Cultures

Implanter un maïs en non labour

Des essais pour y voir plus clair

Publié le 14/07/2020

À Rohr (67), la Chambre d'agriculture d’Alsace mène un essai sur l’implantation de maïs suite à différents types de travail du sol, parfois avec un couvert. Après une journée de démonstration des différents outils de travail du sol l’an passé, une visite de cet essai était organisée début juin, pour constater l’état des différentes modalités.

Un mois jour pour jour après la fin du confinement en France, le 11 juin donc, la Chambre d'agriculture d’Alsace a organisé sa première visite d’essai sur le terrain post-confinement. Au programme : l’implantation du maïs en non labour. Un sujet qui a attiré une bonne trentaine d’agriculteurs. La précédente journée de démonstration « s’était déroulée dans de mauvaises conditions », a rappelé Rémy Michaël, conseiller à la Chambre d'agriculture d’Alsace. L’hiver qui a suivi n’a pas arrangé les choses, avec des pluies abondantes qui ont conduit à une prise en masse des sols. Là-dessus est arrivé un vent du nord, qui a engendré la formation d’une croûte de terre sèche en surface. Résultat dans les champs aujourd’hui : toutes sortes de situations, avec des maïs bien avancés, d’autres beaucoup moins. Enfin, les températures hivernales ne sont guère descendues en dessous de 0 °C, ce qui ne suffit pas à détruire les couverts. Avant de passer les différentes modalités de travail du sol en revue, Olivier Rapp, conseiller à la Chambre d'agriculture d’Alsace, a rappelé le principal objectif des Techniques culturales sans labour (TCSL) : « Laisser des résidus en surface pour freiner le ruissellement ». Il précise aussi que, sur toutes ces modalités, il n’y a eu aucune reprise au printemps. Les préparations de sol à l’automne ont donc été suivies du semis, effectué le 24 avril avec la variété DKC4670 semée à 89 000 grains/ha à l’aide d’un semoir plutôt lourd, donc bien adapté aux semis directs, avec un pourcentage de perte à la levée compris entre 5 et 10 % quelles que soient les modalités. Attention aux conditions de passage des outils La première modalité, un passage de cracker effectué à 20 cm de profondeur, a permis de conserver 30 % de résidus en surface. Avec la deuxième modalité, un passage de Cultimer à 10 cm de profondeur, les pertes à la levée ont été plus importantes, sans que les techniciens sachent expliquer pourquoi. Quoi qu’il en soit, au 26 mai, le peuplement est d’un peu plus de 75 000 pieds/ha. Olivier Rapp constate tout de même : « Lorsque nous avons effectué le passage de Cultimer en octobre 2019 nous sommes passés sur des zones tassées. Il y en avait déjà eu par le passé, ce qui avait entraîné un décompactage et l’implantation d’un couvert pour pérenniser la porosité créée par la dent, en 2018. Mais l’épandage de boues de station d’épuration au printemps 2019 a pu redensifier le sol sous les passages de roue. » Ce qui l’amène à ce commentaire : « Dans chaque système il y a des impondérables mais il faut toujours essayer d’intervenir dans des conditions qui permettent de faire le moins de dégâts possible. Et garder en tête que la porosité biologique est bien plus résistante au tassement que la porosité créée par une dent. » La troisième modalité, un passage de strip-tiller à 18 cm de profondeur, a bien plu aux renards : « Passé en conditions très humides, le strip-tiller a créé des galeries dans le sol, propices à la biodiversité. Du coup les renards ont creusé sous la ligne de semis pour s’en nourrir », rapporte Olivier Rapp. Le peuplement est donc un peu limite, à 75 000 pieds/ha. Néanmoins, un coup de bêche permet de constater que l’effet pot de fleurs, généré par un passage