Cultures

Association générale des producteurs de houblon de France (AGPH)

La filière s’organise et s’étoffe

Publié le 07/07/2020

L’Alsace reste la principale région productrice de houblon mais la culture se déploie partout en France, portée par une vague d’engouement pour les bières brassées localement avec des ingrédients locaux et, si possible, bios. Une évolution à accompagner et encadrer.

Jeudi 25 juin, l’association générale des producteurs de houblon de France (AGPH) était réunie en assemblée générale. Pour son président, Bernard Ingwiller, cette réunion a été l’occasion de rappeler que l’association œuvre à la défense des producteurs de houblon. Et, cette année en particulier, il y a eu du pain sur la planche. Les houblonniers sont en effet confrontés à l’harmonisation des règles d’utilisation de produit de protection de plantes au niveau européen, à la nécessité de pouvoir déployer le recours à l’irrigation des houblonnières, et au respect des Zones de non-traitement (ZNT). En outre, du fait de l’épidémie de coronavirus, les coûts de production sont attendus en forte hausse cette année. En effet, les houblonniers ont dû avoir recours à une main-d’œuvre locale, donc plus chère, afin de réaliser en temps et en heure les travaux dans les houblonnières. Antoine Wuchner, secrétaire général de l’association, a présenté la situation du houblon en France et à l’international. La baisse de la consommation de bière, conséquence de la fermeture des bars, restaurants et de l’annulation des festivals et autres évènements, fait craindre pour les négociants un report de consommation de houblon au niveau mondial avec un impact négatif à prévoir sur les prix, si les volumes de récolte prévus en hausse venaient à se concrétiser en septembre. En France, les surfaces de houblon ne cessent d’augmenter. L’Alsace reste le premier producteur avec 475 ha, vient ensuite le Nord, avec 35 ha. « La culture progresse surtout en dehors des régions historiques et dans toutes les régions. La France compte à ce jour 530 ha de houblon, avec une tendance haussière », a précisé Antoine Wuchner. La demande en houblon bio ne cesse d’augmenter. La progression de la surface de houblonnière bio est impressionnante en Alsace : elle a été multipliée par quatre en trois ans, pour atteindre 80 ha en 2022. En outre, les projets de culture de houblon hors régions historiques concernent à 90 % du houblon bio. Cette extension de la production de houblon hors des zones historiques se traduit par la création de nouveaux groupements de producteurs. Quatre structures ont demandé à rejoindre l’AGPH : Hopen Terre de Houblon (Sud-Ouest), l’association de Houblons de Normandie, La Bière de Provence (Sud-Est) et Houblons de France. Des adhésions qui ont été validées par le Conseil d’administration de l’AGPH et qui devraient donner lieu à un séminaire de travail fin août, afin de définir la vision de l’AGPH à l’horizon 2022.    

Petits fruits

Jusqu’ici tout va bien

Publié le 05/07/2020

« On était tranquille », résume Marie-Laure Schnell, conseillère en arboriculture et en petits fruits à la Chambre d’agriculture Alsace. Jusqu’à présent, hormis les épisodes de gel de mars et d’avril, rien à signaler de préoccupant dans les cultures de myrtilles, framboises, groseilles ou mûres.

