Base Alsace
Un creuset d’innovations
Base Alsace
Publié le 19/08/2018
Le réseau Base Alsace, qui réunit une centaine de personnes, avait invité lors de sa rencontre annuelle, plusieurs spécialistes qui ont partagé leur expérience. Maurice Clerc, ingénieur au FiBL, a exposé les principes de l’Agriculture biologique de conservation (ABC), convergence entre agriculture de conservation et agriculture biologique, pour capitaliser sur le sol, tout en se défaisant des solutions chimiques.
Le programme de la journée pouvait sembler un peu décousu, de prime abord, mais Christophe Diss, président de Base Alsace, en a dégagé le fil conducteur. L’amorce, c’est le retrait annoncé du glyphosate. Et la nécessité de trouver des alternatives crédibles. « Dans quelles directions chercher ? Il n’y aura pas de solution unique. Mais il semble qu’il faille se projeter vers des économies d’intrants de manière générale. Donc l’idée de fond consiste à capitaliser sur les effets bénéfiques de l’agriculture de conservation, tout en recourant moins à la chimie. Cela requiert de travailler les convergences entre agriculture de conservation et agriculture biologique ». Deux approches peuvent être envisagées. La méthode « surprise », qui consiste à surprendre les adventices, en allongeant les rotations, en occupant le terrain, c’est-à-dire en l’enherbant pour désherber moins ou mieux. Que ce soit d’ailleurs en interculture pour occuper le terrain, ou en culture, avec des plantes de service qui accompagnent la culture de rente. C’est le cas du colza associé, une technique désormais vulgarisée. Et qui donne lieu à toutes sortes de déclinaisons. L’autre approche consiste à substituer la chimie, par le recours à des Préparations naturelles peu préoccupantes (PNPP), à des robots désherbage, ou encore à l’électrodésherbage (lire nos précédentes éditions). Sortir de toute chapelle idéologique En Suisse, l’agriculture biologique de conservation (ABC) progresse et est techniquement décrite. Maurice Clerc, ingénieur au FiBL, résume : « Il s’agit de sortir de toute chapelle idéologique ». Le travail du sol c’est donc : du semis direct quand c’est possible, du travail réduit le plus souvent possible, mais aussi du labour ou du travail profond quand c’est nécessaire. Le processus de transition vers l’ABC s’accompagne de mesures telles que l’introduction de prairies temporaires, l’élaboration de rotations diversifiées, le choix des variétés, des dates de semis, le recours au compostage, aux couverts… Une belle théorie, mise à mal en pratique par un certain nombre de contradictions avec la politique agricole, la libéralisation des marchés, le potentiel du site de production… Ou encore des questions de société : quelle taille d’exploitations, quel type d’agriculture veut-on encourager : les agrimanager, les néopaysans, les deux ? Travail du sol : au cas par cas En matière de travail du sol, Maurice Clerc est partisan d’une certaine ouverture d’esprit : « Il ne faut pas forcément se fixer de limites ». Le principal objectif, c’est une teneur en humus correcte. Il précise : « Nous nous sommes intéressés à la destruction des prairies temporaires par du travail du sol superficiel ou un labour peu profond, à 10 cm. Il y a peu de différence. Il faut donc choisir la méthode en fonction de la météo, de l’état du sol… » Idem pour le semis direct. S’il est encouragé quand c’est possible, il est déconseillé dans certaines situations, « par exemple s’il y a beaucoup de vulpins ». Il évoque des essais de semis direct de maïs dans des engrais verts implantés en octobre et roulés au rolofaca. « La vigueur du maïs dépend des couverts végétaux. C’est un sujet à travailler. » Idem pour le semis direct du soja, où des pertes de rendement plus ou moins importantes sont enregistrées, en lien avec des problèmes de ravageurs (limaces, corneilles…) ou de difficulté à semer le soja à travers l’engrais vert. Reste que, même s’il peut s’accompagner d’une perte de rendement, le semis direct a un intérêt, surtout dans les fermes avec de grandes surfaces, car « il simplifie le travail et limite l’érosion », note Maurice Clerc. Prairies, composts et cætera La principale clé de la réussite de l’ABC, c’est d’avoir une rotation très diversifiée, comprenant des prairies temporaires. « Elles sont exigées par Bio Suisse sur au moins 20 % de la terre assolée », indique Maurice Clerc. Une exigence bien acceptée par les agriculteurs car les prairies temporaires permettent de réguler efficacement la flore adventice. Autres facteurs de réussite : des dates de semis et de récolte en adéquation avec les conditions pédoclimatiques, c’est-à-dire qui permettent notamment de ne pas récolter trop tard pour ne pas matraquer les sols. Ce qui suppose aussi un choix de variétés adaptées. Pour savoir si le risque de tassement est élevé ou pas, Maurice Clerc mentionne l’existence de l’outil en ligne www.terranimo.ch, qui permet d’évaluer le risque de tassement en renseignant quelques critères. Enfin, Maurice Clerc évoque les effets positifs induits par l’apport de composts : « Ils apportent des bactéries qui ont un effet dépressif sur les maladies telluriques », explique-t-il en citant un essai qui a mis en évidence une réduction des longueurs des lésions sur les tiges du pois avec l’apport de compost. Un effet amplifié lorsque le pois est associé à du triticale. Et encore plus dans le cas du pois associé au triticale avec apport de compost.