de strip-tiller en conditions humides sur sols argileux, est limité : « La colonisation du sol par les racines est correcte, tant horizontalement que verticalement », constate Rémy Michaël, qui y voit les effets bénéfiques du non labour pratiqué sur la parcelle depuis 18 ans. Enfin, dans la quatrième modalité, sans travail du sol, le peuplement atteint 79 000 pieds/ha, ce qui constitue le deuxième meilleur peuplement de l’essai. Par contre, il semble qu’il y ait un peu plus de pieds chétifs que dans les autres modalités. Plus de résidus après un couvert Dans une deuxième partie de l’essai, un couvert a été implanté entre les deux maïs et a été laissé en place tout l’hiver. Composé de féverole, pois fourrager, vesce commune et moutarde, il a été semé fin octobre selon diverses modalités, et détruit le jour du semis du maïs à l’aide d’un rouleau. Comme sur tout le reste de la parcelle, un désherbage chimique a été effectué trois jours après, le 27 avril, ce qui a permis de compléter l’effet du roulage, qui n’aurait pas été suffisant seul, estiment les techniciens. Ce désherbage a été effectué sans glyphosate, avec un mélange d’Adengo Xtra et de Camix. Premier enseignement de cet essai : « Il aurait fallu semer le couvert plus tôt, avant le 15 octobre. Fin octobre c’est un peu tard pour qu’il puisse bien se développer. Du coup le maïs suivant a été semé assez tard, pour laisser le couvert se développer au printemps ». Parmi les modalités d’implantation, deux sont très proches. Elles ont été effectuées le même jour, le 1er novembre, avec soit un passage de herse rotative, soit un passage de chisel et de herse rotative avant le semis. Et pourtant, les densités de peuplement obtenues sont sensiblement différentes (en faveur du double passage d’outil), sans qu’une explication évidente puisse être avancée. Lorsque le couvert a été semé en direct dans les résidus de culture, les conditions n’étaient pas idéales, et le semoir bourrait. Ce qui explique sans doute en partie que c’est cette modalité qui affiche le pourcentage de perte le plus élevé. C’est aussi là que le maïs est le moins avancé mais qu’il y a le plus de résidus en surface. Entre les modalités sans et avec couvert, une différence est constante : « Le maïs semé dans le couvert a poussé moins vite au départ, car les résidus de couverts font que le sol se réchauffe moins vite », indiquent les techniciens. Par contre, niveau résidus en surface, les modalités avec couvert sont toujours meilleures que les autres. Allier mécanique et chimie La troisième et dernière partie de l’essai est dédiée à la destruction chimique du couvert, avec des modalités avec ou sans passage de rouleau faca, des destructions de pré-levée, de post-levée, avec différents produits et dosages… Principales conclusions : le roulage n’a pas été suffisamment efficace pour attendre que le maïs atteigne le stade deux feuilles et effectuer un traitement unique de désherbage et de destruction complète du couvert. Avec cette stratégie, le couvert a eu le temps de reprendre, et le maïs a patiné. Les techniciens conseillent donc de compléter la destruction mécanique par une dégradation chimique. Trop lever le pied sur le glyphosate - si c’est la solution de destruction choisie pour un couvert développé de dicotylédones - n’est pas non plus recommandé car la végétation risque de ne pas être suffisamment affectée. « Un couvert de seigle ou d’avoine aurait très probablement réagi différemment à l’application de glyphosate », précise Olivier Rapp. Or, pour les techniciens, une chose est sûre : « La réalisation du semis doit signifier la mort du couvert, sinon la concurrence pour la lumière et l’eau est trop vive. »

