Cultures

Publié le 04/02/2019

Après un été particulièrement aride, certaines prairies sont significativement dégradées. Il va falloir les soigner au printemps, voire ressemer les plus atteintes. Et pour sécuriser les stocks fourragers dans un contexte de changement climatique, d’autres stratégies peuvent être mises en place.

Après une année fourragère 2018 difficile, les stocks de fourrage des éleveurs sont au plus bas. Certains leviers peuvent être actionnés pour assurer la jointure, et pour la sécuriser dans un contexte d’aléas climatiques croissants. Les surfaces en herbe ont particulièrement souffert du manque d’eau et de la chaleur, impactant fortement les récoltes en 2018. Le premier levier consiste donc à adapter la fertilisation des prairies ainsi que les techniques de récolte pour optimiser la valorisation des prairies. Il s’agit de maximiser le rendement avant mi-juillet car, à partir de là, le risque de déficit hydrique s’accroît. Cela implique d’adapter la fertilisation azotée et de récolter l’herbe humide (ensilage, enrubannage) et pas en foin. « Car, pour sécher du foin, il faut des températures suffisamment élevées, ce qui par contre n’est pas toujours forcément le cas à cette période », constate Laurent Fritzinger, conseiller agricole à la Chambre d'agriculture d’Alsace. Il rappelle les fondamentaux de la fertilisation azotée des prairies : 30 unités N/ha correspondent à 1 t/ha de gain de matière sèche. Et 30 m3 de lisier ont la même efficacité que 100 kg/ha d’ammonitrate. Le premier apport doit être effectué une fois que le seuil de 200 degrés jour à partir du 1er janvier est atteint. Et, comme le rendement est à chercher sur les premières coupes, un deuxième apport effectué après la première coupe sera valorisé lors de la coupe suivante. La forme d’azote apporté a peu d’importance, sauf en année froide où l’ammonitrate procure un meilleur rendement que l’urée, surtout pour la première coupe. « Pour les apports azotés en mai, l’urée convient très bien ». Au vu des cours actuels des engrais phosphatés, l’impasse peut être pratiquée sans risque si la prairie a été fertilisée régulièrement dans le passé, d’autant que le phosphore a peu d’effet sur le rendement en herbe, contrairement à la potasse, qui apporte un gain de rendement jusqu’à 120 unités K2O/ha, pas au-delà. « L’apport de potasse doit se faire en une fois avant la reprise de végétation, sans fractionnement », rappelle Laurent Fritzinger. Le soufre est un élément assez lessivable, qui intervient au niveau de la fixation de l’azote de l’air par les légumineuses. Même s’il est rare de constater des carences sur prairies, il peut être sécurisant d’effectuer un apport en cas de risque important : hiver très pluvieux, sol filtrant, printemps froid. Cet apport doit être effectué en même temps que l’apport d’azote car ensuite, comme la minéralisation du sol redémarre, l’apport ne se justifie plus. Les besoins des prairies peuvent aussi être couverts par l’apport d’effluents d’élevage : 30 t/ha de fumier ou 30 m3/ha de lisier couvrent largement les besoins. Enfin, pour affiner les besoins en fertilisation des prairies, la Chambre d'agriculture d’Alsace proposera des analyses d’herbe au printemps, annonce Laurent Fritzinger. Sursemis : un investissement pas toujours payant Après l’aridité estivale, la repousse des prairies les plus dégradées est incertaine : « Il risque d’y avoir plus de pissenlits et de chardons que de graminées », décrit Laurent Fritzinger. Une chose est sûre : ce sont les « bonnes » graminées qui ont pu disparaître en premier. Pour restaurer ces prairies, un sursemis peut-être envisagé. « Mais, prévient le conseiller agricole, la technique est aléatoire et exigeante. » Il s’agit en effet de semer de toutes petites graines, à faible vitesse de germination, dans un environnement déjà occupé par d’autres espèces. Un sacré défi donc ! Pour le relever, le