Semis de variétés mélangées
Diversifier pour diluer le risque
Semis de variétés mélangées
Publié le 22/06/2020
Depuis quatre ans, Marius Rhinn, agriculteur à Griesheim-près-Molsheim, sème un mélange de quatre variétés de blé dans ses parcelles. Objectif : diluer le risque, en profitant des avantages de chaque variété.
C’est suite à un épisode de gel que Marius Rhinn s’est lancé dans les mélanges variétaux. Après la chute du mercure, le constat avait été sans appel : certaines variétés résistent au froid et sont reparties, d’autres pas du tout. Il a fallu trouver un plan B. Alors, pourquoi pas semer un mélange de variétés, dont certaines résistent au gel, et d’autres moins. Des variétés qui ont d’autres avantages ? « Je suis en zone hamster, donc je suis obligé de faire du blé, je ne peux pas remplacer du blé gelé par du maïs. Il faudrait que je fasse du blé de printemps, donc recommencer les semis et tout le reste, pour finalement avoir de toute manière moins de rendement. En semant un mélange de variétés, on risque d'en perdre un certain nombre, mais celles qui vont résister vont taller, et cela peut sauver le rendement », argumente Marius Rhinn. En plus, poursuit-il, « la coopérative demande rarement des variétés pures, elles sont de toute façon mélangées dans les silos, donc pourquoi se priver ? Je veille juste à ne pas choisir des variétés dont ils ne veulent pas ». Ça tombe bien, c’est aussi auprès de sa coopérative, le Comptoir agricole, que Marius Rhinn fait son marché pour concocter son mélange. Mais, au préalable, il étudie avec soin catalogues variétaux et résultats d’essais, pour que son mélange corresponde à ses objectifs et contraintes. Son principal objectif est la résistance aux maladies, notamment la septoriose et la fusariose, vectrice de mycotoxines, d’autant plus qu’il n’est pas rare que Marius Rhinn implante ses blés en semis direct derrière un maïs, ce qui constitue un facteur de risque pour l’expression des mycotoxines. Un autre critère de choix est la résistance au froid. Enfin, l’agriculteur essaie de choisir des variétés de précocité équivalente, afin de pouvoir les semer en même temps. Sachant qu’au final, la date de semis sera calée sur la précocité des variétés qui apportent le plus de résistance aux maladies. Un mélange de quatre variétés La sélection faite, Marius Rhinn achète des doses des heureuses élues, et les implante d’abord séparément pour les tester. Celles qui ne lui conviennent pas sont entièrement récoltées pour être vendues. Une partie de la récolte de celles qui donnent satisfaction est prélevée dans une benne spécifique pour créer le futur mélange : « On prélève un peu de la variété A, de la variété B, de la C, de la D, dans une même benne, on l’amène au Comptoir agricole, où la semence est triée et nettoyée, c’est-à-dire séparée des cailloux, de la paille, des grains cassés. Un traitement de semences est effectué et je récupère mon mélange de quatre variétés conditionné en big bag, prêt pour les prochains semis », décrit Marius Rhinn. Tous les ans, l’agriculteur teste de nouvelles variétés pour améliorer son mélange. Cette année, quasiment toute sa surface en blé - sauf les parcelles dédiées aux tests des nouvelles variétés - est couverte d’un mélange composé des variétés tenor, foxyl, fructidor et filon. Elles ont été choisies pour lutter préventivement contre les maladies cryptogamiques en répartissant le risque : « Si une variété se fait attaquer, les autres prendront le dessus », indique Marius Rhinn, qui résume la stratégie : « Plus on diversifie la génétique, plus on dilue le risque entre variétés tolérantes et celles qui resteront sensibles ».












