Cultures

Projet agricole de territoire de Batzendorf et environ

Irrigation : la gravière remplacera la rivière

Publié le 17/10/2019

À partir de l’été prochain, les 23 membres de la Cuma des irrigants de Batzendorf et environs vont pouvoir arroser leurs cultures à partir de la gravière Quartz, située à Batzendorf. Ce projet, qui a mis plus de deux ans à se concrétiser, s’intègre dans un projet agricole de territoire soutenu par les collectivités locales.

Agriculteurs à Harthouse, Agnès et Cédric Brandt se sont lancés dans la production de myrtilles il y a une vingtaine d’années. Au début, ils utilisaient l’eau d’un puits pour irriguer leurs plantations, ce qui était suffisant puisqu’il pleuvait régulièrement. Lorsqu’ils ont augmenté leurs surfaces, ils ont creusé un deuxième puits, mais celui-ci a commencé à se tarir il y a cinq ans. Ils ont dû se rendre à l’évidence : « Même avec deux puits, on n’arrivera jamais à avoir assez d’eau pour nos myrtilles », d’autant que cette culture nécessite des apports fréquents et réguliers. Dans ce secteur proche de Haguenau, de nombreux agriculteurs sont confrontés au même problème. L’équilibre de leur exploitation, basé sur les cultures spéciales (houblon, légumes, petits fruits), dépendent de l’irrigation. Cette problématique commune les a amenés à se réunir autour d’un projet : la création d’un réseau collectif d’irrigation à partir de l’eau pompée dans la gravière communale de Batzendorf. Une station de pompage flottante sera installée sur le plan d’eau et alimentera, à compter de l’été 2020, les 15 km de réseau principal et 2 km de réseau secondaire permettant d’irriguer 210 ha. 23 agriculteurs sont concernés sur quatre communes (Batzendorf, Ohlungen, Harthouse et Wintershouse), réunis au sein d’une Cuma présidée par Pascal Fuchs, agriculteur à Ohlungen.     Une ressource existante mais non encore exploitée Lorsqu’ils sont venus lui présenter le projet, Isabelle Dollinger, maire de Batzendorf et vice-présidente du Conseil départemental du Bas-Rhin, a tout de suite été séduite. D’abord par sa dimension collective, qui permettra aux agriculteurs concernés de réaliser des économies d’échelle. Mais aussi par les enjeux de développement durable et de bonne gestion de l’eau qu’il induit. En effet, les membres de la Cuma - dont certains prélevaient de l’eau en rivière - vont pouvoir utiliser « une ressource existante mais non exploitée à ce jour », l’eau de la gravière de Batzendorf, qui est alimentée par la nappe du pliocène de Haguenau. Les prélèvements se limiteront à 200 000 m3 par an, pour un potentiel estimé à 350 000 m3/an. L’élue départementale a aussi vu dans ce projet un moyen de contribuer à l’attractivité du territoire, en permettant de maintenir les exploitations agricoles en place et d’assurer leur transmission. Il devrait aussi, s’agissant de fermes employant de la main-d’œuvre permanente ou saisonnière, contribuer à l’emploi local. Un groupement d’employeurs devrait s’y greffer pour assurer le recrutement dans de bénéficiaires du RSA. De la même façon, un groupe de travail coordonnera la commercialisation locale des produits, avec pour objectif de développer des points de vente et d’approvisionner la restauration collective. Autant d'initiatives qui cadrent pleinement avec la politique du Conseil départemental du Bas-Rhin, a fait valoir Frédéric Bierry, son président, en rappelant le rôle joué par la collectivité dans l’insertion des bénéficiaires du RSA et l’approvisionnement local dans les cantines scolaires. L’aide de la Région et du Département Entre la première réunion organisée sous la houlette de Mathieu Trauttmann, agriculteur à Batzendorf, pour faire adhérer les agriculteurs au projet et sa réalisation effective, de nombreuses concertations ont été nécessaires. La société Quartz de Haguenau, qui exploite la gravière pour en extraire du sable de quartz, s’y est associée, en étroite collaboration avec la commune de Batzendorf, a expliqué Martina Tauern, cogérante de la société. Les services du Conseil départemental ont apporté leur contribution. De même que ceux de la Chambre d’agriculture d’Alsace, a rappelé Denis Ramspacher, son président. La Communauté d’agglomération de Haguenau, quant à elle, a joué le rôle de « chef d’orchestre », selon Jean-Michel Staerlé, vice-président de la collectivité, qui œuvre pour une meilleure utilisation des ressources à l’horizon 2030. Vu le coût de l’investissement - 1,46 million d’euros (M€) - « il n’était pas pensable que les agriculteurs financent seuls cette infrastructure », a souligné Isabelle Dollinger. Il a donc fallu « frapper à toutes les portes ». La Région Grand Est et le Conseil départemental du Bas-Rhin ont participé à hauteur de 30 % chacun, soit 366 746 €. « Nous préférons aider l’irrigation qu’abonder le plan sécheresse », a fait remarquer Jean Rottner, président de la Région Grand Est, rappelant tout de même que 8,60 M€ ont été mis sur la table pour compenser les pertes agricoles liées au manque d’eau. Cette somme s’ajoute aux aides à l’irrigation accordées par la Région, qui concernent 90 dossiers dans le Grand Est pour une surface de 3 000 ha. Sur ce projet en particulier, Jean Rottner a émis le vœu qu’il devienne « un vecteur pédagogique d’un monde qui est en train de se transformer ». C’est aussi ce qu’espèrent les irrigants de Batzendorf et environs, bien décidés à faire de leur réseau d’irrigation « une vitrine de l’agriculture » de ce territoire.

