Cultures

Fertilisation et désherbage du maïs

Quoi de neuf pour 2019 ?

Publié le 14/01/2019

Certaines spécialités disparaissent, d’autres arrivent sur le marché, avec des atouts, des points faibles et leur lot de contraintes réglementaires. Les conseillers agricoles de la Chambre d'agriculture d’Alsace ont fait le point lors d’une série de réunions techniques dédiées au maïs.

La campagne 2018 signe l’arrêt de production pour l’Adengo, remplacé par l’Adengo Xtra, plus concentré. L’obligation de présence d’un dispositif végétalisé permanent (DVP) à proximité des points d’eau passe de 20 à 5 m. La restriction d’usage consistant à ne pouvoir l’utiliser qu’un an sur deux persiste. La Chambre d'agriculture a étudié diverses solutions alternatives au S-métolachlore dans le cadre de la gestion des graminées. Premier constat : « Une base racinaire reste nécessaire, à base d’Isard, Adengo, Atic aqua, Dakota P… » Parmi les différents programmes testés en pré-levée, ceux donnant les meilleurs résultats sont les combinaisons Atic aqua avec Adengo, ou Isard avec Adengo. En stratégie de pré-levée réduite puis de post-levée, il est possible d’appliquer du Dakota, puis d’effectuer un rattrapage adapté à la flore ou d’utiliser une combinaison d’Isard et d’Elumis, ou Callisto, ou Mondine. « En post-levée, la combinaison Elumis avec Isard fonctionne bien », poursuit Pierre Geist. La spécialité Calaris combine les matières actives terbuthylazine et mésotrion. Elle est homologuée à la dose de 1 l/ha, sous réserve de respecter un DVP à proximité des points d’eau de 5 m, et de ne pas dépasser une application tous les deux ans. « Son efficacité est limite sur sétaires, digitaires et panic, il convient donc de la mélanger à une autre spécialité », prévient Pierre Geist. La spécialité Capreno contient de la tembotrione et du thiencarbazone. L’obligation de respecter un DVP à proximité des points d’eau est de 20 m. Le point faible du Capreno : les véroniques et les mercuriales. Il convient donc également de le mélanger avec une autre spécialité au spectre d’action complémentaire. « Ce produit étant peu rémanent, il peut y avoir des relevées », prévient Pierre Geist. Les adjuvants sont des substances souvent déjà intégrées dans les formulations des spécialités phytosanitaires, dans l’objectif principal de renforcer l’action de (s) la matière (s) active (s), de différentes manières. « Par exemple, les huiles, qui accélèrent sa pénétration dans la feuille, sont préconisées avec les désherbants anti-graminées », illustre Pierre Geist. Les mouillants, qui ont pour effet d’étaler le produit, peuvent s’avérer utiles dans la gestion des graminées et/ou en traitement bas volume. Les sels corrigent les eaux dures et évitent une évaporation trop rapide du produit. Ils sont donc préconisés pour les applications en conditions séchantes, avec le glyphosate ou encore les sulfonylurées. Conclusion de Pierre Geist : « Les adjuvants peuvent être utiles en désherbage, mais s’avérer dangereux avec les anti-dicotylédones car ils peuvent engendrer un risque de phytotoxicité. Par contre, ils sont inutiles avec les fongicides. » Fertilisation azotée : des spécialités qui n’amènent pas toujours de gain d’efficacité Pour être valorisable par les cultures, l’azote contenu dans l’urée doit dans un premier temps subir une hydrolyse qui le transforme en ion ammonium, puis une nitrification qui le transforme en nitrate. Un processus qui peut se traduire par des pertes d’azote à différents niveaux, principalement la volatilisation de l’ammonium et la lixiviation des nitrates. « La volatilisation est favorisée par un pH basique et l’absence de couverts. La lixiviation a surtout lieu au printemps, elle est dépendante du type de sol », précise Claire Buy. Pour limiter ces pertes d’azote, les industriels ont mis au point certaines spécialités. C’est le cas de l’Alzon, qui doit freiner le processus de nitrification, donc étaler la production de nitrate. Il est alors conseillé d’apporter la dose totale au premier apport et de l’enfouir. L’Utec, une autre spécialité, agit en freinant l’hydrolyse ce qui doit avoir pour effet de réduire les pertes par volatilisation. Enfin, la spécialité Apex retarde toute la chaîne de réaction grâce à sa formulation. Les performances induites par ces spécialités ont été comparées à celles obtenues grâce à l’urée ou à l’ammonitrate seul (e) s, sans mettre en évidence de différence significative, « sachant que l’utilisation de ces spécialités entraîne un surcoût », note Claire Buy. Un autre essai mené sur l’effet du fractionnement de la fertilisation azotée a mis en évidence que le fait que l’urée soit apportée en deux fois ou tout au semis, n’entraîne pas de différence de rendement significative. « Par contre, il y a plus d’azote absorbé par la culture lorsque l’apport est fractionné, sans que cela se répercute sur le rendement. Il s’agit donc d’une consommation de luxe en conditions non limitantes », rapporte Claire Buy. Au final, la meilleure absorption de l’azote est obtenue en apportant la dose totale à 6-7 feuilles, ce qui représente toutefois un risque de brûlure, et requiert un enfouissement par binage s’il n’y a pas de précipitation annoncée dans les jours qui suivent, au risque de voir l’azote se volatiliser.

