Cultures

Assises du houblon

La filière brasse large

Publié le 28/08/2019

Les premières assises du houblon français se sont tenues les 22 et 23 août en Alsace. Un acte fondateur pour une filière structurée. Houblonniers, brasseurs et négociants marchent désormais dans la même direction.

Un vent d’euphorie parcourt la salle. « Nous vivons une révolution du houblon », s’enflamme Hervé Marziou, premier biérologue français et fin connaisseur du monde brassicole. Face à lui, des dizaines de brasseurs, planteurs, chercheurs et négociants réunis pendant deux jours en Alsace pour les premières assises du houblon. Le sommet a accouché d’une marque : France Houblon. Futur étendard de l’ensemble de la filière, du champ à la chope. Portés par le renouveau de la bière française, les professionnels ne veulent plus avancer en ordre dispersé. France Houblon n’est pas juste une marque grand public. La preuve, de nombreuses entités naissent dans son sillage. À commencer par Inter Houblon. L’interprofession devrait voir le jour d’ici la fin de l’année. Cette entité associe brasseurs, houblonniers et chercheurs. Elle donnera les grands axes de travail pour la profession. En mai déjà, les distributeurs ont créé l’association française de négoce de houblon. Elle regroupe les négociants de houblon sur le marché intérieur et à l’international. Son rôle ? Définir des cahiers de charges de production, promouvoir le houblon français et trouver des débouchés aux planteurs qui ne peuvent vendre leur récolte dans leur région. « Se mettre au diapason des microbrasseries » La filière se donne une priorité : satisfaire la demande des brasseurs. Car aujourd’hui, les brasseries françaises achètent 80 % de leur houblon à l’étranger. En cause, une production locale trop faible (à peine 1 % des volumes mondiaux) et historiquement tournée vers l’international. Ainsi, 70 % des cônes produits dans l’hexagone quittent le pays au moment du maltage. « Ce serait bien d’inverser la tendance, avance Francis Heitz, responsable export chez Hop France, marque du Comptoir agricole. Mais pour cela il faut se mettre au diapason des microbrasseries. » C’est là le grand défi du houblon tricolore. Le boom des brasseries artisanales entraîne de nouvelles demandes. Les microbrasseurs veulent du houblon aromatique, de différentes variétés, en petits volumes. Un casse-tête pour les producteurs. « La filière nous donnera une vision claire des besoins des brasseurs », espère Bernard Ingwiller, président de l’Association générale des planteurs de houblon de France (AGPH). Un élément vital. Car trois ans peuvent s’écouler entre la demande d’une nouvelle variété et la première récolte. Chaque minute compte. Jackpot pour la recherche « La filière doit aussi devenir un lieu d’échange, à l’image de ces assises », s’enthousiasme Fanny Madrid, cofondatrice de Hopen. Son entreprise vise à développer la culture du houblon dans le Sud Ouest. Une région novice dans le domaine. Le partage de connaissances entre anciens et néoplanteurs lui semble donc essentiel. D’autant que toutes les régions s’y mettent. Bretagne, Normandie, Aquitaine… L’Alsace et le Nord n’ont plus le monopole sur les houblonnières. « On a tous les mêmes défis (changement climatique, demandes variées des brasseurs et des consommateurs NDLR), mais chacun apporte ses propres réponses, témoigne benoît Lamy, président de l’association Houblon de Normandie. Si on agrège tout ça, on arrivera à des solutions intéressantes pour tous. »     La recherche devrait profiter de ces manœuvres. Le 22 mai, lors de son assemblée générale, l’AGPH a acté la séparation de ses activités syndicales et de recherche. L’Institut technique du houblon appartient toujours à l’association des planteurs, mais il gagne en autonomie. « On voulait surtout l’élargir, précise Bernard Ingwiller. Pour l’instant ce sont les producteurs qui financent l’institut. » Avec la naissance d’une filière structurée, le responsable espère que le négoce, les brasseurs et surtout l’État mettront la main à la poche. Via une contribution financière ou en déléguant des scientifiques issus d’autres structures. Les participants aux assises se donnent jusqu’à 2022 pour atteindre une vitesse de croisière. Ambitieux. Mais Bernard Ingwiller en est convaincu : « France Houblon c’est l’avenir. » La révolution est dans les tuyaux.

