Cultures

Prébilan de campagne

Jusqu’ici tout va bien

Publié le 21/06/2019

Jusqu’à la fin de la semaine dernière, les blés se portaient bien, très bien même, mais les températures élevées de ces prochains jours vont probablement faire perdre des quintaux. Verdict à la moisson. En attendant, remontons dans le temps.

Tout a commencé par un hiver et un automne particulièrement secs. « En octobre, il n’a plu que 10 mm, contre 50 en moyenne », illustre Claire Buy, conseillère agricole à la Chambre d'agriculture Alsace. Conséquences : les nappes n’ont pas été rechargées. Et les agriculteurs ont eu du mal à positionner les semis de blé. « La tendance générale a été de semer un peu plus tard que d’habitude », rapporte Claire Buy. Et aussi assez dense, dans l’expectative de levées difficiles en raison du manque de précipitations. Une précaution qui pourrait s’avérer pénalisante lors du remplissage des grains… En effet, les mois de mars et d’avril ont été assez arrosés. Et de manière régulière. Ce qui a permis de recharger les sols et de procurer de très bonnes conditions de levée. Du coup, quasiment toutes les graines qui avaient été semées ont levé. Aboutissant à une densité de pieds élevée. La méiose a eu lieu autour du 15 mai, dans de très bonnes conditions. C’est une étape fatidique dans l’élaboration du potentiel de rendement puisqu’elle détermine le nombre de grains potentiels. En outre, entre la méiose et l’épiaison, une période également fondamentale, la température et le niveau de précipitations ont été optimaux. Au final : « Un nombre de grains potentiels énorme, avec à la fois beaucoup d’épis, et beaucoup de grains par épis », indique Claire Buy. Reste à remplir ces grains… Et c’est là que le bât blesse. Jusqu’au jeudi 20 juin, il n’y avait eu que cinq jours de conditions échaudantes (lorsque la température maximale dépasse 28 °C) depuis l’épiaison. C’est déjà bien. Car c’est l’échaudage en début de remplissage qui est le plus pénalisant, puisque c’est à ce moment que se détermine la taille du grain. Reste que les conditions chaudes de ces prochains jours vont sans doute pénaliser le remplissage des grains, donc le PMG.  Toujours le 20 juin, Jean-Louis Galais, conseiller agricole à la Chambre d'agriculture Alsace, estimait : « On peut perdre 1 q/jour, soit une dizaine de quintaux en tout. » Des reliquats azotés élevés La rareté des précipitations hivernales a eu un autre effet, celui de limiter le lessivage d’azote, donc de laisser des reliquats azotés après hiver dans le sol relativement élevés, et bien répartis dans les différents horizons du sol. « Sur 70 mesures, nous avons obtenu un reliquat moyen de 80 unités, allant de 100 unités dans les parcelles recevant des déjections animales, à 60 unités dans les parcelles n’en recevant pas, contre 40 unités en général dans ces situations », rapporte Claire Buy. Un autre phénomène peut être avancé pour expliquer ce phénomène : les rendements qui n’ont pas été à la hauteur des apports effectués l’an passé, ce qui a pu laisser une part d’azote dans le sol. Quoi qu’il en soit, les doses d’azote à apporter prescrites grâce à la méthode du bilan ont été relativement faibles. Le premier et le deuxième apport d’azote ont été bien valorisés. Quant au troisième, les mesures effectuées au N-tester ont conduit à réaliser une impasse dans la moitié des cas, et à effectuer un dernier apport dans l’autre, parfois davantage que préconisé par la méthode du bilan. Peut-être parce qu’étant donné les bonnes conditions ces blés n’ont pas eu à faire de racines très profondes donc n’ont pas complètement exploré les horizons inférieurs. Ou bien parce que, comme la montaison a été longue, l’azote a mis du temps à être utilisé et une partie a pu être réorganisée dans le sol avant d’être utilisée. « Le moteur de la valorisation de l’azote, c’est la croissance du blé, rappelle Jean-Louis Galais. Si l’azote n’est pas absorbé par le blé, il part dans le sol. » Et son coefficient d’absorption s’en trouve dégradé. Des maladies discrètes Au vu des précipitations régulières, la pression cryptogamique aurait pu être plus élevée qu’elle ne l’a été. « La septoriose est apparue plus tard que ce à quoi on s’attendait, début mai », rapporte Claire Buy. Pour se développer, l’agent de la septoriose requiert une température minimale de 12 °C. Or, lors des premières précipitations du mois d’avril, cette température seuil n’était pas atteinte, donc ces pluies n’ont pas été contaminantes. Conséquence : les traitements ont pu être décalés assez tard dans la saison. Et ceux qui ont été effectués prématurément ont parfois dû être rattrapés par un second passage. « Mais il n’est pas rare qu’un traitement autour de la mi-mai ait suffi à protéger le blé », constate Claire Buy. En effet, en plus d’une septoriose tardive et discrète, le temps sec autour de la floraison a limité le risque de contamination par la fusariose. Un traitement qui a donc pu être économisé dans pas mal de situations.

