Cultures

Lancement de la campagne de pommes et de quetsches

Que du bonheur !

Publié le 06/09/2018

La récolte de quetsches et de pommes vient de démarrer. Bonne nouvelle, elles ont moins souffert de la sécheresse et de la chaleur que les céréales. Abondance et qualité organoleptique sont au rendez-vous, augurant une rentrée savoureuse. Le top départ de la saison a été donné par les professionnels mercredi dernier sur la ferme d’André Acker à Schœnenbourg.

La cueillette des mirabelles s’achève, et voilà que les quetsches pointent le bout de leur nez fuselé. « De Sigolsheim à Wissembourg, en passant par Obernai, tous les secteurs géographiques démarrent en même temps. » Du jamais vu, selon Philippe Jacques, conseiller arboricole à la Chambre d'agriculture d’Alsace. Il y a quelques semaines, pourtant, l’inquiétude des producteurs était palpable : « Avec ce temps sec et chaud, nous avions des craintes sur le calibre des quetsches. À l’arrivée, nous sommes agréablement surpris. Le calibre est correct, le taux de sucre est bon, voire très bon, et la fermeté plutôt satisfaisante. » Quant à l’aspect sanitaire, il est excellent. « Il y a eu très peu de carpocapse. D’une manière générale, il y a eu très peu de maladies. » Seul bémol, un léger défaut de coloration. « La peau a une couleur mauve clair, avec un fond vert, et la chair n’a pas toujours la couleur orangée habituelle. » Mais cela n’entame en rien le plaisir de la dégustation, parole de consommateur ! « La qualité gustative est intéressante », confirme Philippe Jacques. Si les conditions climatiques restent tempérées, la récolte devrait durer quinze jours. « À voir si le fruit se tiendra à l’arbre jusqu’à la fin. Si les grandes chaleurs reviennent, la saison risque d’être raccourcie. » Pommes : « On attend une récolte pleine » Du côté des pommes, elstar et gala ouvrent le ban. « C’est parti pour deux mois et demi de récolte. » Là aussi, bonne nouvelle : pour l’instant, le prix de vente est supérieur aux attentes. « Les premières variétés se vendent bien, et à un bon prix. Il y a de la place sur le marché. La concurrence des pays de l’Est ne se fait pas encore sentir », indique Philippe Jacques. Sur le plan technique, on relève le même petit défaut de coloration que pour les fruits à noyau : « La couleur rouge peine à apparaître ». Du coup, les producteurs ont préféré retarder le démarrage de la récolte d’une semaine. Les volumes sont au rendez-vous, la qualité organoleptique et la qualité de conservation aussi. « Le taux de sucre est supérieur aux années antérieures. Le taux d’acidité est à un niveau standard. Les calibres sont moyens, car les arbres sont généralement très chargés. » Mais c’est un moindre mal : « Dès qu’on monte en calibre, on perd en fermeté ». Poires : « Au top de la qualité gustative » « Nous avons réalisé une belle campagne de poires. » Volume et qualité gustative sont au top, se félicite le technicien. Les poires sont sucrées et juteuses, comme on les aime. « La récolte touche à sa fin. La qualité a été homogène du début à la fin, malgré les fortes chaleurs et l’absence d’irrigation qui a eu un impact sur les calibres, qui sont plutôt moyens. » La mise en marché a démarré avec la williams, mais les variétés suivantes vont être commercialisées très prochainement. En abricots, par contre, la campagne a été très hétérogène. Cela s’explique par le phénomène d’alternance. Les vergers qui ont été touchés par le gel l’an dernier étaient en général trop chargés et les fruits manquaient un peu de maturité. Les vergers moyennement chargés, en revanche, ont donné des fruits aussi beaux que sucrés. « Les producteurs alsaciens ont encore du mal à stabiliser le niveau de production, car ils maîtrisent mal les écarts de floraison. » Malgré les craintes liées à la canicule et à la sécheresse, les arboriculteurs tirent leur épingle du jeu, constate Philippe Jacques. « Mais gare à l’effet kiss cool au printemps prochain ! » Le technicien craint que le stress auquel les arbres ont été soumis cet été ne soit néfaste à l’induction florale. Affaire à suivre…

Chou à choucroute

Les producteurs au désespoir

Publié le 24/08/2018

Des choux à choucroute à peine plus gros que des pamplemousses… De mémoire de producteur, on avait rarement vu ça ! Les fortes chaleurs qui persistent depuis six semaines ont ruiné les espoirs des producteurs alsaciens qui comptaient sur une belle récolte pour le lancement officiel de la toute nouvelle IGP choucroute d’Alsace.

