Cultures

Parc naturel régional des Vosges du Nord (PNRVN)

L’économie au service de la forêt

Publié le 19/02/2019

La forêt est un maillon important de l'économie du territoire du PNRVN. Pour préserver et développer cette filière, le parc a élaboré une charte. Objectif : mieux gérer la forêt, en passant par l'économie.

« Passer par l’économie pour évoluer vers une forêt plus naturelle ». Tel est le sous-titre de la charte forestière de territoire (CFT) des Vosges du Nord. C’est l’expression d’une volonté que le Parc naturel régional des Vosges du Nord (PNRVN) porte depuis plusieurs années, et qui était déjà inscrite dans une précédente charte. Avec un territoire boisé à 65 %, un tissu d’industries de transformation du bois employant 1 000 emplois, le PNRVN a acquis une certaine expertise en matière de forêt et de bois : « Pour avoir une forêt mieux gérée, il faut mieux la valoriser », affirme Michaël Weber, président du PNRVN. Développer une économie du bois en circuit court et de proximité C’est tout l’objet de la charte, élaborée en trois temps. « Nous avons d’abord réalisé un diagnostic de territoire en nous entretenant avec les acteurs de la filière. Puis, il y a eu une phase de concertation, avec des ateliers qui ont permis à ces acteurs de se rencontrer, d’échanger, ce qui a permis d’identifier les difficultés de la filière par un prisme économique. Puis nous avons défini une stratégie avec des enjeux à relever, et des objectifs à atteindre », décrit Caroline Salomon, chargée de mission au PNRVN et cheville ouvrière de cette charte. Plusieurs enjeux ont été identifiés, de la production à la commercialisation en passant par la transformation. Il s’agit, par exemple, de renforcer la compétitivité des entreprises locales de récolte et de transformation. La valorisation des principales essences locales que sont le hêtre et le pin sylvestre doit être renforcée. Développer une économie du bois en circuit court et de proximité, afin de consommer localement du bois local, permettrait de capter la valeur ajoutée sur le territoire. « Cela passe par exemple par l’incitation des collectivités à la réalisation de constructions en bois local », illustre Caroline Salomon. Mais, pour mieux valoriser le bois local, il s’agit d’abord de pouvoir l’identifier. Or, « la traçabilité du bois est difficile à assurer », constate la chargée de mission. Il existe une multitude de labels et de marques. Trop peut-être. Le Sycoparc étant co-animateur de la marque Terre de Hêtre depuis 2017, c’est sur cette dernière que les différents partenaires s’appuieront pour promouvoir le hêtre local. Pour que la filière soit en capacité de maintenir le tissu économique, voire de le développer en attirant de nouvelles entreprises de transformation du bois, il est aussi important de développer de nouveaux débouchés. Cela passe par de l’innovation, de nouvelles prescriptions… 28 actions, six actions phare Pour répondre à ces enjeux, un plan d’action a été établi. Il consiste en 28 actions décrites dans la charte, dont six actions phare. Caroline Salomon en détaille quelques-unes : « Nous allons provoquer des rencontres entre les forestiers et les scieurs, pour avoir un regard croisé sur la qualité du bois. Les entreprises de transformation vont être auditées pour optimiser leur fonctionnement actuel et être accompagnées dans leurs innovations. Nous allons développer une offre de produits en bois local, et la rendre plus visible aux yeux des prescripteurs et du grand public. » Des actions ambitieuses que les signataires de la charte ont 5 ans pour mettre en œuvre. Pour 2019, Caroline Salomon liste quelques actions déjà enclenchées : des échanges entre professionnels, la création d’une malle pédagogique, un partenariat avec l’université Paris Diderot pour la réalisation d’une étude portant sur l’attachement de la population à la forêt, l’impulsion d’un concours portant sur la conception d’une gamme d’habitations légère de loisirs (HLL) en bois local, l’accompagnement de la Communauté de communes Sauer-Pechelbronn pour l’édition d’un document sur la construction en bois local, suite à la construction d’un bâtiment pilote… Bref, il y a du bois sur la planche.

Congrès de l’Union nationale des producteurs de pommes de terre

Un agenda chargé pour la patate

Publié le 15/02/2019

L’Union nationale des producteurs de pommes de terre a choisi Strasbourg pour son congrès annuel, mardi 5 février. Les responsables de l’organisme ont dévoilé les grandes lignes de leur programme pour l’année qui débute.

