Cultures

Publié le 09/11/2018

Corteva Agriscience, émanation agricole de DowDuPont, investit 16 millions d’euros à Cernay pour conditionner des produits innovants, dérivés de produits naturels.

Corteva Agriscience, c’est la nouvelle entité née de la fusion de DuPont et Dow AgroSciences, consommée le 1er septembre 2017. Fusion qui va se traduire par la séparation des activités de DowDuPont en trois sociétés distinctes, sans liens financiers et toutes trois cotées en Bourse. Corteva Agriscience (de Core, le cœur, et Teva, la nature) regroupera les activités agricoles de DowDuPont : essentiellement protection des cultures et semences. Des produits d’origine naturelle Un jeu de chaises musicales qui se traduit par des restructurations et la réorganisation de l’outil industriel. Un site de fabrication de produits phytosanitaires a notamment été fermé en Angleterre. En Alsace, Corteva Agriscience compte trois sites de production, à Drusenheim (Dow AgroSciences), Cernay et Uffholtz (DuPont). Le site de Cernay, s’en sort plutôt bien : « Il devient un centre européen pour différentes actions… », indique Jean-Philippe Legendre, directeur de Corteva Agriscience France. Créé en 1982, ce site, spécialisé dans la synthèse, la formulation et le conditionnement de produits phytosanitaires, emploie actuellement 380 personnes et une centaine d’intérimaires. Bientôt plus. Car la création de Corteva Agriscience va faire tripler le budget dédié à l’investissement. Et Cernay va hériter d’une des activités supprimées en Angleterre : le conditionnement de trois spécialités phytosanitaires. Qui plus est des produits qui ne sont - a priori - pas menacés d’un retrait d’Autorisation de mise sur le marché (AMM) puisqu’il s’agit de dérivés de produits naturels. Le Spinosad (spécialité Success 4…) est un produit obtenu par fermentation bactérienne, utilisable en agriculture biologique en vigne, arboriculture, maraîchage pour lutter contre des insectes ravageurs des cultures. Le Spinetoram (spécialité Radiant…) est également un insecticide, essentiellement autorisé pour des usages sur vigne. L’Inatreq active est un fongicide obtenu par fermentation bactérienne de Streptomyces, dont la matière active vient d’être autorisée en Europe pour des usages sur grandes cultures contre la septoriose et la rouille. Création d’emplois Pour Patrice Swinnen, directeur de production des sites de Cernay et Uffholtz, l’annonce de cet investissement ne pouvait être qu’une bonne nouvelle : « Il marque la confiance de Corteva Agriscience pour son site de Cernay, qui voit sa capacité de production renforcée, sa gamme de compétences élargie avec le conditionnement de produits naturels qui répondent à la demande de la société et des agriculteurs. » Outre la construction d’une nouvelle unité de conditionnement de 4 000 m2, l’investissement de 16 M€ couvre également la transformation de trois lignes de production déjà existantes sur le site de Cernay, pour permettre d’accroître leur débit. La nouvelle installation devrait être opérationnelle en septembre 2019. À terme, cet investissement devrait entraîner la création de 50 postes d'ici 2022, dont 20 d’intérimaires. La production des sites alsaciens est destinée au marché domestique mais également, pour une grande part, à l’exportation. « Cet investissement doit donc contribuer à développer les exportations françaises. Il marque aussi notre capacité d’innovation, portée par quelque 7 000 chercheurs qui ont pour mission de développer des solutions innovantes répondant aux exigences croissantes des consommateurs en matière de développement durable, de moyens de production. Ce projet représente une avancée dans la transition pour produire avec une pression chimique moindre », s’est félicité Éric Dereudre, directeur Europe du Nord de Corteva Agriscience. En espérant que le cadre réglementaire le permette : « La réglementation européenne en matière de produits phytosanitaires est très exigeante, ce qui nous pousse à l’être. Mais la situation peut devenir problématique en cas de surtransposition de la loi ». Une disposition de la loi issue des États généraux de l’alimentation consiste, par exemple, à interdire la production et le stockage en France de produits phytosanitaires interdits à la commercialisation en France. Ce qui concerne un certain nombre de spécialités produites par Corteva Agriscience en France. D’autres nouveautés à venir Cet investissement, c’est la partie émergée de l’iceberg. « Chaque année, Corteva Agriscience investit quelque 10 % de son chiffre d’affaires, soit 1,4 milliard de dollars (Md$) dans la recherche et le développement avec l’ambition de fournir des solutions aux agriculteurs, grâce à un portefeuille équilibré entre des produits phytosanitaires innovants et des semences », souligne Éric Dereudre. Dans les quatre prochaines années, quatre spécialités à base de matières actives innovantes vont être mises sur le marché par Corteva Agriscience. Zorvec est un anti-mildiou homologué sur pomme de terre et vigne qui sera disponible pour la prochaine campagne. Arylex, un herbicide développé sur céréales, devrait être homologué sur colza, où il constituerait une solution de désherbage en postlevé, pour un désherbage plus ciblé. InaTreq active, fongicide grandes cultures d’origine naturelle, est en cours d’évaluation en France et pourrait être mis sur le marché en 2020. Enfin, Nitrapyrine est un inhibiteur de nitrification développé pour optimiser l’efficacité des engrais azotés. « Tous ces produits reposent sur de nouvelles matières actives, issues de familles chimiques différentes de celles qui sont actuellement sur le marché », souligne Jean-Philippe Legendre. Ils vont donc permettre d’alterner les modes d’action des solutions de contrôle des ravageurs, alternance indispensable à l’évitement de l’apparition de phénomènes de résistance. Une bonne nouvelle donc pour le monde agricole, car la mise sur le marché de solutions réellement innovantes se fait de plus en plus rare. Éric Dereudre rappelle : « Il faut compter une dizaine d’années de recherche, d’études et de développement avant qu’un produit phytosanitaire soit mis le marché. » Et les produits dits « naturels », ou de biocontrôle, sont en général encore un peu plus difficiles à inventer et à produire à l’échelle industrielle. Dans le cas du Spinosad, par exemple, la molécule active est instable. L’élaboration d’une spécialité commerciale a donc nécessité de stabiliser cette molécule, ce qui a été effectué par greffage. Un stratagème dont l’élaboration nécessite du temps et des moyens. Que ce soit dans le domaine des applications foliaires, des traitements de semences, des biostimulants, les équipes de Corteva Agriscience sont amenées à innover pour concilier efficacité et innocuité. Pour gagner en expertise dans ces domaines émergents, Corteva Agriscience noue donc des partenariats avec des sociétés tierces. « Notre critère numéro 1 c’est la performance de nos produits », tient à préciser Éric Dereudre. Au-delà des produits phytosanitaires et des semences, Corteva Agriscience va aussi développer un troisième volet d’activité : le digital. « Nous travaillons sur des outils devant permettre d’optimiser les traitements », indique Jean-Philippe Legendre. Soit des outils d’aide à la décision, des solutions d’e-learning, de pilotage des interventions par imagerie satellite…

