Cultures

Arvalis-Chambre d’agriculture d'Alsace

Les ravageurs passés au crible

Publié le 10/01/2020

Du 12 au 19 décembre, la Chambre d’agriculture d'Alsace et Arvalis-Institut du végétal organisaient leurs réunions techniques maïs-soja commune. Avec un focus sur les ravageurs du maïs.

À Truchtersheim, une quarantaine d’agriculteurs ont pris part à la réunion organisée par la Chambre d’agriculture d'Alsace (CAA) et Arvalis, la troisième d’une série de huit réunions. Après le bilan de la campagne 2019, dressé par Claire Buy, conseillère grandes cultures à la CAA, son collègue Philippe Sigrist s’est chargé de l’aspect économique. « Au niveau des primes Pac, on est arrivé à la convergence. Ça ne devrait plus baisser en 2021 », indique Philippe Sigrist, qui fait état d’un montant de prime de 239 €/ha en Alsace. Pour 2019, la marge brute prévisionnelle à l’hectare est de 464 € en maïs non irrigué, contre 937 € pour le maïs irrigué, indique le conseiller. En blé, elle est stable, à 696 €, quasiment à égalité avec celle du colza (698 €), qui fait mieux qu’en 2018. En betterave, la marge brute prévisionnelle 2019 ressort à 674 €/ha et en soja à 652 €/ha. Taupins : la course-poursuite 2019 a été une année à taupins. Pierre Geist a énuméré les conséquences de la présence de ce ravageur dans les parcelles de maïs : pieds manquants, dessèchement du cornet, phénomène de tallage. La larve, de couleur jaune paille, mesure 1 cm de long, tandis que l’adulte peut atteindre 2 à 2,5 cm. Il existe plusieurs espèces, dont une qui a un cycle sur quatre ans et une autre qui a un cycle beaucoup plus court (un à deux ans). Les situations à risques sont les secteurs humides avec de la matière organique. « Il n’y a pas de lutte curative », indique Pierre Geist. Celle-ci est avant tout agronomique. Il est possible d’utiliser une fertilisation starter au semis pour permettre au maïs de démarrer plus rapidement et de raccourcir ainsi la période d’exposition. L’utilisation de semences traitées n’est pas « super-efficace », celle de microgranulés insecticides est coûteuse et la plupart de ces produits ont une ZNT de 20 m. Arvalis expérimente des solutions de biocontrôle consistant à orienter le taupin vers d’autres cultures. « Le but est de l’occuper, confirme Didier Lasserre, d’Arvalis. C’est une course-poursuite avec le maïs car à partir de huit feuilles, il ne peut plus atteindre le collet. » La pyrale bivoltine est arrivée Autre ravageur du maïs, la pyrale. Un suivi de l’insecte est effectué grâce aux pièges installés sur certaines parcelles, qui permettent de déterminer le pic de vol pour intervenir au bon moment. « Cette année, on a trouvé de la pyrale bivoltine dans le Haut-Rhin », indique Claire Buy. Celle-ci a un premier vol fin juin et un second début août. Son taux de mortalité larvaire est faible entre la première et la deuxième génération. « Si elles atteignent les stades L4 et L5, les larves de deuxième génération passent l’hiver », souligne la conseillère. Il est possible que la pyrale bivoltine prenne la place de la pyrale monovoltine (un seul vol), que connaissaient les agriculteurs alsaciens jusqu’ici. « La deuxième génération est surtout présente sur les épis », ajoute Didier Lasserre, qui préconise deux lâchers de trichogramme pour se débarrasser du ravageur. Dans le cadre du réseau Dephy, différents produits alternatifs ont été expérimentés contre la pyrale, dont le sucre. Celui-ci a montré une efficacité très limitée, selon Claire Buy. Dypel DF, une solution de biocontrôle à base de Bacillus thuringiensis, semble assez efficace en cas de pression moyenne mais ne suffit pas en cas de forte pression. En termes de prophylaxie, la conseillère de la CAA préconise de broyer les cannes le plus bas possible et de jouer avec les dates de semis, sachant que les attaques de pyrale sont moins importantes sur des maïs moins développés. Pour la lutte proprement dite, le broyage systématique des cannes et les traitements insecticides sont recommandés pour les risques forts à très forts. Pour les risques faibles et moyens, il vaut mieux privilégier les trichogrammes et éviter le traitement. Corbeau : une autre menace Comme la pyrale, la chrysomèle du maïs fait l’objet d’un suivi. Plusieurs types de pièges sont utilisés. 91 pièges à phéromones étaient en place en Alsace en 2019 pour détecter la présence de l’insecte. Le nombre des captures était en hausse par rapport à l’année précédente (plus de 32 000 captures), avec une moyenne de 354 captures/piège, deux fois plus élevée qu’en 2018. Sur 20 pièges chromatiques, deux ont enregistré de grosses captures. Ils sont situés dans des zones de monoculture du maïs. Dans ces zones, si l’on trouve moins de 100 insectes par piège, il est conseillé de ne pas faire de maïs. Au-delà, c’est une mesure collective qui se met en place, soit pas de maïs au moins un an sur six, voire un an sur cinq. Les corbeaux représentent une autre menace pour le maïs, d’autant que les traitements de semence disparaissent. « Les pertes peuvent aller jusqu’à 100 % », constate Pierre Geist. Certains facteurs sont favorables aux attaques, comme les semis décalés par rapport au reste de la zone, la présence de résidus en surface, un sol motteux, une vitesse de levée lente. Au contraire, les semis simultanés, profonds (jusqu’à 5 cm) et un passage humain régulier sur les parcelles découragent les oiseaux. Les moyens de lutte habituels, tels que les canons à gaz, les effaroucheurs sonores, ont une efficacité limitée. En cas de dégâts de corbeaux, le conseiller recommande de faire un signalement pour que le corbeau reste classé en nuisible. Une alternative actuellement à l’essai est de semer de la féverole dans la parcelle de maïs à la sortie de l’hiver, puis de détruire le couvert après le stade 4 à 5 feuilles du maïs : ainsi, le maïs peut se développer à l’abri des attaques de corbeau. Cette solution reste toutefois assez compliquée à mettre en œuvre.

