Cultures

Publié le 30/12/2018

Les énergies dites « vertes » constituent une alternative économique au gaz et au fioul pour le chauffage des serres. Mélanie Krauth, conseillère à Planète Légumes, a donné une conférence sur le sujet mardi 20 novembre à Sélestat, à l’occasion de la journée technique de Planète Légumes.

Maintenir ses serres à bonne température coûte cher. Très cher. Mais il existe des solutions moins onéreuses sur le long terme. L’experte Mélanie Krauth a dressé un panorama des systèmes de chauffage à énergies renouvelables disponibles sur le marché. La chaufferie biomasse Le principe ? « On brûle de la matière organique pour chauffer de l’eau », explique la conseillère. Simple comme bonjour. La puissance thermique varie du tout au tout selon les installations. De 45 à 20 000 kWth, pour des surfaces de 800 à 54 000 m2. Mais rien de mieux qu’un exemple pour illustrer le sujet. La SCEA légumenfrais, à Val-de-Vesle (Marne), chauffe ses 3 ha de concombre grâce à une chaufferie biomasse. Celle-ci développe une puissance de 2 800 kWth et consomme 2 600 tonnes de paille par an. À plein régime, le système engloutit un ballot de paille en 45 minutes. Vu cette consommation, l’approvisionnement reste la principale contrainte. Mais dans la Marne, blé, orge et escourgeon ne manquent pas. « Les agriculteurs se fournissent dans un rayon de 15 km », confirme Mélanie Krauth. Côté investissement, l’installation a coûté 877 000 €. La SCEA a bénéficié d’une subvention de 38 % de l’Ademe. Surtout, les producteurs économisent environ 75 000 € par an sur leur facture énergétique. Logique, la paille coûte moins cher que le charbon et le butane utilisés jusque-là. La pompe à chaleur La géothermie, une technologie impressionnante. « Mais rien à voir avec le forage de Reichstett », prévient la technicienne. Ici, les agriculteurs creusent à « seulement » 100 m de profondeur, contre 4 600 m dans la banlieue de Strasbourg. Le principe s’approche de celui d’un frigo inversé. Le puits pompe une eau à environ 11 °C. Un compresseur la chauffe à 55 °C et l’envoie dans des tuyaux à travers la serre. L’eau refroidie est ensuite réinjectée en profondeur via un second puits. Niveau puissance thermique, c’est le grand écart. De 10 à 2 000 kWth selon les besoins. À Trancault, dans l’Aube, l’EARL les serres de noisette chauffe ses 1,8 ha de concombres et tomates grâce à un puits. Celui-ci développe 1 370 kWth. Les associés complètent leurs besoins grâce à une chaudière à gaz. Bilan, 70 000 € d’économie par an. Pour un investissement de 750 000 € subventionnés à hauteur de 33 %. La méthanisation Elle se développe au galop dans la région. La méthanisation consiste à produire du biogaz à partir de déchets organiques fermentés. En résumé, on place de la paille ou des effluents d’élevage dans un digesteur. La fermentation crée du biogaz. Celui-ci va être transformé pour partie en électricité (35 %) et en chaleur (50 %) dans un co-générateur. Une unité génère ainsi de 80 à 630 kWth pour des surfaces de 300 à 2 500 m2. Le prix, plus d’1,50 M€ en moyenne, impose des projets collectifs. À ce titre « il s’avère judicieux d’intégrer un maraîcher dans le groupe », recommande Mélanie Krauth. Des serres adossées à un méthaniseur et un bâtiment d’élevage, une image rêvée de l’économie circulaire. La chaleur fatale L’alternative la moins connue. Il s’agit de récupérer la chaleur non valorisée, le plus souvent issue d’une industrie. Ces rejets chauffent l’eau de 30 °C à plus de 100 °C. Les cas dans la région sont si rares que la conseillère a cherché un exemple dans le Loir-et-Cher. Là, des paysans recyclent la chaleur dégagée par la centrale nucléaire de Saint-Laurent-Nouan. Ils chauffent leurs 9 400 m2 de concombres et 2 100 m2 de tomates grâce à ce procédé. Seul bémol, l’eau récupérée atteint à peine les 26 °C. Dans ces conditions, « les producteurs ont dû multiplier les tubes de chauffage dans les serres », explique Mélanie Krauth. Peu mis en pratique, le procédé aurait toutefois un gros potentiel en Alsace. « De nombreux industriels cherchent à se débarrasser de leur chaleur fatale », confirme la conseillère. Ne reste plus qu’à trouver des agriculteurs volontaires.

