Publié le 02/10/2019
À Stotzheim, Sylvain Christen met en œuvre les dernières solutions techniques pour prolonger la saison des fraises, bluets et framboises.
Anticiper. Pour Francis Christen hier, comme pour Sylvain, son fils, aujourd’hui, cela ressemble à la règle d’or en petits fruits. En 1977, Francis sent la nécessité « d’équilibrer une exploitation partagée entre lait, cultures et tabac ». Il prend les devants dans la fraise, 60 ares pour démarrer « sans grande maîtrise technique et sans client ». Il cueille pendant trois ans avant d’ouvrir une libre-cueillette en bord de route. Dans les années 90, Francis se lance dans la myrtille puis dans la framboise. Sylvain lui succède en 2013 en plantant les premières asperges et sans oublier de prévoir le coup suivant en petits fruits. « L’objectif n’est plus trop de faire du volume, mais de produire mieux. C’est-à-dire de proposer des petits fruits de très bonne qualité sur une plus longue période. Nous parvenons maintenant à avoir de la marchandise six mois de l’année. Chaque année, mon défi est de définir la stratégie qui me fera le mieux coller aux conditions climatiques de la saison. » Pour pouvoir proposer des fraises jusqu’à la mi-novembre, Sylvain joue sur la venue à maturité échelonnée des variétés. En installant les plus précoces sous tunnel plastique froid en plein champ, il avance la saison d’un mois. Avec les remontantes, il la prolonge. Il y a cinq ans, il a mis en place ses premières cultures hors sol. Les plants sont placés dans un mélange d’écorce de pin broyée et de tourbe installé à une hauteur d’environ 1,20 m. « Il n’y a pas besoin de se baisser pour cueillir et c’est un moyen de remédier à la fatigue du sol », explique Sylvain. En bluets, 60 ares ont été replantés en 2017 dans un sillon de tourbe profond d’une trentaine de centimètres, mais les plantations entreprises par Francis il y a trente ans fournissent toujours le gros de la production. « C’est un investissement lourd à la base. Il faut attendre quatre ans avant de faire une première récolte », rappelle Sylvain. Il recherche des fruits de calibre moyen afin de privilégier un bon taux de sucre. La framboise est la culture la « plus compliquée » en raison de sa sensibilité au sol, au climat, à l’excès d’eau. Les remontantes, plus rustiques, produisent dans l’année, un tiers du volume vendu. Les variétés de saison ont besoin d’un an pour faire leur bois. Leur récolte s’étale entre mi-juin et mi-juillet. Leur conduite est plus délicate. Mêmes irriguées, elles supportent mal le stress de températures à 30-35 °C. Leur potentiel de production de dix-douze ans est tombé à deux-trois ans. « Le sol est fatigué. Les attaques de phytophthora sont terribles. Les prochains pieds passeront en pots de 10 litres », indique Sylvain. 30 % de libre cueillette L’ensemble des itinéraires techniques se veut sage. Les nutriments sont apportés par fertigation, les auxiliaires jouent leur rôle dans la lutte contre les ravageurs. En 2019, un seul traitement contre botrytis sur fraises a été appliqué. Mais Francis ne se fait pas d’illusion. « Dans les cinq à dix ans, nos prix de revient en plein champ vont exploser de 30 à 40 %. Le recours aux phytosanitaires classiques baissera, mais les coûts de l’énergie, du plastique, de la main-d’œuvre augmenteront. Le seul substrat pour planter un hectare de framboise coûte 11 000 € », calcule-t-il. Qui plus est, dans de telles productions, le niveau des récoltes reste aléatoire. « Il peut varier du simple au double. Il y a eu de très belles années, mais ces cinq dernières ont été assez chaotiques en raison des aléas climatiques. Cette année, la canicule ampute la saison fraise de dix jours de récolte. En bluet et en framboise, le rendement est plutôt bas. » Fraise, bluet et myrtille sont proposés en libre cueillette. Mais seuls 30 % des fruits sont cherchés directement au champ par les clients. « Nous essayons de maintenir cette proportion. La libre cueillette connaît un petit regain. Ce qui nous reste à cueillir en propre ne me dérange pas. Cela permet d’éliminer les fruits abîmés et de mieux gérer les volumes », précise Sylvain. La ferme ne vend pas à la grande distribution dont elle craint les « exigences » et la réputation de tirer le prix vers le bas. La quête des magasins pour des producteurs de proximité pourrait cependant faire reconsidérer la position de Sylvain. Dans l’immédiat, la ferme écoule 20 % de ses fruits auprès de trois grossistes et le solde sur des marchés hebdomadaires, dans deux cabanes en bordure de route et en direct dans sa cour. Les invendus sont transformés en jus ou en confitures par des prestataires. « Nous vendons chaque jour un produit frais. Via Facebook et notre site, nos clients savent en permanence ce qui est disponible. Nous en touchons certains éloignés jusqu’à deux cents kilomètres », raconte Sylvain. Rien de plus normal aux yeux de Francis. « En quarante-deux ans de métier, tout le monde s’est rendu un jour ou l’autre chez Christen ! Nous avons créé une marque. »