Publié le 06/01/2020

« Au cours de la période 2019-2030, la production et la consommation européennes de fruits et légumes devraient se stabiliser alors que dans le même temps, les exportations devraient s’orienter à la hausse », indique la Commission européenne dans son rapport annuel sur les « Perspectives agricoles de l’UE pour les marchés et les revenus 2019-2030 », publié le 11 décembre.

Une production et une consommation de fruits et légumes qui devraient suivre une tendance globale stable avec toutefois une augmentation prévue pour la production et la consommation de tomates destinées à la transformation, et sur le plan du commerce international, des exportations à la hausse. C’est ce que prévoit la Commission européenne pour le secteur des fruits et légumes dans son rapport sur les « perspectives agricoles de l’UE pour les marchés et les revenus 2019-2030 », présenté le 11 décembre. D’ici 2030, la production de pommes devrait atteindre 12 millions de tonnes (Mt) en raison d’une superficie décroissante (-0,8 % par an) et d’un rendement en hausse. La production de pêches et de nectarines devrait également se stabiliser autour de 4 Mt (-0,3 % par an), avec toutefois de fortes variations annuelles dues aux conditions climatiques. En raison de prix bas (Espagne, Italie, et Grèce), la baisse de la superficie devrait se maintenir (-3 % par an jusqu’en 2030, comme pour les sept dernières années). En France, où 90 % de la production est vendue sur le marché national et où les prix sont plus élevés, la baisse de la superficie pourrait être plus faible. Quant à la production d’oranges, elle pourrait se stabiliser à 6,2 Mt d’ici 2030. L’Espagne et l’Italie restant les deux principaux pays producteurs avec 80 % de la production de l’UE. Enfin, la production de tomates fraîches de l’UE devrait rester stable par rapport à la moyenne réduite 2014-2018, à environ 7 Mt, alors que la production de tomates destinées à la transformation (Espagne, Italie, Portugal, et Pologne) dans l’UE devrait augmenter de 0,3 % par an au cours de la période. Un niveau de consommation stable D’ici 2030, l’augmentation du nombre de variétés de pommes et l’amélioration de leur qualité devraient entraîner un ralentissement de la baisse de la consommation de pommes (-0,1 % contre -1 % sur la période précédente). La baisse de la consommation de pommes transformées devrait également ralentir (-1 % par an contre -1,3 % sur la dernière décennie). Alors que la consommation par habitant dans l’UE de pêches et nectarines et d’oranges devrait diminuer légèrement de respectivement 0,5 % par an pour s’établir à environ 6 kg/habitant et 1 % par an pour s’établir à 8,8 kg d’oranges transformées et 11,4 kg d’oranges fraîches en 2030. De son côté, la consommation de tomates fraîches par habitant devrait rester stable pour atteindre 14 kg alors que la consommation par habitant de tomates transformées devrait légèrement augmenter pour atteindre 21 kg en 2030 (soit +0,3 % par an en équivalent tomate fraîche). Hausse des exportations Au cours de la période 2019-2030, la Commission européenne prévoit une hausse globale des exportations de fruits et légumes. Pour les pommes fraîches, pêches et nectarine, les exportations d’ici 2030 devraient augmenter mais à un rythme plus lent, respectivement 0,7 % par an et 0,4 % par an. Quant aux exportations de tomates fraîches, elles devraient augmenter significativement sur la période considérée soit 3,6 % par an. Tout comme les exportations de jus d’orange (+2 % par an). Par ailleurs, l’UE est fortement dépendante des importations de jus d’orange (concentré et non concentré), soit plus de 80 % des jus consommés dans l’UE. Les importations d’oranges fraîches pourraient augmenter de 2 % par an. Les importations de pommes fraîches devraient rester stables (environ 500 Mt) alors que les importations de tomates fraîches devraient continuer à augmenter à un rythme plus lent (+1 % par an contre +3 % par an au cours de la dernière décennie).