Publié le 17/12/2018

Plus d’une centaine de personnes se sont déplacées aux trois rendez-vous du groupe Armbruster pour découvrir les résultats d’essais, les perspectives et assister aux présentations d’agronutrition à l’occasion du traditionnel Agritour.

Les rendez-vous de l’Agritour étaient fixés à Bernolsheim, Niederentzen et Ebersheim. Ces réunions techniques permettent aux techniciens du groupe Armbruster de rappeler les évolutions de la réglementation concernant les produits phytosanitaires, leur application, les résultats obtenus lors de la campagne 2017-2018 pour le maïs et le blé. Une large place a également été consacrée à l’agronutrition et aux Outils d’aide à la décision (OAD) pour la fertilisation du troisième apport sur blé. Différentes variétés de blés ont été analysées du point de vue du risque mycotoxines, risque limité lorsqu’un traitement est pratiqué. Le « biosoufre » (liquide) à la dose de 3 l/ha, proposé par Armbruster, présente plusieurs avantages pour les céréales. Utilisable en agriculture biologique, il permet une diminution des Indicateurs de fréquence de traitements (IFT) et une flexibilité dans le choix du ou des partenaire(s) de synthèse associé(s). Par ailleurs, il améliore la qualité de pulvérisation. Ce qui sécurise les rendements tout en apportant une réponse technique et sociétale fiable. Parmi les solutions apportées suite à l’évolution de la réglementation concernant les fongicides, Elatus™ Plus, une nouvelle spécialité à base de Solatenol™, qui permet de lutter efficacement contre les maladies foliaires majeures des céréales. Son efficacité combinée à une distribution uniforme et à une très forte affinité pour les tissus des feuilles lui donnent une longue durée d’action, pour des feuilles vertes plus longtemps et plus de rendement. Cette spécialité peut être considérée comme le nouveau standard technique, avec un spectre d’efficacité complet sur les maladies foliaires majeures des principales céréales, blé, orge, seigle, triticale notamment. Évolution de la réglementation Le groupe Armbruster a présenté ses services en matière de fertilisation azotée, en mettant en valeur trois d’entre eux. Le premier, Jubil, mesure la teneur en nitrate du jus de base de tige. N-Pilot, quant à lui, est un réflectomètre portable qui évalue l’état de nutrition azotée des cultures : teneur en chlorophylle du feuillage et quantité de biomasse. Il donne immédiatement un conseil de complément de dose pour le troisième apport. Enfin, le troisième, Cerealia, est une solution innovante pilotant la fertilisation par télédétection. Elle présente de nombreux atouts : une carte d’application à chaque épandage, des résultats techniques optimums, des délais de réponses rapides (deux jours maximum), une compatibilité à toutes les marques de matériels. L’Agritour a aussi été l’occasion de faire un point sur le maïs. La réglementation évolue, avec l’interdiction des néonicotinoïdes en 2018 et l’arrêt du thirame en 2019. Les agriculteurs ont été rendus attentifs à plusieurs produits : Force 1,5 G avec une utilisation des kits diffuseurs interdit un an sur trois, les restrictions un an sur deux pour Juan, ​​​ Adengo, Xtra et Apicale, et des prospectives avec une réduction des molécules S-métolachlore, TBA, ou encore nicosulfuron. En ce qui concerne les traitements de semences, Premium de Pioneer est un biostimulant qui permet une sélection des meilleurs lots de semences. Resid de Symborg est, lui, un inoculant biologique développé sur des substrats solides pour le recouvrement de graines, qui contient le champignon formateur de mycorhizes Glomus. Il s’applique dans le recouvrement de graines, favorisant une colonisation mycorhizienne intense du système racinaire des plantes, une plus grande croissance radicale, une meilleure absorption de l’eau et des nutriments de la solution du sol. Il accroît la vigueur et le rendement des cultures. Enfin, Acceleron de Dekalb propose trois produits : Maxim Quattro (fongicides), Force 20 CS (insecticide) et B-360 LCO (biostimulant). Les résultats de trois parcelles d’essais situées à Folgensbourg, Uffheim et Wahlenheim ont été présentés, ainsi que les résultats sur les microparcelles situées à Duntzenheim (non irrigué, de la série précoce à demi-précoce) et à Logelheim (irrigué, de la série demi-précoce à tardive). 16 essais en grandes bandes ont également été effectués.

