Cultures

Publié le 15/02/2019

Le modèle de l’Interprofession des fruits et légumes d’Alsace a séduit les responsables de l’UNPT lors de leur congrès à Strasbourg. Ils l’ont même érigé en exemple à suivre par les autres régions.

Sa voix est basse, presque timide. « Ça fait plaisir qu’on s’intéresse à notre petite région de production », tâtonne Frédéric Kiehl, président de l’association des producteurs de pomme de terre d’Alsace, devant ses homologues venus de toute la France pour le congrès de l’UNPT. Car l’Alsace est un poids plume comparé à d’autres secteurs. À peine 1 % de la production nationale de pommes de terre. Les 57 000 tonnes récoltées en 2017 font pâle figure face aux 2 millions de tonnes (Mt) du Nord-Pas de Calais et les 1 Mt de Picardie. Qu’importent les chiffres. Les Alsaciens se distinguent du reste du pays grâce à une interprofession des fruits et légumes (Ifla) unique en son genre. Pierre Lammert, son président, et Denis Digel, le directeur, ont dressé un portrait de leur organisme aux participants du congrès. Le contrat de filière conclu en 2017 avec le Conseil régional a impressionné les invités. Il doit notamment améliorer la compétitivité des exploitations, faciliter l’installation de jeunes agriculteurs et développer les marchés régionaux. « Vous travaillez en bonne intelligence avec les politiques et c’est cela qui fait gagner un territoire », a félicité Arnaud Delacour, président de l’UNPT. « Une interprofession remarquable » Autre atout de poids : la station de recherche Planète Légumes. Ses douze ingénieurs dispatchés dans tout le Grand Est planchent sur de nouvelles pratiques et des plants plus costauds. Ils permettent de réduire l’utilisation de produits phytosanitaires et de mieux résister aux aléas climatiques. « À l’heure actuelle on est obligé d’innover sur ces sujets », a commenté Denis Digel. Là encore, l’Ifla a reçu les éloges de ses grands voisins. « Vous être une interprofession remarquable et un laboratoire de ce qu’on aimerait avoir partout en France », a remercié Arnaud Delacour. Aux anges les Alsaciens.

Réunion maïs Arvalis

L’irrigation a fait la différence

Publié le 14/02/2019

La traditionnelle réunion technique maïs d’Arvalis-Institut du végétal a permis de tirer les enseignements d’une campagne marquée par la sécheresse.

Résultat des courses : France, 93 q/ha ; Alsace, 113 q/ha ; Bas-Rhin, 98 q/ha ; Haut-Rhin, 117 q/ha. Commentaire de Didier Lasserre, ingénieur à Arvalis-Institut du végétal : « Pas mal vu la sécheresse ! ». Il impute le différentiel de rendement entre les deux départements alsaciens à l’irrigation, davantage installée dans le paysage haut-rhinois. Ce sont des estimations, mais les rendements seraient en moyenne de 135 q/ha en situation irriguée, 105 q/ha en situation non irriguée sans stress hydrique et 80 q/ha en situation non irriguée avec stress hydrique. Les écarts de rendement sont donc très importants : ils vont de 0 q/ha, lorsqu’aucun épi n’a pu se former, à 160 q/ha lorsque les besoins en eau ont été couverts par l’irrigation. Or, avec une différence entre les précipitations et l’ETP de 350 mm, « nous avons atteint des niveaux d’irrigation jamais vus », rapporte Didier Lasserre. La faute au manque d’eau, certes, mais aussi aux températures élevées : « Nous avons enregistré 300 à 350 degrés jours de plus par rapport à la médiane des 20 dernières années, et 33 jours avec des températures maximales supérieures à 30 °C. » Non sans conséquences sur l’évolution des stades. Si les semis ont été un peu plus tardifs que les années précédentes, la levée a été plus rapide et les stades se sont ensuite enchaînés jusqu’à une récolte effectuée avec 20 jours d’avance. Entre-temps, la floraison a été précoce - fin juin, début juillet - et très regroupée, y compris entre les variétés précoces et tardives. Le remplissage des grains a été difficile. L’irrigation a en général été arrêtée assez tôt, autour du 10-15 août, car le desséchement était accéléré. Didier Lasserre en profite pour battre en brèche l’idée qu’un dernier tour d’irrigation, en apportant du stay-green, favoriserait la dessiccation du grain : « Ça peut éventuellement contribuer au rendement, mais pas à la dessiccation ». La fin de cycle a été favorable, se traduisant par une bonne qualité sanitaire. La récolte de maïs très secs a entraîné de l’égrenage, qui représenterait une perte de 1 à 2 q/ha, et des repousses de maïs parfois assez spectaculaires. Fourrage : valeur alimentaire dégradée Autres caractéristiques de la campagne : des maïs au gabarit généralement important, du fait d’une croissance rapide en début de cycle, peu d’attaques de corbeaux, mais des ravageurs attirés dans les parcelles irriguées durant la sécheresse. Les attaques de pyrale ont été précoces et importantes. La chrysomèle poursuit son expansion. Les conditions ont été peu propices à l’expression de la fusariose et de l’helminthosporiose, mais quelques dégâts de taupins ont été observés. En maïs fourrage, le rendement moyen est estimé à 11 tonnes MS/ha dans le Grand Est. La récolte a également été précoce, avec des maïs secs, ce qui se traduit au silo par des ensilages riches en fibres et assez pauvres en amidon. Leur valeur alimentaire est relativement faible, ce qui va se traduire par une hausse des besoins en complémentation.