Publié le 14/08/2019

C’est une culture peu commune qui a refait son apparition dans le secteur de Sundhouse : 6 hectares de chanvre vont être récoltés mi-août. Il sera utilisé dans la composition de plats végétariens.

Dans la plaine du Ried, la culture du chanvre était fréquente jusqu'au milieu du XIXe siècle. Ses fibres étaient utilisées dans la corderie. Ses graines fournissaient de l’huile. De nos jours, les débouchés sont les industries pharmaceutique, cosmétique et alimentaire. En effet, le chanvre est source d’oméga 3 et de protéines non-allergènes. Et il entre aujourd’hui à grands pas dans la composition de plats végétariens. Olivier Hartz est ingénieur agronome spécialisé en agroéconomie. Il croit dur comme fer au retour du chanvre dans le Ried. De par ses anciennes fonctions professionnelles au sein de filiales du groupe agroalimentaire Japonais Ajinomoto, Olivier Hartz est devenu un spécialiste des ingrédients alimentaires et de leurs applications. Et il a noué de nombreux contacts avec les industriels du secteur alimentaire intéressés dans l’utilisation du chanvre. L'Alsacien a initié le projet « Hartz’Riedland ». Il vise à faciliter la mise en culture de 6 000 hectares de blé, soja, maïs et colza bios, destinés à des produits alimentaires, tout en consolidant les débouchés. Un projet dans lequel la culture du chanvre trouve toute sa place, puisqu’Olivier Hartz vise une production annuelle de 1 000 tonnes de graines de chanvre à court terme pour alimenter le marché du bassin rhénan en partenariat avec les acteurs locaux classiques de la filière agroalimentaire. « Les outils existent », affirme Olivier Hartz. Adapter les cultures alsaciennes à la demande contemporaine La demande en produits bios et locaux existe déjà et va se développer. En outre la demande pour des plats végétariens est de plus en plus forte, car les habitudes des consommateurs - notamment des jeunes - ont changé ces dernières années. Pour répondre à cette évolution des comportements, « une coordination entre l'agriculture, l’industrie agroalimentaire locale et les réseaux de distribution est nécessaire car ces trois métiers se connaissent mal, explique Olivier Hartz. Dans mon projet, je compte les reconnecter. » Pour lui, le bio et le local font partie du haut de gamme que souhaite tout industriel, garantissant ainsi au consommateur alsacien une influence sur son environnement au bénéfice de sa santé, de l’environnement et de l'économie. Des graines de chanvre dans nos assiettes C’est ce que fait déjà la société Epi & Co, implantée sur le site de Tereos à Marckolsheim et qui emploie une quinzaine de salariés. « Nous produisons 200 000 portions d’un substitut de viande 100 % végétale par mois », explique Andreas Redl, responsable développement de l’entreprise. La firme élabore aussi des plats végétariens, comme la bouchée végétale, l’aiguillette végétale, le sauté ou l’émincé végétal… « Il y a un véritable intérêt pour le 100 % végétal, les consommateurs qui y ont goûté en redemandent », ajoute Bertrand Huberty, chef de projet d’Epi & Co. Les collectivités, notamment, en sont friandes : « Pour le personnel de cuisine, c’est pratique parce que c’est rapide à préparer et les plats peuvent facilement être accommodés. C’est une alternative à la viande et une offre complémentaire », ajoute-t-il. Un défi à relever pour les agriculteurs et pour l’Alsace Développer le chanvre permet d’introduire une nouvelle culture dans la rotation, ce qui constitue un atout agronomique. D’autant que le chanvre ne requiert ni traitement phytosanitaire ni irrigation. Reste que pour les agriculteurs qui se sont engagés dans la culture, c’est un défi à relever. « Quand Olivier Hartz, mon filleul, m’a proposé de semer du chanvre, j’ai souscrit à sa demande », explique Philippe Grosshans, agriculteur à Sundhouse. « Dans la culture du chanvre, tout reste à découvrir, il y a toujours une part de risque », explique Michel Roesch, qui cultive une parcelle de chanvre bio à Breitenheim. « Le retour en grâce des protéines végétales auprès des consommateurs est une opportunité sans précédent pour la première transformation des produits agricoles. Le mouvement s’accélère et s’installe dans les habitudes de consommation. Cette demande va de pair avec le développement du bio. L’Alsace, en plus de bénéficier de conditions agronomiques favorables, est proche de l’axe rhénan, un bassin de consommation de protéines végétales et de produits bios très développé. L’opportunité pour l’agriculture et l’industrie agroalimentaire alsaciennes est énorme », conclut Olivier Hartz.

