Cultures

Eurométropole de Strasbourg

L’agroécologie pour le climat

Publié le 31/10/2019

Strasbourg prépare son Plan Climat. Le document doit être adopté le 17 décembre. Dans un territoire où l’agriculture occupe 30 % des terres, ce secteur d’activité constitue l’un des piliers de la lutte contre le changement climatique. La Ville a organisé une réunion avec experts et agriculteurs pour mettre en place une feuille de route.

« L’agriculture n’est pas un problème mais une solution », plante Catherine Trautmann, vice-présidente de l’Eurométropole en charge de la mise en œuvre du Plan Climat. « À condition qu’elle renouvelle ses techniques, tout en répondant à des enjeux économiques brûlants pour les agriculteurs », complète-t-elle. Des propos qui ont de quoi mettre du baume au cœur de la profession. Tout comme la méthode de travail adoptée par la Ville. À savoir : la concertation. « Avant de finaliser le Plan Climat, il faut laisser un temps au dialogue. C’est ce que nous avons fait ce matin, entre élus et agents de l’Eurométropole, de la Chambre d'agriculture, de l’Organisation professionnelle de l’agriculture biologique (Opaba), et avec des agriculteurs. » Au moins leur avis est pris en compte, sur un sujet qui « concerne tout le monde mais auquel nous sommes les premiers confrontés », souligne Laurent Fischer, élu à la Chambre d'agriculture d’Alsace et agriculteur à Lingolsheim. « Nous ne pouvons que souscrire à la volonté de ne pas imposer, mais de travailler ensemble pour que les actions engagées portent leurs fruits à long terme », souligne-t-il. Dans un territoire composé à 30 % de terres agricoles, 30 % de forêt et 30 % de surface urbanisée, densément peuplé, rien que la préservation des terres agricoles constitue une préoccupation pour les agriculteurs. Après des années de gabegie, la tendance s’inverse, constate avec satisfaction Laurent Fischer : « La dernière version du PLUI a préservé des terres agricoles vouées à l’artificialisation. Et la reconversion des friches industrielles laissées par la raffinerie de Reichstett doit servir d’exemple. » Assurer une couverture végétale des sols permanente Pour que ses 850 hectares de terres agricoles contribuent à atténuer les effets du changement climatique, la Ville a choisi de miser sur l’agroécologie. Jérémy Dittner, administrateur de Bio en Grand Est, et producteur biologique dans le sud de l’Alsace, approuve ce choix. Mais prévient : « Attention ça peut chambouler. Il faut changer de paradigme. Cela va nécessiter des ruptures, donc le soutien des pouvoirs publics. » Pour justifier son choix d’encourager cette forme d’agriculture plutôt qu’une autre, la Ville a invité Alain Canet, cofondateur de l’association Arbre & Paysage 32, il y a 30 ans et, plus récemment, du mouvement Pour une agriculture du vivant, ainsi que Konrad Schreiber, chef de projet à l’Institut de l’agriculture durable (IAD) à en présenter le principe. Alain Canet résume : « Il s’agit d’assurer une couverture végétale des sols permanente, ce qui passe par deux leviers : les couverts végétaux et l’agroforesterie ». (Lire ci-dessous). Si les