Cultures

Publié le 13/01/2020

Dans le cadre du Mois de la bio, le SDEA, la Chambre d'agriculture d’Alsace et Bio en Grand Est ont organisé deux ateliers consacrés à la conversion à l’agriculture biologique en grandes cultures. Objectif : démontrer que la transition est possible, sans perte d’argent ni de temps. À condition de bien définir ses priorités et de mettre en œuvre les bonnes mesures.

En 2017, 4,3 % de la SAU du Grand Est était conduite en bio. Une moyenne qui cache des différences : c’est 7 % du vignoble, 8 % des surfaces fourragères, mais seulement 2 % des surfaces céréalières. Comme par ailleurs les grandes cultures occupent plus de la moitié de la SAU alsacienne, la conversion de ces ateliers à l’agriculture biologique (AB) constitue un enjeu de taille. En particulier dans les secteurs concernés par des problématiques de pollution des eaux souterraines. Pour encourager les agriculteurs à franchir le pas, la Chambre d'agriculture d’Alsace et Bio en Grand Est ont mené une étude en se fondant sur un cas concret, celui du domaine Francis Beck et fils, situé à Epfig. Julien Beck, installé en 2005, décrit une exploitation de 32 ha, dont 10 ha vigne, et le reste en grandes cultures et en herbe avec une MAE sur les prairies temporaires courant jusqu’en juin 2021. Le domaine emploie 3,5 UTH plus de la main-d’œuvre familiale et saisonnière. Depuis août 2019, la partie viticole est convertie à l’agriculture biologique. Le domaine envisage aussi de convertir la partie agricole à l’AB dans un souci de cohérence. Mais s’interroge sur la rentabilité ainsi que sur l’impact en matière de main-d’œuvre de la conversion à l’AB. D’où l’utilité de cette étude. Quatre hypothèses Pour l’instant, le blé et le maïs sont cultivés de manière « classique et économe », et la récolte est confiée à une entreprise. Pour l’avenir, quatre hypothèses ont été formulées : Maintien en conventionnel et arrêt des prairies en 2021 à la fin de la MAE Conversion à l’AB avec le moins de main-d’œuvre possible (cultures d’hiver, prairies temporaires et luzerne) Conversion à l’AB de manière plus intensive, avec du soja à la place des prairies, et en externalisant certains travaux, comme le semis du soja, le battage et le désherbage mécanique Conversion à l’AB telle qu’en hypothèse 3, mais avec l’externalisation de tous les travaux Dans l’hypothèse 2, la rotation envisagée est une succession de deux années de luzerne, suivie par un blé, un triticale, une orge ou de l’épeautre, puis un pois d’hiver et à nouveau un blé. « La luzerne apporte de l’azote, ce qui permet d’en faire l’économie sur le blé qui suit, et même sur la céréale secondaire, qui va valoriser l’arrière-effet de la luzerne. Vient ensuite une légumineuse, par exemple un pois d’hiver, qui apporte à nouveau de l’azote pour le blé qui suit, avant le retour avec de la luzerne, ou une céréale secondaire », détaille Benoît Gassmann, conseiller en agriculture biologique à la Chambre d'agriculture d’Alsace. Même si elle est conçue pour les limiter, cette hypothèse nécessite toutefois un certain nombre d’interventions : destruction de la luzerne, déchaumages pour limiter la prolifération des adventices, apports de compost et/ou de déchets