Cultures

Congrès de l’Union nationale des producteurs de pommes de terre

Un agenda chargé pour la patate

Publié le 15/02/2019

L’Union nationale des producteurs de pommes de terre a choisi Strasbourg pour son congrès annuel, mardi 5 février. Les responsables de l’organisme ont dévoilé les grandes lignes de leur programme pour l’année qui débute.

2019 sera chaud. « L’année de tous les dangers », selon Arnaud Delacour, président de l’Union nationale des producteurs de pommes de terre (UNPT). En effet. Les élections européennes de mai risquent de bouleverser les équilibres politiques à Bruxelles. Le climat, toujours plus imprévisible, complique l’ajustement de l’offre à la demande. La tendance à plus de bio et moins de phytos réduit la marge de manœuvre des agriculteurs. Bref, l’UNPT a du pain sur la planche. Elle a donc défini une série d’axes de travail pour se préparer aux turbulences à venir. Généraliser la contractualisation D’abord, l’organisme professionnel souhaite généraliser la contractualisation entre paysans et distributeurs. « Aujourd’hui, seuls 50 % des producteurs signent des contrats, constate Antoine Peenaert, vice-président de l’Union. Nous voulons arriver à 90 % dans les prochaines années. » Les accords de vente constitueraient une barrière efficace face aux dérives des marges de la grande distribution. « Le contrat doit devenir la norme », insiste Arnaud Delacour. Mais comment convertir la moitié des producteurs réticents à ces démarches administratives ? Grâce au contrat type. « Un modèle de contrat préparé par l’UNPT, validé par nos avocats et mis à disposition des cultivateurs », explique Antoine Peenaert. Ce prototype d’accord reprend les clauses introduites par la loi Agriculture et alimentation. Mieux, les conditions générales de vente spécifient une batterie d’articles destinés à protéger les producteurs. Ceux-ci n’ont plus qu’à remplir les cases vides : variété de pomme de terre, calibre, prix, tonnage… Un jeu d’enfants ! Autre cheval de bataille de l’UNPT : l’application de la loi issue des États généraux de l’alimentation. L’organisme compte rehausser les prix contractuels. Et tant pis s’il faut se fâcher avec les distributeurs. « Monsieur Leclerc, arrêtez de dire que les prix vont s’envoler à cause de la loi Agriculture et alimentation », a lancé Arnaud Delacour. Le président a développé sa charge, chiffres à l’appui. « En 2018, le consommateur payait 0,97 € le kilo de pomme de terre. Sur ces 0,97 €, 58 centimes revenaient aux distributeurs et 10 centimes aux producteurs, c’est rien du tout. » L’UNPT veut aussi mettre en œuvre la feuille de route « filière engagée » signée l’an dernier. Le texte se décline en treize grandes idées. Réduire de 40 % l’usage des produits phytosanitaires, garantir un produit sans résidu, économiser l’eau, diminuer les émissions de gaz à effet de serre… Tous les engagements vont dans le sens des États généraux de l’alimentation. Pas étonnant, la feuille de route a été amorcée « sous la pression de certaines ONG », d’après Martin Mascré, directeur de l’union. Frites belges, patates françaises Enfin, l’organisme va continuer son travail au niveau européen. « L’Europe est une chance pour la pomme de terre française », a affirmé Arnaud Delacour, du haut de son poste de président du groupe de travail sur la pomme de terre du Copa-Cogeca, principal syndicat agricole européen. Mais pour que la chance ne se transforme pas en catastrophe, le responsable appelle les pays membres de l’UE à harmoniser leurs politiques fiscales, sociales et environnementales. « Cela permettra de relocaliser les industries au cœur des régions productrices. » Car la patate de France souffre des délocalisations. Une grande partie de la production est expédiée en Belgique où les usines de transformation pullulent. Elles profitent d’un droit du travail plus souple et de terrains moins chers. Résultat : des frites belges faites à base de patates françaises. « Cherchez l’erreur », s’exaspère Arnaud Delacour. C’est sûr, 2019 va être bouillant.

Publié le 15/02/2019

En clôture de son congrès, l’UNPT a rassemblé une poignée d’experts autour d’une table ronde sur le thème de l’Europe. Réforme de la Pac et accords de libre-échange ont cristallisé les crispations entre gouvernement et agriculteurs.

