme de terre primeur a une peau claire et fine qui s’enlève facilement, sans épluchage, une chair fondante et une saveur délicate. « A Bombomele », selon les propres termes de Roland Schweitz qui produit 110 ha de pommes de terre sous la marque La Bruchoise. C’est sur son exploitation, à Duttlenheim, qu’a été donné le top départ de la saison, mardi dernier, en présence des producteurs, des grossistes et des distributeurs de la région. Conditionnées en sacs de 1,5 kg et 2,5 kg, les pommes de terre primeur sont reconnaissables à leur emballage différenciant, arborant le logo Fruits et Légumes d’Alsace. Bonne nouvelle, elles sont moins caloriques que leurs cousines, les pommes de terre de conservation : récoltées avant maturité, elles se composent de 85 % d’eau. La campagne a pourtant mal démarré. L’hiver pluvieux a retardé le début de la campagne : en Alsace, les plantations ont commencé avec 15 jours de retard. Le temps plutôt frais de la mi-mai à la mi-juin n’a pas permis d’obtenir la précocité espérée et les précipitations abondantes de début juin ont obligé les producteurs à arracher les premières pommes de terre primeur à la main. Mais dès la mi-juin, défaneuses et récolteuses sont entrées en action, indique Denis Jung, conseiller spécialisé en pommes de terre de la Chambre d'agriculture d'Alsace. Une période de commercialisation très courte Récoltées le matin, les pommes de terre primeur sont lavées et conditionnées dans la foulée pour être livrées aux acheteurs dans l’après-midi. Leur prix plus élevé est amplement justifié, estime Denis Jung, car elles demandent plus d’opérations que les pommes de terre classiques, comme le prégermage, la plantation - et parfois la récolte - manuelle, et ont des rendements inférieurs, variant de 15 à 25 t/ha. Reste à présent à les mettre en avant dans les étals des magasins et des supermarchés, pour qu’elles puissent pleinement jouer leur rôle dans la saga des produits de l’été. Compagnon idéal des barbecues, « la pomme de terre primeur rassure le consommateur : c’est un légume festif, annonciateur des beaux jours ensoleillés, explique Frédéric Kiehl, président de l’association de promotion de la pomme de terre d’Alsace. Et pour les producteurs, elle contribue à dynamiser l’intercampagne, en attendant la nouvelle récolte de pommes de terre de conservation. » Afin d’annoncer l’arrivée de la pomme de terre primeur, l’association lance une campagne de communication radiophonique sur deux radios régionales, du 6 au 13 juillet, avec le soutien de l’Interprofession des fruits et légumes d’Alsace et la Région Grand Est, indique Frédéric Kiehl. Ces spots régionaux sont accompagnés par une mise en avant des pommes de terre primeur dans les magasins partenaires de l’Ifla, avec affichage, distribution de fiches recettes et animations. Comme l’a indiqué Pierre Lammert, président de l’Ifla, ce lancement officiel est un moment important, car il contribue au succès de la commercialisation de ce produit 100 % frais, 100 % local. « La qualité est là », a-t-il assuré. Pour sa part, Fabien Digel, directeur de l’Ifla, a invité les producteurs, les grossistes et les distributeurs à venir nombreux, en tant qu’exposants ou visiteurs, au premier salon Passion de nos terroirs, qui se déroulera le mardi 18 septembre à Sélestat.

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