Techniques culturales sans labour
Freiner l’érosion, préserver la marge
Techniques culturales sans labour
Publié le 07/11/2019
La Chambre d'agriculture d’Alsace a organisé deux réunions d’information sur les techniques culturales sans labour. Agronomiquement bénéfiques puisqu’elles permettent d’endiguer l’érosion, elles démontrent qu’elles tiennent aussi la route économiquement.
Dans une région marquée par les coulées d’eau boueuse, reflet d’une érosion latente des sols, la Chambre d'agriculture d’Alsace encourage le recours aux techniques culturales simplifiées, autrement dit au non-labour. « On n’utilise plus la charrue », résume Olivier Rapp, conseiller agricole à la Chambre d’agriculture d’Alsace. Ce qui laisse une certaine marge de manœuvre en matière de travail du sol. Du plus profond au plus superficiel, Olivier Rapp cite le décompactage, le déchaumage profond ou pseudo-labour, le déchaumage superficiel, le strip-till, jusqu’au semis direct où, à part les éléments du semoir, il n’y a plus du tout de travail du sol. Pour lutter contre les coulées d’eau boueuse, « l’essentiel, c’est qu’il y ait des résidus en surface au printemps une fois que les maïs sont semés, car ils agissent comme des freins hydrauliques ». Gagner en stabilité En Alsace, les coulées d’eau boueuse trouvent leur origine dans la part importante de cultures de printemps dans les assolements et dans la nature limoneuse de certains sols qui, lorsqu’ils sont travaillés finement, ont tendance à former une croûte de battance qui empêche l’eau de pluie de s’infiltrer. Résultat : l’eau ruisselle sur le sol, emportant de la terre fertile avec elle. À plus ou moins long terme, cela se traduit par une baisse des rendements. Pour lutter contre ce phénomène, plusieurs mesures peuvent être envisagées, comme la mise en place d’assolements concertés, de bandes enherbées, de fascines, de bassins de rétention. Mais, parce qu’elle est préventive et qu’elle agit sur la source du phénomène, la pratique du non-labour est particulièrement efficace. Plusieurs essais menés dans la région ont démontré cette efficacité : « La part de pluie ruissellée est très corrélée à la couverture du sol par les résidus. Le non-labour entraîne donc toujours une réduction du ruissellement, parfois de 100 % quand le printemps n’est pas trop pluvieux. En outre la pratique du non-labour retarde l’apparition du ruissellement par rapport au labour. Du coup les résidus de produits phytosanitaires ont aussi davantage le temps de se dégrader », rapporte Paul Van Dijk, conseiller agricole à la Chambre régionale d’agriculture du Grand Est. L’analyse de la formation du ruissellement révèle que ce sont les traces de roue et les lignes de semis, alimentées par les interrangs, qui génèrent le ruissellement. Ce qui suggère que, même dans les parcelles en non-labour, il y a des motifs à risque. Et ce sont bien les résidus de culture laissés en surface qui réduisent le risque érosif, en créant de la rugosité hydraulique qui freine le ruissellement. Mais pas seulement : « Les résidus sont aussi favorables aux vers de terre qui s’en alimentent et créent de la macroporosité verticale, importante pour l’infiltration de l'eau. » En outre, en non-labour, la matière organique est moins diluée, sa teneur augmente donc progressivement dans les horizons superficiels, ce qui améliore la stabilité des agrégats, qui se désagrègent moins rapidement. Les croûtes de battance apparaissent moins vite, ce qui maintient l’infiltrabilité. Paul Van Dijk résume : « Le labour crée une porosité mécanique importante et rapide, mais instable dans le temps. Alors que le non-labour conduit à une porosité plus stable ». Pas de dégradation de la marge Si les avantages agronomiques du non-labour sont assez évidents, le principal frein au développement de ces pratiques est économique. Car le changement de pratique s’accompagne de difficultés techniques pouvant entraîner des pertes de rendement. Mais elles sont généralement transitoires et accidentelles. L’analyse des résultats des trois essais de longue durée menés en Alsace révèle en effet qu’« en moyenne, les rendements en labour et en non-labour sont équivalents, du coup la marge est préservée », rapporte Olivier Rapp. En utilisant le barème d’entraide, il a calculé les charges de mécanisation de deux itinéraires techniques type. Les résultats sont plutôt en faveur du non-labour. Certes le changement de pratiques implique aussi souvent d’investir dans du matériel adapté. Mais les économies réalisées permettent de rentabiliser rapidement ces investissements. L’analyse de résultats d’enquêtes réalisées en 2010 auprès de quatre exploitations pratiquant les techniques culturales sans labour sur toute leur SAU révèle « une consommation de carburant variable, mais toujours réduite, par rapport aux fermes de référence, surtout en semis direct ». Pour Olivier Rapp, la conversion aux techniques culturales sans labour ne se traduit donc pas par une dégradation de la marge. Par contre, une coulée de boue a un coût, puisqu’elle fait perdre des éléments nutritifs. Aussi encourage-t-il les agriculteurs à faire leurs propres calculs, avec les données de leur exploitation, et à mutualiser le matériel pour réduire les investissements.