Publié le 08/01/2019

Progrès génétique, irrigation, diversité de l’assolement, les agriculteurs explorent toutes les pistes pour se préparer au changement climatique. Le Comptoir agricole entend apporter sa contribution à cette réflexion car sa compétitivité future en dépend.

Se morfondre sur les méfaits de la sécheresse est une chose. Se redresser pour trouver des parades en est une autre. La solution miracle n’existe pas - pas encore ? Mais des perspectives se dégagent. Le Comptoir agricole a organisé une table ronde avec d’éminents spécialistes pour faire le point sur ce sujet qui préoccupe l’agriculture alsacienne au premier chef : Alain Weissenberger, responsable de la filière maïs semences, Didier Lasserre, ingénieur chez Arvalis-Institut du végétal, Gérard Lorber, président du syndicat des irrigants d’Alsace, et Christian Lux, responsable agronomie et environnement au Comptoir agricole (de droite à gauche sur la photo). Deux constats, tout d’abord : après les années 1970, plutôt froides, notre climat n’a cessé de se réchauffer. L’évapotranspiration maximale (ETm) a augmenté de 55 mm en trente ans. « Cela correspond à deux tours d’irrigation supplémentaires », souligne Didier Lasserre. Et les récoltes de maïs sont de plus en plus précoces. « Les cycles sont de plus en plus courts. » 2018 constitue, à cet égard, une année extrême, soulignant bien cette tendance à la précocité. Dans le futur, tout laisse penser que le nombre de jours où la température dépasse les 30 °C risque encore d’augmenter. Si, de 1961 à 1990, il était de 3 à 11 jours, il devrait s’établir entre 9 et 22 jours de 2021 à 2050, et entre 37 à 39 jours de 2071 à 2100. « Il y aura de plus en plus de jours chauds, il faudra s’y adapter. » Question subsidiaire : la sécheresse occasionne-t-elle vraiment des pertes de rendement en maïs ? La période la plus compliquée pour le maïs se situe entre juin et août. C’est la phase d’élaboration des grains. Il faut au moins 200 mm d’eau pour permettre le remplissage des grains et assurer le rendement, comme le montrent les meilleures années. Un constat à nuancer, toutefois, au vu des rendements de 2018, somme toute honorables : ils s’établissent à 96-100 q/ha, alors qu’ils n’étaient que de 82 q en 2003, autre année de grande sécheresse. Comment expliquer cette différence ? Le progrès génétique est la première piste avancée par Christian Lux. Pour confirmer ses dires, il souligne que le maïs a connu d’excellents rendements en 2017, alors que les précipitations étaient inférieures à 200 mm. Didier Lasserre apporte de l’eau à son moulin. « Nous avons atteint un rendement de 199,89 q sur une microparcelle expérimentale en 2018. L’agriculteur a fait une moyenne de 180 q sur l’ensemble de la parcelle. » Irriguer pour sécuriser le revenu Christian Lux évoque aussi une combinaison