Céréales anciennes et bios
La valorisation s’organise en Grand Est
Céréales anciennes et bios
Publié le 01/07/2019
Depuis septembre 2018, la valorisation des céréales anciennes et bios s’organise : dans le cadre du plan bio 2018-2020, la Région Grand Est finance un projet porté par Bio en Grand Est, l’association Kerna un Sohma - antenne alsacienne du réseau Semences Paysannes - et la ferme Moyses, située à Feldkirch.
Sur leur ferme de 54 ha, Lili et Christophe Moyses produisent des céréales anciennes, adaptées à leurs conditions de production et à la fabrication de pains qu’ils vendent en direct. Christophe Moyses gère aussi un conservatoire de céréales anciennes. À la base du travail de sélection et de multiplication nécessaire à l’utilisation et à la valorisation de ces variétés. La première étape du projet consiste à suivre deux conservatoires de céréales anciennes, l’un situé à Feldkirch (conservatoire d’hiver), l’autre à Duppigheim (conservatoire de printemps). Soit 125 variétés issues du monde entier. La deuxième étape sera d’étudier la faisabilité d’une filière dédiée aux produits élaborés avec des céréales anciennes. Un état des lieux sera dressé en allant à la rencontre des partenaires de terrain, avant d’étudier les perspectives de développement. « La troisième étape consistera à transférer les connaissances sur les semences anciennes en organisant des journées techniques, en produisant des fiches techniques… », décrit Julie Gall, chargée de développement à l’Organisation professionnelle de l’agriculture biologique en Alsace (Opaba). Obtenir des populations adaptées Les raisons de s’intéresser aux variétés anciennes sont multiples. Avec le changement climatique, les plantes cultivées vont être confrontées à davantage de stress. Plus grande pression des ravageurs, des e périodes de stress hydriques et/ou de fortes chaleurs plus longues. Cultiver des céréales anciennes adaptées au contexte pédoclimatique local peut permettre d’atténuer l’effet de ces stress. En effet, en effectuant des croisements entre variétés anciennes, voire modernes, on obtient des variétés-populations qui présentent une certaine hétérogénéité génétique. Cela permet de lever différents boucliers en cas de stress. Au prix d’un travail de longue haleine, certes : « Il faut compter de 5 à 7 ans pour devenir autonome en semences produites à la ferme », prévient Julie Gall. Mais, en cultivant ces variétés-populations dans un contexte pédoclimatique donné, on obtient une population dynamique, capable d’évoluer au fil du temps pour s’adapter au contexte local. Autres avantages des variétés anciennes : elles sont peu gourmandes en intrants (lire en encadré), et leurs qualités organoleptiques peuvent être remarquables. Créer une « culture » du pain à base de céréales anciennes Au terme du projet, en 2020, l’objectif est d’avoir créé une structure collaborative regroupant l’ensemble des acteurs de cette filière. Peut-être sous la forme d’une Société coopérative d’intérêt collectif (SCIC) qui regrouperait des agriculteurs chargés d’effectuer une sélection de variétés anciennes, et de meuniers à même de valoriser ces variétés en élaborant des produits spécifiques. Les magasins seront bien entendu intégrés au programme. « Le projet vise aussi à développer une « culture » du pain à base de céréales anciennes », indique Julie Gall. Un peu comme il en existe une pour les deux autres volets du triptyque national pain-vin-fromage, « avec des équivalents d’œnologues qui feraient des évaluations gustatives du pain ». Car c’est en traitant le produit à sa juste valeur qu’une meilleure valorisation économique de ces blés sera atteinte.












