Cultures

Association des planteurs de houblon d’Alsace (APHA)

Emploi, pérennisation de la filière, les enjeux du futur

Publié le 24/02/2020

Bilan 2019, pistes d’action pour l’avenir de la production, l’assemblée générale de l’association des planteurs de houblon d’Alsace (APHA) du 31 janvier a réuni une trentaine de participants à Truchtersheim, en présence de nombreuses personnalités dont le président de la FDSEA, Franck Sander.

C’est au Trèfle à Truchtersheim que le président de l’APHA, Jean-Paul Ulrich, a accueilli les participants à leur assemblée générale statutaire. Il a remercié de leur présence Franck Sander, président de la FDSEA, Bernard Ingwiller, président de l’Association générale des producteurs de houblon de France (AGPH), Éric Trossat, président des Brasseurs d’Alsace et Marc Moser, président du Comptoir agricole. Désarmés face au mildiou Le président est revenu sur l’année écoulée, qualifiée « d’atypique ». La météo a été particulièrement instable, « très humide en avril ». Ces pluies ont fait surgir des attaques importantes de mildiou, touchant toutes les parcelles et laissant les planteurs démunis face « au manque de produits phytosanitaires efficaces ». Ce sont les fortes chaleurs qui ont arrêté la propagation de la maladie. Les nuits fraîches ont limité les dégâts liés à la sécheresse, qui a poussé les producteurs à « reculer au maximum la date de récolte ». Au final, le rendement moyen de cette année reste néanmoins « honorable », a indiqué le président. Confrontée au manque de main-d’œuvre, la filière cherche des solutions et expérimente. Autre facteur limitant pour la production évoquée par le président, celui du renouvellement des générations, sur fond de prix rémunérateur. Les planteurs, avec les 12 à 15 variétés actuellement plantées, sont en mesure de répondre aux demandes et aux besoins aromatiques des brasseurs, « il s’agit de jouer la carte locale du houblon », a conclu le président. Si la profession a frôlé « les incidents sanitaires l’année dernière », Bernard Ingwiller a précisé que l’Europe a également subi ces maladies, en Slovénie, 200 ha ont été touchés par le charançon, qui a aussi sévi en Allemagne. « C’est un défi technique qui impacte le choix des futures variétés ». La filière ne pourra pas supporter le coût financier, en gardant les surfaces, « les collectivités doivent donc intervenir de façon colossale » a affirmé Bernard Ingwiller. Face au changement climatique, l’Allemagne irrigue désormais 27 % de ses surfaces en houblon. Le lycée agricole d’Obernai a également pris cette initiative. Bernard Ingwiller a souligné l’importance d’un engagement commun dans l’avenir pour stabiliser et développer la filière. « On n’imagine pas l’Alsace sans houblon », a conclu le président. Francis Woehl a présenté le rapport d’activité en soulignant l’importance de la qualité du houblon, « indispensable pour cette production de niche ». Face aux problèmes d’installation, il a évoqué un modèle économique différent, avec des surfaces « plus restreintes », qui pourrait représenter une source de diversification pour certains agriculteurs, à condition d’un engagement préalable réciproque sur les prix avec le Comptoir agricole. « Restons unis et groupés », a-t-il conclu. Terrajob, une plateforme pour l’emploi L’accès à la main-d’œuvre est une problématique récurrente en houblon. Joseph Schneider a présenté le bilan de l’expérience menée avec la Région, qui a concerné cinq personnes bénéficiaires du RSA, qui pouvaient le conserver en travaillant sur les exploitations. « Des jeunes dynamiques et volontaires », a-t-il décrit. Mais