gagnante… « Nous avons eu de la chance en 2018. Nous avions de l’avance sur le cycle par rapport à la date de floraison et suffisamment de réserve hydrique jusqu’en juin. » Et bien sûr, il y a eu l’effet irrigation. « L’irrigation est sans doute la meilleure assurance revenu de l’agriculture alsacienne », estime Gérard Lorber. Mais peut-on la généraliser à l’ensemble du territoire ? « Techniquement, on peut irriguer partout en Alsace. » Mais le coût de l’installation peut s’avérer prohibitif : il peut atteindre 3 000 €, voire 4 000 €/ha selon la profondeur de l’eau. Jusqu’ici, l’irrigation n’a jamais été subventionnée en Alsace. « Il y a quelques années, nous avons demandé à la Région de nous soutenir financièrement. Elle nous a suivis. » Le retour sur investissement est long en agriculture. Heureusement, le matériel d’irrigation a une durée de vie très longue. « Certaines installations ont plus de 30 ans. » Investir dans l’irrigation est un projet qui a du sens. « C’est particulièrement vrai pour les exploitations dont le modèle économique repose sur une culture spéciale », ajoute Gérard Lorber. Ce n’est pas Alain Weissenberger qui le contredira. « Nous nous sommes rendu compte que l’irrigation est une composante essentielle du rendement du maïs semences. En 2017, nous avons observé un différentiel de production de 15 % entre les parcelles irriguées et non irriguées. » Dans certains secteurs, l’accès à l’eau reste difficile, rétorque Christian Lux. Il en veut pour preuve que seules 20 % des surfaces bas-rhinoises sont irriguées. D’où l’importance du choix variétal. « Nous avons mis en place le réseau Agroperformance pour suivre des zones sensibles comme le piémont et les sols sableux. L’adaptation et le comportement des variétés aux situations les plus difficiles nécessitent de l’expérimentation. » L’influence de la génétique face au stress hydrique est évidente. Dans les situations de stress moyen, les gains de productivité s’élèvent à 7 q entre les variétés demi-précoces et les variétés tolérantes. Ces gains de productivité vont jusqu’à 10 q dans les situations de stress fort, comme dans le secteur de Reichstett. Alors, existe-t-il une variété de maïs à privilégier dans ces situations ? « La variété P9234 de Pioneer a montré un excellent comportement en situation de stress hydrique et des rendements plus importants en année favorable », admet Christian Lux.

Publié le 08/01/2019

Il n’y avait que le maïs pour réussir un tel exploit : malgré quasiment deux mois sans précipitations et des températures estivales largement supérieures à la moyenne, le rendement départemental moyen, à 98 q/ha, n’est en baisse que de 7 % par rapport à la moyenne des 11 dernières années. Évidemment, cette moyenne cache des disparités. Et évidemment les meilleurs rendements ont été obtenus en situation irriguée.

