Comptoir agricole
Dérèglement climatique : l’ère de la résilience
Comptoir agricole
Publié le 08/01/2019
Progrès génétique, irrigation, diversité de l’assolement, les agriculteurs explorent toutes les pistes pour se préparer au changement climatique. Le Comptoir agricole entend apporter sa contribution à cette réflexion car sa compétitivité future en dépend.
Se morfondre sur les méfaits de la sécheresse est une chose. Se redresser pour trouver des parades en est une autre. La solution miracle n’existe pas - pas encore ? Mais des perspectives se dégagent. Le Comptoir agricole a organisé une table ronde avec d’éminents spécialistes pour faire le point sur ce sujet qui préoccupe l’agriculture alsacienne au premier chef : Alain Weissenberger, responsable de la filière maïs semences, Didier Lasserre, ingénieur chez Arvalis-Institut du végétal, Gérard Lorber, président du syndicat des irrigants d’Alsace, et Christian Lux, responsable agronomie et environnement au Comptoir agricole (de droite à gauche sur la photo). Deux constats, tout d’abord : après les années 1970, plutôt froides, notre climat n’a cessé de se réchauffer. L’évapotranspiration maximale (ETm) a augmenté de 55 mm en trente ans. « Cela correspond à deux tours d’irrigation supplémentaires », souligne Didier Lasserre. Et les récoltes de maïs sont de plus en plus précoces. « Les cycles sont de plus en plus courts. » 2018 constitue, à cet égard, une année extrême, soulignant bien cette tendance à la précocité. Dans le futur, tout laisse penser que le nombre de jours où la température dépasse les 30 °C risque encore d’augmenter. Si, de 1961 à 1990, il était de 3 à 11 jours, il devrait s’établir entre 9 et 22 jours de 2021 à 2050, et entre 37 à 39 jours de 2071 à 2100. « Il y aura de plus en plus de jours chauds, il faudra s’y adapter. » Question subsidiaire : la sécheresse occasionne-t-elle vraiment des pertes de rendement en maïs ? La période la plus compliquée pour le maïs se situe entre juin et août. C’est la phase d’élaboration des grains. Il faut au moins 200 mm d’eau pour permettre le remplissage des grains et assurer le rendement, comme le montrent les meilleures années. Un constat à nuancer, toutefois, au vu des rendements de 2018, somme toute honorables : ils s’établissent à 96-100 q/ha, alors qu’ils n’étaient que de 82 q en 2003, autre année de grande sécheresse. Comment expliquer cette différence ? Le progrès génétique est la première piste avancée par Christian Lux. Pour confirmer ses dires, il souligne que le maïs a connu d’excellents rendements en 2017, alors que les précipitations étaient inférieures à 200 mm. Didier Lasserre apporte de l’eau à son moulin. « Nous avons atteint un rendement de 199,89 q sur une microparcelle expérimentale en 2018. L’agriculteur a fait une moyenne de 180 q sur l’ensemble de la parcelle. » Irriguer pour sécuriser le revenu Christian Lux évoque aussi une combinaison gagnante… « Nous avons eu de la chance en 2018. Nous avions de l’avance sur le cycle par rapport à la date de floraison et suffisamment de réserve hydrique jusqu’en juin. » Et bien sûr, il y a eu l’effet irrigation. « L’irrigation est sans doute la meilleure assurance revenu de l’agriculture alsacienne », estime Gérard Lorber. Mais peut-on la généraliser à l’ensemble du territoire ? « Techniquement, on peut irriguer partout en Alsace. » Mais le coût de l’installation peut s’avérer prohibitif : il peut atteindre 3 000 €, voire 4 000 €/ha selon la profondeur de l’eau. Jusqu’ici, l’irrigation n’a jamais été subventionnée en Alsace. « Il y a quelques années, nous avons demandé à la Région de nous soutenir financièrement. Elle nous a suivis. » Le retour sur investissement est long en agriculture. Heureusement, le matériel d’irrigation a une durée de vie très longue. « Certaines installations ont plus de 30 ans. » Investir dans l’irrigation est un projet qui a du sens. « C’est particulièrement vrai pour les exploitations dont le modèle économique repose sur une culture spéciale », ajoute Gérard Lorber. Ce n’est pas Alain Weissenberger qui le contredira. « Nous nous sommes rendu compte que l’irrigation est une composante essentielle du rendement du maïs semences. En 2017, nous avons observé un différentiel de production de 15 % entre les parcelles irriguées et non irriguées. » Dans certains secteurs, l’accès à l’eau reste difficile, rétorque Christian Lux. Il en veut pour preuve que seules 20 % des surfaces bas-rhinoises sont irriguées. D’où l’importance du choix variétal. « Nous avons mis en place le réseau Agroperformance pour suivre des zones sensibles comme le piémont et les sols sableux. L’adaptation et le comportement des variétés aux situations les plus difficiles nécessitent de l’expérimentation. » L’influence de la génétique face au stress hydrique est évidente. Dans les situations de stress moyen, les gains de productivité s’élèvent à 7 q entre les variétés demi-précoces et les variétés tolérantes. Ces gains de productivité vont jusqu’à 10 q dans les situations de stress fort, comme dans le secteur de Reichstett. Alors, existe-t-il une variété de maïs à privilégier dans ces situations ? « La variété P9234 de Pioneer a montré un excellent comportement en situation de stress hydrique et des rendements plus importants en année favorable », admet Christian Lux.