Après l’exploitation des bois

Bien gérer le renouvellement de la forêt

Publié le 07/11/2018

Une quarantaine de propriétaires forestiers de la vallée de Villé et environs ont assisté à une réunion d’information sur le thème de la régénération des petites parcelles forestières à l’Association syndicale autorisée (Asa) de l’Altenberg à Neuve-Église.

Animée par Maren Baumeister, technicienne départementale du Centre régional de la propriété forestière (CRPF), et Samuel Jehl, conseiller forestier de la Chambre d’agriculture, cette réunion a permis aux propriétaires d’aborder différents cas allant de la parcelle en friche et sans régénération naturelle, à la parcelle disposant d’un potentiel diversifié de semis naturels, en passant par les plantations résineuses de Roland Rengert, président de l’association forestière de la vallée de Villé, et de Jean-Louis Nussbaumer. Soucieux de transmettre aux générations futures de belles forêts, ces deux forestiers ont fait le choix de replanter leurs parcelles après avoir récolté les bois, notamment en introduisant du douglas et du mélèze. Ils ont protégé leurs plants avec des piquets de châtaigner contre les dégâts de gibier et dégagé patiemment leurs plantations de la concurrence de la ronce et autres herbacées. Dans ce domaine, l’assiduité est gage de succès : un dégagement oublié peut compromettre la survie des plants. Pour diversifier leurs peuplements, ils laissent aussi la place aux semis naturels de pin sylvestre, hêtre, chêne ou sapin qui s’installent spontanément. Il est aussi possible de renouveler une forêt par voie naturelle avec un bon dosage de la lumière et à condition que le gibier ne soit pas présent en excès. En outre, il est essentiel d’accompagner les processus naturels par des travaux appropriés. L’intensité des coupes de bois doit tenir compte des exigences en lumière des essences dont l’ensemencement naturel est souhaité. Les essences d’ombre, comme le sapin ou le hêtre, s’installent plus facilement sous le couvert des grands arbres, alors que le pin sylvestre et le chêne, plus gourmands en lumière, ont besoin de davantage de lumière pour s’implanter. Un bon dosage de la lumière dans le sous-bois permet aussi de limiter l’explosion d’une végétation concurrente indésirable. Une fois les semis naturels installés, il faut si nécessaire intervenir pour maintenir la « tête » des semis au soleil, doser les essences, sélectionner les belles tiges… Faire le choix de la régénération naturelle ne veut donc pas dire « attendre que cela se passe » ! Pour régénérer les parcelles dans les meilleures conditions, quelques règles de bon sens doivent être appliquées : se baser sur les paramètres de la station pour planter des essences adaptées, travailler les tiges en place ayant le plus beau potentiel, préserver la diversité afin de faire face au défi du changement climatique…

Fruits et légumes bios d’Alsace

Vers un cahier des charges plus restrictif

Publié le 02/11/2018

Les ventes de produits issus de l’agriculture biologique progressent quels que soient les circuits de distribution. Et la conversion de la production à l’agriculture biologique emboîte le pas à cette tendance. En Alsace, les producteurs construisent un cahier des charges spécifique à la marque Fruits et légumes bios d’Alsace, plus restrictif.