Publié le 13/07/2020

Le réchauffement climatique accélère les cycles végétatifs. Les blés se récoltent début juillet désormais et les orges fin juin. Ce qui autorise les agriculteurs à envisager une seconde récolte dans l’année, si toutefois la question hydrique est maîtrisée. Dans la perspective de réussir trois récoltes en deux ans, « les semis directs » s’avèrent être un outil pertinent grâce à leur facilité et rapidité de mise en œuvre et la préservation de l’humidité résiduelle au sol.

À Mundolsheim, Pierre Ehrhardt, agriculteur « historique » des semis directs, vient de lancer une série d’essais en partenariat avec la Chambre d’agriculture et Pierre-Yves Dubois qui commercialise des semences pour cultures à méthaniser. La parcelle de 50 ares a été découpée en deux types d’essais : des semis directs sur éteule d’orge, l’autre essai étant un semis sur terre travaillée. L’objectif est de tenter des cultures en Cive (Culture intermédiaire à valorisation énergétique), donc du sorgho, des mélanges à base de sorgho/nyger/tournesol, et des variétés de maïs précoce, indice 180. « Le principe, c’est de réussir trois récoltes en deux ans en non travail du sol et il y a vraiment un gros développement pour le semis direct », commente Pierre Ehrhardt. « L’idée, c’est de semer le plus vite possible après la récolte, pour profiter des humidités résiduelles. En l’occurrence, l’orge a été récoltée le 25 juin, et les semis se déroulent six jours après, soit le 1er juillet. Les 7-8 mm d’eau tombés entre temps ont entretenu la fraîcheur de la terre. » Pour viser une seconde récolte, la date de semis est essentielle, exclusivement tout début juillet. Car il s’agit de tenir compte aussi de l’horloge biologique de la plante réglée sur une photopériode (rapport durée jour/nuit). Un impératif, sinon la plante lève bien mais elle dépérit inexorablement. Pour gagner quelques jours supplémentaires, « un agriculteur suisse sème avant même de récupérer la paille. Il l’andaine, sème en direct, la presse et l’enlève après les semis. Ceci pour lui laisser le temps de sécher, mais ne pas entraver l’objectif d’une deuxième récolte », raconte Pierre Ehrhardt. Pour réaliser les semis à Mundolsheim, Pierre Ehrhardt a fait à appel à l’ETA Heim d’Hilsenheim qui, avec son semoir Tempo Väderstad, peut enregistrer et géoréférencer l’essai. Rémy Heim, le dirigeant de l'exploitation, très sollicité en ce moment pour semer en direct des cultures récoltées cet automne sur éteules d’orge, tente cette semaine également une seconde récolte de maïs indice 120 après blé. Sur cette parcelle d’essai, « la paille d’orge n’a pas été prélevée. L’orge de brasserie de variété Étincelle, a été fauchée le plus haut possible. Elle n’a pas eu de raccourcisseur, pas d’antigraminée, il a juste été apporté 80 unités d’azote, un antidycot et un fongicide demi-dose contre la rhyncosporiose à la sortie des barbes », précise Pierre Ehrhardt. L’idée de la fauche haute est de préserver l’humidité résiduelle de manière à réussir la levée de la culture suivante. « Nous espérons qu’il n’y aura pas de gel en septembre pour le maïs, tournesol, nyger. Il s’agit d’aller le plus loin possible »… Un débouché possible : la méthanisation Alors quelles opportunités ou perspectives offrent cette seconde récolte ? Si l’arrière-saison se présente sous les meilleurs auspices, les agriculteurs peuvent espérer une récolte en grains. Si la maturité reste limite, « je propose en partenariat avec des éleveurs de récolter sur pied en ensilage, enrubannage ou en maïs grain humide », explique pour sa part Christophe Haas, jeune agriculteur céréalier du nord du département, en non labour depuis quinze ans, en semis direct depuis 2013. Il réussit également sur sorgho après orge. Mais si d’aventure les conditions automnales s’avéraient plus défavorables, la solution de la méthanisation offre de ce point de vue de nouvelles résiliences à la céréaliculture. Car viser une deuxième récolte est néanmoins risqué. Grâce à la méthanisation, la biomasse trouve une issue quelle que soit sa maturité. « Si je fais 50 q, mes frais seront couverts. » Sont inclus dedans, la prestation de semis, les semences et 60 unités d’ammonitrates. « On verra ensuite, s’il faut désherber ou pas ». « Du point de vue environnement et en directive nitrates, je suis déjà assez couvert en SIE (surface d’intérêt écologique) », précise Pierre Ehrhardt. Une fois cette deuxième culture récoltée, Pierre Ehrhardt implantera toujours en semis direct un couvert d’automne seigle/légumineuse : « Selon le prix des semences, je vise 40 €/ha », pour préparer un maïs au printemps suivant.

Pomme de terre d’Alsace primeur

« Une bonne année »

Publié le 08/07/2020

2020 est « une bonne année pour la primeur », d’après Denis Jung, conseiller en production de pommes de terre à Planète Légumes et animateur de l’association pour la promotion de la pomme de terre d’Alsace. Pas de maladie, peu de ravageurs : la primeur a été épargnée, sauf par la sécheresse. Il a fallu irriguer.