Comme en arboriculture, le début de la saison pour les petits fruits a été délicat. Le gel, fin mars et début avril, a brûlé des fleurs. Les variétés précoces de framboises et de myrtilles n’ont rien donné ou presque, les grappes de groseilles précoces n’étaient pas complètes. La suite a été de mieux en mieux : « Les volumes sont corrects, dans la norme, la qualité est top », souligne Marie-Laure Schnell. En myrtilles et en groseilles, on se situe autour de 6 à 8 t/ha en conventionnel et de 4 à 5 t/ha en bio. En framboises et en mûres, de 6 à 7 t/ha en conventionnel et de 3 à 5 t/ha en bio, pour des arbres arrivés à leur pleine capacité de production, toujours. À Seebach, Jean-Luc Rott estime, toutes variétés confondues, être à 10 t/ha en moyenne de framboises sous tunnel. « Globalement, le rendement est correct. On est dans la norme », juge-t-il. L’agriculteur, en Gaec avec son frère, cultive 170 ares de petits fruits, principalement des framboises, et autour de 25 ares de myrtilles et de 25 ares de mûres. « Alors qu’en variété précoce en framboises, 30 à 40 % des fleurs ont gelé. On s’est bien rattrapé, souligne-t-il. La saison tire en longueur, comme en cerises, d’ailleurs. Au lieu des six à sept semaines de récolte habituelles, on sera à dix semaines de récolte a priori cette année. La météo a favorisé la repousse », explique-t-il. Le temps chaud et sec a aussi été propice aux petits fruits car il est défavorable à la drosophile suzukii. Le moucheron d’origine asiatique qui a causé des pertes conséquentes en fruits en 2014, est pour l’instant absent des cultures. Les pluies de ces derniers jours doivent tout de même alerter : l’insecte aime le chaud et l’humide. Si le vent ne sèche pas vite les arbustes, il pourrait venir pondre dans les fruits mûrs et les asticots feraient bombance. « Il n’y a pas de solutions miracle contre la drosophile suzukii. Les produits sont efficaces à 60 % seulement », rappelle Marie-Laure Schnell. Puisqu’il peut y avoir de sept à huit générations de drosophiles suzukii par an et qu’elles sont si difficiles à arrêter, mieux vaut les identifier tôt ! La chambre d’agriculture d’Alsace informe ses adhérents grâce à son réseau de piégeage de la présence ou non du ravageur. Elle travaille en collaboration avec la Fredon sur cette thématique. Marie-Laure Schnell partage la recette du piège à drosophile suzukii : dans une bouteille d’eau entaillée dans sa partie basse, de trous d’1 à 2 mm maximum, il faut mélanger un tiers de vin rouge, un tiers de vinaigre de cidre et un tiers d’eau avec quelques gouttes de produit vaisselle pour remplir le fond du contenant de 3 à 4 cm. Le mélange attractif permet de capturer le petit moucheron, le liquide vaisselle d’éviter un agglomérat d’insectes qu’on ne pourrait plus distinguer.   Les #fruits de l'#été, c'est maintenant ! L'#Alsace vous en offre une grande diversité, c'est le moment de s'en régaler ! #CeuxQuiFontLesFruits@EAVPHR #lAgricultureElleAssure pic.twitter.com/3QjGrJpiHW — Germain Schmitt (@germain_schmitt) July 3, 2020 Des prix comparables aux années passées Jusqu’ici tout va bien ! Si la météo a avantagé les pucerons verts, rien d’inhabituel, ni de surprenant n’est à constater. La filière n’a pas été submergée. La floraison et la pollinisation des fleurs se sont bien passées. La moniliose n’a touché que quelques variétés de petits fruits, surprises par les pluies des deux derniers mois… quand le cultivateur n’avait pas protégé les plantes. La récolte - qui s’est achevée en mai pour les petits fruits sous serre et qui est en cours pour tous ceux en pleine terre - se déroule aisément. « Les fruits sont relativement sains, précise Marie-Laure Schnell. C’est une année assez facile, pour l’instant. » Elle espère que les oiseaux ne feront pas de dégâts : les producteurs de petits fruits ont été assez épargnés, pour le moment. Les prix de vente en direct se situent généralement entre 8 et 10 €/kg en myrtille et entre 8 et 14 €/kg en framboises, selon la concurrence. Pour la libre cueillette, ils tournent autour de 4 ou 5 €/kg en myrtille et de 5 à 7 €/kg en framboises. Les groseilles se vendent en direct entre 6 et 8 €/kg. En gros, les prix varient selon le conditionnement. L’idéal serait de vendre ses myrtilles entre 6 et 8 €/kg et ses framboises entre 7 et 10 €/kg. Le prix moyen à Rungis au 25 juin d’une barquette de 125 g était de 16 € HT/kg ; à Strasbourg, il s’élevait à 16,53 € HT/kg. Jean-Luc Rott vend ses framboises et ses myrtilles au même prix en direct à la ferme : entre 10 et 12 €/kg. La coopérative allemande Oberkirch lui achète en gros au même tarif que les années précédentes, voire à un tarif un peu plus élevé, sauf quand il y a surproduction. Les clients de la coopérative sont livrés au marché-gare de Strasbourg. La grande inconnue reste le comportement des consommateurs : seront-ils toujours aussi friands de produits locaux maintenant que la vague de solidarité (et de peur) liée au Covid-19 est passée ?  