À Geispolsheim

Trop chou ces fleurs !

Publié le 13/07/2019

Producteur de choux à choucroute à Geispolsheim, Laurent Heitz a implanté 8 ares de bande fleurie le long de sa première parcelle de choux biologiques. Une expérience concluante qu’il reproduira à plus grande échelle.

Sarrasin, bleuet, coquelicot, et vesce. C’est la composition du mélange fleuri que Laurent Heitz a semé à Geispolsheim. Une combinaison qui ne doit rien au hasard. « Ce sont des espèces identifiées pour leur capacité à attirer les auxiliaires des ravageurs propres au chou », explique Laurent Heitz, membre du réseau de fermes Dephy depuis deux ans, dans le groupe des producteurs de légumes. C’est d’ailleurs le réseau qui lui a fourni gratuitement les semences. Pour les implanter, il s’est arrangé avec son voisin, Christian Heitz, qui exploite une luzernière à côté. Car, économiquement, mieux valait empiéter sur 3 m de foin de luzerne que sur 3 m de choux à choucroute bio. Le marché conclu, Laurent Heitz, aussi président de l'association des producteurs de choux à choucroute, a passé un coup de herse rotative et a semé le mélange avec un semoir à manivelle. Début juillet, la floraison est à son comble. Ça vrombit sec dans la bande fleurie. Comme prévu, elle attire des coccinelles, des syrphes, des chrysopes, qui se régalent des pucerons, cochenilles et autres ravageurs du chou à choucroute. Sans oublier des abeilles, qui trouvent là de quoi se nourrir. « Pour le moment, les résultats sont excellents. Les auxiliaires font leur boulot. Je n’observe aucun puceron et beaucoup de coccinelles », constate Laurent Heitz. Il n’a procédé qu’à un seul traitement, biologique, contre l’altise, avec un produit à base de Bacillus thuringiensis, « du placebo plus qu’autre chose », sourit-il. À part ça, la parcelle d’un hectare a été fertilisée avec de la fiente de volaille et du fumier de bovin. Le désherbage est plus compliqué. « J’ai procédé à cinq binages, contre deux en conventionnel, et je suis aussi passé manuellement. Si l’essai est concluant, et que j’augmente la surface en bio, j’investirai dans du matériel de désherbage spécifique ». Une expérience à reproduire à plus grande échelle En effet, dans deux ans, quasiment la moitié des 28 ha de choux que cultive Laurent Heitz devrait être convertie à l’agriculture biologique. « Je dispose de 13 ha enclavés dans la forêt ». Idéal pour préserver les choux bios des contaminations par d’éventuels traitements phytosanitaires voisins. Comme il est interdit de cultiver la même production en bio et en conventionnel sur la même exploitation agricole, Laurent Heitz va créer une deuxième société. La solution n’est pas idéale, car cela engendre du travail supplémentaire, comme une deuxième comptabilité à tenir. Mais le producteur ne voulait pas convertir toute sa surface d’un coup. Par contre, il ne se l’interdit pas à plus long terme. « Si la choucroute bio se vend bien, je convertirai sans doute toute la surface », annonce-t-il, plutôt confiant. « La demande est là. Quand on a dit à nos clients qu’on allait faire de la choucroute bio, ils en ont tout de suite demandé des tonnes ! » Sur ces 13 ha, Laurent Heitz remettra des bandes fleuries, mais pas en bordure cette fois. « Pour plus d’efficacité, mieux vaut intercaler des bandes régulièrement au sein de la parcelle car les auxiliaires ont une mobilité limitée ». À noter que si Laurent Heitz a choisi d’implanter sa bande fleurie le long de sa parcelle en bio pour d’évidentes raisons de lutte biologique contre les ravageurs, cette pratique est tout à fait reproductible en agriculture conventionnelle, où elle peut permettre d’économiser quelques traitements, et de diversifier le bol alimentaire des insectes pollinisateurs. Ce qui ne gâche rien.    

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