pionniers de l’agroécologie sont convaincus par ce modèle, « il s’agit d’aborder une deuxième phase, qui consiste à faire adhérer un maximum d’agriculteurs aux pratiques agroécologiques », constate Rémy Michael, conseiller agricole à la Chambre d'agriculture d’Alsace. Or, ce n’est pas facile. Pourquoi ? Pour Alain Canet c’est parce que la feuille de route n’est pas correctement écrite par les différents acteurs, que ce soient les Chambres d’agriculture, les Agences de l’eau, les services de l’État… « Or il faut un discours commun pour encourager un passage à l’acte qui n’est pas simple. Pour ma part, je suggère aux agriculteurs de tester des pratiques innovantes sur de petites surfaces, car c’est ainsi qu’on démine les idées reçues. Et parce qu’on prend plus de risques à ne rien faire qu’à ne rien essayer de faire ». Konrad Schreiber souligne quant à lui : « Les choix alimentaires des consommateurs sont stratégiques. Il faut donc donner de la visibilité à ces techniques » Pour expliquer la frilosité de certains de ses confrères Pierre Ehrhardt mentionne le poids du regard des autres : « Pour certains, c’est un frein terrible ». Laurent Fischer ajoute : « Modifier ses pratiques représente une prise de risque qui fait peur. Surtout quand on a un certain âge, qu’on manque de visibilité pour l’avenir ». Sécuriser et informer Sécuriser les néoagroécologistes apparaît donc comme un préalable indispensable au développement de l’agroécologie. Plusieurs pistes ont été évoquées : inclure des mesures en faveur de l’agroforesterie et de la couverture des sols, comme une prime au stockage de carbone, dans la Politique agricole commune ; imaginer un système d’aide à l’investissement ; ne pas imposer les changements de pratique mais convaincre les agriculteurs et leur laisser la main pour les mettre en œuvre… Informer les consommateurs s’avère également crucial : « L’agriculture souffre d’une incompréhension générale. Elle est absente des programmes politiques. C’est pourquoi certains consommateurs prônent une agriculture de décroissance. Mais ce n’est pas une solution, il faut changer les mentalités », constate Konrad Schreiber. « Pour que ces évolutions soient comprises, elles doivent être expliquées et justifiées auprès des citoyens », analyse Claudine Lecocq, directrice de projets à l’Eurométropole de Strasbourg. En fin de réunion, des pistes d’actions concrètes ont été proposées, comme la création d’un label qui permettrait d’identifier les produits obtenus par des méthodes culturales agroécologiques, et d’inciter les consommateurs à les privilégier dans leurs actes d’achat. Cela suggère d’être en mesure de proposer de tels produits. Aussi, la Ville mandate-t-elle la Chambre d'agriculture d’Alsace et l’Opaba pour accompagner les projets de conversion. Enfin, un groupe d’agriculteurs volontaires pourrait être créé afin d’agréger les bonnes pratiques au sein de l’Eurométropole. Conclusion générale de Catherine Trautmann : « L’agriculture constitue un levier majeur de la lutte contre le changement climatique. Elle ne peut donc pas représenter un chapitre minime de notre Plan Climat ».