Publié le 30/11/2018

L’assemblée générale des 40 ans de l’Apco a permis de faire un focus sur la chrysomèle, cet insecte ravageur du maïs apparu pour la première fois en Alsace en 2003. Quatre ans après la fin de la lutte obligatoire, comment la situation a-t-elle évolué sur le terrain ? Comment « faire avec » au quotidien et de manière durable ? Le spécialiste national des ravageurs chez Arvalis, Jean-Baptiste Thibord, a apporté plusieurs éléments de réponse.

S’il y a un insecte qui a marqué les quarante années d’existence de l’Apco, c’est bien la chrysomèle. Apparue pour la première fois en 2003 à proximité de l’aéroport de Bâle-Mulhouse, cette petite bestiole venue des États-Unis, par l’intermédiaire de la guerre en ex-Yougoslavie, a, au cours des quinze dernières années, sensiblement compliqué la tâche des maïsiculteurs haut-rhinois, et plus globalement de toute l’Alsace. Ainsi les « zones focus » et « zones de sécurité » sont autant de termes qui sont rentrés progressivement dans le vocabulaire des professionnels de la filière. Malgré ces mesures qui imposaient une rotation du maïs une année sur trois et une année sur deux, l’insecte a continué sa progression. « En 2009, il était ainsi devenu très rare de trouver des communes indemnes de chrysomèle en Alsace », se souvient Jean-Baptiste Thibord, spécialiste national des ravageurs chez Arvalis. Une situation qui a entraîné en 2010 la signature d’un arrêté visant le confinement pour le Rhône-Alpes et l’Alsace, imposant une rotation une année sur six en plus d’un dispositif de surveillance très dense. En vain. « Même si cela a tout de même permis de stabiliser les niveaux de population, l’objectif du confinement n’a pas été atteint avec des fuites vers les régions Bourgogne et Franche-Comté », poursuit Jean-Baptiste Thibord. Face à l’inefficacité de ces mesures, la Commission européenne admet, à la fin de l’année 2013, qu’il n’y a aucune mesure réalisable pour éradiquer ou empêcher la propagation de cet insecte et qu’il existe des moyens de contrôle « efficaces » et « durables » pour réduire au minimum son impact. Début 2014, la chrysomèle est retirée de la liste des insectes de quarantaine. La fin de la lutte obligatoire est actée par l’arrêté du 18 juillet de la même année. « À partir de cet instant, la chrysomèle devient un parasite courant avec lequel il faut apprendre à vivre », indique Jean-Baptiste Thibord. Plus de chrysomèles mais toujours pas de dégâts Inévitablement, les années qui ont suivi ont montré une augmentation significative des populations de chrysomèle en Alsace. Depuis 2015, on observe un taux d’accroissement de 1,5 à 4 par an. En 2014, 233 ont été capturées. En 2014, on en dénombrait 5 645 et… 21 605 en 2018. Si cela paraît beaucoup à première vue, cela pourrait néanmoins être pire. « Si on ne faisait vraiment rien, le taux d’accroissement de la population serait plutôt de sept », relativise le technicien d’Arvalis. Autre élément marquant : 94 % des pièges présents en Alsace ont capturé des chrysomèles en 2018, contre 32 % en 2015. « L’insecte est présent sur l’ensemble du territoire alsacien, mais de manière hétérogène. On remarque des populations abondantes dans certains secteurs comme le long du Rhin ou dans le sud du Haut-Rhin. » Ces chiffres en constante évolution traduisent-ils un échec de toutes les opérations menées depuis quinze ans contre la chrysomèle ? Les agriculteurs doivent-ils s’en inquiéter ? Jean-Baptiste Thibord se veut plutôt rassurant. « C’est clair, les mesures de lutte n’ont pas permis l’éradication. Cependant, elles ont quand même servi à atteindre un résultat original et unique au monde : quinze ans après les premières détections, il n’y a toujours pas de dégâts observés sur les maïs. Certes, ces mesures ont été lourdes, mais pas complètement vaines. Dans les autres pays touchés comme l’Italie ou la Hongrie, les premiers dégâts économiques sont apparus entre six et neuf ans après les premières détections quand les agriculteurs n’ont mis aucune mesure de lutte en place. » Maintenir une rotation de cultures S’il faut désormais « faire avec » la