Cultures

Publié le 28/01/2020

Évolution du système d’attribution des aides Pac, restrictions d’usage qui s’ajoutent à chaque réhomologation d’un produit phytosanitaire, taxes de plus en plus élevées, pression des distributeurs d’eau et de la société civile, en général… les agriculteurs sont sommés de toutes parts d’aller vers une réduction de l’usage des produits phytosanitaires. Une tendance qui peut jouer en défaveur de la betterave, culture encore assez dépendante de ces solutions.

Les techniciens de la filière travaillent donc ardemment à « verdir » les itinéraires techniques, par différents moyens, que ce soit en promouvant le désherbage mécanique, en améliorant les programmes de désherbage, ainsi que les méthodes d’application des produits ; par exemple, en faisant du traitement dirigé sur le rang grâce au guidage GPS… Des évolutions qui ne vont pas sans quelques nécessaires adaptations, pas toujours très cohérentes avec les objectifs de départ. Exemple : pour rationaliser le désherbage mécanique, il faudrait augmenter la taille des parcelles, et limiter les bordures. Le catalogue de variétés évolue Pour lutter avec moins de produits de synthèse contre les maladies cryptogamiques, le premier levier est génétique. C’est pourquoi la sucrerie mène chaque année des essais variétaux, afin d’identifier les variétés les plus adaptées au secteur. Pour lutter contre la cercosporiose, Michel Butscha, technicien à la sucrerie, recommande, en janvier 2020, les variétés chelem, auckland, ellea, rumba, mais aussi BTS2045, raison, castor, chamois, aviron... Il conclut : « Le catalogue des variétés a bien évolué. » Et invite les agriculteurs qui pratiquent des rotations comprenant du chou et/ou du colza à privilégier des variétés tolérantes aux nématodes, qui peuvent pénaliser le rendement. En matière de lutte contre les ravageurs souterrains, Michel Butscha préconise l’emploi de semences traitées au Force à 8 g par unité de 100 000 grains. « Attention aux semis trop profonds, favorables aux dégâts de scutigerelles, qui rongent les racines donc pénalisent le développement des betteraves », complète-t-il. Enfin, pour la première campagne sans néonicotinoïdes, les producteurs ont été gratifiés d’une pression en pucerons élevée. Leur arrivée, fin avril, a, en général, été rapidement suivie par celle des coccinelles mais des traitements ont tout de même été effectués.   Lire aussi : « Les ravageurs passés au crible », sur le site de L'Est agricole et viticole, et sur le site du Paysan du Haut-Rhin.

Betteraves sucrières

Ne pas quitter le navire

Publié le 27/01/2020

Étant donnée la zone de turbulence que traverse la filière betteravière, la traditionnelle réunion technique hivernale a pris des tournures de plaidoyer pour l’augmentation collective des surfaces de betteraves afin de maintenir la sucrerie d’Erstein.

