Cultures

Publié le 06/08/2020

L’année 2020 est, à l’instar des années précédentes, encore très sèche. Le déficit d’eau pénalise aussi bien les cultures que les agriculteurs, obligés d’irriguer. Heureusement, la situation est encore largement rattrapable.

Les étés se suivent et se ressemblent en Alsace. La sécheresse frappe de nouveau. « Juillet 2020 sera probablement au premier rang des mois de juillet les plus secs depuis 1959, loin devant 1964 et 1979 », a averti le 29 juillet Météo France. En quelques semaines, plus de soixante départements ont été contraints de mettre en place des mesures de restriction d’approvisionnement en eau. C’est nettement moins que l’an dernier où, à la même époque, seuls cinq départements n’avaient pas fait l’objet de consigne, y compris de vigilance. Mais cela fait tout de même déjà beaucoup. Les agriculteurs de 47 départements touchés ont été autorisés, sur décision de leur ministère, à utiliser les surfaces en jachères pour faire pâturer leurs troupeaux ou faucher pour produire du fourrage. Même s’il existe un caractère répétitif, la sécheresse actuelle est totalement différente de celle de 2019. L’année dernière, une sécheresse d’hiver très marquée avec un mauvais remplissage des nappes phréatiques avait été constatée, puis une très forte humidité au printemps, suivie d’un été caniculaire et d’une sécheresse des sols brutale. Cette année, au début du mois de mars, les sols ont battu des records d’humidité. L’hiver a été très humide, avec des records de pluie dans la région. Mais, depuis le 10 mars, le déficit de précipitations est très important sur toute la France. Ainsi, si l’on prend les relevés officiels de Météo France à compter du début du mois d’avril, le Grand Est cumule un déficit pluviométrique qui frise les 40 % par rapport à la normale. 265 communes concernées Plusieurs critères démontrent que la sécheresse est là. Tout d’abord, les indices d’humidité des sols sont « largement en dessous de la normale », selon un communiqué de presse de la préfecture du Bas-Rhin, le 6 juillet dernier. Ensuite, les précipitations ont été faibles dans toute la région et le peu qui est tombé n’a pas permis de rétablir la situation. « Il n’a quasiment pas plu en juillet. C’est simple, sur le mois entier, il n’a plu que 15 à 20 millimètres à Sélestat ou Altkirch, précise Didier Lasserre, ingénieur à Arvalis-Institut du végétal, de plus, les niveaux des eaux souterraines sont globalement bas, voire très bas. » De même, tous les cours d’eau et unités hydrologiques des deux départements affichent des tendances inférieures aux normales de saison. Pour les prochaines semaines, les modèles de prévisions prévoient des températures toujours aussi élevées avec un temps généralement sec et de rares averses ou orages isolés. Ces circonstances ont conduit le préfet du Haut-Rhin à prendre quatre arrêtés détaillant des mesures de restriction de l’usage de l’eau sur plusieurs secteurs. Elles sont appliquées depuis le 30 juillet et ce, jusqu’au 12 octobre prochain, « sauf évolution de la situation météorologique et hydrologique conduisant à renforcer, prolonger ou abroger les mesures prises ». Compte tenu de cette situation, l’ensemble des utilisateurs d’eau, agriculteurs compris, est appelé à faire preuve de civisme en modérant sa consommation en eau qu’elle soit prélevée dans les cours d’eau, les nappes phréatiques ou les réseaux publics de distribution d’eau. Concrètement, cela signifie que toute irrigation des cultures et des prairies par