Betteraves sucrières

Démarrage de campagne serein

Publié le 16/10/2019

La campagne d’arrachage des betteraves sucrières alsaciennes a débuté il y a une vingtaine de jours. Les premières estimations de rendement sont bonnes, l’usine d’Erstein reste vaillante et le marché européen du sucre reprend des couleurs. De quoi redonner des perspectives d’avenir plus réjouissantes aux planteurs.

La campagne d’arrachage des betteraves sucrières a débuté le 25 septembre en plaine d’Alsace. Les premiers tubercules ont été réceptionnés lundi 30 septembre à l’usine d’Erstein, qui a commencé à fonctionner dès le lendemain, mardi 1er octobre. Quinze jours plus tard, 10 % des betteraves ont déjà été transformées et 16 % ont été arrachées. Le différentiel représentant les betteraves stockées en bout de parcelle. Des chiffres qualifiés de « normaux » par Laurent Rudloff, responsable du service betteravier, et Stéphane Clément, responsable du site d’Erstein de Cristal Union. Avec 6 000 hectares de betteraves cultivés par 533 producteurs, la production prévisionnelle est estimée à 550 000 tonnes, soit un rendement prévisionnel de 93 t/ha de betteraves à 16 °S de richesse saccharine, en hausse de 10 % par rapport à l’année dernière. Pour les 50 000 t déjà rentrées, le rendement moyen est de 84 t/ha de betteraves à 16 °S. « C’est un bon rendement de démarrage, puisqu’il atteint le niveau final de l’année dernière, et qu’il ne fera qu’augmenter avec la campagne d’arrachage », commente Gérard Lorber, président de la section d’Erstein. Comme toujours, ce rendement moyen masque des disparités. « Dans les secteurs touchés par la sécheresse, les rendements sont affectés et tournent autour de 75 t/ha de betteraves à 16 °S, alors que dans les meilleures terres et les secteurs irrigués, ils avoisinent à ce jour les 110 t/ha de betteraves à 16 °S », indique Laurent Rudloff. 18 °S de richesse moyenne Le retour des précipitations a mis les chantiers d’arrachage à l’arrêt. Un mal pour un bien. « Les betteraves qui restent en terre continuent de pousser et de faire du sucre. Et une fois que le sol est réhumecté, l’arrachage est facilité », constate Laurent Rudloff. Les premières betteraves livrées affichaient une richesse moyenne de 18 °S. Un indice « bon pour l’Alsace », commente Laurent Rudloff, au regard de son climat et de la nécessité d’y cultiver des variétés tolérantes aux maladies, intrinsèquement moins riches en sucre. Gérard Lorber confirme : « Certains bassins de production atteignent des richesses plus élevées, mais ils font moins de volume. Or ce qui compte, c’est le sucre par hectare. » Et le responsable du site de production, Stéphane Clément, d’ajouter : « Avoir des betteraves très riches permet de réduire les coûts de transport. Mais plus les betteraves sont riches, plus il devient coûteux d’en extraire tout le sucre. » Mieux vaut donc être riche, mais pas trop. La tare déchet s’élève pour l’instant à 8 %, en lien avec les précipitations de début de campagne. Un chiffre qui devrait baisser dans les prochains jours, suite au retour de conditions d’arrachage plus clémentes, mais qui va continuer à fluctuer au gré des averses. Du côté des cours, « le marché européen connaît une embellie », indique Gérard Lorber. Le prix de la tonne de sucre blanc était de 315 € en 2018. Il a progressé de 30 % depuis. La raison ? Suite aux aléas climatiques, il y a moins de sucre sur le marché européen. Les cours mondiaux, eux, sont encore à la traîne, mais « on peut sentir les prémices d’un déficit sucrier pour l’an prochain », présage Gérard Lorber, optimiste. « Les cours ne peuvent que remonter, analyse-t-il. Ils sont descendus tellement bas que tous les opérateurs ont souffert, la production a diminué, donc le contrecoup va arriver. » Conclusion du représentant des planteurs alsaciens : « Il faut produire de la betterave en 2020 ! »

Agroforesterie

À l’ombre des arbres

Publié le 15/10/2019

Du 20 au 27 septembre, la Chambre d'agriculture du Grand Est a organisé un rallye sur l’agroforesterie et les haies en milieu agricole. Quatre rendez-vous avaient lieu en Alsace. Dont un à Knœrsheim, chez Roland Wendling, qui a planté une centaine d’arbres en 2012 sur une parcelle céréalière.