Laurent Heitz, président du Syndicat des producteurs de chou à choucroute d’Alsace, est formel : pour les variétés semi-tardives dont la récolte va démarrer dans une quinzaine de jours, les prévisions de rendement sont amputées de 30 %, et même de 50 % dans certains cas. Lorsque la température dépasse 30 °C, les spores se ferment et la végétation s’arrête, explique-t-il. Le chou ne grandit plus. Et cela fait six semaines que cela dure… « Plusieurs producteurs subissent la double peine, poursuit-il. Leurs parcelles étaient inondées au printemps, entraînant une asphyxie des racines. Puis les fortes chaleurs ont entraîné un arrêt végétatif total. Certaines parcelles ne seront même pas récoltables. » Pour le président des producteurs de chou à choucroute, la situation est pire qu’en 2003 et 2015. « Le plus pénalisant, ce n’est pas le manque d’eau, mais ces températures extrêmes. Pour que la culture soit rentable, il faut que le rendement atteigne 80 t/ha. En dessous, on perd de l’argent. On est loin du compte… » La saison avait plutôt bien commencé, avec des rendements allant jusqu’à 65 ou 70 t pour les variétés précoces dans les plus belles parcelles. « Mais pour les variétés semi-tardives, c’est une tout autre affaire. D’autant que la pourriture commence à s’installer. » Les parcelles irriguées, en particulier, sont fortement touchées. L’eau stagne dans les feuilles basses, ce qui favorise le développement des champignons. « Nous avons dû réaliser plusieurs traitements fongicides. Un surcoût non négligeable, d’autant que le prix du carburant a flambé. » Le président craint en outre que l’état sanitaire des choux à choucroute ne se détériore très rapidement et « qu’on n’arrive pas à rentrer toute la récolte assez vite ». Consentir une hausse du prix du chou à choucroute Comment sortir de ce marasme ? « Nous demandons que la grande distribution limite les promotions sur la choucroute. Et que les choucroutiers acceptent une hausse des prix pour compenser la perte de rendement et le surcoût lié à l’irrigation. Il faudrait atteindre 100 € la tonne, soit 25 € de plus que le prix habituel. » L’écœurement des producteurs alsaciens est réel, souligne Laurent Heitz. Il redoute que les surfaces ne diminuent encore dans les prochaines années. « Le réchauffement climatique que nous vivons menace l’avenir de cette culture en Alsace. Le chou n’aime pas le chaud. Même en irriguant, on ne peut pas compenser la perte de rendement. »

Publié le 19/08/2018

Le réseau Base Alsace, qui réunit une centaine de personnes, avait invité lors de sa rencontre annuelle, plusieurs spécialistes qui ont partagé leur expérience. Maurice Clerc, ingénieur au FiBL, a exposé les principes de l’Agriculture biologique de conservation (ABC), convergence entre agriculture de conservation et agriculture biologique, pour capitaliser sur le sol, tout en se défaisant des solutions chimiques.

