Cultures

Agroforesterie

À l’ombre des arbres

Publié le 15/10/2019

Du 20 au 27 septembre, la Chambre d'agriculture du Grand Est a organisé un rallye sur l’agroforesterie et les haies en milieu agricole. Quatre rendez-vous avaient lieu en Alsace. Dont un à Knœrsheim, chez Roland Wendling, qui a planté une centaine d’arbres en 2012 sur une parcelle céréalière.

Planter des arbres dans une parcelle agricole. Une idée plutôt farfelue pour un grand nombre d’agriculteurs. Mais demandez à Roland Wendling quelle mouche l’a piqué en 2012, lorsqu’il a planté une centaine d’arbres sur une parcelle de 1 ha, et il vous déroulera une liste d’arguments longue comme le bras. « Les arbres purifient l’air et l’eau. Ils stockent le carbone en profondeur, contrairement aux prairies qui, quand elles sont labourées, libèrent le carbone qu’elles avaient stocké. Ils puisent des éléments minéraux en profondeur, qui retombent à la surface du sol lorsque les arbres perdent leurs feuilles. Certains arbres, qui font partie de la famille des légumineuses, comme l’acacia, sont en outre capables de fixer l’azote atmosphérique. En puisant l’eau souterraine, ils créent un microclimat frais et humide à leur abord. Donc ils peuvent limiter le phénomène d’échaudage. Ils freinent l’érosion et les coulées de boue. Ils procurent de l’ombrage aux animaux. Ils boostent la biodiversité. Ils démultiplient la productivité d’une parcelle. Ils peuvent être mellifères ou source de fourrage, comme le mûrier… »     L’argument qui pèse le plus en faveur de l’agroforesterie pour Roland Wendling, c’est le bilan carbone. « Si un tiers de la SAU française était conduit en agroforesterie, cela suffirait à compenser les émissions de gaz à effet de serre liées à l’activité agricole. Pour 100 hectares en agroforesterie, il faut planter quelque 3 000 arbres, ce qui immobilise 4 ha », avance-t-il. Pas grand-chose donc. Mais, malgré tous ces atouts, Roland Wendling est assez pessimiste quant à l’avenir de l’agroforesterie si elle n’est pas soutenue par une prime à l’arbre ou à la quantité de carbone absorbé. Pourquoi ? « Il n’y a rien à vendre », sourit-il. C’est vrai qu’une fois les arbres achetés et plantés, il n’y a plus grand-chose à faire. Dans sa configuration, Roland Wendling estime la charge de travail à deux jours par an pour tailler les arbres et broyer les branches en bois raméal fragmenté. Plus deux tours d’irrigation cet été. Des techniques à inventer Mais le paysan est formel : « Pour que l’agroforesterie prenne de l’ampleur, elle doit être encouragée ». Surtout parce que la plupart des agriculteurs considèrent les arbres des champs comme « des obstacles », constate-t-il. Ils craignent que les arbres entrent en concurrence avec la culture. À juste titre. Mais Roland Wendling relativise ce risque : « Les premières années, la concurrence est de toute manière faible. Ensuite, le feuillage des arbres n’est réellement développé qu’en avril. » Et tout dépend des situations. « Ici, je suis confronté à un manque d’eau évident », reconnaît Roland Wendling. Mais certaines situations se prêtent mieux à l’agroforesterie, dont les techniques restent à affiner. Notamment la densité d’arbres à l’hectare, leur écartement… » Pour sa part, Roland Wendling a planté 100 arbres par hectare. Soit le double de la densité préconisée actuellement, qui est de 50 arbres par hectare. Mais il ne cache pas que, dans sa situation, les arbres sont destinés à devenir la culture principale. « Mes fils pratiquent l’apiculture, d’où le choix d’essences d’arbres mellifères. » Si la densité devait diminuer de moitié, l’écartement entre les arbres serait plus important, ce qui d’un côté faciliterait la mécanisation des interventions culturales. Mais, de l’autre, la qualité de répartition des feuilles d’arbres s’en trouverait dégradée… De nouvelles techniques restent à inventer. Par exemple, comment valoriser l’espace entre les arbres sur la rangée ? Roland Wendling imagine volontiers une haie, qui permettrait de gainer les arbres d’avenir. Privilégier la propriété au fermage Des inconvénients à l’agroforesterie ? Il faut être altruiste : la récolte du bois d’œuvre planté par Roland Wendling est estimée à l’horizon 2070. En outre, les parcelles agroforestières peuvent être sources de difficultés lors des remembrements, et inversement, surtout lorsqu’ils n’ont pas lieu. Enfin, mieux vaut privilégier les parcelles en propriété à celles en fermage pour y planter des arbres. À moins de prendre en compte les particularités liées à ces parcelles dans les baux ruraux.