Campagne betteravière

La betterave relève la tête

Publié le 27/11/2019

Responsables et techniciens de la filière betteravière ont fait le point sur la campagne en cours, vendredi 15 novembre, près de Marckolsheim. Bons rendements, cours stables, avancées sanitaires… Les nouvelles sont bonnes pour le tubercule, plutôt habitué aux turbulences de la fin des quotas.

À quelques jours de la fin de la récolte, les planteurs tirent les premiers enseignements de la campagne betteravière. Et pour une fois, les voyants passent au vert à presque tous les niveaux. Bonnes perspectives économiques Les énormes tas de betteraves continuent de s’entasser dans la plaine du Ried. Plus de 540 000 t de racines gorgées de sucre devraient être acheminées à la sucrerie d’Erstein d’ici début décembre. Les professionnels s’attendent à une très belle saison. « Les rendements devraient dépasser les 90 t/ha », indique Éric Granveaux, chef du service économie à la chambre d'agriculture. Le chiffre de 92 t/ha de moyenne circule même. Un bon résultat comparé aux 89 t/ha récoltées en moyenne sur les cinq dernières années. Le prix payé au producteur devrait lui aussi augmenter. « Le cours du sucre remonte dans l’UE et la demande en biocarburants explose », se réjouit Joseph Behr, directeur du Syndicat betteravier d’Alsace. Pour l’instant, les analystes ne s’avancent pas sur un chiffre précis. Mais les paysans devraient gagner plus que 22 €/t de betteraves à 16 degrés, prix le plus bas payé depuis la fin des quotas sucriers en 2017. Cercosporiose : « On a gagné le combat » Les techniciens de la filière ont vaincu la cercosporiose. « Une plaine verte comme celle de cette année, je n’avais pas vu ça depuis six ans », pavane Michel Butscha, technicien agro-betteravier à Cristal Union. Ouf de soulagement chez les planteurs. Car cette maladie du feuillage peut diminuer jusqu’à 30 % du rendement d’une parcelle. Cette victoire représente l’aboutissement d’une croisade engagée en 2014 contre le champignon. Pendant cinq ans, les experts ont planché sur un plan de lutte strict. Identification des variétés de betteraves résistantes, meilleur contrôle des interventions phytosanitaires, introduction de méthodes de biocontrôle (cuivre et soufre)… En parallèle, la coopérative Cristal Union a conçu un système d’évaluation du risque de cercosporiose par commune. Le service Cristal Cerc’OAD permet ainsi d’alerter les planteurs de manière précise et quasiment en temps réel. Résultat : les agriculteurs peuvent prévoir les traitements de manière plus efficace. L’ensemble du dispositif a été mis en place sur toute l’Alsace en 2019. Avec succès donc. « On a gagné le combat », triomphe Michel Butscha. Erstein lorgne sur l’Allemagne « On est tout à fait prêt à accueillir des betteraves qui parlent Allemand. » La boutade traduit une nouvelle mission pour Gérard Lorber. Le président de la section d’Erstein de Cristal Union souhaite trouver de nouveaux apporteurs à la sucrerie. Car avec 6 000 ha cultivés, la production alsacienne assure tout juste le service minimum du site. Trouver des volumes supplémentaires devient vital. Surtout avec le départ annoncé d’une partie des activités de conditionnement et de transformation vers l’usine de Bazancourt (Marne). Mais vu les incertitudes économiques, difficile de convaincre les agriculteurs alsaciens de planter plus de betteraves. D’où l’idée d’aller chercher des fournisseurs en Allemagne. Aujourd’hui, seuls trois ou quatre paysans d’outre-Rhin livrent à Erstein. Un état de fait hérité de la période des quotas. « Pendant les quotas, chaque pays avait ses volumes autorisés, c’était compliqué de rassembler des productions de deux pays différents dans une même usine », explique un technicien de la chambre d'agriculture. Avec la libéralisation du marché, les frontières nationales ont disparu. « Rien ne nous empêche de travailler avec des Allemands, confirme Gérard Lorber. On ne s’y est peut-être pas assez intéressé jusqu’à présent. » Mais cela devrait changer dans les prochaines années. Avec un objectif : passer d’une campagne de 80 jours à 100, voire 110 jours.    

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