verts tous les trois ans pour couvrir les exportations. En outre, cette hypothèse requiert d’investir dans une herse étrille. L’hypothèse 3 repose sur une rotation pois d’hiver, blé, triticale (ou autre seconde paille), puis deux années de soja avant un blé. Elle est donc davantage équilibrée entre cultures de printemps et d’hiver. L’introduction de cultures de printemps augmentant le risque de salissement, cette hypothèse inclut pas mal d’interventions mécaniques : labours, faux-semis, déchaumages, mais aussi l’implantation d’un engrais vert après le triticale et l’apport de fumier avant les blés, tous les trois ans. Plus de travail en été L’impact sur le temps de travail de ces quatre hypothèses a été évalué en recensant toutes les interventions et en y appliquant des temps de travail grâce au barème d’entraide, en concertation avec la famille Beck. « Nous avons démontré qu’il est possible de faire baisser la charge de travail, notamment en choisissant des cultures peu exigeantes en main-d’œuvre, comme la luzerne, les céréales d’hiver », avance Benoît Gassmann. Dans l’hypothèse 1, la charge de travail est assez répartie sur l’année. Dans les hypothèses de conversion à l’AB, elle est davantage concentrée sur la fin d’été, avec les déchaumages, et le début de l’hiver. Une marge améliorée après la conversion Le diagnostic économique repose sur la comparaison des marges entre la situation actuelle et celles obtenues sous les diverses hypothèses. « La marge, c’est la différence entre les produits, soit le fruit de la vente des productions et les primes Pac couplées, moins les charges opérationnelles, qui rassemblent taxes, assurances, prestation de service, semences, engrais… », rappelle Pascale Knepfler, du service économie de la Chambre d'agriculture d’Alsace. Sur la base de rendements moyens, les produits de la vente utilisés sont les suivants : blé meunier 1 400 €/ha, soja pour l’alimentation animale : 1 200 €/ha, triticale 1 000 €/ha, épeautre 1 000 €/ha, pois 500 €/ha. « À noter que ce n’est qu’à partir de 2023, après la période de conversion, que ce qui a été semé pourra être vendu au tarif du bio », précise Pascale Knepfler. À noter aussi que, dans les calculs présentés, les primes à la conversion n’ont pas été prises en compte. Après trois années de conversion délicates, l’hypothèse 2 permet de faire passer la marge à 15 000 €, contre 11 000 € si la surface dédiée aux grandes cultures était restée dédiée pour un tiers au blé et pour deux tiers au maïs conduits de manière conventionnelle. Dans cette hypothèse, les prairies sont valorisées par la vente d’herbe sur pied, à raison de 250 €/ha. L’hypothèse 3 conduit à une marge de 17 000 € après la période de conversion. Enfin, dans l’hypothèse 4, le fait de confier l’ensemble des opérations culturales à des prestataires dégrade la marge et conduit à une année très difficile durant la période de conversion mais ensuite les résultats restent « corrects ». Les conclusions de cette étude sont donc encourageantes : « Une conversion de l’atelier grandes cultures à l’AB est envisageable dans tous les cas, à condition de gérer la technique, et de contractualiser avec les organismes stockeurs », indique Benoît Gassmann.