Publié le 02/10/2019

À Stotzheim, Sylvain Christen met en œuvre les dernières solutions techniques pour prolonger la saison des fraises, bluets et framboises.

Anticiper. Pour Francis Christen hier, comme pour Sylvain, son fils, aujourd’hui, cela ressemble à la règle d’or en petits fruits. En 1977, Francis sent la nécessité « d’équilibrer une exploitation partagée entre lait, cultures et tabac ». Il prend les devants dans la fraise, 60 ares pour démarrer « sans grande maîtrise technique et sans client ». Il cueille pendant trois ans avant d’ouvrir une libre-cueillette en bord de route. Dans les années 90, Francis se lance dans la myrtille puis dans la framboise. Sylvain lui succède en 2013 en plantant les premières asperges et sans oublier de prévoir le coup suivant en petits fruits. « L’objectif n’est plus trop de faire du volume, mais de produire mieux. C’est-à-dire de proposer des petits fruits de très bonne qualité sur une plus longue période. Nous parvenons maintenant à avoir de la marchandise six mois de l’année. Chaque année, mon défi est de définir la stratégie qui me fera le mieux coller aux conditions climatiques de la saison. » Pour pouvoir proposer des fraises jusqu’à la mi-novembre, Sylvain joue sur la venue à maturité échelonnée des variétés. En installant les plus précoces sous tunnel plastique froid en plein champ, il avance la saison d’un mois. Avec les remontantes, il la prolonge. Il y a cinq ans, il a mis en place ses premières cultures hors sol. Les plants sont placés dans un mélange d’écorce de pin broyée et de tourbe installé à une hauteur d’environ 1,20 m. « Il n’y a pas besoin de se baisser pour cueillir et c’est un moyen de remédier à la fatigue du sol », explique Sylvain. En bluets, 60 ares ont été replantés en 2017 dans un sillon de tourbe profond d’une trentaine de centimètres, mais les plantations entreprises par Francis il y a trente ans fournissent toujours le gros de la production. « C’est un investissement lourd à la base. Il faut attendre quatre ans avant de faire une première récolte », rappelle Sylvain. Il recherche des fruits de calibre moyen afin de privilégier un bon taux de sucre. La framboise est la culture la « plus compliquée » en raison de sa sensibilité au sol, au climat, à l’excès d’eau. Les remontantes, plus rustiques, produisent dans l’année, un tiers du volume vendu. Les variétés de saison ont besoin d’un an pour faire leur bois. Leur récolte s’étale entre mi-juin et mi-juillet. Leur conduite est plus délicate. Mêmes irriguées, elles supportent mal le stress de températures à 30-35 °C. Leur potentiel de production de dix-douze ans est tombé à deux-trois ans. « Le sol est fatigué. Les attaques de phytophthora sont terribles. Les prochains pieds passeront en pots de 10 litres », indique Sylvain. 30 % de libre cueillette L’ensemble des itinéraires techniques se veut sage. Les nutriments sont apportés par fertigation, les auxiliaires jouent leur rôle dans la lutte contre les ravageurs. En 2019, un seul traitement contre botrytis sur fraises a été appliqué. Mais Francis ne se fait pas d’illusion. « Dans les cinq à dix ans, nos prix de revient en plein champ vont exploser de 30 à 40 %. Le recours aux phytosanitaires classiques baissera, mais les coûts de l’énergie, du plastique, de la main-d’œuvre augmenteront. Le seul substrat pour planter un hectare de framboise coûte 11 000 € », calcule-t-il. Qui plus est, dans de telles productions, le niveau des récoltes reste aléatoire. « Il peut varier du simple au double. Il y a eu de très belles années, mais ces cinq dernières ont été assez chaotiques en raison des aléas climatiques. Cette année, la canicule ampute la saison fraise de dix jours de récolte. En bluet et en framboise, le rendement est plutôt bas. » Fraise, bluet et myrtille sont proposés en libre cueillette. Mais seuls 30 % des fruits sont cherchés directement au champ par les clients. « Nous essayons de maintenir cette proportion. La libre cueillette connaît un petit regain. Ce qui nous reste à cueillir en propre ne me dérange pas. Cela permet d’éliminer les fruits abîmés et de mieux gérer les volumes », précise Sylvain. La ferme ne vend pas à la grande distribution dont elle craint les « exigences » et la réputation de tirer le prix vers le bas. La quête des magasins pour des producteurs de proximité pourrait cependant faire reconsidérer la position de Sylvain. Dans l’immédiat, la ferme écoule 20 % de ses fruits auprès de trois grossistes et le solde sur des marchés hebdomadaires, dans deux cabanes en bordure de route et en direct dans sa cour. Les invendus sont transformés en jus ou en confitures par des prestataires. « Nous vendons chaque jour un produit frais. Via Facebook et notre site, nos clients savent en permanence ce qui est disponible. Nous en touchons certains éloignés jusqu’à deux cents kilomètres », raconte Sylvain. Rien de plus normal aux yeux de Francis. « En quarante-deux ans de métier, tout le monde s’est rendu un jour ou l’autre chez Christen ! Nous avons créé une marque. »  

