Publié le 18/03/2019
Les exigences qualitatives en matière de houblon évoluent. Pour continuer à produire un houblon qui corresponde aux exigences des acheteurs, les houblonniers alsaciens sont allés voir ce que font leurs collègues bavarois.
L’Hallertau, en Bavière, est la plus grande région productrice de houblon d’Europe. Avec ses quelque 500 hectares de houblon, l’Alsace fait figure de Lilliputienne face à ces voisins. Mais de Lilliputienne tenace. Après avoir traversé une grave crise, les producteurs ont peu investi. Mais ils sont désormais prêts à moderniser leurs installations. Alors autant le faire à bon escient. C’était tout l’objet de ce voyage d’étude : « Aller voir ce que font les leaders sur le marché pour transposer leurs techniques en Alsace afin d’améliorer la qualité de nos houblons et de rester compétitifs sur le marché », résume Christian Lux, responsable du service développement au Comptoir agricole. Le premier jour a été consacré à la visite de l’usine de pelletisation de houblon Hopfenveredlung de St Johann, où est transformée une partie du houblon alsacien. Les responsables de l’usine ont expliqué qu’ils exigent du houblon à 11 % d’humidité pour éviter les problèmes d’échauffement. Les houblons trop humides sont stockés ailleurs, pour éviter tout risque d’incendie, ce qui entraîne un surcoût. En outre, avant la pelletisation, les houblons sont reséchés, donc un houblon qui arrive avec trop d’eau doit être séché davantage par rapport à un houblon livré à la bonne humidité. En clair : les transformateurs ne sont pas d’accord pour acheter de l’eau. Des exigences qui ont conduit le Comptoir agricole à mettre en place une réfaction au-delà de 12 % d’humidité. Les producteurs sont en demande d’outils leur permettant de mieux contrôler l’humidité des houblons à la sortie des séchoirs et de mieux maîtriser leur réhumidification. Les houblonniers alsaciens sont intéressés par des outils couramment utilisés en Allemagne, comme Climabox, un capteur qui mélange de l’air extérieur, issu du local et chargé en humidité pour atteindre l’humidité voulue en fonction du taux de séchage du houblon en sortie de séchoir. Ou encore Delmorst, un moyen de mesurer l’humidité au sein des séchoirs. Ainsi que des systèmes de remplissage automatique des séchoirs, qui améliorent la régularité du séchage. Certification Iso 9001 : un avantage plus qu’une contrainte La deuxième journée a conduit les producteurs à Wolnzach, sur l’exploitation houblonnière de Rudolf Pfab, une exploitation volontairement certifiée Iso 9001. « Pour Rudolf Pfab ce n’est pas une contrainte, mais un avantage car la méthode de traçabilité lui permet d’avoir une bonne organisation des divers documents de l’exploitation, d’être plus précis dans ses enregistrements, et aussi de pouvoir participer à des formations spécifiques organisées par le Hopfenring », rapporte Michèle Dauger, technicienne houblon au Comptoir agricole. Pour Rudolf Pfab, la certification Iso 9001 constitue aussi un moyen de se démarquer. Les producteurs alsaciens ont ensuite rejoint « das Haus des Hopfens », où ils ont rencontré deux spécialistes de la Landesanstalt für Landwirtschaft (LFL). Au menu des discussions : irrigation et fertigation. En matière d’irrigation, des réflexions sont en cours en Alsace, mais les producteurs la maîtrisent encore mal. Les spécialistes allemands ont présenté des résultats intéressants en termes de stabilisation du rendement et des teneurs en acides alpha, notamment sur sols sableux. Des résultats qui demandent à être confirmés dans le contexte alsacien. « La fertigation pourrait être intéressante, car elle permettrait d’étaler la fertilisation azotée avec de petites doses diffusées au cours du cycle de la plante », poursuit Christian Lux. À condition que cela ne fragilise pas les plantes d’un point de vue sanitaire… En Allemagne, la qualité paie Enfin, le directeur du Hopfenring, Lukas Raith, a présenté cette association dont l’objet est l’amélioration de la qualité du houblon grâce à l’accompagnement de ses 1 511 membres. « L’association gère différents dossiers, comme la certification des houblons, l’accompagnement, les analyses de sols, l’analyse de la qualité des houblons… », décrit Michèle Dauger. C’est par exemple le Hopfenring qui a élaboré un abaque permettant de fixer le prix payé au producteur en fonction de la qualité du houblon. Abaque qui prend en compte de nombreux critères : humidité, effeuillement, propreté, maladie… Cette grille est utilisée par la plupart des acheteurs de houblon en Allemagne et entraîne des variations importantes de prix, à la hausse comme à la baisse, en fonction de la qualité du houblon. En tout cas, bien plus qu’avec la méthode utilisée en Alsace. À l’issue de ce voyage, Christian Lux constate : « Nous sommes en décalage par rapport à l’Allemagne, mais en bonne voie de progrès ». En effet, des houblonniers investissent d’ores et déjà dans du matériel plus performant. En outre, la sélection variétale se poursuit. La Région, l’Europe (Feader) et le Comptoir agricole se mobilisent pour accompagner les producteurs dans la modernisation des houblonnières, des outils de transformation. Mais l’enjeu est aussi de convaincre de nouveaux planteurs de rejoindre les rangs de la filière. Et c’est là que le bât blesse : malgré l’accompagnement promis par la coopérative, les candidats ne se bousculent pas au portillon.