Arvalis-Chambre d’agriculture d'Alsace

Les ravageurs passés au crible

Publié le 10/01/2020

Du 12 au 19 décembre, la Chambre d’agriculture d'Alsace et Arvalis-Institut du végétal organisaient leurs réunions techniques maïs-soja commune. Avec un focus sur les ravageurs du maïs.

À Truchtersheim, une quarantaine d’agriculteurs ont pris part à la réunion organisée par la Chambre d’agriculture d'Alsace (CAA) et Arvalis, la troisième d’une série de huit réunions. Après le bilan de la campagne 2019, dressé par Claire Buy, conseillère grandes cultures à la CAA, son collègue Philippe Sigrist s’est chargé de l’aspect économique. « Au niveau des primes Pac, on est arrivé à la convergence. Ça ne devrait plus baisser en 2021 », indique Philippe Sigrist, qui fait état d’un montant de prime de 239 €/ha en Alsace. Pour 2019, la marge brute prévisionnelle à l’hectare est de 464 € en maïs non irrigué, contre 937 € pour le maïs irrigué, indique le conseiller. En blé, elle est stable, à 696 €, quasiment à égalité avec celle du colza (698 €), qui fait mieux qu’en 2018. En betterave, la marge brute prévisionnelle 2019 ressort à 674 €/ha et en soja à 652 €/ha. Taupins : la course-poursuite 2019 a été une année à taupins. Pierre Geist a énuméré les conséquences de la présence de ce ravageur dans les parcelles de maïs : pieds manquants, dessèchement du cornet, phénomène de tallage. La larve, de couleur jaune paille, mesure 1 cm de long, tandis que l’adulte peut atteindre 2 à 2,5 cm. Il existe plusieurs espèces, dont une qui a un cycle sur quatre ans et une autre qui a un cycle beaucoup plus court (un à deux ans). Les situations à risques sont les secteurs humides avec de la matière organique. « Il n’y a pas de lutte curative », indique Pierre Geist. Celle-ci est avant tout agronomique. Il est possible d’utiliser une fertilisation starter au semis pour permettre au maïs de démarrer plus rapidement et de raccourcir ainsi la période d’exposition. L’utilisation de semences traitées n’est pas « super-efficace », celle de microgranulés insecticides est coûteuse et la plupart de ces produits ont une ZNT de 20 m. Arvalis expérimente des solutions de biocontrôle consistant à orienter le taupin vers d’autres cultures. « Le but est de l’occuper, confirme Didier Lasserre, d’Arvalis. C’est une course-poursuite avec le maïs car à partir de huit feuilles, il ne peut plus atteindre le collet. » La pyrale bivoltine est arrivée Autre ravageur du maïs, la pyrale. Un suivi de l’insecte est effectué grâce aux pièges installés sur certaines parcelles, qui permettent de déterminer le pic de vol pour intervenir au bon moment. « Cette année, on a trouvé de la pyrale bivoltine dans le Haut-Rhin », indique Claire Buy. Celle-ci a un premier vol fin juin et un second début août. Son taux de mortalité larvaire est faible entre la première et la deuxième génération. « Si elles atteignent les stades L4 et L5, les larves de deuxième génération passent l’hiver », souligne la conseillère. Il est possible que la pyrale bivoltine prenne la place de la pyrale monovoltine (un seul vol), que connaissaient les agriculteurs alsaciens jusqu’ici. « La deuxième génération est surtout présente sur les épis », ajoute Didier Lasserre, qui préconise deux lâchers de trichogramme pour se débarrasser du ravageur. Dans le cadre du réseau Dephy, différents produits alternatifs ont été expérimentés contre la pyrale, dont le sucre. Celui-ci a montré une efficacité très limitée, selon Claire Buy. Dypel DF, une solution de biocontrôle à base de Bacillus thuringiensis, semble assez efficace en cas de pression moyenne mais ne suffit pas en cas de forte pression. En termes de prophylaxie, la conseillère de la CAA préconise de broyer les cannes le plus bas possible et de jouer avec les dates de semis, sachant que les attaques de pyrale sont moins importantes sur des maïs moins développés. Pour la lutte proprement dite, le broyage systématique des cannes et les traitements insecticides sont recommandés pour les risques forts à très forts. Pour les risques faibles et moyens, il vaut mieux privilégier les trichogrammes et éviter le traitement. Corbeau : une autre menace Comme la pyrale, la chrysomèle du maïs fait l’objet d’un suivi. Plusieurs types de pièges sont utilisés. 91 pièges à phéromones étaient en place en Alsace en 2019 pour détecter la présence de l’insecte. Le nombre des captures était en hausse par rapport à l’année précédente (plus de 32 000 captures), avec une moyenne de 354 captures/piège, deux fois plus élevée qu’en 2018. Sur 20 pièges chromatiques, deux ont enregistré de grosses captures. Ils sont situés dans des zones de monoculture du maïs. Dans ces zones, si l’on trouve moins de 100 insectes par piège, il est conseillé de ne pas faire de maïs. Au-delà, c’est une mesure collective qui se met en place, soit pas de maïs au moins un an sur six, voire un an sur cinq. Les corbeaux représentent une autre menace pour le maïs, d’autant que les traitements de semence disparaissent. « Les pertes peuvent aller jusqu’à 100 % », constate Pierre Geist. Certains facteurs sont favorables aux attaques, comme les semis décalés par rapport au reste de la zone, la présence de résidus en surface, un sol motteux, une vitesse de levée lente. Au contraire, les semis simultanés, profonds (jusqu’à 5 cm) et un passage humain régulier sur les parcelles découragent les oiseaux. Les moyens de lutte habituels, tels que les canons à gaz, les effaroucheurs sonores, ont une efficacité limitée. En cas de dégâts de corbeaux, le conseiller recommande de faire un signalement pour que le corbeau reste classé en nuisible. Une alternative actuellement à l’essai est de semer de la féverole dans la parcelle de maïs à la sortie de l’hiver, puis de détruire le couvert après le stade 4 à 5 feuilles du maïs : ainsi, le maïs peut se développer à l’abri des attaques de corbeau. Cette solution reste toutefois assez compliquée à mettre en œuvre.