choix de la période d’intervention est important. Trois options s’offrent aux agriculteurs : avant la reprise de végétation, après la première coupe ou à la fin de l’été. « Avant de procéder au sursemis, il faut agrandir les vides et dégager de la terre au moyen d’un passage de herse. Les espèces implantées doivent être agressives, comme les ray-grass ou le trèfle violet. Et l’environnement doit être le moins concurrentiel possible, donc bas. Pour favoriser le contact entre la terre et la graine, le sol doit être rappuyé. Et, afin de limiter la concurrence de la végétation en place, la fumure est déconseillée », décrit Laurent Fritzinger, qui reste très prudent lorsqu’il évoque cette technique : « On voit souvent des échecs alors que la technique requiert un investissement, notamment en semences, car la dose de semis est identique à un semis sur sol nu, soit 25 kg/ha minimum. » Son conseil : « Si on investit dans des semences, il faut mettre toutes les chances de son côté en utilisant du matériel adapté, c’est-à-dire un semoir à disques ». Au rayon des plans B Pour faire la jointure, il est aussi possible de modifier les pratiques pour récolter du fourrage tôt, en plus de l’herbe. Différentes options sont envisageables : les méteils, les ray-grass semés en Cipan, qui peuvent donner lieu à une, voire deux, coupes au printemps, l’ensilage de seigle semé en Cipan, l’ensilage de céréales qui avaient été prévues pour être moissonnées en grain, que ce soit du blé, de l’orge, du triticale… Après le printemps, tout n’est pas perdu pour produire du fourrage. Il reste l’option maïs, même si, semé après le 1er mai, son rendement est plus limité et qu’il faut adapter les variétés, notamment parce que la floraison risque de coïncider avec la sécheresse et les températures élevées. Il est encore temps d’implanter du ray-grass italien, qui peut être récolté huit semaines après le semis, avec les mêmes bémols que pour le maïs : « Pour pousser il lui faut de l’eau et une température inférieure à 25 °C ». L’implantation d’un méteil de printemps, à récolter en une seule coupe est aussi une option. Tout comme une culture de sorgho sucrier : « La date de semis idéale se situe autour de mi-mai, pour une récolte en octobre avec un rendement équivalent à celui du maïs, mais sans amidon, l’énergie se présentant sous une autre forme. » Enfin, les conseillers de la Chambre d'agriculture d’Alsace ont une botte secrète à proposer aux éleveurs qui ont besoin de récolter du fourrage avant l’automne : du sorgho fourrager multicoupes, une plante herbacée, résistante au stress hydrique une fois qu’elle est bien implantée. Le semis s’effectue au semoir céréales, à une densité de 20 à 25 kg/ha, à 2 cm de profondeur, suivi d’un passage rouleau. Il est important de semer dans un sol suffisamment réchauffé (température du sol > 12 °C) pour garantir un démarrage rapide de la culture, et éviter un désherbage inutile. 60 jours après la levée, une première coupe peut être effectuée, avant l’épiaison, avec un rendement estimé de 4 à 6 tonnes de MS/ha et une valeur alimentaire de 0,8 UF. Après la première coupe le sorgho repousse et peut donner lieu à plusieurs coupes. Le sorgho fourrager multicoupes semble donc une espèce adaptée au changement climatique. À condition de prendre certaines précautions : « Lorsque le sorgho ne dépasse pas 40 à 60 cm de haut selon le type, il ne faut pas le donner en vert aux vaches, car il contient une toxine, l’acide cyanhydrique, qui disparaît ensuite à des stades plus avancés. Lors de la récolte, il ne faut pas couper trop court pour laisser passer de l’air sous les tiges, donc favoriser le ressuyage et la repousse. » Les sorghos de type Sudan sont à favoriser pour leur aptitude au fanage et la finesse de leurs tiges, ce qui permet de les enrubanner ou de les ensiler. Les bottes rondes d’enrubannage devront être stockées sur une face plane.

