Cultures

Publié le 13/09/2019

Alors que la filière française de houblon s’est réunie il y a peu pour ses premières assises nationales, l’heure est à la récolte dans toutes les houblonnières de France. Une production française qui progresse du fait de la hausse des surfaces avec l’arrivée de nouveaux houblonniers, mais qui s’annonce en retrait en volume pour 2019 du fait de la sécheresse estivale.

La campagne 2019 s’annonce moyenne par rapport aux cinq dernières années et en baisse par rapport à 2018. L’objectif de production national, à 900 tonnes, ne sera pas atteint cette année. On s’avoisine vers les 870 t en raison de la sécheresse qu’a connue la France cet été. Les conditions fraîches en fin de cycle jusqu’à la récolte devraient cependant permettre de diminuer légèrement l’impact des fortes chaleurs. La production française progresse en dehors des bassins historiques (Alsace et Nord), avec le développement du houblon hors de ces territoires, tiré par une demande pour des bières incorporant des houblons locaux. Avec des projets d’installation compris entre 0,5 et 8 ha, de nouveaux échafaudages houblonniers font leur apparition dans le paysage, signe du renouveau du houblon français. L’arrivée de nouveaux producteurs va permettre d’augmenter la production française, et de favoriser l’approvisionnement en houblon en circuits courts des brasseurs. En Alsace plus spécifiquement, la campagne houblonnière a été assez difficile. Le printemps a été marqué par des températures fraîches et de fortes attaques de mildiou primaire. Les houblonnières ont ensuite souffert des effets conjugués de la canicule et de la sécheresse. Les premières variétés les plus précoces ont commencé à être récoltées le 28 août. Le strisselspalt, variété emblématique de la région, a commencé à être décroché des houblonnières à partir du 7 septembre. Et la récolte a ensuite pris son rythme de croisière. Difficile pour l’heure de dire ce que réserve le millésime 2019, tant en termes de quantité que de qualité. « Une chose est sûre, avance Bernadette Laugel, c’est que les résultats seront très différents d’un terroir à un autre. C’est souvent le cas en année climatique hors normes. Donc d’autant plus après deux années atypiques. » Sécher à point nommé La qualité du séchage constitue un point crucial de la récolte du houblon. La liane, qui peut atteindre 8 m de long, doit être préalablement coupée, puis les cônes sont séparés de la liane et des feuilles, et séchés avec précaution. Le séchage est un point critique, car il conditionne en partie la qualité aromatique du houblon. Il s’agit donc pour les producteurs de savoir trouver un juste équilibre afin d’optimiser le séchage tout en protégeant l’intégrité physique du cône afin de préserver la lupuline, qui confère arômes et amertume à la bière. Le taux d’humidité maximum du produit fini est défini par FranceAgriMer, opérateur de l’État qui certifie tous les lots qui seront commercialisés en France ou à l’étranger. Une nouvelle architecture pour la filière Les premières assises de la filière houblonnière se sont tenues le 22 et 23 août 2019 à Obernai. Un acte fondateur qui a été l’occasion de présenter la nouvelle architecture de la filière : « Le renouveau du houblon sur tout le territoire français impose une nouvelle organisation de la filière pour répondre à ses enjeux à l’horizon 2022 », précise Bernard Ingwiller, président de l’Association générale des producteurs de houblons de France (AGPH). L’Institut technique du Houblon voit le jour, une interprofession InterHoublon est créée, et la marque France Houblon est lancée. Cette dernière devient le nom de la filière française de houblon. Son objectif est de repositionner le houblon comme ingrédient central et singulier dans la fabrication de la bière, de développer sa notoriété sur le marché intérieur et de sensibiliser le consommateur aux enjeux de la filière.

Groupe Armbruster

Les céréales ont la clim !

Publié le 09/09/2019

Cet été, le groupe Armbruster a équipé ses silos d’Ottmarsheim et de Strasbourg d’appareils de réfrigération Granifrigor, pour une meilleure conservation des céréales à paille. Une avancée technologique qui répond à une demande sociétale en faveur de la réduction des traitements. Et à celle des meuniers et des boulangers qui exigent de plus en plus des grains stockés sans insecticides.

L’idée a germé au début de l’année, explique Christophe Armbruster. « Nous étions à la recherche d’une alternative aux traitements appliqués jusqu’ici pour assurer la bonne conservation des céréales dans les silos de stockage. » Une température de stockage réduite empêche les céréales stockées de développer des moisissures, ou les insectes d’y proliférer, précise-t-il. Cette option a été prise pour deux raisons. « Nous voulons poursuivre la démarche de développement durable engagée depuis plusieurs années. De toute manière, la sensibilité sociétale fait que les consommateurs ne veulent plus entendre parler de traitements chimiques. » Par ailleurs, la liste des produits autorisés de traitement insecticide de stockage se réduit comme peau de chagrin. Certes, des solutions alternatives apparaissent sur le marché mais, pour l’instant, elles sont encore en phase d’expérimentation, indique Christophe Armbruster. Une solution innovante La solution choisie par l’organisme stockeur consiste à conserver les céréales par le froid. Le système de réfrigération, situé à l’extérieur, est branché sur les gaines de ventilation afin d’injecter du froid à l’intérieur du silo pour abaisser la température des céréales qui y sont stockées. « Le but est de faire descendre la température sous les 15 °C. » La température à l’intérieur des cellules est contrôlée par un système de sondes. Cette technologie est particulièrement adaptée aux céréales à paille. « Le blé arrive généralement au silo à une température de 30 à 35 °C. Or la température de conservation idéale se situe à moins de 15 °C. » À cette température, les insectes ne peuvent pas proliférer, ni les moisissures se développer. Ce système de réfrigération sera aussi utilisé pour le maïs, à terme, même s’il est moins sensible aux attaques d’insectes, en raison de son passage dans le séchoir. « Lorsque nous vendons des grains à un meunier, la vente se fait « sans insectes ». Les silos du groupe Armbruster sont déjà équipés d’un système de ventilation qui permet de livrer des céréales sans insectes. Mais en cas de risque, nous étions obligés de fumiger des insecticides qui ont une efficacité de six mois. » La technologie Granifrigor, développée par la société FrigorTec, implantée dans le Bade-Wurtemberg, est déjà utilisée dans le monde entier, mais l’installation des premiers appareils en France est relativement récente. « Nous sommes le premier gros organisme stockeur - et la première société en Alsace - à investir dans cette technologie, précise Christophe Armbruster. Notre objectif à terme est de ne plus recourir aux insecticides, mais de trouver des solutions alternatives pour la conservation du grain en silo. La technique du froid en fait partie. »