Planter des arbres dans une parcelle agricole. Une idée plutôt farfelue pour un grand nombre d’agriculteurs. Mais demandez à Roland Wendling quelle mouche l’a piqué en 2012, lorsqu’il a planté une centaine d’arbres sur une parcelle de 1 ha, et il vous déroulera une liste d’arguments longue comme le bras. « Les arbres purifient l’air et l’eau. Ils stockent le carbone en profondeur, contrairement aux prairies qui, quand elles sont labourées, libèrent le carbone qu’elles avaient stocké. Ils puisent des éléments minéraux en profondeur, qui retombent à la surface du sol lorsque les arbres perdent leurs feuilles. Certains arbres, qui font partie de la famille des légumineuses, comme l’acacia, sont en outre capables de fixer l’azote atmosphérique. En puisant l’eau souterraine, ils créent un microclimat frais et humide à leur abord. Donc ils peuvent limiter le phénomène d’échaudage. Ils freinent l’érosion et les coulées de boue. Ils procurent de l’ombrage aux animaux. Ils boostent la biodiversité. Ils démultiplient la productivité d’une parcelle. Ils peuvent être mellifères ou source de fourrage, comme le mûrier… »     L’argument qui pèse le plus en faveur de l’agroforesterie pour Roland Wendling, c’est le bilan carbone. « Si un tiers de la SAU française était conduit en agroforesterie, cela suffirait à compenser les émissions de gaz à effet de serre liées à l’activité agricole. Pour 100 hectares en agroforesterie, il faut planter quelque 3 000 arbres, ce qui immobilise 4 ha », avance-t-il. Pas grand-chose donc. Mais, malgré tous ces atouts, Roland Wendling est assez pessimiste quant à l’avenir de l’agroforesterie si elle n’est pas soutenue par une prime à l’arbre ou à la quantité de carbone absorbé. Pourquoi ? « Il n’y a rien à vendre », sourit-il. C’est vrai qu’une fois les arbres achetés et plantés, il n’y a plus grand-chose à faire. Dans sa configuration, Roland Wendling estime la charge de travail à deux jours par an pour tailler les arbres et broyer les branches en bois raméal fragmenté. Plus deux tours d’irrigation cet été. Des techniques à inventer Mais le paysan est formel : « Pour que l’agroforesterie prenne de l’ampleur, elle doit être encouragée ». Surtout parce que la plupart des agriculteurs considèrent les arbres des champs comme « des obstacles », constate-t-il. Ils craignent que les arbres entrent en concurrence avec la culture. À juste titre. Mais Roland Wendling relativise ce risque : « Les premières années, la concurrence est de toute manière faible. Ensuite, le feuillage des arbres n’est réellement développé qu’en avril. » Et tout dépend des situations. « Ici, je suis confronté à un manque d’eau évident », reconnaît Roland Wendling. Mais certaines situations se prêtent mieux à l’agroforesterie, dont les techniques restent à affiner. Notamment la densité d’arbres à l’hectare, leur écartement… » Pour sa part, Roland Wendling a planté 100 arbres par hectare. Soit le double de la densité préconisée actuellement, qui est de 50 arbres par hectare. Mais il ne cache pas que, dans sa situation, les arbres sont destinés à devenir la culture principale. « Mes fils pratiquent l’apiculture, d’où le choix d’essences d’arbres mellifères. » Si la densité devait diminuer de moitié, l’écartement entre les arbres serait plus important, ce qui d’un côté faciliterait la mécanisation des interventions culturales. Mais, de l’autre, la qualité de répartition des feuilles d’arbres s’en trouverait dégradée… De nouvelles techniques restent à inventer. Par exemple, comment valoriser l’espace entre les arbres sur la rangée ? Roland Wendling imagine volontiers une haie, qui permettrait de gainer les arbres d’avenir. Privilégier la propriété au fermage Des inconvénients à l’agroforesterie ? Il faut être altruiste : la récolte du bois d’œuvre planté par Roland Wendling est estimée à l’horizon 2070. En outre, les parcelles agroforestières peuvent être sources de difficultés lors des remembrements, et inversement, surtout lorsqu’ils n’ont pas lieu. Enfin, mieux vaut privilégier les parcelles en propriété à celles en fermage pour y planter des arbres. À moins de prendre en compte les particularités liées à ces parcelles dans les baux ruraux.

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