Publié le 26/05/2019

À Grussenheim, Frédéric Seiler décide de son assolement et de ses choix techniques selon des considérations économiques, environnementales et sociétales.

Frédéric Seiler s’est toujours destiné à l’agriculture. En août 2014, à 34 ans, il met fin à une carrière de quinze ans dans l’industrie pour reprendre la ferme de son père. Depuis, la surface n’a pas bougé, l’investissement est resté sage. L’essentiel des 75 000 € a été injecté dans un pulvérisateur porté de 24 m et deux travées supplémentaires de rampe d’irrigation. La véritable rupture avec le passé est intervenue cette année. Jusqu’en 2018, l’assolement se partage entre 70 ha de maïs grain, 20 de betteraves et le reste en blé. En 2019, Frédéric réduit la part du maïs et de la betterave pour leur substituer du blé dur et du colza. « Je crois à la diversification de mes cultures, explique-t-il. Je pense que la nouvelle Pac l’imposera de toute façon. Je fais mes essais. Le blé dur semé après betterave me paraît plus adapté au dérèglement climatique. Il se présente bien actuellement. J’en espère 75 à 80 q/ha et une marge équivalente à un maïs. Le colza fait son retour. S’il marge bien, je monterai sans doute à 9 ha en 2020. » « J'ai peur des basses eaux du Rhin » En diminuant la part du maïs, Frédéric a le sentiment d’anticiper. « J’ai peur des basses eaux du Rhin qui impactent le prix de vente. La nappe se recharge difficilement et je crains de futures restrictions d’irrigation d’autant que le grand public voit de plus en plus en l’agriculture une activité qui consomme trop d'eau. Et puis il y a le risque chrysomèle. Elle a été repérée dans le secteur en 2018. Rien d’alarmant. Mais si je traite c’est 60 €/ha de plus qui vont faire diminuer une marge à l’hectare déjà faible. » Pour la betterave présente sur l’exploitation depuis 2004, le choix est avant tout économique. « J’ai perdu de l’argent en 2018 », constate Frédéric. Au champ, la cercosporiose ne fait pas de cadeau. L’an passé, la maladie a détruit les trois bouquets de végétation et a fait baisser le rendement à 99 t/ha. Les huit à dix traitements nécessaires par campagne sont un autre souci. « Je n’implante plus de betterave près des habitations. Ce n’est pas tenable à terme. Il faudrait planter des haies capables d’arrêter un embrun et sacrifier une bande de six mètres de terre. » Frédéric n’abandonne pas la culture afin de préserver la filière et tous ceux qui en vivent. Aussi parce qu’il n’a pas « beaucoup d’autres alternatives ». Et puis, « le prix peut rebondir… » Stockage à la coopérative Frédéric ne désespère pas d’améliorer ses marges en pilotant son assolement selon l’évolution des marchés et en baissant toujours ses intrants. Il a réduit d’un tiers ses apports en phosphore. Il cherche à économiser sur les désherbages, les fongicides, grâce à un suivi précis de ses cultures. Il fait l’impasse sur les insecticides du sol au semis de maïs et lutte contre la pyrale en faisant lâcher des trichogrammes par un drone. Il choisit des variétés de blé tendre tolérantes à la septoriose et à la fusariose. Dans un délai proche, il se voit bien implanter des mélanges de trois ou quatre variétés performantes et résistantes à la septoriose, voire aux rouilles dont il anticipe l’arrivée en Alsace. « Cette année, je n’ai pas traité contre la septoriose. C’est une économie de 60 €/ha passage compris. En colza je me suis contenté d’un anti-graminée et en betterave, je ne ferai pas de T4. En maïs en revanche, je devrai traiter les deux tiers de ma surface avec un deuxième anti-liseron. Mais j’ai encore de la marge sur le désherbage. » Pour préserver au maximum ses parcelles d’une infestation, Frédéric n’hésite pas, s’il a une semaine de libre, à en faire le tour pour traiter leurs bords au pulvérisateur à dos. Depuis cinq ans, il teste le semis direct avec un semoir simple et un chisel passé superficiellement. Le résultat est décevant. Les pertes de pied se traduisent par un recul de 15 q/ha du rendement en maïs. C’est pourquoi Frédéric continue de labourer bien que ce ne soit pas sa « tasse de thé ». En contrat d’apport total, Frédéric fait stocker toutes ses céréales par sa coopérative. Il se fixe un objectif de prix par culture. Une fois sa décision arrêtée, il touche le prix moyen de la quinzaine qui précède. Frédéric consulte quasiment tous les jours un site spécialisé. Cette année, il spécule avec 100 t de maïs car il a remarqué que les semis étaient en retard aux États-Unis. « C’est stressant », avoue-t-il. Depuis peu, il compare les prix pratiqués entre organismes stockeurs. Les écarts sont faibles », juge-t-il. Comme il s’attend à un cours élevé en raison du recul de 20 % des emblavements français, il compte vendre son colza 2019 à la récolte. Plus classique, il cède son blé dès septembre pour refaire sa trésorerie. « Je travaille plus qu’avant 2014 et je gagne un tiers en moins ». Sans regrets.