2019 sera chaud. « L’année de tous les dangers », selon Arnaud Delacour, président de l’Union nationale des producteurs de pommes de terre (UNPT). En effet. Les élections européennes de mai risquent de bouleverser les équilibres politiques à Bruxelles. Le climat, toujours plus imprévisible, complique l’ajustement de l’offre à la demande. La tendance à plus de bio et moins de phytos réduit la marge de manœuvre des agriculteurs. Bref, l’UNPT a du pain sur la planche. Elle a donc défini une série d’axes de travail pour se préparer aux turbulences à venir. Généraliser la contractualisation D’abord, l’organisme professionnel souhaite généraliser la contractualisation entre paysans et distributeurs. « Aujourd’hui, seuls 50 % des producteurs signent des contrats, constate Antoine Peenaert, vice-président de l’Union. Nous voulons arriver à 90 % dans les prochaines années. » Les accords de vente constitueraient une barrière efficace face aux dérives des marges de la grande distribution. « Le contrat doit devenir la norme », insiste Arnaud Delacour. Mais comment convertir la moitié des producteurs réticents à ces démarches administratives ? Grâce au contrat type. « Un modèle de contrat préparé par l’UNPT, validé par nos avocats et mis à disposition des cultivateurs », explique Antoine Peenaert. Ce prototype d’accord reprend les clauses introduites par la loi Agriculture et alimentation. Mieux, les conditions générales de vente spécifient une batterie d’articles destinés à protéger les producteurs. Ceux-ci n’ont plus qu’à remplir les cases vides : variété de pomme de terre, calibre, prix, tonnage… Un jeu d’enfants ! Autre cheval de bataille de l’UNPT : l’application de la loi issue des États généraux de l’alimentation. L’organisme compte rehausser les prix contractuels. Et tant pis s’il faut se fâcher avec les distributeurs. « Monsieur Leclerc, arrêtez de dire que les prix vont s’envoler à cause de la loi Agriculture et alimentation », a lancé Arnaud Delacour. Le président a développé sa charge, chiffres à l’appui. « En 2018, le consommateur payait 0,97 € le kilo de pomme de terre. Sur ces 0,97 €, 58 centimes revenaient aux distributeurs et 10 centimes aux producteurs, c’est rien du tout. » L’UNPT veut aussi mettre en œuvre la feuille de route « filière engagée » signée l’an dernier. Le texte se décline en treize grandes idées. Réduire de 40 % l’usage des produits phytosanitaires, garantir un produit sans résidu, économiser l’eau, diminuer les émissions de gaz à effet de serre… Tous les engagements vont dans le sens des États généraux de l’alimentation. Pas étonnant, la feuille de route a été amorcée « sous la pression de certaines ONG », d’après Martin Mascré, directeur de l’union. Frites belges, patates françaises Enfin, l’organisme va continuer son travail au niveau européen. « L’Europe est une chance pour la pomme de terre française », a affirmé Arnaud Delacour, du haut de son poste de président du groupe de travail sur la pomme de terre du Copa-Cogeca, principal syndicat agricole européen. Mais pour que la chance ne se transforme pas en catastrophe, le responsable appelle les pays membres de l’UE à harmoniser leurs politiques fiscales, sociales et environnementales. « Cela permettra de relocaliser les industries au cœur des régions productrices. » Car la patate de France souffre des délocalisations. Une grande partie de la production est expédiée en Belgique où les usines de transformation pullulent. Elles profitent d’un droit du travail plus souple et de terrains moins chers. Résultat : des frites belges faites à base de patates françaises. « Cherchez l’erreur », s’exaspère Arnaud Delacour. C’est sûr, 2019 va être bouillant.

Publié le 15/02/2019

En clôture de son congrès, l’UNPT a rassemblé une poignée d’experts autour d’une table ronde sur le thème de l’Europe. Réforme de la Pac et accords de libre-échange ont cristallisé les crispations entre gouvernement et agriculteurs.

Courtois mais franc. Le débat a vite fait apparaître des lignes de fracture entre le représentant de l’État, Frédéric Lambert, chef du service Europe au ministère de l’Agriculture, et le monde agricole. • Plus d’Europe VS plus de flexibilité Interrogé sur la réforme de la Pac, Frédéric Lambert a estimé que « le projet va dans le sens de la simplification. On ne légiférera plus à 100 % depuis Bruxelles ». Les États disposeraient ainsi d’une marge de manœuvre plus grande afin d’adapter les dispositifs européens à leurs contraintes. Cette nouvelle doctrine rapprocherait donc la politique européenne des réalités du terrain. Certes, le discours pourrait séduire des agriculteurs prompts à critiquer les mesures « pensées à Bruxelles et pas adaptées aux cas particuliers ». Mais les producteurs flairent surtout l’odeur d’une renationalisation de la Pac. « Vous affirmez que le projet va dans le bon sens, mais permettez-moi de vous dire que vous ne nous rassurez pas du tout », a ainsi interpellé un participant au congrès de l’UNPT. Car une renationalisation de la Pac, même déguisée en plan de simplification, aurait de lourdes conséquences. Les paysans craignent de subir des distorsions de concurrence encore plus grandes entre pays membres de l’Union européenne. « Nous voulons plus d’Europe », a insisté Arnaud Delacour, président de l’UNPT. Et l’eurodéputée Anne Sander de lui emboîter le pas : « La politique agricole commune doit justement rester… commune ! » • Nouveaux marchés, nouvelles contrariétés ? Comme souvent, le gouvernement et l’UE ont été accusés de brader l’agriculture lors des négociations commerciales avec des pays étrangers. « L’agriculture est souvent la variable d’ajustement afin de vendre plus d’Airbus, de TGV et de centrales nucléaires », a dénoncé Arnaud Delacour. Faux, répond Frédéric Lambert. L’envoyé spécial du ministre en veut pour preuve l’accord avec le Japon entré en vigueur vendredi 1er février. « Ce texte est bénéfique pour l’agriculture, l’Europe n’avait que des intérêts offensifs dans ce secteur. » Comprendre : le Japon n’avait rien à vendre et tout à acheter. Logique pour un pays qui importe presque 40 % de sa nourriture. Mais le Japon ne représente pas la norme. Ceta, Mercosur, Tafta… Des noms de traités qui donnent la nausée aux syndicalistes agricoles. Pour couper court au débat, l’émissaire parisien a rappelé un chiffre phare. « L’agriculture est le 3e solde commercial positif de la France. » Elle revêt donc un intérêt stratégique. S’il en est convaincu…

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