l’expérience s’est tout de même soldée par le désistement de ces personnes. Sans regret, Joseph Schneider s’est dit prêt à « renouveler cette expérience avec des propositions mieux étudiées ». Joseph Lechner, le responsable du dossier emploi à la FDSEA, et membre de la commission nationale emploi, a souligné que « le marché du travail se tend ». Il est « plus difficile d’embaucher actuellement, et ceux qui restent sur le front de l’emploi sont les moins employables, très éloignés du monde du travail ». Il a présenté la plateforme Terrajob, créée fin 2019. C’est un groupement d’employeurs, au nombre de sept, « obligatoire dans le droit local », d’où l’appel à des institutions, comme la FDSEA, la MSA, Alsace Agriservices… Cette plateforme complète l’ensemble des initiatives sur le secteur de l’emploi. Les solutions sont multiples, notamment la possibilité de faire appel aux migrants, qui sont « prêts à travailler, s’ils y sont autorisés », une question à travailler avec les collectivités locales et départementales. Marc Moser a souligné l’importance de l’emploi, « un enjeu majeur » pour accompagner la filière houblon et les autres : « C’est la survie du modèle agricole départemental qui est en jeu », a déclaré le président du Comptoir agricole, qui fait « au mieux » pour que le houblon reste une culture rémunératrice. Planteurs et brasseurs, œuvrer pour un partenariat gagnant-gagnant Éric Trossat a évoqué l’évolution du monde brassicole, marqué par l’émergence des microbrasseries, qui sont désormais plus de 2 000 en France. Ces brasseurs ramènent sur le marché de nouveaux clients, « un élan qui profite aux producteurs de houblon ». « La France est devenue le premier pays européen en matière de brasseries », dépassant l’Allemagne et la Belgique. Il a évoqué les changements dans les grandes brasseries, un nouveau PDG pour Kronenbourg, un changement d’actionnaire pour Saverne. « Il y a davantage de brasseurs artisans, à vous de positionner le houblon d’Alsace », a déclaré le président des Brasseurs d’Alsace, confiant dans l’avenir de la production. Franck Sander s’est quant à lui interrogé sur l’ambiance particulière de cette année : « Tous les voyants sont au vert, avec 500 ha de houblon, un nombre de brasseries en hausse, et pourtant il n’y a pas de commercialisation correcte ». Il a donc adressé au représentant des Brasseurs d’Alsace un appel du pied « pour un partenariat gagnant-gagnant, basé sur la contractualisation » ainsi que pour l’incitation à l’achat de houblon d’Alsace. Une manière de répondre à une demande de la société « pour plus de local ». Face au risque de diminution du nombre de planteurs, il lui paraît important de mobiliser la Région pour développer de nouvelles surfaces en houblon. Autre piste évoquée par le président de la FDSEA, les jeunes exploitants pourraient « greffer 10 ha sur un atelier de récolte ». Sur la question du bio, le challenge est à relever, « s’il y a un marché, il faut pouvoir le prendre », a noté Franck Sander, qui a salué le projet de la plateforme Terrajob, pour trouver une main-d’œuvre sans formations, localement. L’autre possibilité, « en lien avec les collectivités », concernerait l’embauche de migrants. Sur la réforme de la Pac, Franck Sander a précisé que « pour l’instant rien n’est gagné sur le couplage ». La Fédération a posé des pions et déposé une demande à Bruxelles. En outre, la gestion des risques évolue aussi dans le houblon. « Il s’agit de ne pas abandonner trop vite une culture à valeur ajoutée », a donc exhorté Jean-Paul Ulrich.   A lire aussi : « Bonne qualité, mais rendement en berne »