« Pour garder l’usine, nous devons augmenter les surfaces », expose Georges Burger, président de la section du Kochersberg, qui introduisait la réunion du 7 janvier à Dossenheim. « Alors, augmentez le prix ! », rétorque un producteur dans la salle. « Ça, le prix, ce n’est pas nous », lâche Georges Burger. En trois phrases, le ton est donné. Franck Sander, président de la Confédération générale des planteurs de betteraves (CGB), prend alors la parole pour donner des arguments afin de sortir de ce qui semble être une impasse : « Dans le Kochersberg, le moral est moins bon qu’ailleurs, parce que vous avez particulièrement souffert de la sécheresse. Comme les coûts de production augmentent, la marge baisse. Donc cette année, c’est vrai, les planteurs ne gagnent pas d’argent. Mais ce n’est surtout pas cette année qu’il faut lever le pied. » Il développe son raisonnement : « Moi je pense qu’il faut semer, chacun un peu plus. Non seulement parce que cela permettra de tenir l’usine. Mais s'il devait y avoir des indemnités, elles seront basées sur les références suface. » Au-delà de ces considérations, Franck Sander expose : « Est-ce que cela vaut le coup de fermer une usine qui emploie 150 personnes, pour 500 ou 1 000 ha qui manquent ? Moi, je pense que non. Il faut donc semer pour que ça n’arrive pas, et pour préserver une culture qui permet de diversifier les rotations, qui génère des emplois, ainsi qu'un aliment pour le bétail de qualité. » Autre argument avancé par Franck Sander : le plan filière, initié pour contrer la vague de fermetures d’usines en redonnant de la compétitivité à la filière, que ce soit en amont ou en aval. Sur l’axe 1, qui concerne plus particulièrement les producteurs puisqu’il est consacré à la culture de la betterave, le plan prévoit notamment de valoriser les services environnementaux, d’accroître la résilience des exploitations, d’encourager les meilleures pratiques environnementales, donc aussi « de soutenir ces investissements que les agriculteurs ne devraient pas être les seuls à devoir supporter, puisqu’ils relèvent de l’intérêt général », note Franck Sander. Autre point que les responsables professionnels surveillent avec attention : le taux d’incorporation d’éthanol dans les carburants. « Il s’agit d’un élément stratégique car c’est un facteur de progrès important, puisqu’il est gage de flexibilité entre la production de sucre et d’éthanol ». Le creux de la vague est passé Pour Franck Sander, il s’agit aussi de ne pas se décourager alors que le creux de la vague est passé : « Le prix du sucre augmente, donc la conjoncture sera encore compliquée en 2020, mais devrait s’améliorer en 2021 ». Sans oublier que la consommation d’éthanol progresse, « que les taux d’incorporation sont plutôt en hausse et que les prix se tiennent ». Dernier argument avancé par le président de la CGB : l’intérêt de la betterave dans le cadre des quotas carbone, qui pourraient à l’avenir constituer une source de diversification de revenu pour les agriculteurs : « La betterave aurait beaucoup d’intérêt car toute la plante est valorisée. » Des discussions qui ont suivi ce plaidoyer, retenons que la priorité est à une augmentation collective des surfaces. Mais que les responsables professionnels n’entendent pas laisser la sucrerie être fermée sans avoir engagé une série d’actions : « Tout est envisageable », affirme Franck Sander. 10 % de betterave en plus pour tout le monde Gérard Lorber est ensuite intervenu en sa qualité de président de la section d’Erstein de Cristal Union, afin de présenter la stratégie du groupe pour sortir de la crise. Stratégie qui repose sur deux piliers : réduire la dépendance au marché mondial et développer la production d’éthanol pour gagner en flexibilité. En ce qui concerne Erstein plus précisément, l'objectif est encore de « pérenniser l’outil ». Sa capacité de production a été « dégoulottée », ce qui a permis cette année de franchir le cap des 1 000 tonnes de sucre produites par jour. Avec pour conséquence des économies d’énergie car il n’y avait pas de stock de jus en fin de campagne, donc pas de mini-campagne. L’objectif pour Cristal Union est désormais de revenir à 7 500 ha. Un objectif « ambitieux », mais pas inatteignable, puisqu’il a déjà été atteint, en 2017. « En 2019, nous étions à 6 000 ha, donc si on ne fait rien, on sera en dessous des objectifs », prévient Gérard Lorber, qui déroule lui aussi une liste d’arguments pro betteraves : « Nous nous situons dans le top des rendements du groupe, c’est un atout. En outre, Cristal Union s’est engagé pour une base de rémunération à 23 €/ 1 000 t de betteraves BCR contractées en 2020, plus une prime de compétitivité. » Et puis les éleveurs qui veulent des pulpes n’ont plus d’autre choix : « Nous avons pris la décision de ne plus livrer que ceux qui se sont engagés à faire de la betterave en 2020 ». S’il « entend bien » que la rémunération des betteraves n’est pas à la hauteur des attentes des producteurs, Gérard Lorber se veut réaliste : « Si Sud Zucker ferme des usines en France et pas en Allemagne, ce n’est pas par hasard, cela signifie que la production de sucre va perdurer en Europe, mais pas forcément partout. » À Dominique Daul, producteur de betterave à Pfettisheim, qui demande un plan de marche plus précis pour relancer la production, Franck Sander répond : « 10 % de betterave en plus pour tout le monde, et jouer sur la solidarité, en partageant davantage les travaux. »   Lire aussi : « « À nous de savoir ce que nous voulons ! » », sur le site de L'Est agricole et viticole, et sur le site du Paysan du Haut-Rhin.

Navet salé d’Alsace

Un légume aux racines anciennes

Publié le 25/01/2020

En Alsace, une dizaine de professionnels et trois transformateurs assurent la production et la transformation du navet salé sur une surface d’une quarantaine d’hectares. Le 15 janvier, les acteurs de la filière se sont retrouvés à la choucrouterie Claude à Chavannes-sur-l’Étang pour une opération promotion de ce légume traditionnel.