aspersion est interdite sauf si elle s’inscrit dans le cadre d’un tour d’eau proposé par la Chambre d’agriculture et validé par le service en charge de la police de l’eau. L’irrigation par submersion est quant à elle totalement interdite. Les prélèvements ponctuels pour le remplissage des citernes mobiles destinées exclusivement à l’abreuvement des animaux au pré sont en revanche tolérés sous réserve de l’accord des propriétaires riverains des cours d’eau et sous réserve de ne pas intervenir sur le profil des cours d’eau (barrages, etc.). La qualité des cultures dans la balance Victimes du climat : les producteurs de maïs. Sur les 130 000 hectares plantés dans toute la région, beaucoup sont ainsi menacés par la sécheresse, car là encore, les secteurs non irrigués pâtissent de l’absence de pluie. Nord et sud Alsace en premier. « Je n’ai jamais vu ma pelouse aussi sèche que cette année, témoigne Christian Schneider, responsable céréales à la FDSEA 67 et exploitant du côté de Beinheim. C’est une année compliquée car toutes les cultures d’été ont souffert. Il n’y aura peut-être même pas d’épis dans les endroits les plus critiques. » Depuis la fin juin, les exploitants sont ainsi dans l’obligation d’irriguer sans arrêt, 5 à 7 millimètres s’évaporant tous les jours à cause des fortes chaleurs. « Autrement, le rythme de croissance des plants peut être totalement stoppé, ajoute Christian Schneider. Je ne parle pas forcément des bonnes terres, où le maïs s’en sortira malgré tout, mais des zones plus sensibles où les grains risquent de ne pas avoir leur taille habituelle et où les rendements seront bien inférieurs aux années précédentes. » Si le maïs cristallise les tensions, ce n’est cependant pas la seule culture à souffrir de la sécheresse. Les betteraves pâtissent aussi de cette situation comme en témoigne Michel Butscha du service agrobetteravier de la sucrerie d’Erstein : « On assiste un peu au même schéma que l’an dernier mais avec des grosses chaleurs décalées. Un bon tiers des betteraves est irrigué et se développera correctement, sauf en cas de jaunisse, maladie qui touche 5 à 10 % des parcelles. Un autre tiers est quant à lui bien plus en souffrance et accuse par endroits pas mal de retard, ce qui ne signifie rien de bon, car qui dit campagne moins longue dit aussi moins de sucre. Les levées sont donc dans l’ensemble assez hétérogènes ». Un constat que l’on retrouve également dans les cultures de houblon, où là, en revanche, « ce n’est pas forcément le manque de pluie qui affecte le houblon mais aussi la chaleur car les températures caniculaires sont tout aussi néfastes que le manque d’eau et cela risque d’affecter les rendements, précise Michèle Dauger, responsable agronomie et environnement au Comptoir agricole. Tout est encore rattrapable mais dans l’idéal, il faudrait qu’il fasse un peu moins chaud avec 15 à 20 mm de pluie. » « Tout n’est pas joué », rassure Yohann Lecoustey, directeur de la FDSEA 67. À condition que le mois d’août soit plus humide. « On sait déjà qu’on va perdre un peu au niveau des rendements dans certains secteurs mais s’il pleut encore d’ici au 15 août, ça devrait en sécuriser un minimum. » Pour l’instant, le mercure continue de grimper et les nuages se font rares à l’horizon.   Beaucoup de ? soleil en #Alsace ... on aimerait un peu de ? pluie aussi !Tour de plaine et état des cultures dans vos journaux cette semaine.@EAVPHR #lAgricultureElleAssure pic.twitter.com/TZkwSOPEJ1 — Germain Schmitt (@germain_schmitt) July 24, 2020