Publié le 25/06/2020

Vincent Zerr, de l’EARL des Boarmies à Dangolsheim, fait partie de la poignée d’irréductibles à cultiver du blé rouge d’Alsace, avec lequel son fils Jean-Baptiste confectionne du pain à la ferme. Cette variété ancienne*, rustique, est très économe en intrants. Vincent la cultive en bio.

« Le blé rouge d’Alsace est une variété ancienne de blé, ce qu’on appelle un blé de pays ou blé de population. Il était cultivé traditionnellement ici, et donc adapté aux conditions locales. Il est conservé à l’Inra de Clermont-Ferrand qui a donné, en 2010, des semences à l’association Kerna ùn Sohma**, dont je faisais partie. J’en sème depuis. Je cultive aussi du blé des Vosges et j’essaie du blé blanc de Lorraine, parce que ce sont des variétés de la région, et du blé Poulard d’Auvergne. Mais, aujourd’hui, plus de deux tiers de mes cultures de blé sont du blé rouge d’Alsace. C’est comme un éleveur avec une race : une affinité se crée pour une variété, une relation », explique Vincent Zerr, de l’EARL des Boarmies, à Dangolsheim. L’agriculteur est aussi viticulteur, collectionneur de raisins de table et de jardin, arboriculteur, connu pour ses abricots, et maraîcher. Il travaille en famille, avec son épouse Dominique, et son fils Jean-Baptiste, boulanger, qui transforme la farine de blé rouge d’Alsace, moulue à la ferme, en différents pains, vendus sur place tous les matins, sauf le dimanche. Vincent a commencé la culture du blé en 2010, dans l’idée d’installer son fils, à l’époque en CAP, sur la ferme. C’est aussi l’année où l’exploitation est sortie du village. « On a échangé des vignes contre des terres agricoles. C’était assez facile », se souvient l’agriculteur. Par goût de la diversité (il entretient 600 variétés de raisins de table du monde entier, sur 1 ha), pour maintenir vivant le patrimoine végétal cultivé alsacien et par nécessité économique, Vincent Zerr a fini par choisir le blé rouge d’Alsace. « Il faut se démarquer et placer la barre haut pour qu’une activité soit rentable. Il faut faire ce que le voisin ne fait pas, être original et se distinguer par la qualité de ses produits. Aucun intérêt de faire concurrence au boulanger du coin ! On y perdrait tous », s’exclame Vincent, qui ne demande aucune aide Pac, ni subvention. Jean-Baptiste a dû tout réapprendre, ou presque : le blé rouge d’Alsace ne donne pas les mêmes glutens que les variétés récentes. « La structure du pain est différente. Il ressemble plus à une brioche ou à du biscuit », pointe Vincent Zerr. Ce pain serait plus compact, donc, qu’un pain à la farine blanche raffinée. Il est aussi plus digeste, assure l’agriculteur. Labour et moisson à l’ancienne Vincent cultive entre 3 et 4 ha de blé rouge d’Alsace, en rotation avec de la luzerne. Les épis de blé rouge d’Alsace culminent à 1,10, 1,20 m au-dessus du sol. Au bout des longues tiges se balancent des grains deux fois plus gros que ceux d’une variété de blé récente - ce qui peut poser problème au triage. Le diamètre de la paille aussi est plus important. Sous terre, les racines du blé rouge d’Alsace descendent jusqu’à 50 cm de la surface. « La structure de la terre s’améliore nettement, après