Publié le 29/01/2019

Après un bilan contrasté pour 2018, l'année à venir, où de nouvelles réglementations entreront en vigueur, sera charnière pour la pomme de terre alsacienne. Pour Denis Jung, de Planète Légumes, pas de quoi inquiéter les producteurs de la région qui devront néanmoins s’adapter et améliorer encore leur expertise. Portrait d’une filière qui profite d’un marché porteur, celui d’un légume présent dans les garde-manger de tous les Français.

En Alsace, la pomme de terre représente plus de la moitié des surfaces et du chiffre d’affaires des légumes. « C’est important, mais par rapport aux grandes cultures, c’est moindre », constate Denis Jung, conseiller en production de pomme de terre à Planète Légumes. « C’est une culture très particulière : il faut un suivi très précis, venir chaque semaine observer sa plantation, au risque de rater un besoin d’irrigation, un départ de maladie. Une semaine de trop et la récolte peut perdre 20 % ! » Cette spécificité en fait une culture difficile, et ceux qui s’y attachent sont obligés de devenir des spécialistes. Une production en baisse ... Il faut d’abord savoir que « beaucoup de producteurs ne sont pas comptabilisés » car leur production est incluse dans d’autres chiffres, tient à préciser Denis Jung. Pourtant, force est de constater que la production régionale est en baisse. À l’échelle nationale, la surface consacrée à la culture de la pomme de terre, y compris les plants, a augmenté de près d’un quart sur les dix dernières années, selon Agreste pour la période 2007-2017. Mais à y regarder de plus près, l’Alsace, elle, observe une baisse de 18 %. Une érosion qui s’est concentrée presque exclusivement sur le Haut-Rhin avec des surfaces utilisées passées de 602 ha en 2007 à 272 ha en 2017, soit - 51 %, contre une hausse de 3 % pour le Bas-Rhin. Selon Denis Jung, « la baisse de surface n’a pas d’incidence sur le marché alsacien ». « Ce sont en fait des producteurs de coopératives qui sont passés à d’autres cultures, avance-t-il. Ceux qui ont continué sont plus spécialisés. Les producteurs de pommes de terre ont choisi de se détacher de l’agroalimentaire, d’être plus individualistes. » La tendance à la baisse s’est confirmée cette année. La production de pomme de terre de conservation en Alsace a vu sa surface passer de 1 650 ha en 2017 à 1 500 ha en 2018, pour un recul de production de près de 20 % sur un an. C’est l’une des baisses les plus importantes dans le pays - la moyenne nationale se situant à - 9,6 %. Le bilan de cette année 2018 est difficile pour les producteurs français. Le rendement n’a pas été au rendez-vous, et devrait même atteindre son niveau le plus faible depuis 2001. L’explication est pourtant simple : la faute est à la météo. Denis Jung résume ainsi l’année : « Nous avions commencé par des plantations précoces. Les levées ont suivi, plus tôt qu’à l’habitude, courant mai. Mais le climat a été humide jusqu’à mi-juin, puis chaud et sec l’été. Cela a entraîné des problèmes de grossissement sur les cultures non irriguées. » Trop d’eau, puis pas assez. Un climat des plus favorables pour les maladies et les parasites. « Le principal risque pour les cultures est le mildiou. Il peut détruire la culture en 15 jours », détaille l’expert. La sécheresse a ensuite favorisé l’alternaria. Les doryphores, des ravageurs, ou encore le taupin, constituent d’autres menaces importantes. « Dans la culture de pomme de terre, on plante ce qu’on va récolter, raconte Denis Jung. Le plant peut donc transmettre toutes ses maladies. Il faut tous les traiter pour lutter surtout contre le rhizoctone. Les autres maladies peuvent affecter la croissance et la conservation. La protection sanitaire est donc presque systématique. » Pour pallier les contraintes météorilogiques et les maladies qu'elles amènent, les cultivateurs de pommes de terre doivent allier ainsi expérience et expertise. Un effort nécessaire. ... et un marché régional porteur Mais pas question de se plaindre car « le bilan est contrasté. » Pour les producteurs alsaciens, « le marché a été très porteur. Comme il y a trois ans, les prix sont bons. Les conditions météorologiques ont retardé la production primeur à début juillet. Les différents marchés ne se sont donc pas télescopés. », relativise le spécialiste du tubercule. Dans un marché qui se concentre exclusivement sur le frais et qui ne compte plus de coopérative, les producteurs s’en tirent à bons comptes. Au-delà du marché de niche que constituent les variétés spécifiques à l’Alsace, les prix sont généralement identiques au marché français. Selon Denis Jung, la vente se fait à 50/50 : « Les plus gros producteurs vendent en centrale d’achat. Les plus petits sont en contact avec des magasins, ou encore des particuliers, des maraîchers qui vendent sur les marchés, des fermes… » Une tendance à contre-courant d’un marché français où 40 % de la production est dirigée vers la transformation.

Roland Schweitz, délégué régional à l’UNPT

« La France, premier pays européen exportateur de pommes de terre »

Publié le 29/01/2019

Producteur de pommes de terre à Duttlenheim et délégué Alsace de l’UNPT depuis dix ans, Roland Schweitz présente les grands thèmes du congrès de l’organisation et les enjeux qui attendent la filière alsacienne de pommes de terre.