Publié le 03/08/2020

Les céréaliers auront eu chaud jusqu’au bout, au sens propre comme au figuré. Année de forte sécheresse oblige, les récoltes de cette année ont forcément été impactées… mais finalement bien moins que prévu. Surtout lorsque l’on compare les résultats nationaux à ceux obtenus en Alsace, où les rendements ont parfois créé la surprise.

La moisson du blé se termine. Une fin de campagne qui sonne aussi celle d’une année qui s’annonçait compliquée dès le départ. Et il y avait des raisons de s’inquiéter car, entre la crise sanitaire et la sécheresse printanière, beaucoup s’attendaient alors à une année quasi catastrophique. Au final, les premiers résultats montrent des rendements tout à fait corrects sur les 49 000 hectares de blé plantés en Alsace. « Je ne dirai pas forcément que c’est une surprise, il s’agit plutôt d’un heureux dénouement », tempère cependant Didier Lasserre, ingénieur à Arvalis-Institut du végétal, « les rendements en Alsace se situent cette année autour des 77 quintaux par hectares (q/ha), soit trois de moins que l’année dernière. On observe donc bien un retrait même s’il est léger. C’est tout de même satisfaisant, surtout au vu de l’année que l’on vient d’avoir ». Le bilan est cependant contrasté localement, entre les terres superficielles et non irriguées, où les blés ont été mis en difficulté rapidement par le manque d’eau, et les parcelles dotées d’une meilleure réserve utile, où ils ont été moins amputés dès le départ dans l’élaboration de leur potentiel de rendement. Quantité et qualité au rendez-vous D’une manière générale, les blés donnent des résultats « plus élevés que ce qu’on attendait, souligne Jean-Louis Galais, conseiller à la Chambre d'agriculture d’Alsace, nous avons eu une année sèche et précoce, ce qui est toujours mieux qu’une année humide. En plus, les pluies sont revenues en mai, donc, dans certains cas, il pourrait même y avoir des records ! » C’est vrai, en particulier dans le sud de l’Alsace, qui a eu plus d’eau que le Nord. Or, plus il y a eu d’eau par la suite, mieux les blés ont pu récupérer des conditions sèches du début de printemps. Ce sont notamment les poids de mille grains (PMG) qui sont très bons cette année, pointe Jean-Louis Galais. « Cela montre qu’il y a eu une très bonne compensation, aussi bien sur la fertilité, grâce à des conditions météorologiques favorables à la méiose, ce qui se traduit par un nombre élevé de grains par épis, que par le remplissage, qui s’est déroulé dans de bonnes conditions, avec suffisamment d’eau ». La météo n’a d’ailleurs pas été le seul élément à contribuer à un tel résultat. On peut, en effet, ajouter l’absence de maladies ainsi que des températures de fin de cycle optimales, nécessaires au bon développement des cultures. Si les quantités devraient donc être correctes, tout indique que la qualité devrait suivre aussi dans ce sens. « La qualité sanitaire est elle aussi au rendez-vous puisqu’il n’y a pas eu ou quasiment pas eu de pluie au moment de la floraison », affirme Didier Lasserre. Beaucoup de grains bien remplis, ça fait inévitablement un bon rendement. Encore faut-il qu’il y ait des épis pour porter les grains. Et c’est ce qui fait la différence entre les terres à bonne réserve hydrique et les autres, où le potentiel de rendement a été amputé de manière trop importante dès le départ pour que cela puisse être rattrapé par la suite. S’il reste prudent, Jean-Louis Galais aurait donc tendance à qualifier la récolte de blé 2020 de « plutôt bonne », avec même quelques résultats « exceptionnels ». Un fort contraste avec les résultats nationaux Un dénouement qui dénote avec bon nombre d’échos de campagnes des autres régions françaises, sur les réseaux sociaux, où les agriculteurs déplorent une moisson « mauvaise à moyenne ». Une différence avec la situation alsacienne que Jean-Louis Galais explique par un recours plus fréquent à l’irrigation, et la proportion importante de « bonnes terres » dans notre région. Ainsi, de nombreux départements rapportent des rendements globalement insatisfaisants mais surtout très hétérogènes. À l’origine de l’effondrement de la production : la succession de deux phénomènes climatiques extrêmes. Le premier, des précipitations excessives à l’automne qui ont compliqué les semis, les rendant parfois même impossibles. Résultat : les surfaces sont en recul de 14,38 % par rapport à 2019, avec 4,28 millions d’hectares emblavés, selon les estimations du cabinet Agritel. La sécheresse s’est ensuite installée au printemps et le déficit hydrique a empêché les cultures de se développer dans de bonnes conditions. « Le rendement des blés tendres au niveau national est proche de 68 q/ha, soit une baisse de 13,65 % par rapport à la campagne précédente et un repli de 7,95 % comparé à la moyenne olympique quinquennale », indique le cabinet. Des chiffres parfois inférieurs à la collecte de 2016, surtout dans le Sud où on note une moyenne de 40 à 50 q/ha. En Bourgogne et Rhône-Alpes, les résultats seraient plus proches des 60 q/ha. La seule note optimiste venant pour le moment de la Champagne où, certes, les rendements les plus bas avoisinent les 60 q/ha mais où quelques pointes à 135 q/ha ont aussi été observées. Du côté de la qualité, la moisson ne devrait pas non plus être un grand cru mais une année normale, voire bonne, au niveau national. La récolte de blé tendre devrait donc atteindre les 29,22 millions de tonnes (Mt) soit un recul de 26 % par rapport à l’année passée.     Lire aussi : La moisson alsacienne s’annonce moyenne, sur le site de L'Est agricole et viticole, et sur le site du Paysan du Haut-Rhin.  

Publié le 20/07/2020

À l’invitation de l’ONF, Josiane Chevalier, préfète de la Région Grand Est et du Bas-Rhin, a visité la scierie Feidt, à Molsheim, et découvert les enjeux auxquels sont confrontés le massif forestier et la filière bois.