un blé rouge d’Alsace. Elle est plus aérienne, moins pâteuse. Cela permet de récupérer des sols matraqués. Autour des radicelles du blé, la terre est fine ! J’utilise moins de force de traction pour labourer », soulève Vincent Zerr. Qui dit variété ancienne, dit labour à l’ancienne ! Vincent laboure de 10 à 20 cm de profondeur, comme dans les années 1980. « Le blé rouge d’Alsace n’aime pas être trop nourri », a constaté Vincent Zerr. Après deux ans de luzerne, le cultivateur sème un mélange de blé rouge d’Alsace et de blé des Vosges, son « frère », un blé quasi-identique qui ne verse pas sur terre fertile, contrairement au rouge d’Alsace, et qui va donc lui servir de tuteur. La seconde année, voire la troisième année, Vincent sème du blé rouge d’Alsace pur. Puis, il repart sur de la luzerne. « Si on débute après un maïs, le blé rouge d’Alsace va se coucher. Ce sera comme une moquette. Mais les pointes vont se relever », témoigne Vincent, qui sait comment le récolter. Sur le site Internet du Jardin de Marmotte, qui promeut les produits de la ferme et le point de vente, une photo de l’agriculteur au volant d’une moissonneuse-batteuse Massey Ferguson type MF31, de 2 m de large, est publiée. Il est stipulé qu’elle et son conducteur sont « tous deux Modèle 1965 ». Avantages génétiques Debout ou versé, sous un blé rouge d’Alsace, « tout est à l’ombre », dixit Vincent. Le pouvoir couvrant des feuilles fait que la terre reste humide. La variété ancienne résiste ainsi bien à la sécheresse. Et la paille, derrière, peut être utilisée comme un mulch. Autre avantage de cette couverture : « elle empêche les adventices de lever », assure Vincent Zerr. Le blé rouge d’Alsace supporte bien la concurrence. « Il accepte bien la présence de rejets de luzerne. Il pourrait donc supporter une culture associée : de la vesce ou du pois », pense le quinquagénaire. Pour lui, le blé rouge d’Alsace est idéal. « Il se cultive facilement, sans engrais, sans herbicide. Il a moins de besoins en eau. Les semences ne coûtent rien puisqu’on les reprélève ; ce sont des semences de ferme », conclut Vincent. Pourtant ses voisins étaient dubitatifs et/ou moqueurs, au début. Les rendements sont bien plus faibles en blé rouge d’Alsace. Des 80 q/ha habituels, en année normale, à Dangolsheim, en blé de variété récente, on passe à 30 q/ha en blé rouge d’Alsace. « Ce sont les rendements de l’époque », rappelle Vincent. D’où la valorisation opérée par le paysan-boulanger : la transformation en farine (entre 5 et 10 kg/jour) puis en pain, vendu en direct. « Le seul débouché pour ce blé ancien, c’est la filière bio. Il se vend trié à 0,7 ou 0,8 €/kg quand le blé bio de variété récente se vend à 0,45 €/kg. Trois ou quatre boulangeries alsaciennes sont aussi intéressées par les farines anciennes et, de plus en plus de moulins ou fermes qui meulent, comme à Erstein, à Hoffen avec Rémi Jung, à Berrwiller avec la famille Krust, à Illhaeusern : à charge pour chaque producteur de trouver ses débouchés. Neuf fois sur dix, le blé rouge d’Alsace est transformé à la ferme, à ma connaissance », confie Vincent Zerr.

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