Dégâts de corbeaux
Nuée noire sur la plaine de Colmar
Dégâts de corbeaux
Publié le 27/05/2020
Les agriculteurs des communes d’Holtzwihr, d’Horbourg-Wihr, d’Houssen et jusqu’à Illhaeusern, soit une vingtaine d’exploitations, ont vu arriver des hordes de corbeaux après la levée des semis de maïs. Un « dommage collatéral du confinement », mais aussi un problème récurrent dans ce secteur.
La présence des corbeaux en milieu agricole n’est pas nouvelle, « mais là, c’est trop », s’émeut Thomas Ritzenthaler, agriculteur de Holtzwihr. Dès l’automne 2019, il dénombre des centaines de corbeaux près des semis de blés. Cette année, le printemps a été marqué par la sécheresse qui a aussi des conséquences pour les animaux qui sont privés d’eau et de repas (vers de terre, insectes…). « Les semis de maïs ont dû être arrosés pour permettre la levée et c’est à ce moment que les corbeaux attaquent : ils poussent la plante et mangent la graine. Nous allons devoir replanter des parcelles de maïs sans avoir la garantie qu’elles soient épargnées. Les cultures sont endommagées de 20 à 30 %. La rentabilité de nos exploitations est mise à mal. Et même si les corbeaux sont considérés comme des nuisibles, il n’y a pas d’indemnisation », regrette l’agriculteur. Désormais, ceux que l’on appelle nuisibles sont répertoriés par département dans la liste des espèces d’animaux susceptibles d’occasionner des dégâts (ESOD). Dans le Haut-Rhin et le Bas-Rhin, le corbeau freux et la corneille noire font partie de cette liste. C’est à la charge de chaque département de prouver que cette classification est nécessaire. Ainsi, ils peuvent être détruits à tir entre la date de clôture générale de la chasse et le 31 mars (prolongation possible jusqu’au 10 juin ou 31 juillet avec dérogation préfectorale). Le tir dans les nids de corbeaux freux ou dans les nids de corneilles noires est en principe interdit. Une dérogation peut être accordée par arrêté préfectoral. « Le dortoir des corbeaux se trouve rue du Ladhof (au nord de Colmar), indique Thomas Rizenthaller. Tous les ans, nous demandons à la mairie de Colmar * d’intervenir sur les nids. Mais, cette année, l’arrêté rendu par la préfecture est arrivé juste avant le confinement. Les nids n’ont pu être détruits. C’est un dommage collatéral du confinement », ironise-t-il. Les méthodes pour pallier sont inefficaces : « Ici, les pièges sont cassés ou ouverts par les promeneurs et les corbeaux s’habituent aux effaroucheurs. » « Dans un hôtel cinq étoiles avec un supermarché à côté » Cathy Zell, chargée de mission à la ligue de protection des oiseaux (LPO), s’interroge sur l’efficacité des solutions utilisées jusqu’alors : « On ne dit pas qu’il n’y a pas de problème. La période de reproduction est particulière. Elle coïncide avec les semis de maïs. Il faut savoir que le corbeau ne s’attaque pas aux maïs mesurant plus de 10-15 cm. La levée rapide des semis est donc cruciale. L’effarouchement par le tir n’est pas suffisant. Il faut cumuler plusieurs méthodes d’effarouchement. Le piégeage peut être problématique car des espèces menacées peuvent aussi entrer dans les cages », précise-t-elle. Les épouvantails, perturbations visuelles, ballons à hydrogène, peuvent fonctionner lorsqu’ils sont aléatoires et que leur emplacement est changé régulièrement. « Les corvidés sont des animaux intelligents et opportunistes. Ce sont aussi des éboueurs nécessaires à notre monde », précise-t-elle. Ils se nourrissent notamment de charognes, limaces et campagnols. « Les tuer massivement ne résout pas le problème. On pose un pansement sur une fracture. Une solution simple, unique et peu coûteuse n’existe pas. » Pour elle, c’est le modèle qu’il faut repenser : « Dans ce secteur, les corbeaux logent dans un hôtel cinq étoiles avec un supermarché à côté. Les systèmes équilibrés ne sont pas dysfonctionnels. Le développement de la polyculture, les haies favorisent la présence des prédateurs des corbeaux. La présence de buses insécurise les colonies, par exemple. » Holtzwihr compte environ 50 ha de légumes pleins champ. Marc Zwickert, maraîcher bio, ne constate pas encore de dégâts sur ses parcelles. « Tant que les corbeaux sont dans les maïs, on est tranquilles. Mais, bientôt, ils s’intéresseront aux haricots, lentilles, petits pois… et à toutes les jeunes pousses : salade, chou, fenouil. Ils déterrent la motte, pensant certainement qu’il y a une graine en dessous. Ils peuvent ainsi anéantir toute la production en quelques heures. Chez nous, ce sont surtout les jeunes corbeaux qui viennent se nourrir. Ils cherchent des produits protéiques pour leur croissance. » Marc Zwickert a posé des filets au-dessus des productions à fortes valeurs ajoutées. Or, ils sont fastidieux à installer et lourds mais ils s’envolent aussi facilement en cas de vent fort. « Ce n’est pas la panacée, cela entraîne parfois des maladies à cause de la condensation sous ces filets. » La nuée noire devrait arriver chez lui à partir de juin et jusqu’à juillet. « Désormais il n’y a plus grand-chose à faire », regrette-il. Il espère qu’une indemnisation sera possible pour ceux qui devront replanter des parcelles. Tout n’est cependant pas encore perdu pour les agriculteurs du secteur, à condition qu’une intervention de la louveterie soit faite « dans les quinze jours », explique Thomas Ritzenthaler. « Les œufs n’ont pas encore éclos, on peut encore détruire les nids. » Le préfet du Haut-Rhin, Laurent Touvet, a été alerté de la situation le vendredi 15 mai, lors de sa visite au marché fermier d’Holtzwihr par Thomas Obrecht. Laurent Touvet s’est engagé à faire remonter la situation à la louveterie afin d’enclencher une action rapide.