Les premières pommes de terre primeur d’Alsace ont été récoltées fin mai. Elles le seront jusqu’à mi-août, date légale à partir de laquelle les pommes de terre ne pourront plus être qualifiées de primeur mais seront vendues sous l’appellation « nouvelles ». Les rendements 2020 en pomme de terre d’Alsace primeur sont satisfaisants dans l’ensemble. Ils se situent généralement entre 20 et 40 t/ha. Près de 130 ha sont récoltés en primeur sur les deux départements alsaciens, soit un dixième de la surface dédiée à la culture de la pomme de terre - surface qui est restée stable entre 2019 et 2020 alors qu’elle a légèrement augmenté dans la majorité des autres bassins de production. « Beaucoup de producteurs alsaciens de pommes de terre de conservation font de la primeur », remarque Denis Jung. Cette année est « particulière » à plus d’un titre, dixit le conseiller technique. L’hiver doux, peu pluvieux - il y a eu peu de gel - n’a pas permis une préparation du sol optimale à la sortie du printemps. Qu’à cela ne tienne, les premières plantations ont eu lieu mi-mars, et parfois avant, dans des sols assez froids : 2 °C au 1er avril. Les conditions climatiques ont été bonnes, de mi-mars à début mai. Le mois d’avril chaud et sec a permis des levées assez rapides. Le froid de début mai, lui, a engendré moins de tubercules mais de plus gros calibres. « Il n’y a pas eu de dégâts de gel sur les pommes de terre », précise Denis. D’autres cultures ont souffert mi-mai. Les pommes de terre « double-bâchées » ont pu être récoltées dès fin mai pour les premières. Leur récolte se poursuit tout ce mois de juin. Les pommes de terre bâchées une fois sont ramassées actuellement et jusqu’à la fin du mois. Celles non bâchées seront récoltées en juillet ou après, selon la demande, et seront commercialisées en « primeur » ou déjà en « nouvelles », si elles sont arrivées à maturité. « La récolte démarre bien. Elle a été ralentie par les pluies dans le sud de l’Alsace, puisqu’il faut éviter que la terre colle à ce délicat tubercule, mais ça s’accélère », commente l’ingénieur. Les bâches ont fait office de filets anti-insectes. Sur ces pommes de terre précoces, presque aucun problème lié aux pucerons, ni aux doryphores, alors même qu’ils pullulent. Mi-mai et début juin, des épisodes à risque de mildiou ont été redoutés, mais aujourd’hui l’animateur de l’association pour la promotion de la pomme de terre d’Alsace est catégorique : « Il n’y a de mildiou nulle part. » « C’est une bonne année pour la primeur mais il a fallu irriguer très tôt », enchaîne-t-il. Six tours d’eau ont été nécessaires sur certaines parcelles… aussi pour protéger du gel, dans certains cas. L’arrosage a parfois obligé à protéger contre le mildiou et l’alternaria. Les limaces ne posent pas problème : « C’est assez calme », observe Denis Jung.   Les délicieuses pommes de terre #primeur d'#Alsace sont de retour sur les étals, dispo jusqu'à la mi-août. Bon appétit ?@EAVPHR #lAgricultureElleAssure pic.twitter.com/TrQHjeqTZK — Germain Schmitt (@germain_schmitt) June 26, 2020   « Pas de pression sur les prix » Les variétés cultivées pour être arrachées précocement sont souvent les suivantes, en Alsace : adora, primabelle, annabelle, charlotte, artemis et anaïs. La pomme de terre primeur, peleuse, est récoltée en vert, souvent à la main, car sa peau est fragile. Elle s’ôte au doigt. C’est un produit frais, à conserver comme un légume frais, apprécié pour sa saisonnalité, sa texture et son goût. Gros avantage : on peut la manger avec la peau. Elle ne subit aucun traitement. Riche en sels minéraux et en fibres, elle contient moins d’amidon qu’une pomme de terre de conservation : elle est donc moins calorique. Denis Jung énumère ses qualités pour qui vendrait en direct. Pour l’instant, la grande majorité des producteurs alsaciens à commercialiser la primeur sont en circuit court. La pomme de terre d’Alsace primeur arrivera sur les étals des supermarchés plutôt fin juin ou début juillet, en même temps que démarrera la campagne de publicité prévue sur France bleue. « 50 % des pommes de terre d’Alsace primeur sont commercialisées en grande et moyenne surface », intervient Yannick Wir, animateur de l’interprofession des fruits et légumes d’Alsace (IFLA) pour la filière sud Alsace. L’association pour la promotion de la pomme de terre d’Alsace met en avant un emballage spécifique : un filet d’1,5 kg, assez aéré, adapté à sa fragilité. « C’est un achat plaisir, de petite quantité », souligne Denis Jung. Les prix des pommes de terre d’Alsace primeur varient d’1,4 €/kg à 0,8 €/kg, des premières récoltes à la fin de la saison, alors qu’une pomme de terre de conservation d’Alsace se vend 0,6 €/kg. Cette année, en France, « on a autoconsommé nos pommes de terre », dit Denis Jung. Les pommes de terre primeur de l’ouest du pays sont arrivées sur le marché au printemps, « il n’y a pas de télescopage, donc pas de pression sur les prix », ajoute-t-il. La demande en produits locaux et de saison semble forte, en cette période post-épidémique. 2020 sera donc aussi, a priori, une bonne année pour la primeur alsacienne, au niveau des ventes. C’est d’autant plus appréciable que le coût de revient d’une primeur est deux à trois fois supérieur à celui d’une pomme de terre de conservation, puisqu’il faut des bâches et du personnel pour manipuler le matériel et le tubercule primeur, dont le rendement est forcément inférieur à celui des pommes de terre arrivées à maturité. « Il n’y a pas de frais de stockage sur la primeur, mais l’emballage est plus cher », rapporte encore Denis. La pomme de terre primeur doit permettre aux producteurs de pommes de terre, de rentrer de l’argent rapidement et, à ceux en vente directe, d’élargir leur gamme.  

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