L’Union nationale des producteurs de pommes de terre (UNPT) organise son congrès national tous les deux ans dans une région différente. Cette année, c’est au tour de l’Alsace d’accueillir cette rencontre, qui réunira tous les acteurs de la filière et leurs partenaires. Elle se déroulera mardi 5 février de 9 h à 16 h à la Maison de la région Grand Est à Strasbourg. « Avec 1 500 ha, nous ne sommes pas une grande région de production, souligne Roland Schweitz, délégué régional de l’UNPT, comparé au Nord-Pas de Calais ou à la Picardie, qui totalisent respectivement près de 53 000 ha et 35 000 ha de surface de production. Mais nous sommes proches de l’Europe, c’est pourquoi l’UNPT nous sollicitait depuis quelque temps pour accueillir le congrès national. » Les producteurs alsaciens ont une autre particularité : celle d’écouler leur production sur le marché régional, grâce au soutien de l’interprofession et à l’adhésion des consommateurs. En cela, ils peuvent se prévaloir d’une certaine exemplarité. Quels sont les grands thèmes qui seront abordés lors de ce congrès ? Roland Schweitz : Nous présenterons l’interprofession des fruits et légumes d’Alsace, et la dynamique qu’elle a réussi à mettre en place pour les pommes de terre et l’ensemble des fruits et légumes produits dans la région. Cette dynamique s’appuie sur des consommateurs qui sont très intéressés par le produit, qui ont de nouveau le réflexe d’acheter local, et sur des producteurs capables de fournir une pomme de terre déjà tracée, très propre, disponible rapidement et nécessitant peu de transport. Encore faut-il que les distributeurs jouent le jeu. En dehors de l’exemple alsacien, quels sujets sont à l’ordre du jour ? RS : Il sera aussi question de la façon de produire et des problèmes qui nous attendent dans un proche avenir. Cela fait des années qu’on met en œuvre des choses concrètes pour baisser le recours aux intrants chimiques, mais nous sommes rattrapés par de nouvelles interdictions. Pour la protection des cultures, nous avons par exemple baissé de 30 à 40 % les doses de produits homologués. Pour le défanage, nous utilisons de plus en plus des méthodes mécaniques à la place des produits chimiques. Mais pour le désherbage des cultures, la protection fongique ou contre les insectes, où toute une panoplie de produits sera bientôt interdite, nous ne savons pas comment faire si aucun produit de substitution n’est proposé. C’est le cas pour les doryphores, qui sont un fléau très difficile à combattre. L’Alsace et le Grand Est en général sont confrontés à des invasions de ces insectes qui peuvent anéantir les cultures en 24 heures. C’est la même chose pour la conservation : certains anti-germinatifs ne seront bientôt plus autorisés, ce qui va nous amener vers des solutions beaucoup plus onéreuses et contraignantes. L’Europe est au menu de ce congrès ? RS : Oui, nous aurons une table ronde intitulée « L’Europe, une chance pour la pomme de terre de France » avec différents intervenants : Anne Sander, députée européenne, Pascale Gaillot, vice-présidente de la Région Grand Est en charge de l’agriculture, Frédéric Lambert, chef du service Europe au ministère de l’Agriculture, Dominique Dejonckheere, du Copa, Pascal Foy, un producteur du Grand Est, membre du bureau de l’UNPT et moi-même. N’oublions pas que la France est le premier pays européen exportateur de pommes de terre, notamment vers les pays du Sud, tels que l’Espagne et l’Italie. Lors de cette table ronde, nous évoquerons également le soutien accordé par la Région aux producteurs, en particulier dans le domaine de l’irrigation. Quels enjeux attendent la filière alsacienne des pommes de terre ? RS : Comme tous les producteurs français, nous sommes concernés par la réduction du nombre des produits de protection autorisés, par la nécessité d’irriguer pour optimiser les rendements et la qualité des pommes de terre. Nous avons aussi nos propres problématiques : il est dommage qu’un acteur de la filière pommes de terre - le Comptoir agricole - ait cessé son activité, ce qui affaiblit la filière. Malgré tout, une certaine surface sera maintenue dans la région. Comment s’est passée la dernière campagne de commercialisation ? RS : Nous avons connu les mêmes problèmes au niveau régional, national et européen, c’est-à-dire de fortes inondations au printemps et une sécheresse prolongée en été qui a impacté les rendements globaux. Il manque en moyenne 10 t/ha dans les quatre grandes régions de production françaises. Résultat : dans les régions qui produisent pour l’industrie, il manque des volumes, ce qui impacte les marchés et les cours nationaux. Donc au niveau des prix, c’est une année qui se place dans la moyenne haute et qui compense l’année précédente, très difficile, que nous avions vécue.

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