Courtois mais franc. Le débat a vite fait apparaître des lignes de fracture entre le représentant de l’État, Frédéric Lambert, chef du service Europe au ministère de l’Agriculture, et le monde agricole. • Plus d’Europe VS plus de flexibilité Interrogé sur la réforme de la Pac, Frédéric Lambert a estimé que « le projet va dans le sens de la simplification. On ne légiférera plus à 100 % depuis Bruxelles ». Les États disposeraient ainsi d’une marge de manœuvre plus grande afin d’adapter les dispositifs européens à leurs contraintes. Cette nouvelle doctrine rapprocherait donc la politique européenne des réalités du terrain. Certes, le discours pourrait séduire des agriculteurs prompts à critiquer les mesures « pensées à Bruxelles et pas adaptées aux cas particuliers ». Mais les producteurs flairent surtout l’odeur d’une renationalisation de la Pac. « Vous affirmez que le projet va dans le bon sens, mais permettez-moi de vous dire que vous ne nous rassurez pas du tout », a ainsi interpellé un participant au congrès de l’UNPT. Car une renationalisation de la Pac, même déguisée en plan de simplification, aurait de lourdes conséquences. Les paysans craignent de subir des distorsions de concurrence encore plus grandes entre pays membres de l’Union européenne. « Nous voulons plus d’Europe », a insisté Arnaud Delacour, président de l’UNPT. Et l’eurodéputée Anne Sander de lui emboîter le pas : « La politique agricole commune doit justement rester… commune ! » • Nouveaux marchés, nouvelles contrariétés ? Comme souvent, le gouvernement et l’UE ont été accusés de brader l’agriculture lors des négociations commerciales avec des pays étrangers. « L’agriculture est souvent la variable d’ajustement afin de vendre plus d’Airbus, de TGV et de centrales nucléaires », a dénoncé Arnaud Delacour. Faux, répond Frédéric Lambert. L’envoyé spécial du ministre en veut pour preuve l’accord avec le Japon entré en vigueur vendredi 1er février. « Ce texte est bénéfique pour l’agriculture, l’Europe n’avait que des intérêts offensifs dans ce secteur. » Comprendre : le Japon n’avait rien à vendre et tout à acheter. Logique pour un pays qui importe presque 40 % de sa nourriture. Mais le Japon ne représente pas la norme. Ceta, Mercosur, Tafta… Des noms de traités qui donnent la nausée aux syndicalistes agricoles. Pour couper court au débat, l’émissaire parisien a rappelé un chiffre phare. « L’agriculture est le 3e solde commercial positif de la France. » Elle revêt donc un intérêt stratégique. S’il en est convaincu…

Publié le 15/02/2019

Le modèle de l’Interprofession des fruits et légumes d’Alsace a séduit les responsables de l’UNPT lors de leur congrès à Strasbourg. Ils l’ont même érigé en exemple à suivre par les autres régions.

Sa voix est basse, presque timide. « Ça fait plaisir qu’on s’intéresse à notre petite région de production », tâtonne Frédéric Kiehl, président de l’association des producteurs de pomme de terre d’Alsace, devant ses homologues venus de toute la France pour le congrès de l’UNPT. Car l’Alsace est un poids plume comparé à d’autres secteurs. À peine 1 % de la production nationale de pommes de terre. Les 57 000 tonnes récoltées en 2017 font pâle figure face aux 2 millions de tonnes (Mt) du Nord-Pas de Calais et les 1 Mt de Picardie. Qu’importent les chiffres. Les Alsaciens se distinguent du reste du pays grâce à une interprofession des fruits et légumes (Ifla) unique en son genre. Pierre Lammert, son président, et Denis Digel, le directeur, ont dressé un portrait de leur organisme aux participants du congrès. Le contrat de filière conclu en 2017 avec le Conseil régional a impressionné les invités. Il doit notamment améliorer la compétitivité des exploitations, faciliter l’installation de jeunes agriculteurs et développer les marchés régionaux. « Vous travaillez en bonne intelligence avec les politiques et c’est cela qui fait gagner un territoire », a félicité Arnaud Delacour, président de l’UNPT. « Une interprofession remarquable » Autre atout de poids : la station de recherche Planète Légumes. Ses douze ingénieurs dispatchés dans tout le Grand Est planchent sur de nouvelles pratiques et des plants plus costauds. Ils permettent de réduire l’utilisation de produits phytosanitaires et de mieux résister aux aléas climatiques. « À l’heure actuelle on est obligé d’innover sur ces sujets », a commenté Denis Digel. Là encore, l’Ifla a reçu les éloges de ses grands voisins. « Vous être une interprofession remarquable et un laboratoire de ce qu’on aimerait avoir partout en France », a remercié Arnaud Delacour. Aux anges les Alsaciens.

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