chrysomèle, encore faut-il le faire de la bonne manière. En clair, il faut continuer à agir sur certains leviers même s’il n’y a plus d’obligation réglementaire. En premier lieu, Jean-Baptiste Thibord rappelle le facteur principal qui favorise le développement de la chrysomèle sur plusieurs années : la monoculture exclusive de maïs. La nécessité de maintenir une rotation de cultures au moins une année sur six est donc plus que recommandée par Arvalis. En effet, les larves déposées par les adultes l’année précédente ont besoin de consommer des jeunes racines de maïs pour pouvoir boucler leur cycle et passer à l’âge adulte. « Très clairement, il y aura une augmentation de la population dans les parcelles où l’on continuera à faire de la monoculture de maïs. Au vu de ce qui a été observé à l’étranger et des changements climatiques actuels, on peut penser que les premiers dégâts arriveraient au bout de trois ou quatre ans, sept dans les meilleurs des cas. Une monoculture exclusive veut dire faire plus de maïs à court terme, mais hypothèque les résultats à moyen terme. Sans compter que cela va créer des problèmes de voisinage puisque les agriculteurs qui feront ce choix prennent le risque de contaminer les parcelles voisines », prévient Jean-Baptiste Thibord. Le développement de la chrysomèle est également corrélé au type de sol sur lequel la parcelle est plantée. Un sol abrasif, type sableux, est défavorable aux jeunes larves, tandis qu’un sol lourd avec une forte réserve hydrique ou un sol argileux sont favorables au développement de l’insecte. Quel que soit le sol, si la plante est soumise à un fort déficit hydrique, elle est plus exposée aux ravages potentiels de la chrysomèle. « Dans un scénario climatique bien arrosé, le maïs a suffisamment de racines pour consommer les ressources nutritives du sol. Et même si la chrysomèle a dévoré les trois quarts des racines, le maïs peut survivre. En revanche, s’il y a moins de racines et moins de disponibilité en ressources hydrique et alimentaire dans le sol, sa sensibilité va être largement augmentée. » Il y a tout un tas de facteurs et d’itinéraires techniques sur lesquels peuvent jouer les agriculteurs pour améliorer la biomasse racinaire : une date de semis précoce, l’indice de précocité de la variété, la fertilisation starter, et la protection insecticide au semis. Pour un pilotage à l’échelle de la parcelle Les recommandations au niveau national varient en fonction du nombre de captures observées, mais aussi des conditions pédoclimatiques. En Alsace, dans les parcelles les plus infestées, Arvalis recommande de continuer les mesures initiées dans le cadre du confinement : rompre la monoculture de maïs au moins une année sur six dans les parcelles à faible stress hydrique, et intensifier un peu plus dans les parcelles exposées à un fort risque de stress hydrique. Pour les foyers « nouveaux », au-dessous de 100 captures par piège et par an, Arvalis conseille de rompre immédiatement la monoculture dans la parcelle concernée et celles environnantes afin d’empêcher la création d’un foyer de chrysomèle. Lorsque les captures deviennent plus importantes, Arvalis préconise de passer au piège jaune en remplacement du piège à phéromone, plus limité en surface et uniquement pertinent si la présence de chrysomèles est faible. « Les pièges jaunes sont un meilleur indicateur du niveau de population. Grâce à eux, on peut piloter la lutte à l’échelle de la parcelle. Reste à déterminer les seuils qui pourront être admis en fonction des secteurs géographiques. Aux États-Unis, le seuil sécuritaire est de cinq adultes par jour. En Italie, il est compris entre dix et quinze par jour », souligne Jean-Baptiste Thibord. Et qu’en est-il de la protection insecticide ? Selon lui, son intérêt reste « nul » d’un point de vue économique et « limité » au vu de la dynamique de population actuellement rencontrée sur le territoire français. « C’est vraiment les conditions climatiques et la rupture ou non de la monoculture qui sont aujourd’hui en mesure d’influencer l’accroissement de la population de chrysomèles. »

Pages

Les vidéos