Publié le 14/05/2019

Depuis deux ans la Chambre d'agriculture d’Alsace teste différents mélanges de méteils au Gaec du Bruehl à Eckwersheim. Objectif : trouver les meilleurs mélanges de céréales et de protéagineux, ceux qui permettent d’améliorer et sécuriser l’autonomie fourragère des exploitations dans un contexte de changement climatique. Visite.

Une année avec une aussi piètre récolte fourragère que l’année dernière, ça passe. Deux, ça casse. C’est pourquoi les éleveurs sont en quête de nouvelles ressources fourragères : « On ne peut plus tout miser sur l’herbe », constate Laurent Fritzinger, conseiller agricole à la Chambre d'agriculture d’Alsace (CAA). D’où un regain d’intérêt pour les méteils, ces mélanges de céréales et de protéagineux, cultivés en interculture longue, par exemple entre deux maïs. Il s’agit donc de semer des mélanges de céréales et de protéagineux. Bien. Mais quelles espèces ? Et en quelles proportions ? Le champ des possibles est vaste et dépend tout à la fois du contexte pédoclimatique, des objectifs poursuivis par l’éleveur, du suivant, du précédent… Pour aider les éleveurs à y voir plus clair, la CAA élabore depuis deux ans une plateforme où différents méteils sont testés. S’y côtoient des mélanges élaborés par des industries semencières, et des mélanges maisons, confectionnés avec des semences certifiées ou fermières. Les tableaux ci-contre récapitulent les principales caractéristiques des espèces entrant dans la composition des mélanges testés. L’orge n’y figure pas : « Il est trop précoce pour l’Alsace, et on a du mal à trouver un protéagineux qui a une précocité équivalente. En plus, la céréale est censée servir de tuteur aux protéagineux, or l’orge est sensible à la verse », justifie Laurent Fritzinger. Sans compter qu’il est assez sensible aux maladies cryptogamiques. Quoi semer, quand récolter ? Parmi les critères de choix des espèces figure la nature du suivant. Par exemple, l’épeautre, assez tardif, est à éviter avant un maïs, mais convient avant un sorgho. Certains agriculteurs craignent que le méteil impacte le potentiel de rendement du suivant en entamant la réserve hydrique du sol. C’est vrai, mais moins qu’une interculture de ray-grass italien (RGI). Pour limiter le risque, une stratégie consiste à implanter les intercultures de RGI sur les terres présentant la meilleure réserve utile, et de réserver les méteils aux moins bonnes terres. Une fois les méteils implantés, il faut déterminer quand les récolter. Et ce n’est pas très facile lorsqu’il y a plusieurs espèces à des stades de maturité différents. Si le méteil est destiné à l’alimentation des laitières, il faudra privilégier une récolte précoce, au stade début épiaison, pour profiter de la meilleure valeur alimentaire du fourrage. En effet, « la MAT diminue avec le temps », rappelle Philippe Le Stanguennec, conseiller agricole à la CAA. C’est de manière générale la céréale qu’il s’agit de considérer pour déterminer la date de récolte du méteil, car c’est elle qui constitue la plus grande part du rendement final. Si le méteil est destiné aux génisses ou à des vaches allaitantes, il est possible d’attendre le stade grain laiteux pâteux pour gagner en volume. Il y a tout de même une exception à signaler : si l’objectif recherché est l’autonomie protéique, et que le mélange a été constitué à cette fin, avec une proportion de protéagineux élevée, il est possible de déterminer la date de récolte en se fixant sur le stade des protéagineux. Avec pour idéal le stade floraison. Retrouvez cette visite en images :  

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