Publié le 15/02/2019
En clôture de son congrès, l’UNPT a rassemblé une poignée d’experts autour d’une table ronde sur le thème de l’Europe. Réforme de la Pac et accords de libre-échange ont cristallisé les crispations entre gouvernement et agriculteurs.
Courtois mais franc. Le débat a vite fait apparaître des lignes de fracture entre le représentant de l’État, Frédéric Lambert, chef du service Europe au ministère de l’Agriculture, et le monde agricole. • Plus d’Europe VS plus de flexibilité Interrogé sur la réforme de la Pac, Frédéric Lambert a estimé que « le projet va dans le sens de la simplification. On ne légiférera plus à 100 % depuis Bruxelles ». Les États disposeraient ainsi d’une marge de manœuvre plus grande afin d’adapter les dispositifs européens à leurs contraintes. Cette nouvelle doctrine rapprocherait donc la politique européenne des réalités du terrain. Certes, le discours pourrait séduire des agriculteurs prompts à critiquer les mesures « pensées à Bruxelles et pas adaptées aux cas particuliers ». Mais les producteurs flairent surtout l’odeur d’une renationalisation de la Pac. « Vous affirmez que le projet va dans le bon sens, mais permettez-moi de vous dire que vous ne nous rassurez pas du tout », a ainsi interpellé un participant au congrès de l’UNPT. Car une renationalisation de la Pac, même déguisée en plan de simplification, aurait de lourdes conséquences. Les paysans craignent de subir des distorsions de concurrence encore plus grandes entre pays membres de l’Union européenne. « Nous voulons plus d’Europe », a insisté Arnaud Delacour, président de l’UNPT. Et l’eurodéputée Anne Sander de lui emboîter le pas : « La politique agricole commune doit justement rester… commune ! » • Nouveaux marchés, nouvelles contrariétés ? Comme souvent, le gouvernement et l’UE ont été accusés de brader l’agriculture lors des négociations commerciales avec des pays étrangers. « L’agriculture est souvent la variable d’ajustement afin de vendre plus d’Airbus, de TGV et de centrales nucléaires », a dénoncé Arnaud Delacour. Faux, répond Frédéric Lambert. L’envoyé spécial du ministre en veut pour preuve l’accord avec le Japon entré en vigueur vendredi 1er février. « Ce texte est bénéfique pour l’agriculture, l’Europe n’avait que des intérêts offensifs dans ce secteur. » Comprendre : le Japon n’avait rien à vendre et tout à acheter. Logique pour un pays qui importe presque 40 % de sa nourriture. Mais le Japon ne représente pas la norme. Ceta, Mercosur, Tafta… Des noms de traités qui donnent la nausée aux syndicalistes agricoles. Pour couper court au débat, l’émissaire parisien a rappelé un chiffre phare. « L’agriculture est le 3e solde commercial positif de la France. » Elle revêt donc un intérêt stratégique. S’il en est convaincu…