Le début de la campagne 2018 laissait préfigurer de sa fin : « Les semis ont été effectués à des dates classiques et de manière très groupée, du 10 au 20 avril, dans de bonnes conditions », rappelle Pierre Geist, conseiller agricole à la Chambre d'agriculture d’Alsace (CAA). Ils ont été suivis par des levées homogènes. Les désherbages ont été plus ou moins efficaces en fonction de l’occurrence de précipitations. La floraison a été précoce et les maïs ont localement souffert du manque d’eau. Les chantiers d’ensilage ont débuté mi-août, suite à une dessiccation rapide et précoce. De même, la récolte du maïs grain a été très précoce et effectuée dans des conditions optimales. La campagne se solde par un rendement bas-rhinois de 98 q/ha, en baisse de 7 % par rapport à la moyenne des 11 dernières années. Il a été de 117 q/ha dans le Haut-Rhin, ce qui conduit à un rendement alsacien moyen de 113 q/ha : « 2018 reste donc une bonne année avec des disparités », commente Pierre Geist. Didier Lasserre, ingénieur à Arvalis-Institut du végétal, complète : « 2018 a été l’année des extrêmes, avec du 0 q/ha comme du 180 q/ha. Le maïs est une plante tropicale qui aime avoir la tête au soleil et les pieds dans l’eau. Ce qui a été le cas en situation irriguée. » Autre particularité de l’année, les maïs ont été rentrés particulièrement secs, d’où une baisse des frais de séchage. Or, « à 15 à 20 €/t, le séchage représente le poste de charges le plus important de la production de maïs, indique Didier Lasserre. Il y a donc intérêt à faire du maïs le plus sec possible, ce qui va à l’encontre de la tardification des variétés. Par contre, il existe du maïs dry, qui affiche un rendement moindre, mais qui nécessite moins de séchage. » En lien avec la dessiccation rapide des grains, un certain nombre d’agriculteurs ont pu constater un égrainage important lors de la récolte. Mais pour les conseillers agricoles, ce phénomène est à relativiser : « Mieux vaut peut-être perdre de 1 à 3 q/ha que de récolter humide et avoir des frais de séchage conséquents », estime Pierre Geist. Et Claire Buy, conseillère agricole à la CAA, note : « De l’égrainage il y en a toujours, mais cette année il s’est vu car les conditions ont permis aux graines de germer. » Pyrale : pression en hausse « La pression en pyrales augmente depuis ces trois dernières années, constate Pierre Geist, qui rappelle que le seuil de traitement est fixé à 0,3 - 0,4 larve par pied. » La campagne écoulée a été marquée par la précocité du vol des pyrales. Les agriculteurs ont parfois dû faire des impasses sur le traitement lorsque les maïs étaient trop hauts pour intervenir, d’où des pontes et des dégâts. Pierre Geist préconise donc de prévoir une protection dans les parcelles à risque par des trichogrammes ou des produits chimiques lors de la prochaine campagne. Chrysomèle : elle est partout L’insecte ravageur est désormais présent partout, « pas forcément beaucoup, mais partout », précise Didier Lasserre. En 2018, la population a encore progressé de manière généralisée sur le territoire, même si la plupart des captures se font le long du Rhin. Arvalis-Institut du végétal a élaboré une grille de décision, qui se fonde sur la densité de population du ravageur et l’intensité du stress hydrique car, si les conditions sont sèches, le maïs est davantage exposé au risque de stress hydrique si son système racinaire a été affaibli par le ravageur. « La chrysomèle ne sera plus éradiquée du territoire, note Didier Lasserre, par contre il est possible de freiner sa progression. Et le moyen de lutte le plus efficace reste la rotation, qui revient à couper les vivres du ravageur. » Pour la prochaine campagne, les agriculteurs volontaires vont être équipés de pièges afin de mieux appréhender la dissémination de l’insecte sur le territoire. Autant de soja que de betterave Comme pour le maïs, le rendement en soja a été intimement lié à l’irrigation ou à son absence : de 15 à 30 q/ha en moyenne en situation non irriguée, il passe à 35 à 45 q/ha en moyenne en situation irriguée. Les surfaces continuent de progresser : le soja couvre désormais 6 000 ha en Alsace, soit autant que la betterave. « Cette année le soja a permis de dégager une marge brute de 730 €/ha pour un rendement de 30 q/ha », indique Pierre Geist.

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