Publié le 13/07/2020
Le réchauffement climatique accélère les cycles végétatifs. Les blés se récoltent début juillet désormais et les orges fin juin. Ce qui autorise les agriculteurs à envisager une seconde récolte dans l’année, si toutefois la question hydrique est maîtrisée. Dans la perspective de réussir trois récoltes en deux ans, « les semis directs » s’avèrent être un outil pertinent grâce à leur facilité et rapidité de mise en œuvre et la préservation de l’humidité résiduelle au sol.
À Mundolsheim, Pierre Ehrhardt, agriculteur « historique » des semis directs, vient de lancer une série d’essais en partenariat avec la Chambre d’agriculture et Pierre-Yves Dubois qui commercialise des semences pour cultures à méthaniser. La parcelle de 50 ares a été découpée en deux types d’essais : des semis directs sur éteule d’orge, l’autre essai étant un semis sur terre travaillée. L’objectif est de tenter des cultures en Cive (Culture intermédiaire à valorisation énergétique), donc du sorgho, des mélanges à base de sorgho/nyger/tournesol, et des variétés de maïs précoce, indice 180. « Le principe, c’est de réussir trois récoltes en deux ans en non travail du sol et il y a vraiment un gros développement pour le semis direct », commente Pierre Ehrhardt. « L’idée, c’est de semer le plus vite possible après la récolte, pour profiter des humidités résiduelles. En l’occurrence, l’orge a été récoltée le 25 juin, et les semis se déroulent six jours après, soit le 1er juillet. Les 7-8 mm d’eau tombés entre temps ont entretenu la fraîcheur de la terre. » Pour viser une seconde récolte, la date de semis est essentielle, exclusivement tout début juillet. Car il s’agit de tenir compte aussi de l’horloge biologique de la plante réglée sur une photopériode (rapport durée jour/nuit). Un impératif, sinon la plante lève bien mais elle dépérit inexorablement. Pour gagner quelques jours supplémentaires, « un agriculteur suisse sème avant même de récupérer la paille. Il l’andaine, sème en direct, la presse et l’enlève après les semis. Ceci pour lui laisser le temps de sécher, mais ne pas entraver l’objectif d’une deuxième récolte », raconte Pierre Ehrhardt. Pour réaliser les semis à Mundolsheim, Pierre Ehrhardt a fait à appel à l’ETA Heim d’Hilsenheim qui, avec son semoir Tempo Väderstad, peut enregistrer et géoréférencer l’essai. Rémy Heim, le dirigeant de l'exploitation, très sollicité en ce moment pour semer en direct des cultures récoltées cet automne sur éteules d’orge, tente cette semaine également une seconde récolte de maïs indice 120 après blé. Sur cette parcelle d’essai, « la paille d’orge n’a pas été prélevée. L’orge de brasserie de variété Étincelle, a été fauchée le plus haut possible. Elle n’a pas eu de raccourcisseur, pas d’antigraminée, il a juste été apporté 80 unités d’azote, un antidycot et un fongicide demi-dose contre la rhyncosporiose à la sortie des barbes », précise Pierre Ehrhardt. L’idée de la fauche haute est de préserver l’humidité résiduelle de manière à réussir la levée de la culture suivante. « Nous espérons qu’il n’y aura pas de gel en septembre pour le maïs, tournesol, nyger. Il s’agit d’aller le plus loin possible »… Un débouché possible : la méthanisation Alors quelles opportunités ou perspectives offrent cette seconde récolte ? Si l’arrière-saison se présente sous les meilleurs auspices, les agriculteurs peuvent espérer une récolte en grains. Si la maturité reste limite, « je propose en partenariat avec des éleveurs de récolter sur pied en ensilage, enrubannage ou en maïs grain humide », explique pour sa part Christophe Haas, jeune agriculteur céréalier du nord du département, en non labour depuis quinze ans, en semis direct depuis 2013. Il réussit également sur sorgho après orge. Mais si d’aventure les conditions automnales s’avéraient plus défavorables, la solution de la méthanisation offre de ce point de vue de nouvelles résiliences à la céréaliculture. Car viser une deuxième récolte est néanmoins risqué. Grâce à la méthanisation, la biomasse trouve une issue quelle que soit sa maturité. « Si je fais 50 q, mes frais seront couverts. » Sont inclus dedans, la prestation de semis, les semences et 60 unités d’ammonitrates. « On verra ensuite, s’il faut désherber ou pas ». « Du point de vue environnement et en directive nitrates, je suis déjà assez couvert en SIE (surface d’intérêt écologique) », précise Pierre Ehrhardt. Une fois cette deuxième culture récoltée, Pierre Ehrhardt implantera toujours en semis direct un couvert d’automne seigle/légumineuse : « Selon le prix des semences, je vise 40 €/ha », pour préparer un maïs au printemps suivant.