Le programme de la journée pouvait sembler un peu décousu, de prime abord, mais Christophe Diss, président de Base Alsace, en a dégagé le fil conducteur. L’amorce, c’est le retrait annoncé du glyphosate. Et la nécessité de trouver des alternatives crédibles. « Dans quelles directions chercher ? Il n’y aura pas de solution unique. Mais il semble qu’il faille se projeter vers des économies d’intrants de manière générale. Donc l’idée de fond consiste à capitaliser sur les effets bénéfiques de l’agriculture de conservation, tout en recourant moins à la chimie. Cela requiert de travailler les convergences entre agriculture de conservation et agriculture biologique ». Deux approches peuvent être envisagées. La méthode « surprise », qui consiste à surprendre les adventices, en allongeant les rotations, en occupant le terrain, c’est-à-dire en l’enherbant pour désherber moins ou mieux. Que ce soit d’ailleurs en interculture pour occuper le terrain, ou en culture, avec des plantes de service qui accompagnent la culture de rente. C’est le cas du colza associé, une technique désormais vulgarisée. Et qui donne lieu à toutes sortes de déclinaisons. L’autre approche consiste à substituer la chimie, par le recours à des Préparations naturelles peu préoccupantes (PNPP), à des robots désherbage, ou encore à l’électrodésherbage (lire nos précédentes éditions). Sortir de toute chapelle idéologique En Suisse, l’agriculture biologique de conservation (ABC) progresse et est techniquement décrite. Maurice Clerc, ingénieur au FiBL, résume : « Il s’agit de sortir de toute chapelle idéologique ». Le travail du sol c’est donc : du semis direct quand c’est possible, du travail réduit le plus souvent possible, mais aussi du labour ou du travail profond quand c’est nécessaire. Le processus de transition vers l’ABC s’accompagne de mesures telles que l’introduction de prairies temporaires, l’élaboration de rotations diversifiées, le choix des variétés, des dates de semis, le recours au compostage, aux couverts… Une belle théorie, mise à mal en pratique par un certain nombre de contradictions avec la politique agricole, la libéralisation des marchés, le potentiel du site de production… Ou encore des questions de société : quelle taille d’exploitations, quel type d’agriculture veut-on encourager : les agrimanager, les néopaysans, les deux ? Travail du sol : au cas par cas En matière de travail du sol, Maurice Clerc est partisan d’une certaine ouverture d’esprit : « Il ne faut pas forcément se fixer de limites ». Le principal objectif, c’est une teneur en humus correcte. Il précise : « Nous nous sommes intéressés à la destruction des prairies temporaires par du travail du sol superficiel ou un labour peu profond, à 10 cm. Il y a peu de différence. Il faut donc choisir la méthode en fonction de la météo, de l’état du sol… » Idem pour le semis direct. S’il est encouragé quand c’est possible, il est déconseillé dans certaines situations, « par exemple s’il y a beaucoup de vulpins ». Il évoque des essais de semis direct de maïs dans des engrais verts implantés en octobre et roulés au rolofaca. « La vigueur du maïs dépend des couverts végétaux. C’est un sujet à travailler. » Idem pour le semis direct du soja, où des pertes de rendement plus ou moins importantes sont enregistrées, en lien avec des problèmes de ravageurs (limaces, corneilles…) ou de difficulté à semer le soja à travers l’engrais vert. Reste que, même s’il peut s’accompagner d’une perte de rendement, le semis direct a un intérêt, surtout dans les fermes avec de grandes surfaces, car « il simplifie le travail et limite l’érosion », note Maurice Clerc. Prairies, composts et cætera La principale clé de la réussite de l’ABC, c’est d’avoir une rotation très diversifiée, comprenant des prairies temporaires. « Elles sont exigées par Bio Suisse sur au moins 20 % de la terre assolée », indique Maurice Clerc. Une exigence bien acceptée par les agriculteurs car les prairies temporaires permettent de réguler efficacement la flore adventice. Autres facteurs de réussite : des dates de semis et de récolte en adéquation avec les conditions pédoclimatiques, c’est-à-dire qui permettent notamment de ne pas récolter trop tard pour ne pas matraquer les sols. Ce qui suppose aussi un choix de variétés adaptées. Pour savoir si le risque de tassement est élevé ou pas, Maurice Clerc mentionne l’existence de l’outil en ligne www.terranimo.ch, qui permet d’évaluer le risque de tassement en renseignant quelques critères. Enfin, Maurice Clerc évoque les effets positifs induits par l’apport de composts : « Ils apportent des bactéries qui ont un effet dépressif sur les maladies telluriques », explique-t-il en citant un essai qui a mis en évidence une réduction des longueurs des lésions sur les tiges du pois avec l’apport de compost. Un effet amplifié lorsque le pois est associé à du triticale. Et encore plus dans le cas du pois associé au triticale avec apport de compost.

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