Les ventes de fruits et légumes bios progressent depuis plusieurs années. Au premier semestre 2018, elles représentent 14,3 % du volume de vente tous circuits de distribution confondus. Tous les autres critères permettant de décrypter les tendances de consommation vont dans le même sens : « La fréquence d’achat de produits bios a augmenté de 5 % en GMS, le nombre de clients progresse, le chiffre d’affaires et les volumes de vente aussi. À ce niveau-là, le bio n’est plus un marché de niche. Et il faut pouvoir proposer des fruits et légumes bios toute l’année », indique Boris Wendling, chef de groupe Scofel Auchan. Pierre Lammert, président de l’Interprofession des fruits et légumes d’Alsace (Ifla), confirme : « La grande distribution, la restauration hors domicile, les collectivités, tout le monde demande du bio. Il est donc nécessaire de développer ces productions. » Pour plus de visibilité, à double sens La production alsacienne s’adapte. « En 2017, 31,3 % des vergers étaient bios, soit quelque 380 hectares et 160 fermes, dont 36 en orientation principale », décrit Thomas Burger, arboriculteur et administrateur à l’Organisation professionnelle de l’agriculture biologique en Alsace (Opaba). En 2018, 11 nouveaux producteurs ont rejoint les rangs des arboriculteurs bios, surtout sur des projets de diversification. En légumes bios, la tendance est similaire. 15 % des surfaces alsaciennes en légumes sont en bio, ce qui représente 545 ha et 149 fermes dont 84 en orientation principale. « 21 nouveaux producteurs se sont convertis en 2017, autant en 2018 », indique Dany Schmidt, producteur de légumes et trésorier de l’Opaba. Il analyse : « Avec une demande de plus en plus soutenue pour les produits bios, on assiste à une véritable orientation de la grande distribution vers ces produits, ce qui pose la question de la répartition des volumes. » Pour se positionner, les producteurs aimeraient pouvoir se fonder sur des prévisionnels de mise en marché, qui permettraient d’anticiper la mise en culture. Mais si les producteurs ont besoin de visibilité sur leurs débouchés, les distributeurs ont aussi besoin d’en avoir sur leurs sources d’approvisionnement. En effet, Boris Wendling pointe un achalandage en produits bios parfois difficile, ne serait-ce que parce que l’impact de la météo sur le niveau de production est plus difficile à gérer en agriculture biologique. Aussi appelle-t-il de ses vœux « une collaboration plus poussée entre producteurs et distributeurs ». C’est dans cet objectif, et afin de mettre en avant la marque Fruits et légumes bios d’Alsace, que l’Ifla et l’Opaba ont récemment invité leurs acheteurs à visiter la ferme du Château à Buswiller (lire en encadré). « L’un des piliers de la bio, c’est de parvenir à établir des relations commerciales équitables entre les différents acteurs de la filière, rappelle Julien Scharsch, président de l’Opaba, d’où l’importance de nous rencontrer pour mieux connaître nos métiers respectifs. » « Nous n’avons pas l’intention de nous orienter vers des méga structures » Pour que cette collaboration reste fructueuse, il faudra que les contraintes économiques des uns et des autres s’accordent. Soumis à d’autres contraintes de production, les produits alsaciens bios sont souvent un peu plus chers que ceux d’autres origines. Au risque d’être boudés par les consommateurs et, dès lors, par les distributeurs. Les raisons qui expliquent ce différentiel de coût de production sont multiples : rareté et cherté du foncier, morcellement du parcellaire limitant la mécanisation, volonté de préserver un modèle agricole familial… « Nous n’avons pas l’intention de nous orienter vers des méga structures », prévient Dany Schmidt. C’est incompatible avec les fondements de la bio : « Nous sommes responsables d’un capital agronomique et humain à transmettre et à faire fructifier », décrit-il. Dès lors, hors de question de cultiver des carottes sur des centaines d’hectares, aussi bios soient-elles réglementairement parlant. Mais, pour Dany Schmidt, ce qui augmente le coût de production alsacien, c’est la main-d’œuvre : « Nous avons toujours cherché à favoriser l’emploi local, mais nous avons de plus en plus de mal à en trouver localement. Cela nous interpelle quant à nos possibilités de développement futur. Car nous songeons à abandonner les cultures trop gourmandes en main-d’œuvre. » Le deuxième élément d’inquiétude qu’identifient les producteurs bios, c’est l’accès à l’eau. Mais, avec une nappe phréatique abondante, relativement accessible selon les secteurs, et le soutien des collectivités locales, ce frein devrait pouvoir être levé par une irrigation raisonnée des cultures. Pour contrebalancer ces freins les producteurs bios locaux veulent valoriser leurs atouts en élaborant un cahier des charges spécifique à la marque Fruits et légumes bios d’Alsace, « plus restrictif et plus régionaliste » que le cahier des charges national de l’agriculture biologique. Objectif : aboutir à un cadre qui « réponde mieux à nos attentes et à celles de la distribution, notamment en incluant des règles éthiques », précise Dany Schmidt.

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