Publié le 18/02/2020

Malgré un contexte pas toujours évident, l’Union des pépiniéristes et des horticulteurs de la région Alsace (Uphoral) veut rester confiante pour l’avenir de sa profession. Les raisons d’être « enthousiastes » sont bel et bien là. À condition de regarder « collectivement » vers les nombreux atouts qu’elle a en sa possession.

Peut-on encore être horticulteur et conserver un réel enthousiasme pour son avenir ? Dans un contexte difficile, et face à un manque de visibilité malheureusement trop présent, la question peut en effet se poser. La réponse, elle, est une affaire de choix. Se laisser aller à un pessimisme destructeur ou faire preuve d’un optimisme réaliste et constructif ? Le président de l’Union des pépiniéristes et des horticulteurs de la région Alsace (Uphoral), Paul-André Keller, préfère se focaliser sur la seconde option. Lors de la dernière assemblée générale de l’association, il a dressé les « raisons d’y croire » malgré le marasme qui frappe à la porte. « Oui, c’est vrai, dans nos entreprises, nous avons la tête dans le guidon. Nous gérons chaque jour des multitudes de problèmes et de situations. C’est pour cela que nous avons du mal à nous extraire de ce champ de vision négatif. Pourtant, il est essentiel de relever la tête, de regarder autour de nous pour regarder plus loin. Des solutions existent pour faire perdurer nos métiers, mais il faut être prêt à changer, à s’adapter. » Créer des synergies syndicales Face aux nouveaux modes de consommation, et aux nouvelles tendances du marché des végétaux et fleurs, tout horticulteur qui se respecte n’a d’autre choix que de faire évoluer ses gammes, ses modes de production. En clair, apprendre à voir sur le long terme tout en y intégrant davantage de proximité avec sa clientèle. Dans une ère marquée par le fort développement des circuits courts, la carte à jouer est belle pour la profession horticole. À condition de la jouer collectif, comme tient à le rappeler Paul-André Keller : « Ce projet doit être un projet commun de filière entre la FNPHP, Val'hor, Astredhor, HPF et toutes les autres organisations qui gravitent autour de nos métiers. Ceci est un tout dont l’efficacité dépend de la capacité du collectif à tirer dans le même sens. » Un message d’union, mais surtout un vœu qu’il souhaiterait voir se concrétiser en 2020 entre Uphoral et Est Horticole. « Il y a encore des progrès à faire dans les relations entre nos deux entités. Nous pourrions gagner en efficacité dans l’intérêt de l’horticulture alsacienne. » Une « meilleure » synergie qu’il faudrait aussi consolider du côté d’organisations comme les FDSEA et FRSEA. Un syndicalisme « responsable » pour Paul-André Keller, indispensable pour apporter des solutions aux nouvelles problématiques qui touchent l’horticulture comme la nouvelle réglementation sur le passeport phytosanitaire européen. Ce dispositif, obligeant d’apposer le passeport sur chacun des végétaux en phase d’être mis en vente, est entré en vigueur le 14 décembre avec quelques points d’interrogations. En effet, à l’automne dernier, le dernier CNOPSAV végétal (instance d’orientation de la politique sanitaire du ministère de l’Agriculture) n’a pas permis de cadrer définitivement les méthodes d’étiquetage des passeports, ni les points liés aux contrôles. Face à cette situation « ubuesque », la FNPHP a interpellé le ministre de l'Agriculture le 28 novembre afin de le rendre attentif sur cette situation « insatisfaisante », tant pour les producteurs que pour les clients. « La traçabilité, oui. Mais encore faut-il avoir des règles claires et applicables sans que cela ne devienne une usine à gaz, ou remette en cause les marges liées aux coûts de productions », souligne Paul-André Keller. Heureusement pour les professionnels de l’horticulture, 2020 devrait être une année « test » pour l’application du dispositif. Les contrôles qui seront effectués par la Fredon ou le Service régional de l’alimentation (SRAL) seront avant tout « pédagogiques ». « Il est prévu de faire un bilan général du nouveau dispositif en cours d’année avec les différents services concernés », complète le président de l’Uphoral. Dans l’actualité « chaude », il y a aussi les zones de non-traitement (ZNT). Un dossier largement médiatisé, qui enflamme les professions agricole et viticole depuis des mois. Et si l’horticulture semble moins concernée, il convient néanmoins de « rester vigilant » par rapport à cette nouvelle réglementation prévient Paul-André Keller : « Elle risque tout de même de pénaliser certaines exploitations horticoles ou des pépinières de production de plein champ dans les zones périurbaines. » En toile de fond, il y a la nécessité, pour la profession horticole alsacienne, de créer une « nouvelle dynamique » autour de la marque Fleurs et plantes d’Alsace et, surtout, de garder une vision « prospective » dans le domaine du fleurissement. « C’est, quelque part, l’ADN de nos métiers. Même si nous entretenons un excellent partenariat avec Alsace destination tourisme, nous avons une dynamique à entretenir. Cette approche est nécessaire car rien n’est jamais acquis », considère-t-il. Tant le négatif que le positif. « L’entreprise du futur » est dans la serre « Tout est une question de regard », explique Mirjana Stanojevic. Cette conférencière, coach et formatrice, accompagne des entreprises au quotidien pour leur apporter davantage de « bienveillance » et de « sérénité ». Deux ingrédients indispensables qui finalement permettent d’envisager le futur avec enthousiasme et optimisme qu’on soit responsable d’une start-up, d’une multinationale… ou horticulteur. Son intervention à la fin de l’AG de l’Uphoral l’a bien rappelé. « L’avenir sourit à l’horticulteur. Vous avez toutes les caractéristiques de l’entreprise du futur : vous avez la proximité, le contact et le conseil. Aujourd’hui, le consommateur ne veut pas juste une belle plante, il veut le rapport humain qui va avec. C’est un réel atout que vous avez. » Autre paramètre qui joue en faveur de l’horticulteur qui a pignon sur rue : sa proximité géographique avec ses clients. « C’est du local, avec une empreinte carbone très faible. D’un point de vue environnemental, cela a beaucoup de sens. » Enfin, le dernier paramètre à prendre en compte pour entrapercevoir cet avenir avec un réel enthousiasme est d’entrer de plain-pied dans le monde du digital. Un atout marketing « indéniable » selon elle, capable d’être réellement complémentaire avec l’aspect « humain » de cette entreprise du futur. « Aujourd’hui, les nouvelles générations de consommateur fonctionnent avec le numérique. On ne peut plus faire sans. Maintenant, les clients veulent pouvoir donner un avis sur un prestataire, le trouver sur les réseaux sociaux, et le recommander le cas échéant. En France, beaucoup pensent encore qu’on n’a pas besoin d’être dans le numérique. C’est faux. Aux Pays-Bas par exemple, on parle d’horticulture 4.0 avec des pépinières interconnectées. Du coup, on diminue la pénibilité sans nuire à la productivité. Si on utilise la technologie de manière consciente, en appliquant ses valeurs personnelles, c’est un pas de plus vers un futur serein et enthousiaste. »   A lire aussi : « Ils ne feront pas fi de leurs rêves de fleurs »