Projet agricole de territoire de Batzendorf et environ

Irrigation : la gravière remplacera la rivière

Publié le 17/10/2019

À partir de l’été prochain, les 23 membres de la Cuma des irrigants de Batzendorf et environs vont pouvoir arroser leurs cultures à partir de la gravière Quartz, située à Batzendorf. Ce projet, qui a mis plus de deux ans à se concrétiser, s’intègre dans un projet agricole de territoire soutenu par les collectivités locales.

Agriculteurs à Harthouse, Agnès et Cédric Brandt se sont lancés dans la production de myrtilles il y a une vingtaine d’années. Au début, ils utilisaient l’eau d’un puits pour irriguer leurs plantations, ce qui était suffisant puisqu’il pleuvait régulièrement. Lorsqu’ils ont augmenté leurs surfaces, ils ont creusé un deuxième puits, mais celui-ci a commencé à se tarir il y a cinq ans. Ils ont dû se rendre à l’évidence : « Même avec deux puits, on n’arrivera jamais à avoir assez d’eau pour nos myrtilles », d’autant que cette culture nécessite des apports fréquents et réguliers. Dans ce secteur proche de Haguenau, de nombreux agriculteurs sont confrontés au même problème. L’équilibre de leur exploitation, basé sur les cultures spéciales (houblon, légumes, petits fruits), dépendent de l’irrigation. Cette problématique commune les a amenés à se réunir autour d’un projet : la création d’un réseau collectif d’irrigation à partir de l’eau pompée dans la gravière communale de Batzendorf. Une station de pompage flottante sera installée sur le plan d’eau et alimentera, à compter de l’été 2020, les 15 km de réseau principal et 2 km de réseau secondaire permettant d’irriguer 210 ha. 23 agriculteurs sont concernés sur quatre communes (Batzendorf, Ohlungen, Harthouse et Wintershouse), réunis au sein d’une Cuma présidée par Pascal Fuchs, agriculteur à Ohlungen.     Une ressource existante mais non encore exploitée Lorsqu’ils sont venus lui présenter le projet, Isabelle Dollinger, maire de Batzendorf et vice-présidente du Conseil départemental du Bas-Rhin, a tout de suite été séduite. D’abord par sa dimension collective, qui permettra aux agriculteurs concernés de réaliser des économies d’échelle. Mais aussi par les enjeux de développement durable et de bonne gestion de l’eau qu’il induit. En effet, les membres de la Cuma - dont certains prélevaient de l’eau en rivière - vont pouvoir utiliser « une ressource existante mais non exploitée à ce jour », l’eau de la gravière de Batzendorf, qui est alimentée par la nappe du pliocène de Haguenau. Les prélèvements se limiteront à 200 000 m3 par an, pour un potentiel estimé à 350 000 m3/an. L’élue départementale a aussi vu dans ce projet un moyen de contribuer à l’attractivité du territoire, en permettant de maintenir les exploitations agricoles en place et d’assurer leur transmission. Il devrait aussi, s’agissant de fermes employant de la main-d’œuvre permanente ou saisonnière, contribuer à l’emploi local. Un groupement d’employeurs devrait s’y greffer pour assurer le recrutement dans de bénéficiaires du RSA. De la même façon, un groupe de travail coordonnera la commercialisation locale des produits, avec pour objectif de développer des points de vente et d’approvisionner la restauration collective. Autant d'initiatives qui cadrent pleinement avec la politique du Conseil départemental du Bas-Rhin, a fait valoir Frédéric Bierry, son président, en rappelant le rôle joué par la collectivité dans l’insertion des bénéficiaires du RSA et l’approvisionnement local dans les cantines scolaires. L’aide de la Région et du Département Entre la première réunion organisée sous la houlette de Mathieu Trauttmann, agriculteur à Batzendorf, pour faire adhérer les agriculteurs au projet et sa réalisation effective, de nombreuses concertations ont été nécessaires. La société Quartz de Haguenau, qui exploite la gravière pour en extraire du sable de quartz, s’y est associée, en étroite collaboration avec la commune de Batzendorf, a expliqué Martina Tauern, cogérante de la société. Les services du Conseil départemental ont apporté leur contribution. De même que ceux de la Chambre d’agriculture d’Alsace, a rappelé Denis Ramspacher, son président. La Communauté d’agglomération de Haguenau, quant à elle, a joué le rôle de « chef d’orchestre », selon Jean-Michel Staerlé, vice-président de la collectivité, qui œuvre pour une meilleure utilisation des ressources à l’horizon 2030. Vu le coût de l’investissement - 1,46 million d’euros (M€) - « il n’était pas pensable que les agriculteurs financent seuls cette infrastructure », a souligné Isabelle Dollinger. Il a donc fallu « frapper à toutes les portes ». La Région Grand Est et le Conseil départemental du Bas-Rhin ont participé à hauteur de 30 % chacun, soit 366 746 €. « Nous préférons aider l’irrigation qu’abonder le plan sécheresse », a fait remarquer Jean Rottner, président de la Région Grand Est, rappelant tout de même que 8,60 M€ ont été mis sur la table pour compenser les pertes agricoles liées au manque d’eau. Cette somme s’ajoute aux aides à l’irrigation accordées par la Région, qui concernent 90 dossiers dans le Grand Est pour une surface de 3 000 ha. Sur ce projet en particulier, Jean Rottner a émis le vœu qu’il devienne « un vecteur pédagogique d’un monde qui est en train de se transformer ». C’est aussi ce qu’espèrent les irrigants de Batzendorf et environs, bien décidés à faire de leur réseau d’irrigation « une vitrine de l’agriculture » de ce territoire.

