Lancement de la récolte
Asperges d’Alsace cherchent saisonniers
Lancement de la récolte
Publié le 16/04/2019
Les producteurs d’asperges manquent de main-d’œuvre pour la récolte. Ils ont alerté les pouvoirs publics lors du lancement de la saison, lundi 15 avril à Haguenau.
Des légumes laissés en terre faute de bras pour les récolter. Le cauchemar des paysans. C’est pourtant arrivé l’an dernier aux producteurs d’asperges alsaciens. En cause ? Des volumes exceptionnels et pas assez de saisonniers disponibles. « On s’est fait complètement déborder », confie Jean-Charles Jost, président de l’Association pour la promotion de l’asperge d’Alsace. Costume noir sur les épaules, le cultivateur de Bilwisheim a tiré la sonnette d’alarme, lors du lancement de la récolte, lundi 15 avril à Haguenau. Il craint que le désastre se répète cette année. Car la situation n’a pas vraiment changé depuis le printemps dernier. La main-d’œuvre française rechigne à s’engager pour deux mois dans une récolte pénible, payée au salaire minimum. Les ouvriers d’Europe de l’Est se détournent aussi des travaux agricoles. La raison ? « On n’est plus compétitif », tranche le président des asperges. L’économie des pays de l’Est s’améliore. Les salaires grimpent et le Smic français ne vaut plus le coup. Résultat : Polonais et Roumains préfèrent rester dans leur pays. « Ils gagnent un peu moins, mais ne passent pas deux mois loin de leur famille. » Le manque de bras est énorme. Plusieurs dizaines de saisonniers manquent à l’appel des asperges. Plusieurs centaines toutes cultures confondues. « Si la semaine prochaine vous avec un pic, vous ne pourrez pas faire face », compatit Franck Sander, président de la FDSEA du Bas-Rhin. Lui-même avoue souffrir du déficit de main-d’œuvre dans ses houblonnières, en pleine période de mise au fil. Cumuler RSA et récolte La parade pourrait venir des Conseils départementaux du Bas-Rhin et du Haut-Rhin. Et de leur dispositif de cumul RSA-récolte. Le concept ? Le bénéficiaire conserve l’intégralité de son aide sociale et la cumule avec son salaire de saisonnier. Un argument de poids pour motiver ces personnes à travailler aux champs. En principe, le montant du RSA diminue lorsque le bénéficiaire touche un salaire. « Nous voulons assurer les besoins des agriculteurs », appuie Frédéric Bierry, président Conseil départemental du Bas-Rhin. L’expérience a été lancée avec succès lors des vendanges 2018. Cette année, les collectivités étendent le mécanisme aux asperges et au houblon. Mais certains paysans renâclent à embaucher des chômeurs de longue durée ou des personnes aux situations personnelles difficiles. Pour les convaincre de sauter le pas, la Chambre d'agriculture et le Conseil départemental proposent des stages de deux jours non rémunérés. En clair, l’ouvrier passe une période d’essai de deux jours sur l’exploitation. Le temps de s’assurer que le travail lui convient. Et qu’il satisfait l’employeur. « Nous présélectionnons des candidats motivés, rassure Mathias Lienhard, conseiller emploi au Conseil départemental. Ils me relancent souvent, y compris les samedis et dimanches. » « On est toujours dans la dentelle » En tout cas, l’initiative intéresse les agriculteurs. « Cinq volontaires vont venir sur ma ferme la semaine prochaine », confirme Jean-Charles Jost. Sept producteurs d’asperges et neuf houblonniers se sont rapprochés des services du Département. Ils auraient besoin de 60 travailleurs au plus vite. « Pour l’instant, nous avons pourvu 12 postes en asperges et 85 personnes se disent intéressées par la mise au fil du houblon », se réjouit Mathias Lienhard. Mais il reste prudent. Les bénéficiaires du RSA demandent un suivi de tous les instants. Plus de la moitié n’a pas le permis de conduire. Les travailleurs sociaux doivent donc organiser des covoiturages. Trouver des solutions en bus ou en train. « Parfois on aide à réparer un vélo ou à dénicher une tenue de travail, décrit le conseiller. On est toujours dans la dentelle avec ce public. » Voilà que la haute couture vole au secours de l’agriculture. Les asperges d’Alsace valent bien ça.