Assises du houblon

La filière brasse large

Publié le 28/08/2019

Les premières assises du houblon français se sont tenues les 22 et 23 août en Alsace. Un acte fondateur pour une filière structurée. Houblonniers, brasseurs et négociants marchent désormais dans la même direction.

Un vent d’euphorie parcourt la salle. « Nous vivons une révolution du houblon », s’enflamme Hervé Marziou, premier biérologue français et fin connaisseur du monde brassicole. Face à lui, des dizaines de brasseurs, planteurs, chercheurs et négociants réunis pendant deux jours en Alsace pour les premières assises du houblon. Le sommet a accouché d’une marque : France Houblon. Futur étendard de l’ensemble de la filière, du champ à la chope. Portés par le renouveau de la bière française, les professionnels ne veulent plus avancer en ordre dispersé. France Houblon n’est pas juste une marque grand public. La preuve, de nombreuses entités naissent dans son sillage. À commencer par Inter Houblon. L’interprofession devrait voir le jour d’ici la fin de l’année. Cette entité associe brasseurs, houblonniers et chercheurs. Elle donnera les grands axes de travail pour la profession. En mai déjà, les distributeurs ont créé l’association française de négoce de houblon. Elle regroupe les négociants de houblon sur le marché intérieur et à l’international. Son rôle ? Définir des cahiers de charges de production, promouvoir le houblon français et trouver des débouchés aux planteurs qui ne peuvent vendre leur récolte dans leur région. « Se mettre au diapason des microbrasseries » La filière se donne une priorité : satisfaire la demande des brasseurs. Car aujourd’hui, les brasseries françaises achètent 80 % de leur houblon à l’étranger. En cause, une production locale trop faible (à peine 1 % des volumes mondiaux) et historiquement tournée vers l’international. Ainsi, 70 % des cônes produits dans l’hexagone quittent le pays au moment du maltage. « Ce serait bien d’inverser la tendance, avance Francis Heitz, responsable export chez Hop France, marque du Comptoir agricole. Mais pour cela il faut se mettre au diapason des microbrasseries. » C’est là le grand défi du houblon tricolore. Le boom des brasseries artisanales entraîne de nouvelles demandes. Les microbrasseurs veulent du houblon aromatique, de différentes variétés, en petits volumes. Un casse-tête pour les producteurs. « La filière nous donnera une vision claire des besoins des brasseurs », espère Bernard Ingwiller, président de l’Association générale des planteurs de houblon de France (AGPH). Un élément vital. Car trois ans peuvent s’écouler entre la demande d’une nouvelle variété et la première récolte. Chaque minute compte. Jackpot pour la recherche « La filière doit aussi devenir un lieu d’échange, à l’image de ces assises », s’enthousiasme Fanny Madrid, cofondatrice de Hopen. Son entreprise vise à développer la culture du houblon dans le Sud Ouest. Une région novice dans le domaine. Le partage de connaissances entre anciens et néoplanteurs lui semble donc essentiel. D’autant que toutes les régions s’y mettent. Bretagne, Normandie, Aquitaine… L’Alsace et le Nord n’ont plus le monopole sur les houblonnières. « On a tous les mêmes défis (changement climatique, demandes variées des brasseurs et des consommateurs NDLR), mais chacun apporte ses propres réponses, témoigne benoît Lamy, président de l’association Houblon de Normandie. Si on agrège tout ça, on arrivera à des solutions intéressantes pour tous. »     La recherche devrait profiter de ces manœuvres. Le 22 mai, lors de son assemblée générale, l’AGPH a acté la séparation de ses activités syndicales et de recherche. L’Institut technique du houblon appartient toujours à l’association des planteurs, mais il gagne en autonomie. « On voulait surtout l’élargir, précise Bernard Ingwiller. Pour l’instant ce sont les producteurs qui financent l’institut. » Avec la naissance d’une filière structurée, le responsable espère que le négoce, les brasseurs et surtout l’État mettront la main à la poche. Via une contribution financière ou en déléguant des scientifiques issus d’autres structures. Les participants aux assises se donnent jusqu’à 2022 pour atteindre une vitesse de croisière. Ambitieux. Mais Bernard Ingwiller en est convaincu : « France Houblon c’est l’avenir. » La révolution est dans les tuyaux.

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