Relay-cropping

Un tétris cultural

Publié le 14/02/2019

Le relay-cropping, ou cultures en relais, consiste à maximiser la production sur une même parcelle en intercalant les cultures les unes dans les autres. Les contraintes techniques sont nombreuses mais pas insurmontables. La gestion de l’eau est un point névralgique.

On sème A. On sème B dans A. On récolte A. On récolte B. Autrement dit, on insère la culture B dans la culture A. Par exemple du soja dans de l’orge. Présenté comme ça, le relay-cropping semble assez simple à mettre en œuvre. Mais en fait, il y a tout un tas de paramètres à prendre en compte. Déjà, il faut pouvoir semer B dans A. C’est-à-dire, par exemple, penser à la rémanence des produits phytosanitaires utilisés sur A qui pourraient empêcher B de lever. Et aussi adapter le semoir, pour ne pas rouler sur A. Il ne faut pas que A empêche B de se développer. Il faut donc éviter que A verse sur B, donc adapter la densité de semis, la fertilisation azotée… Il faut aussi pouvoir récolter A sans détruire B. Pour ce faire, la moissonneuse peut-être équipée d’espèces de lattes qui couchent B pour pouvoir couper A assez bas afin que B puisse ensuite bénéficier de suffisamment de lumière… « Les essais mettent en évidence une perte de rendement modérée, imputable à la moindre occupation de l’espace par les cultures, la compensation par un tallage plus important n’étant pas suffisante », rapporte Damien Brun. À cela s’ajoutent des soucis de stress hydrique, de ravageurs, d’adventices. Bref, « il y a encore des choses à travailler ! » Du maïs en relay-cropping ? D’autant qu’en Alsace, domaine où le maïs est roi, il serait intéressant de remplacer le soja semé dans la graminée par du maïs. Premier problème : « Les données bibliographiques sont rares », constate Damien Brun. Mais il semble évident que les écueils rencontrés avec le soja vont se retrouver avec le maïs, avec en plus une forte sensibilité du maïs à la concurrence de la graminée, la nécessité de décaler la date de semis du maïs vers un semis plus tardif, et de lui apporter de l’azote avant la récolte de la céréale, sans abîmer cette dernière. Mais, qui ne tente rien n’a rien. C’est pourquoi Arvalis met en place un essai à Grussenheim, avec une variété de blé précoce, filon. Subsistent encore pas mal d’interrogations sur la suite des opérations : « Nous cherchons une variété de maïs très précoce », indique Didier Lasserre. Reste aussi encore à déterminer quand la semer dans le blé…

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