Cultures

Publié le 28/07/2018

La visite estivale de Planète Légumes a eu lieu sur l’exploitation colmarienne de Melmin Hodzic, la SARL Burgaentzlen. Les résultats de cinq essais ont été présentés : variétés de salades, désherbage alternatif, greffage de tomates, variétés de tomates rondes bios et melons de plein champ.

Il y a 35 jours, 50 variétés de salades ont été plantées sur une parcelle à l’est de Colmar. Quatre types de salades ont été choisis : batavia, laitue, feuille de chêne blond et feuille de chêne rouge. « Il a beaucoup plu avant l’installation mais quasiment plus depuis, cela a causé un souci au niveau de l’irrigation, avec des températures frôlant toujours les 30 °C », prévient Johanna Bodendorfer, conseillère en techniques alternatives et biologiques. L’observation des résultats en termes de poids, volume, résistance des côtes, développement du cœur, taille du trognon… débute avec les batavias. En la matière et pour cet essai, Henri Beyer, conseiller en production de légumes en Lorraine, plébiscite la BVP15232 de Vilmorin : « une batavia régulière et homogène ». La référence pour ce type de salade, en raison de sa haute résistante, reste la Olana de Enza Laden. « Elle garde une belle présentation pour ce créneau, malgré des résultats hétérogènes ». Le technicien craint même d’y voir apparaître un peu de rhizoctone. La référence en termes de résistance pour la feuille de chêne blond est la Kisheri de Rijk Zwaan (RZ). Sur cet essai, l’une d’elles pèse 550 g. Pour la laitue, Henri Beyer conseille des variétés au vert vif. Celles dont la couleur tire vers le bleu ne sont pas adaptées à la demande actuelle des consommateurs. « Une laitue mangée par les limaces est souvent un signe de bon niveau gustatif », ajoute-t-il. Pour cet essai, c’est le cas de la Mamarina de RZ. Le tour de la parcelle s’achève avec les feuilles de chêne rouges. Réputée pour sa résistance, la Stelix de Enza Laden n’a pas fait ses preuves ici : la salade est cassante et son poids menu (300 g). Macaï de RZ semble tirer son épingle du jeu sur cette parcelle avec plus de volume, de hauteur, de poids et un trognon saillant. « Au moins dix fois plus cher que le glyphosate » Direction le sud de Colmar, près du hangar de la SARL Burgaentzlen où se déroule l’essai concernant le désherbage alternatif. Cette parcelle de 4 300 m2 cultivée en courgette est découpée par des interrangs de 70 cm sur 170, soit 43 % de la parcelle. Lilian Boullard, conseiller en produits maraîchers, annonce que l’essai a débuté le 4 juin : « Il est mené en parallèle de l’interdiction annoncée du glyphosate. Nous cherchons des solutions valables pour l’avenir ». La question du coût reste prépondérante : « Pour avoir un début de résultat, il faut compter au moins dix fois plus cher que le glyphosate ». L’interrang témoin a été traité une fois au glyphosate le 9 juillet avec 5 l/ha et affiche un coût de 21,50 €. La première alternative testée est le vinaigre blanc. Avec 80 l/ha de vinaigre pur appliqué en quatre passages pour un montant de 111 €, le résultat est très mitigé. Lilian Boullard suggère l’ajout de sel, tout en mettant en garde : « On ignore la toxicité du chlorure de sodium sur la parcelle ». « L’utilisation de l’acide pélargonique ou Beloukha (son nom commercial) entraînerait des dangers faibles pour le consommateur et le producteur. Seize litres par hectare sont appliqués lors d’un passage toutes les trois semaines. Pour quatre passages effectués sur cet essai, le coût est de 450 €. C’est ce qui fonctionne le mieux ». Reste que cette solution de biocontrôle n’est pas encore homologuée. Cette homologation pourrait survenir dans les années à venir. Huile essentielle, trèfle, gazon ou occultation plastique L’huile essentielle (Essen’ciel) appliquée à raison de 30 l/ha avec quatre passages pour un coût de 1 135 € révèle une faible efficacité. Un interrang a été semé à la volée par 20 g/m2 de trèfle nain. En comptant un passage de tondeuse toutes les cinq semaines, le prix est de 589 €. « L’occultation est bonne, mais on risque de voir augmenter la population de campagnols et de souris sur la parcelle ». Plus loin, c’est du gazon vivier (fr70) qui a été semé à la volée (40 g/m2) pour un coût de 808 €. Il nécessite le même entretien par tonte et peut causer des problèmes d’humidité, et donc de maladies. L’option de l’occultation plastique est également étudiée. La toile plastique (20 microns, non microperforée) affiche un coût de 137 €/ha avec 10 % de chute. La toile hors sol coûte 1 000 €/ha mais il est possible de l’utiliser durant cinq ans. « Le problème posé par ces solutions est la manutention à l’utilisation », souligne le technicien. La solution mécanique que constitue le robot Oz, de Naïo Technologies, est présentée par la société Thierart Agri. Pour le désherbage, un passage toutes les trois semaines est nécessaire. « Il peut servir à biner, mais aussi pour la récolte avec la possibilité de tracter une remorque de 300 kg et de mettre 80 kg dessus ». Maud Launoy, étudiante en deuxième année de DUT Génie biologique et stagiaire à Planète Légumes, présente la troisième année de l’essai sur le greffage de tomates avec trois variétés de greffons (Élégance, Paola et Gloriette) greffés sur Maxifort en simple ou double tête. Les résultats sont très variables en termes de poids, vigueur, carence et qualité gustative selon le greffon. Johanna Bodendorfer détaille les résultats des essais de variétés de tomates rondes bios. Ces deux essais ont été réalisés sur l’exploitation voisine « Les Chants de la Terre ». Tous les résultats seront compilés dans le prochain bulletin d’information de Planète Légumes. Le dernier essai dévoilé a été mené dans le Bas-Rhin, à la ferme Wilt à Saessolsheim. Il s’agit d’une production de 23 variétés de melons charentais en plein champ, plantés le 23 avril. Avec une production moyenne de 3,5 melons par pied, cette culture intéresse de plus en plus d’agriculteurs alsaciens. Deux voire trois hectares seraient actuellement cultivés en Alsace, les producteurs tentant l’expérience se limitant souvent à une dizaine d’ares pour le moment.

