Publié le 30/09/2019
2018-2019 a été une campagne éprouvante pour les tabaculteurs, qui sont allés de déconvenues en déconvenues : rémunération en baisse, annonce de la fermeture de l’usine de Sarlat, de la fin du burley en France… Des péripéties qui exigent de revoir l’organisation de la filière. Une révolution est en marche : le point avec Rémy Losser, président de la Coopérative Tabac Feuilles de France (CT2F).
« Difficile, voire déstabilisante pour les producteurs », c’est ainsi que Rémy Losser, président de la Coopérative Tabac Feuilles de France (CT2F), qualifie la fin de la campagne 2018-2019. En cause : une rémunération du tabac qui n’a « pas été à la hauteur des attentes, au vu des orientations qui avaient été prises ». Par « orientation », Rémy Losser fait référence au partenariat signé en juin 2018 entre France Tabac et une filiale allemande du groupe Alliance One, qui avait une usine de transformation du tabac à Karlsruhe. Les termes du partenariat étaient les suivants, rappelle Rémy Losser : « La filiale allemande d’Alliance One transférait son volume de tabac à transformer à Sarlat, ce qui devait permettre de conforter le plan de charge de l’usine, et de lui redonner de la rentabilité, car elle devenait limite. Du coup, l’usine de Karlsruhe, elle aussi en perte de vitesse, a été fermée. En contrepartie, Alliance One, leader sur le marché du tabac à chicha, prenait en charge toute la commercialisation du tabac français, en lieu et place de France Tabac, qui se trouvait déchargé de ce volet ». En théorie, une aubaine pour tout le monde : après trois mois de discussions, le partenariat était entériné. Sarlat, c'est fini Sauf que les choses ne se sont pas déroulées tout à fait comme prévu : « En 2018-2019, le marché mondial du tabac s’est tendu très vite et à tous les niveaux », rapporte Rémy Losser. Une réaction à une prévision de la baisse des ventes de cigarettes revue à la hausse, couplée à une progression de la conquête de parts des marchés par les vapoteuses. Conséquence, les cigarettiers ont cherché par tous les moyens à diminuer leurs charges de production, notamment en revoyant leurs achats de tabac à la baisse, pour éviter d’accumuler des stocks. « Au Brésil, premier producteur de tabac, les cigarettiers préfèrent payer des indemnités aux planteurs pour qu’ils ne plantent pas, plutôt que d’avoir à acheter leur production. Aux États-Unis, les volumes contractualisés enregistrent une baisse de 50 %, entraînant des situations dramatiques pour certains producteurs de tabac », rapporte Rémy Losser. Un revirement du marché soudain et brutal qui a déstabilisé tous les opérateurs du marché, notamment les transformateurs de tabac, comme Alliance One. « Bien qu’étant une niche et un segment sécurisé, le marché du tabac à chicha n’est pas hermétique. Et le déséquilibre entre l’offre et la demande a été tel que les prix du tabac se sont effondrés partout », indique Rémy Losser. Pour les producteurs, cela s’est traduit par une baisse de leur rémunération par rapport à ce qui était prévu, de l’ordre de 10 % en moyenne. Et au mois d’avril 2019, les deux parties prenantes du partenariat ont décidé d’un commun accord de le rompre. « De fait, l’usine de Sarlat fermera ses portes en octobre prochain », regrette Rémy Losser. Le plan d'écoulement 2019 bouclé sans difficulté Conséquence directe de cette décision, il a fallu en urgence établir un plan d'écoulement pour la récolte 2019. En effet, souligne Rémy Losser, « les fondamentaux du marché ne sont pas remis en question par cet accident de parcours. Le marché du tabac à chicha reste en croissance, légère, mais en croissance. Et la qualité du tabac estampillé CT2F est reconnue par les opérateurs, ce qui constitue une force majeure. » La preuve : la coopérative n’a eu « aucun mal » à boucler son plan d’écoulement pour 2019. Il se distribue entre quatre opérateurs. Par ordre d’importance du volume absorbé : Alliance One (qui fait transformer le tabac en prestation de service en Croatie) ; CNT, un autre opérateur allemand qui a significativement augmenté son approvisionnement en tabac à chicha auprès de la CT2F ; Mella, un transformateur italien, qui s’approvisionne auprès des coopérateurs du Sud-Est de la France ; et German Tobaco, une entreprise de négoce de tabac allemande en plein développement. « Nous sommes rassurés, et les producteurs doivent l’être aussi », insiste Rémy Losser. Car, au final, ces péripéties ont permis de booster la compétitivité des usines qui restent. Et « les niveaux de prix contractualisés avec les quatre opérateurs devraient permettre de retrouver un niveau de rémunération correct, au minimum équivalent à celui d’avant 2018 », assure Rémy Losser. Une « révolution » nécessaire Reste que l'« accident de parcours » de la filière en 2018 va inciter à revoir l’organisation globale de la filière tabac. « Une nécessité pour préparer l’avenir », estime Rémy Losser. Déjà, la fermeture de l’usine de Sarlat remet en cause l’existence de France Tabac, union de coopératives qui chapeautait la filière française, et qui n’avait de raison d’être que l’usine. « France Tabac va donc être dissoute. Et le rôle des coopératives va être renforcé », annonce Rémy Losser. « Nous allons vivre une révolution. Mais elle doit avoir lieu, pour donner un cadre et un schéma de production viables à la filière dans la perspective de ces évolutions », constate Rémy Losser.












