Étant donnée la zone de turbulence que traverse la filière betteravière, la traditionnelle réunion technique hivernale a pris des tournures de plaidoyer pour l’augmentation collective des surfaces de betteraves afin de maintenir la sucrerie d’Erstein.
« Pour garder l’usine, nous devons augmenter les surfaces », expose Georges Burger, président de la section du Kochersberg, qui introduisait la réunion du 7 janvier à Dossenheim. « Alors, augmentez le prix ! », rétorque un producteur dans la salle. « Ça, le prix, ce n’est pas nous », lâche Georges Burger. En trois phrases, le ton est donné. Franck Sander, président de la Confédération générale des planteurs de betteraves (CGB), prend alors la parole pour donner des arguments afin de sortir de ce qui semble être une impasse : « Dans le Kochersberg, le moral est moins bon qu’ailleurs, parce que vous avez particulièrement souffert de la sécheresse. Comme les coûts de production augmentent, la marge baisse. Donc cette année, c’est vrai, les planteurs ne gagnent pas d’argent. Mais ce n’est surtout pas cette année qu’il faut lever le pied. » Il développe son raisonnement : « Moi je pense qu’il faut semer, chacun un peu plus. Non seulement parce que cela permettra de tenir l’usine. Mais s'il devait y avoir des indemnités, elles seront basées sur les références suface. » Au-delà de ces considérations, Franck Sander expose : « Est-ce que cela vaut le coup de fermer une usine qui emploie 150 personnes, pour 500 ou 1 000 ha qui manquent ? Moi, je pense que non. Il faut donc semer pour que ça n’arrive pas, et pour préserver une culture qui permet de diversifier les rotations, qui génère des emplois, ainsi qu'un aliment pour le bétail de qualité. »
Autre argument avancé par Franck Sander : le plan filière, initié pour contrer la vague de fermetures d’usines en redonnant de la compétitivité à la filière, que ce soit en amont ou en aval. Sur l’axe 1, qui concerne plus particulièrement les producteurs puisqu’il est consacré à la culture de la betterave, le plan prévoit notamment de valoriser les services environnementaux, d’accroître la résilience des exploitations, d’encourager les meilleures pratiques environnementales, donc aussi « de soutenir ces investissements que les agriculteurs ne devraient pas être les seuls à devoir supporter, puisqu’ils relèvent de l’intérêt général », note Franck Sander. Autre point que les responsables professionnels surveillent avec attention : le taux d’incorporation d’éthanol dans les carburants. « Il s’agit d’un élément stratégique car c’est un facteur de progrès important, puisqu’il est gage de flexibilité entre la production de sucre et d’éthanol ».
Le creux de la vague est passé
Pour Franck Sander, il s’agit aussi de ne pas se décourager alors que le creux de la vague est passé : « Le prix du sucre augmente, donc la conjoncture sera encore compliquée en 2020, mais devrait s’améliorer en 2021 ». Sans oublier que la consommation d’éthanol progresse, « que les taux d’incorporation sont plutôt en hausse et que les prix se tiennent ».
Dernier argument avancé par le président de la CGB : l’intérêt de la betterave dans le cadre des quotas carbone, qui pourraient à l’avenir constituer une source de diversification de revenu pour les agriculteurs : « La betterave aurait beaucoup d’intérêt car toute la plante est valorisée. »
Des discussions qui ont suivi ce plaidoyer, retenons que la priorité est à une augmentation collective des surfaces. Mais que les responsables professionnels n’entendent pas laisser la sucrerie être fermée sans avoir engagé une série d’actions : « Tout est envisageable », affirme Franck Sander.
10 % de betterave en plus pour tout le monde
Gérard Lorber est ensuite intervenu en sa qualité de président de la section d’Erstein de Cristal Union, afin de présenter la stratégie du groupe pour sortir de la crise. Stratégie qui repose sur deux piliers : réduire la dépendance au marché mondial et développer la production d’éthanol pour gagner en flexibilité. En ce qui concerne Erstein plus précisément, l'objectif est encore de « pérenniser l’outil ». Sa capacité de production a été « dégoulottée », ce qui a permis cette année de franchir le cap des 1 000 tonnes de sucre produites par jour. Avec pour conséquence des économies d’énergie car il n’y avait pas de stock de jus en fin de campagne, donc pas de mini-campagne. L’objectif pour Cristal Union est désormais de revenir à 7 500 ha. Un objectif « ambitieux », mais pas inatteignable, puisqu’il a déjà été atteint, en 2017. « En 2019, nous étions à 6 000 ha, donc si on ne fait rien, on sera en dessous des objectifs », prévient Gérard Lorber, qui déroule lui aussi une liste d’arguments pro betteraves : « Nous nous situons dans le top des rendements du groupe, c’est un atout. En outre, Cristal Union s’est engagé pour une base de rémunération à 23 €/ 1 000 t de betteraves BCR contractées en 2020, plus une prime de compétitivité. » Et puis les éleveurs qui veulent des pulpes n’ont plus d’autre choix : « Nous avons pris la décision de ne plus livrer que ceux qui se sont engagés à faire de la betterave en 2020 ». S’il « entend bien » que la rémunération des betteraves n’est pas à la hauteur des attentes des producteurs, Gérard Lorber se veut réaliste : « Si Sud Zucker ferme des usines en France et pas en Allemagne, ce n’est pas par hasard, cela signifie que la production de sucre va perdurer en Europe, mais pas forcément partout. »
À Dominique Daul, producteur de betterave à Pfettisheim, qui demande un plan de marche plus précis pour relancer la production, Franck Sander répond : « 10 % de betterave en plus pour tout le monde, et jouer sur la solidarité, en partageant davantage les travaux. »
Lire aussi : « « À nous de savoir ce que nous voulons ! » », sur le site de L'Est agricole et viticole, et sur le site du Paysan du Haut-Rhin.