Bilan de la saison du tabac

Une fin de saison avec le sourire

Publié le 26/07/2018

Alors que la récolte du tabac vient de commencer en Alsace, retour sur une campagne mouvementée. Malgré des débuts difficiles, la qualité et la quantité du cru 2018 devraient satisfaire producteurs et clients.

« Ça s’annonce bien. » Devant ses cinq hectares de tabac, Paul Lossel affiche un grand sourire. Les plantes sont de très bonne qualité après une semaine de récolte. « Ça fait longtemps qu’on n’a pas eu de feuilles basses aussi belles », se réjouit le producteur de Pfulgriesheim. La quantité est aussi au rendez-vous. « Il y a beaucoup de feuilles, elles vont donner pas mal de matière sèche », se félicite Bénédicte, la belle-sœur de Paul, en charge du triage et du séchage. Mais les tabaculteurs ont vécu quelques frayeurs avant de retrouver le sourire. Le début de saison s’est montré poussif. Le froid et le manque de soleil de février et mars ont retardé la maturité des semis sous serre. Les pluies ont ensuite repoussé la plantation du 10 au 20 mai. Dix jours, une éternité pour les cultivateurs. Et pourtant, « on s’en tire bien dans la vallée du Rhin, estime Olivier Riedinger, directeur de la Coopérative tabac feuilles de France (CT2F). En Charente, il a tellement plu qu’on a dû planter à l’arrache, coûte que coûte, vers le 20 juin. » Avec plus d’un mois de retard. « Revenir aux prix de 2016 » Les maladies et parasites ont aussi menacé les plantes. Le sclérotinia, un champignon à l’origine entre autres de la pourriture blanche, a guetté les semis sous serre en mars. Plus de peur que de mal, le parasite n’a pas proliféré. « On a aussi craint le mildiou, mais les traitements sanitaires ont permis de limiter la casse », selon Olivier Riedinger. En Alsace, l’horizon des tabaculteurs s’est éclairci en même temps que le ciel. La chaleur et le soleil du mois de juin ont compensé les retards de croissance accumulés depuis février. Un rattrapage fulgurant. La récolte manuelle, a même commencé depuis deux semaines. À la même date que l’an dernier. Désormais, la coopérative se préoccupe d’un objectif économique. À savoir, « revenir aux prix de 2016 », après une récolte 2017 jugée mal payée au vu de la qualité de la production. Dernière crainte dans les champs : la sécheresse estivale. Surtout à Hochfelden et dans le Kochersberg. Là, les agriculteurs n’irriguent presque pas, faute de nappe phréatique accessible. Mais les pluies du samedi 21 juillet ont résolu le problème, pour un temps au moins. « Ici il est tombé 25 cm, on est couvert pour 15 jours », explique Paul Lossel. Une nouvelle raison de garder le sourire.

Station régionale d’expérimentation fruitière Verexal à Obernai

Arboriculture fruitière : désherber autrement

Publié le 18/07/2018

Pour les arboriculteurs, la perspective d’une interdiction progressive des produits de désherbage est un vrai sujet de préoccupation. C’est pourquoi Verexal recherche des alternatives au désherbage chimique sur le rang des vergers conventionnels, même si celui-ci reste pour l’instant la solution la plus simple à mettre en œuvre et la moins coûteuse. Démonstration sur le terrain, mardi 10 juillet à Obernai.