Christian Dietschy à Brunstatt

Le lin, culture de diversification

Publié le 01/10/2019

Sur l’exploitation familiale située à Brunstatt, Christian Dietschy cherche à diversifier ses productions. Avec le soutien de la Coopérative agricole de céréales où il siège au conseil d’administration, il tente cette année la culture du lin.

Christian Dietschy s’est installé sur l’exploitation d’un oncle en 1994, puis a créé une Earl avec celle de ses parents en 2014. Aujourd’hui, il cultive 185 hectares sur Brunstatt et son proche secteur : un peu plus de 80 ha de maïs, 42 ha de blé, 33 ha de betteraves, 15 ha de colza, des prairies et/ou jachère et, depuis cette année, 3,5 ha de lin. « Les betteraves sont livrées à la sucrerie d’Erstein. Toutes les autres productions sont livrées à la Coopérative agricole de céréales. Il y a un quai de chargement sur l’exploitation à Brunstatt. À l’époque, c’était pratique. Nous étions isolés. Mais, par génération, nous perdons 1 kilomètre de terres agricoles au profit de l’urbanisation. Nous sommes désormais au milieu des habitations et des routes », explique l’agriculteur. Dans ces conditions, il a fallu faire évoluer les pratiques. Le temps où il était encore possible de faire de l’élevage laitier ici est loin désormais. C’est pourquoi Christian Dietschy tente de faire du lin oléagineux de printemps. Un lin dont les graines produisent une huile riche en oméga 3 et qui se distingue du lin dont on utilise la fibre pour la création de tissus et autres draps (une spécialité que l’on retrouve dans le nord de la France). Christian Dietschy a réalisé « les semis juste après ceux de la betterave, début avril. Nous avons utilisé une herse rotative et un semoir à céréales classique. Nous travaillons à une densité de 750 grammes par m2 avec une profondeur de 2 cm. Nous utilisons trois variétés différentes : marquise, précoce, empress et progress, plus tardives. Cela permet de comparer les parcelles sur les trois bandes et de voir clairement les différences », explique-t-il. L’agriculteur a effectué un désherbage en deux passages, utilisé un fongicide et un régulateur, mais n’a pas eu recours à un insecticide. Un créneau économique potentiel Les fleurs, de couleur bleu lavande, sont apparues début juin. La floraison dure trois semaines. « Le matin, le champ était argenté. Ce qui en a interpellé plus d’un : on m’a posé de nombreuses questions. La fleur est éphémère, présente pendant quatre à cinq heures. Le lendemain, il y en a de nouvelles. Visuellement, c’est très joli. Techniquement en revanche, c’est plus complexe. Nous partons dans l’inconnu, car c’est la première année de production. L’idée est de voir si cette culture est adaptée au climat de la région et à notre terroir. Dans le Nord, elle réussit très bien. Mais les sols sont différents, tout comme la météo », ajoute Christian Dietschy. Il espérait réaliser une première récolte entre le 10 et le 15 août. Elle a été retardée par un orage et 150 mm de pluie. « Il était ensuite impossible de travailler dans les parcelles. Nous pensons pouvoir récolter 2 à 3 tonnes de lin, sachant que la moyenne française se situe entre 1,9 et 2 t. Le travail et le suivi sont proches de ceux du colza. Je ne connaissais pas spécialement la culture de lin, mais je peux compter sur l’aide du service technique de la coopérative. L’objectif est de savoir si techniquement c’est réalisable et durable, et si c’est un créneau économiquement intéressant. Si c’est le cas, on ira encore plus loin. Nous allons essayer cette culture deux ou trois ans, car aucune année ne se ressemble », souligne Christian Dietschy. À noter qu’il existe du lin d’hiver qui aurait davantage de potentiel. Mais la difficulté se situe à la récolte. « Il faut utiliser le bon matériel. La lame de coupe de céréales doit être bien aiguisée et très coupante pour casser le filtre », conclut Christian Dietschy. En attendant, place à cette première récolte de lin, qui doit se faire en journée, par forte chaleur. Il ne faut pas qu’il y ait de rosée sur le lin. Outre Christian Dietschy, trois autres agriculteurs testent actuellement cette culture dans le département, dans des zones géographiques différentes, afin d’essayer différents protocoles.

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