Publié le 06/01/2020

« Au cours de la période 2019-2030, la production et la consommation européennes de fruits et légumes devraient se stabiliser alors que dans le même temps, les exportations devraient s’orienter à la hausse », indique la Commission européenne dans son rapport annuel sur les « Perspectives agricoles de l’UE pour les marchés et les revenus 2019-2030 », publié le 11 décembre.

Une production et une consommation de fruits et légumes qui devraient suivre une tendance globale stable avec toutefois une augmentation prévue pour la production et la consommation de tomates destinées à la transformation, et sur le plan du commerce international, des exportations à la hausse. C’est ce que prévoit la Commission européenne pour le secteur des fruits et légumes dans son rapport sur les « perspectives agricoles de l’UE pour les marchés et les revenus 2019-2030 », présenté le 11 décembre. D’ici 2030, la production de pommes devrait atteindre 12 millions de tonnes (Mt) en raison d’une superficie décroissante (-0,8 % par an) et d’un rendement en hausse. La production de pêches et de nectarines devrait également se stabiliser autour de 4 Mt (-0,3 % par an), avec toutefois de fortes variations annuelles dues aux conditions climatiques. En raison de prix bas (Espagne, Italie, et Grèce), la baisse de la superficie devrait se maintenir (-3 % par an jusqu’en 2030, comme pour les sept dernières années). En France, où 90 % de la production est vendue sur le marché national et où les prix sont plus élevés, la baisse de la superficie pourrait être plus faible. Quant à la production d’oranges, elle pourrait se stabiliser à 6,2 Mt d’ici 2030. L’Espagne et l’Italie restant les deux principaux pays producteurs avec 80 % de la production de l’UE. Enfin, la production de tomates fraîches de l’UE devrait rester stable par rapport à la moyenne réduite 2014-2018, à environ 7 Mt, alors que la production de tomates destinées à la transformation (Espagne, Italie, Portugal, et Pologne) dans l’UE devrait augmenter de 0,3 % par an au cours de la période. Un niveau de consommation stable D’ici 2030, l’augmentation du nombre de variétés de pommes et l’amélioration de leur qualité devraient entraîner un ralentissement de la baisse de la consommation de pommes (-0,1 % contre -1 % sur la période précédente). La baisse de la consommation de pommes transformées devrait également ralentir (-1 % par an contre -1,3 % sur la dernière décennie). Alors que la consommation par habitant dans l’UE de pêches et nectarines et d’oranges devrait diminuer légèrement de respectivement 0,5 % par an pour s’établir à environ 6 kg/habitant et 1 % par an pour s’établir à 8,8 kg d’oranges transformées et 11,4 kg d’oranges fraîches en 2030. De son côté, la consommation de tomates fraîches par habitant devrait rester stable pour atteindre 14 kg alors que la consommation par habitant de tomates transformées devrait légèrement augmenter pour atteindre 21 kg en 2030 (soit +0,3 % par an en équivalent tomate fraîche). Hausse des exportations Au cours de la période 2019-2030, la Commission européenne prévoit une hausse globale des exportations de fruits et légumes. Pour les pommes fraîches, pêches et nectarine, les exportations d’ici 2030 devraient augmenter mais à un rythme plus lent, respectivement 0,7 % par an et 0,4 % par an. Quant aux exportations de tomates fraîches, elles devraient augmenter significativement sur la période considérée soit 3,6 % par an. Tout comme les exportations de jus d’orange (+2 % par an). Par ailleurs, l’UE est fortement dépendante des importations de jus d’orange (concentré et non concentré), soit plus de 80 % des jus consommés dans l’UE. Les importations d’oranges fraîches pourraient augmenter de 2 % par an. Les importations de pommes fraîches devraient rester stables (environ 500 Mt) alors que les importations de tomates fraîches devraient continuer à augmenter à un rythme plus lent (+1 % par an contre +3 % par an au cours de la dernière décennie).

Pages

Les vidéos