Betteraves sucrières

Démarrage de campagne serein

Publié le 16/10/2019

La campagne d’arrachage des betteraves sucrières alsaciennes a débuté il y a une vingtaine de jours. Les premières estimations de rendement sont bonnes, l’usine d’Erstein reste vaillante et le marché européen du sucre reprend des couleurs. De quoi redonner des perspectives d’avenir plus réjouissantes aux planteurs.

La campagne d’arrachage des betteraves sucrières a débuté le 25 septembre en plaine d’Alsace. Les premiers tubercules ont été réceptionnés lundi 30 septembre à l’usine d’Erstein, qui a commencé à fonctionner dès le lendemain, mardi 1er octobre. Quinze jours plus tard, 10 % des betteraves ont déjà été transformées et 16 % ont été arrachées. Le différentiel représentant les betteraves stockées en bout de parcelle. Des chiffres qualifiés de « normaux » par Laurent Rudloff, responsable du service betteravier, et Stéphane Clément, responsable du site d’Erstein de Cristal Union. Avec 6 000 hectares de betteraves cultivés par 533 producteurs, la production prévisionnelle est estimée à 550 000 tonnes, soit un rendement prévisionnel de 93 t/ha de betteraves à 16 °S de richesse saccharine, en hausse de 10 % par rapport à l’année dernière. Pour les 50 000 t déjà rentrées, le rendement moyen est de 84 t/ha de betteraves à 16 °S. « C’est un bon rendement de démarrage, puisqu’il atteint le niveau final de l’année dernière, et qu’il ne fera qu’augmenter avec la campagne d’arrachage », commente Gérard Lorber, président de la section d’Erstein. Comme toujours, ce rendement moyen masque des disparités. « Dans les secteurs touchés par la sécheresse, les rendements sont affectés et tournent autour de 75 t/ha de betteraves à 16 °S, alors que dans les meilleures terres et les secteurs irrigués, ils avoisinent à ce jour les 110 t/ha de betteraves à 16 °S », indique Laurent Rudloff. 18 °S de richesse moyenne Le retour des précipitations a mis les chantiers d’arrachage à l’arrêt. Un mal pour un bien. « Les betteraves qui restent en terre continuent de pousser et de faire du sucre. Et une fois que le sol est réhumecté, l’arrachage est facilité », constate Laurent Rudloff. Les premières betteraves livrées affichaient une richesse moyenne de 18 °S. Un indice « bon pour l’Alsace », commente Laurent Rudloff, au regard de son climat et de la nécessité d’y cultiver des variétés tolérantes aux maladies, intrinsèquement moins riches en sucre. Gérard Lorber confirme : « Certains bassins de production atteignent des richesses plus élevées, mais ils font moins de volume. Or ce qui compte, c’est le sucre par hectare. » Et le responsable du site de production, Stéphane Clément, d’ajouter : « Avoir des betteraves très riches permet de réduire les coûts de transport. Mais plus les betteraves sont riches, plus il devient coûteux d’en extraire tout le sucre. » Mieux vaut donc être riche, mais pas trop. La tare déchet s’élève pour l’instant à 8 %, en lien avec les précipitations de début de campagne. Un chiffre qui devrait baisser dans les prochains jours, suite au retour de conditions d’arrachage plus clémentes, mais qui va continuer à fluctuer au gré des averses. Du côté des cours, « le marché européen connaît une embellie », indique Gérard Lorber. Le prix de la tonne de sucre blanc était de 315 € en 2018. Il a progressé de 30 % depuis. La raison ? Suite aux aléas climatiques, il y a moins de sucre sur le marché européen. Les cours mondiaux, eux, sont encore à la traîne, mais « on peut sentir les prémices d’un déficit sucrier pour l’an prochain », présage Gérard Lorber, optimiste. « Les cours ne peuvent que remonter, analyse-t-il. Ils sont descendus tellement bas que tous les opérateurs ont souffert, la production a diminué, donc le contrecoup va arriver. » Conclusion du représentant des planteurs alsaciens : « Il faut produire de la betterave en 2020 ! »

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