C’était une visite en deux temps : l’ONF et ses partenaires - la forêt privée, les communes forestières et l’interprofession Fibois Grand Est - ont d’abord fait découvrir à Josiane Chevalier, préfète de la région Grand Est et du Bas-Rhin, l’aval de la filière bois, avant de la conduire dans la forêt domaniale de Haslach le 3 juillet dernier. Première étape du périple, la scierie Feidt, à Molsheim. Une entreprise familiale autrefois spécialisée dans la fabrication de caisses à bière, qui s’est reconvertie en 1967 dans les palettes. De nombreux investissements ont été consentis, permettant d’accroître la production jusqu’à ce qu’un incendie détruise totalement l’outil de production en octobre 2006. Un coup dur que Bernard Feidt, PDG de l’entreprise, son épouse Marie-Laure et ses deux fils, Christian et Matthieu ont réussi à surmonter avec beaucoup de volonté. Grâce à un investissement de 23 M€, ils ont réussi à tout reconstruire en deux ans. L’entreprise s’est dotée d’une unité de sciage capable de traiter 100 000 m3 de bois ronds, équipée des technologies les plus innovantes, de deux lignes de production de palettes et de quatre unités de séchage. Un nouveau parc à grumes est en cours d’aménagement et une nouvelle ligne de clouage numérisée unique en Europe sera installée en 2020. Une entreprise « très précieuse » La scierie Feidt, qui emploie 38 salariés, transforme annuellement 68 000 m3 de bois ronds, dont 70 % de résineux, 25 % de peuplier et 5 % de hêtre. Elle signe des contrats avec l’ONF, ce qui lui permet de s’assurer une sécurité dans ses approvisionnements, « avec des prix qui tiennent la route ». « C’est une entreprise très précieuse pour la filière car elle valorise des bois déclassés », précise Jean-Pierre Renaud, directeur territorial Grand Est de l’ONF. Elle utilise par exemple des bois scolytés qui ne peuvent être valorisés autrement. Par ses activités, elle génère aussi des produits connexes (écorces, sciure, plaquettes) dont l’écoulement est rendu difficile depuis la crise sanitaire. La scierie perd 3 000 € chaque jour en raison de ce problème, mentionnent ses dirigeants. Avec 1,3 million de palettes fabriquées en 2019 pour un chiffre d’affaires de 13 M€, l’entreprise de Molsheim se classe parmi les dix premiers producteurs de palettes français. Elle propose 250 références différentes et est capable de s’adapter à des demandes très pointues. La nouvelle ligne de clouage, conçue avec le fabricant, lui permettra de sortir jusqu’à 600 palettes par heure, contre 200 à 250 aujourd’hui. De qui répondre encore plus rapidement à la demande de ses clients, situés majoritairement dans un rayon de 120 km. Avant de rejoindre la forêt de Haslach pour évoquer les enjeux forestiers, Thierry France-Lanord, président de Fibois Grand Est, et Sacha Jung, délégué général, ont présenté l’interprofession et son rôle essentiel dans le fonctionnement de la filière. « C’est parce qu’on arrive à valoriser le bois qu’on fait de la sylviculture. » À la préfète de Région, Jean-Pierre Renaud a rappelé que le Grand Est possède l’un des plus grands massifs forestiers de France, composé aux trois-quarts de feuillus et un quart de résineux. Le premier enjeu est celui de la production. Celle-ci est menacée par plusieurs phénomènes : le dépérissement de différentes essences - les épicéas sont attaqués par les scolytes, les frênes et les chênes par les chenilles - et le changement climatique. Les arbres sont capables de résister un certain temps à l’augmentation des températures, reconnaît le directeur territorial Grand Est de l’ONF, mais au bout du compte, ils finissent par dépérir. Le processus de dégradation est bien visible et « pose question pour l’avenir. » Le dépérissement entraîne des pertes économiques pour la filière. Des opérations de « dégagement » de bois ont déjà eu lieu en direction de l’ouest et du sud-ouest, grâce à des subventions accordées pour le transport. Mais l’épidémie de Covid-19 a stoppé l’activité des entreprises forestières. Celle-ci n’a repris qu’au ralenti et les volumes de produits connexes accumulés durant ce temps, bloquent encore la reprise, souligne Jean-Pierre Renaud. « À l’agence ONF de Schirmeck, le volume de bois scolytés ou dépérissants s’ajoute à celui des chablis de cet hiver », témoigne Béatrice Longechal, sa directrice. « Beaucoup de bois vont rester sur pied », prévoit Vincent Ott, les propriétaires privés étant peu enclins à engager des frais pour récolter du bois qu’ils ne pourront pas vendre ou seulement en bois énergie. La pression sur les chasseurs Pour reconstituer la forêt, la régénération naturelle est souvent la solution la plus pertinente. Mais elle est compromise par la présence excessive de gibier : les animaux se nourrissent des jeunes plants. La préfète de Région a pu le constater, comme ses prédécesseurs avant elle : les traces de pousses abrouties sont nombreuses dans cette portion de la forêt de Haslach. « Pour résoudre le problème du déséquilibre forêt-gibier, les forestiers ont repris les fusils », indique Jean-Pierre Renaud, suivant l’exemple de leurs homologues bavarois. Vincent Ott, président des forestiers privés, et Pierre Grandadam, président de l’association des communes forestières, insistent pour que la préfète mette la pression sur les chasseurs, afin qu’ils tirent davantage de gibier. Les maires aussi doivent être sensibilisés à cette question : en 2023, les baux de chasse vont être reloués dans les forêts communales et si l’on veut réguler les effectifs de gibier, il est important de faire cesser la surenchère sur le prix des locations. « Il vaudrait mieux louer moins cher à des chasseurs qui sont nos partenaires », insiste Vincent Ott qui réclame « plus de chasseurs et plus de tirs ».  

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