Publié le 28/01/2020

Évolution du système d’attribution des aides Pac, restrictions d’usage qui s’ajoutent à chaque réhomologation d’un produit phytosanitaire, taxes de plus en plus élevées, pression des distributeurs d’eau et de la société civile, en général… les agriculteurs sont sommés de toutes parts d’aller vers une réduction de l’usage des produits phytosanitaires. Une tendance qui peut jouer en défaveur de la betterave, culture encore assez dépendante de ces solutions.

Les techniciens de la filière travaillent donc ardemment à « verdir » les itinéraires techniques, par différents moyens, que ce soit en promouvant le désherbage mécanique, en améliorant les programmes de désherbage, ainsi que les méthodes d’application des produits ; par exemple, en faisant du traitement dirigé sur le rang grâce au guidage GPS… Des évolutions qui ne vont pas sans quelques nécessaires adaptations, pas toujours très cohérentes avec les objectifs de départ. Exemple : pour rationaliser le désherbage mécanique, il faudrait augmenter la taille des parcelles, et limiter les bordures. Le catalogue de variétés évolue Pour lutter avec moins de produits de synthèse contre les maladies cryptogamiques, le premier levier est génétique. C’est pourquoi la sucrerie mène chaque année des essais variétaux, afin d’identifier les variétés les plus adaptées au secteur. Pour lutter contre la cercosporiose, Michel Butscha, technicien à la sucrerie, recommande, en janvier 2020, les variétés chelem, auckland, ellea, rumba, mais aussi BTS2045, raison, castor, chamois, aviron... Il conclut : « Le catalogue des variétés a bien évolué. » Et invite les agriculteurs qui pratiquent des rotations comprenant du chou et/ou du colza à privilégier des variétés tolérantes aux nématodes, qui peuvent pénaliser le rendement. En matière de lutte contre les ravageurs souterrains, Michel Butscha préconise l’emploi de semences traitées au Force à 8 g par unité de 100 000 grains. « Attention aux semis trop profonds, favorables aux dégâts de scutigerelles, qui rongent les racines donc pénalisent le développement des betteraves », complète-t-il. Enfin, pour la première campagne sans néonicotinoïdes, les producteurs ont été gratifiés d’une pression en pucerons élevée. Leur arrivée, fin avril, a, en général, été rapidement suivie par celle des coccinelles mais des traitements ont tout de même été effectués.   Lire aussi : « Les ravageurs passés au crible », sur le site de L'Est agricole et viticole, et sur le site du Paysan du Haut-Rhin.

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