Les transformateurs de navet salé sont donc au nombre de trois. Deux sont installés dans le Bas-Rhin : la choucrouterie de la famille Ades à Krautergersheim et celle de la famille Speisser à Geispolsheim. Dans le Haut-Rhin, la choucrouterie Claude est le dernier établissement du département à travailler le chou et le navet salé. « L’entreprise familiale a été créé par mon père, René Claude, au début des années 1960, explique le gérant, Pascal Claude. En 1968, un bâtiment spécifique de production de 800 m2 a été construit. Il a été doublé en 1978. J’ai intégré l’entreprise en 1980. Au début des années 1990, nous avons modernisé notre outil de production et nous avons développé la cuisson de la choucroute et des navets salés vendus en pots allant de 500 grammes à 10 kg. Nous transformons en moyenne 1 500 tonnes de choux par an et 300 tonnes de navets que nous achetons chez des producteurs situés dans le secteur de Dannemarie. »   La filière du navet salé fait sa promotion ce mercredi 15 janvier à la choucrouterie Claude à Chavannes-sur-l’Etang. pic.twitter.com/UMZSvHvOBc — EAVPHR (@EAVPHR) January 15, 2020   Un peu d’histoire Les premières descriptions de fabrication des navets salés en Alsace datent de 1539. Ensuite, presque tous les livres de cuisine alsaciens, parus depuis le XVIe siècle, indiquent la manière de préparer les conserves de navet. On parle alors de « Sueri Ruewe », de « Kellernueddle » ou encore de « Keller Staffle ». Trois siècles plus tard, à la fin du XIXe, il est relevé que les « Sauerüben, » des navets confits, faisaient encore l’ordinaire des dimanches bourgeois de Colmar. On servait traditionnellement des navets tous les mardis entre Pâques et la Pentecôte. Si le navet blanc sous sa forme confite était déjà consommé par les hommes de la préhistoire, les gastronomes de la Renaissance lui reconnaissent des vertus de santé. On apprendra bien plus tard que c’est la fermentation qui permet au navet de se charger en micro-organismes vivants, les probiotiques, particulièrement bénéfiques pour la digestion. Depuis, la consommation de navets salés a évolué. « Dans les années 1960, on vendait autant de navets salés que de choucroute. Ce n’est plus le cas aujourd’hui car le produit n’est plus considéré de la même façon. Du coup, on tente d’influer différemment la consommation en proposant le navet salé sous d’autres formes. Depuis deux ans, nous faisons du navet bio. Il nécessite cependant davantage de travail car il est souvent plus petit », précise Pascal Claude. La centaine de tonnes de navets salés ainsi obtenue est commercialisée pour 90 tonnes en navets salés crus et pour une dizaine de tonnes en navets salés cuisinés. Une arrière-saison intéressante Les navets sont semés après la récolte d’une céréale comme l’orge ou le blé d’hiver, sur une période allant de mi-juillet à mi-août. Après le semis, un démarrage manuel des plantes excédentaires peut être réalisé. La culture est régulièrement binée pour éliminer les mauvaises herbes et réduire les besoins en irrigation. Depuis la mi-septembre, le navet est récolté manuellement ou mécaniquement puis paré manuellement. Cette opération permet l’élimination des fanes et de la base du collet ainsi que du pivot, qui est la racine principale. Les navets arrivent à maturité en 40 à 80 jours, selon les variétés et la taille à laquelle on désire les récolter. Afin que ces opérations soient les plus rapides possible, les navets sont sélectionnés pour leur taille ainsi que pour leur forme allongée, qui facilite le parage et limite les pertes. « Cette année, les navets sont exceptionnellement gros. Cela vient certainement des caprices de la météo. Cependant, nous avons une arrière-saison intéressante et propice pour les navets », se félicite le professionnel. Lors de leurs récoltes, les navets sont composés de feuilles oblongues et de racines charnues de formes (sphérique, allongée, plate) et de couleurs variées (rose, blanche, noire…). À la livraison, les navets sont stockés dans un silo, puis, au fur et à mesure, sont versés dans une laveuse. Cette dernière est différente quand il s’agit de navet bio qui a alors moins de jus. Dans tous les cas, les navets sont ensuite épluchés avant qu’un peigne déroule de longues lanières bien blanches. Le tout est alors mis en saumure dans un silo à l’abri de l’air. Après fermentation anaérobie, les navets salés sont conditionnés puis commercialisés. À Chavannes-sur-l’Etang, les déchets et jus sont dirigés vers un méthaniseur. Auparavant, ils allaient en station d’épuration. « Nous comptons travailler à l’avenir avec d’autres agriculteurs du secteur pour livrer nos déchets vers un méthaniseur collectif. Le projet est en cours de finalisation. Les travaux pourraient démarrer en 2020 pour un lancement en 2021. La boucle serait bouclée », se félicite Pascal Claude. Le navet dans tous ses états Les navets salés présentent de nombreuses vertus. Ils sont faibles en calories, bien pourvus en fibres, riches en oligo-éléments et sont une bonne source de vitamine, minéraux, potassium et calcinsum. L’association pour la promotion du navet salé d’Alsace est là pour valoriser et communiquer positivement sur le produit. L’idée étant d’attirer les jeunes générations, de proposer des idées de recettes pour faciliter l’utilisation ou encore de proposer un packaging prêt à l’emploi pour faciliter l’acte d’achat. Parmi ces plats, on retrouve la tarte au navet, mais aussi différents mets où le navet est mis en valeur en tant que navet salé ou navet cru. Ces recettes ont été dégustées au restaurant « Le Storkahus » à Guevenatten où officie le chef Guillaume Keller.  

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