Pourquoi désherber ? Le désherbage du rang a pour but de limiter la concurrence alimentaire entre les adventices et les arbres dans la zone de sol à proximité des troncs. La concurrence des adventices perturbe le bon déroulement des travaux sur le verger et diminue l’efficience du système d’irrigation. De plus, elle est consommatrice d’eau et d’éléments nutritifs, ce qui peut être préjudiciable à la pousse des arbres. Susciter des avancées techniques en matière d’alternative au désherbage chimique pour fournir des références aux exploitants qui envisagent de réduire les traitements phytosanitaires, telle est la mission de Verexal, indique son président, Pierre Barth. C’est pourquoi la station teste depuis plusieurs années des techniques pertinentes pouvant se substituer - ou se combiner - à l’utilisation d’herbicides chimiques, en tenant compte notamment de l’âge du verger. Sachant que ces techniques doivent certes être plus respectueuses de l’environnement, mais aussi avoir une efficacité et un coût acceptables. Certaines machines exercent une pression assez défavorable sur les racines. Un travail mécanique trop intensif peut détruire les racines superficielles des arbres et entraîner une perte de vigueur. Sur d’autres modèles, le passage de l’outil a tendance à creuser le rang. Sur jeunes vergers, cette technique provoque un retard de croissance et pénalise la production. Par ailleurs, les effets étant moins persistants que pour un désherbage chimique, les interventions sont plus nombreuses et augmentent la dépense énergétique. En effet, l’entretien mécanique du rang nécessite en moyenne cinq passages, contre deux passages en chimique, ce qui entraîne une consommation accrue de carburant, pas vraiment opportune en cette période de flambée des prix de l’énergie. Ce qui explique que, pour l’instant, les professionnels sont assez mitigés sur ces techniques alternatives. Depuis l’annonce de la suppression du glyphosate dans trois ans, les constructeurs mettent les bouchées doubles pour proposer aux arboriculteurs des matériels mieux adaptés à leurs attentes. Lors de la journée technique organisée le mardi 10 juillet à Verexal, les professionnels ont pu comparer différentes techniques pour éliminer les adventices : par thermisation, par travail mécanique sur le rang avec des outils à lames, à disques, à dents, etc. La vitesse d’exécution pouvant varier de 2 à 10 km/h, selon la machine. La première machine en démonstration ce jour-là était la bineuse à étoile Freilauber (photo 1). Elle ameublit le sol sur la rangée de troncs, en fonction du réglage de l’angle de travail et de la coupe inférieure des disques. La terre est ensuite éjectée dans la zone du tronc, ensevelissant les mauvaises herbes. Différentes possibilités de réglage permettent d’ajuster l’angle de travail et la coupe inférieure, et donc l’éjection, aux besoins des professionnels et à l’état du sol. Cette bineuse à étoile a suscité l’intérêt des arboriculteurs par la qualité du travail effectué, qui se mesure à la propreté du sol entre les ceps et au fait que les racines ne sont pas touchées, mais aussi par la vitesse d’avancement avoisinant 10 km/h. Le porte-outil avant double Arbocep de la société Chabas (photos 2 et 3) peut accueillir toute une gamme d’outils : lame interceps, tête à fil, tête de broyage, fraise rotative, disque à chausser ou à déchausser, etc. Son châssis pouvant supporter deux outils, à droite et à gauche, il est possible de travailler simultanément deux demi-rangs. En version tondeuse à fil, il détruit les mauvaises herbes et les galeries creusées par les rongeurs. Le débit de chantier est de 12 ha/jour, selon le technicien. Basée en Côte d’Or, l’entreprise Boisselet (photos 4 et 5) a développé un système d’outils interceps basé sur le principe d’amplificateur de couple. Attelé sur le relevage 3 points, le porte-outil peut être tiré ou poussé. Le mouvement du servomoteur est activé par commande hydraulique ou hydroélectrique (en option) afin de faire effacer l’outil en action. La correction de dévers est elle aussi en option. Cet appareil polyvalent permet de mettre en œuvre différents outils, comme l’outil de binage rotatif à dents Pétalmatic +, l’outil rotatif à axe vertical Starmatic ou le pulvériseur à disque. Une brosse mécanique est disponible pour l’entretien des vergers plus âgés. « Elle permet de maintenir le sol propre sans travailler le sol », indique le technicien. Dernier matériel en démonstration, le désherbeur mécanique interceps Ladurner (photos 6 et 7) est équipé d’un palpeur hydraulique de chaque côté, ce qui permet un travail très proche du tronc en toute sécurité. Une centrale hydraulique assure l’animation des différents moteurs. La conception de la machine permet son adaptation à des distances de plantation variables et aux terrains plats comme aux vergers sur buttes. La vitesse d’avancement est réglable de 2,5 à 4 km/h en fonction du travail à réaliser - tonte ou travail du sol - et de la densité de plantation. Retrouvez cette démonstration en vidéo :  

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