Moisson 2020
L’Alsace tire son épingle du jeu
Moisson 2020
Publié le 03/08/2020
Les céréaliers auront eu chaud jusqu’au bout, au sens propre comme au figuré. Année de forte sécheresse oblige, les récoltes de cette année ont forcément été impactées… mais finalement bien moins que prévu. Surtout lorsque l’on compare les résultats nationaux à ceux obtenus en Alsace, où les rendements ont parfois créé la surprise.
La moisson du blé se termine. Une fin de campagne qui sonne aussi celle d’une année qui s’annonçait compliquée dès le départ. Et il y avait des raisons de s’inquiéter car, entre la crise sanitaire et la sécheresse printanière, beaucoup s’attendaient alors à une année quasi catastrophique. Au final, les premiers résultats montrent des rendements tout à fait corrects sur les 49 000 hectares de blé plantés en Alsace. « Je ne dirai pas forcément que c’est une surprise, il s’agit plutôt d’un heureux dénouement », tempère cependant Didier Lasserre, ingénieur à Arvalis-Institut du végétal, « les rendements en Alsace se situent cette année autour des 77 quintaux par hectares (q/ha), soit trois de moins que l’année dernière. On observe donc bien un retrait même s’il est léger. C’est tout de même satisfaisant, surtout au vu de l’année que l’on vient d’avoir ». Le bilan est cependant contrasté localement, entre les terres superficielles et non irriguées, où les blés ont été mis en difficulté rapidement par le manque d’eau, et les parcelles dotées d’une meilleure réserve utile, où ils ont été moins amputés dès le départ dans l’élaboration de leur potentiel de rendement. Quantité et qualité au rendez-vous D’une manière générale, les blés donnent des résultats « plus élevés que ce qu’on attendait, souligne Jean-Louis Galais, conseiller à la Chambre d'agriculture d’Alsace, nous avons eu une année sèche et précoce, ce qui est toujours mieux qu’une année humide. En plus, les pluies sont revenues en mai, donc, dans certains cas, il pourrait même y avoir des records ! » C’est vrai, en particulier dans le sud de l’Alsace, qui a eu plus d’eau que le Nord. Or, plus il y a eu d’eau par la suite, mieux les blés ont pu récupérer des conditions sèches du début de printemps. Ce sont notamment les poids de mille grains (PMG) qui sont très bons cette année, pointe Jean-Louis Galais. « Cela montre qu’il y a eu une très bonne compensation, aussi bien sur la fertilité, grâce à des conditions météorologiques favorables à la méiose, ce qui se traduit par un nombre élevé de grains par épis, que par le remplissage, qui s’est déroulé dans de bonnes conditions, avec suffisamment d’eau ». La météo n’a d’ailleurs pas été le seul élément à contribuer à un tel résultat. On peut, en effet, ajouter l’absence de maladies ainsi que des températures de fin de cycle optimales, nécessaires au bon développement des cultures. Si les quantités devraient donc être correctes, tout indique que la qualité devrait suivre aussi dans ce sens. « La qualité sanitaire est elle aussi au rendez-vous puisqu’il n’y a pas eu ou quasiment pas eu de pluie au moment de la floraison », affirme Didier Lasserre. Beaucoup de grains bien remplis, ça fait inévitablement un bon rendement. Encore faut-il qu’il y ait des épis pour porter les grains. Et c’est ce qui fait la différence entre les terres à bonne réserve hydrique et les autres, où le potentiel de rendement a été amputé de manière trop importante dès le départ pour que cela puisse être rattrapé par la suite. S’il reste prudent, Jean-Louis Galais aurait donc tendance à qualifier la récolte de blé 2020 de « plutôt bonne », avec même quelques résultats « exceptionnels ». Un fort contraste avec les résultats nationaux Un dénouement qui dénote avec bon nombre d’échos de campagnes des autres régions françaises, sur les réseaux sociaux, où les agriculteurs déplorent une moisson « mauvaise à moyenne ». Une différence avec la situation alsacienne que Jean-Louis Galais explique par un recours plus fréquent à l’irrigation, et la proportion importante de « bonnes terres » dans notre région. Ainsi, de nombreux départements rapportent des rendements globalement insatisfaisants mais surtout très hétérogènes. À l’origine de l’effondrement de la production : la succession de deux phénomènes climatiques extrêmes. Le premier, des précipitations excessives à l’automne qui ont compliqué les semis, les rendant parfois même impossibles. Résultat : les surfaces sont en recul de 14,38 % par rapport à 2019, avec 4,28 millions d’hectares emblavés, selon les estimations du cabinet Agritel. La sécheresse s’est ensuite installée au printemps et le déficit hydrique a empêché les cultures de se développer dans de bonnes conditions. « Le rendement des blés tendres au niveau national est proche de 68 q/ha, soit une baisse de 13,65 % par rapport à la campagne précédente et un repli de 7,95 % comparé à la moyenne olympique quinquennale », indique le cabinet. Des chiffres parfois inférieurs à la collecte de 2016, surtout dans le Sud où on note une moyenne de 40 à 50 q/ha. En Bourgogne et Rhône-Alpes, les résultats seraient plus proches des 60 q/ha. La seule note optimiste venant pour le moment de la Champagne où, certes, les rendements les plus bas avoisinent les 60 q/ha mais où quelques pointes à 135 q/ha ont aussi été observées. Du côté de la qualité, la moisson ne devrait pas non plus être un grand cru mais une année normale, voire bonne, au niveau national. La récolte de blé tendre devrait donc atteindre les 29,22 millions de tonnes (Mt) soit un recul de 26 % par rapport à l’année passée. Lire aussi : La moisson alsacienne s’annonce moyenne, sur le site de L'Est agricole et viticole, et sur le site du Paysan du Haut-Rhin.












