Cultures

Baisse des traitements phytosanitaires

Produire moins cher

Publié le 19/06/2020

L’EARL Ferme Fix, à Pfettisheim, a intégré le réseau des fermes Dephy depuis 2016. Leur démarche consiste à réduire l’utilisation des produits phytosanitaires. Denis Fix, le gérant de l’EARL, et Gregory Lemercier, animateur des fermes Dephy dans le Bas-Rhin, reviennent sur les leviers qui permettent de diminuer la fréquence des traitements dans les blés, et donc d’économiser de l’argent.

« La réflexion qui permet d’aboutir à une réduction de l’utilisation des produits phytosanitaires dans les blés commence bien avant les semis », pose d’emblée Gregory Lemercier, conseiller en grandes cultures à la Chambre d’agriculture d’Alsace (CAA). La première chose à faire est de choisir des variétés de blé tolérantes aux maladies et à la verse. « Le levier génétique est le plus important des leviers qui seront activés ensemble pour réduire l’utilisation des produits phytosanitaires », insiste Gregory. La CAA diffuse chaque année, en août, au moment de l’achat des semences, une brochure permettant de choisir les meilleures variétés (productivité et résistance aux maladies), selon les essais qu’elle a conduits. Denis Fix, installé à Pfettisheim depuis 2001, en polyculture-élevage porcin, s’en remet à elle pour guider ses commandes. Il sème environ 20 ha de blé sur ses 96 ha de SAU. Le reste se compose de 55 ha de maïs, 16 ha de colza, 2 ha d’orge, 2 ha de prairies et de quelques hectares laissés au Grand contournement ouest (GCO). En complément de choix de semences judicieux, l’agriculteur, sur les conseils de l’ingénieur de la Chambre, utilise un mélange variétal de quatre variétés de blé. Ce mélange va limiter la propagation de certaines maladies, comme la rouille brune ou jaune, « explosive » sur une seule variété car se propageant très vite, à la surface des feuilles, avec le vent. « Il faut anticiper, martèle Gregory Lemercier. On gère les problèmes avant même leur apparition, pour qu’ils n’apparaissent pas, ou dans une moindre mesure, grâce à la génétique et à l’agronomie. Avec la chimie, on gère les urgences ». Quand une variété est dite tolérante, elle l’est vraiment, rappelle encore l’animateur du réseau des fermes Dephy dans le Bas-Rhin, qui compte 13 exploitations*. « C’est une stratégie de conduite des cultures réfléchie et cohérente qui doit se mettre en place », ajoute le conseiller. Denis Fix, quatre ans sur cinq, sème 10 % de colza dans ses blés. « Les altises attaquent cette culture plus précoce que le blé. Cela limite aussi l’arrivée de méligèthes. En blé, l’utilisation d’insecticide est rare, de toute façon », nuance l’agriculteur. La rotation est tout aussi primordiale que le choix des variétés pour limiter l’utilisation d’herbicides sur les blés. Denis Fix alterne les cultures de printemps et d’hiver dans sa rotation. Un maïs nettoie la parcelle pour le blé et le colza à venir, et inversement. Le maïs peut être remplacé par du soja : « avec un précédent soja, il y a moins de risque de fusariose », précise Gregory Lemercier. Denis Fix, pour optimiser l’efficacité des herbicides qu’il utilise encore, a recours à des adjuvants : huile, mouillant et sulfate d’ammonium. Semis tardif Autre levier pour réduire l’utilisation des produits phytosanitaires sur les blés : la date de semis. « Nous conseillons de semer après le 20 octobre pour limiter le nombre d’adventices, le risque de jaunisse nanisante de l’orge (JNO) ainsi que son vecteur, le puceron, et d’autres maladies. C’est une stratégie d’évitement. On change toute la conduite du blé. Mais, attention : plus on sème tard, plus il faut augmenter la densité de semis, qu’on augmente aussi en fonction de la qualité du lit de semence », détaille Gregory Lemercier. Denis Fix laboure : « ça permet de nettoyer le sol ». Pour un meilleur rendement, l’apport d’azote est aussi scruté. Chaque année, en janvier, à la sortie de l’hiver, la Chambre propose une analyse de sol et un conseil adapté, selon la nature de l’engrais épandu : fumier ou lisier. L’objectif est d’éviter le risque de verse. Denis Fix épand du lisier, forcément. « En blé, j’étais déjà bien performant avant d’intégrer le réseau des fermes Dephy, constate Denis Fix. Là, on essaie d’aller plus loin : d’améliorer la structure du sol, de favoriser les auxiliaires, par exemple. Moi, je n’ai plus grand-chose à gratter pour réduire les coûts ou améliorer la rentabilité de la culture ». Gregory Lemercier propose un désherbage mécanique au printemps, en Alsace. L’équipement en houe rotative, herse étrille ou bineuse est essentiel. Les animateurs du réseau des fermes Dephy connaissent les aides à l’investissement existantes et de plus en plus de Cuma réfléchissent à s’équiper. « Notre but est de faire gagner de l’argent aux agriculteurs, en assurant une bonne performance technico-économique. Moins d’interventions, moins d’intrants, égale plus d’économies. On fait de la technique et c’est rentable », conclut Gregory Lemercier.

Publié le 18/06/2020

Comme prévu, la moisson du blé tendre en Alsace s’annonce précoce, et avec des rendements impactés par la sécheresse printanière.

Mi-mai, les blés se présentaient particulièrement en avance en Alsace, en lien avec les températures estivales du printemps. Cette avance s’est maintenue, mais elle a un peu été freinée ces dix derniers jours par le retour de températures plus fraîches. « De deux semaines d’avance, nous sommes passés à une semaine d’avance », résume Didier Lasserre, ingénieur à Arvalis-Institut du végétal. Les orges, qui auraient pu être récoltées dès cette semaine, le seront sans doute à partir de la prochaine. La récolte du blé devrait débuter au cours de la première semaine de juillet. En outre, le manque de précipitations laissait présager des rendements en berne, du fait d’une moins bonne alimentation en éléments nutritifs, notamment en azote. Effectivement, « le nombre d’épis est faible, confirme Didier Lasserre. Par contre, la fertilité a été correcte, donc il y a pas mal de grains ». La dernière composante de rendement, le remplissage, qui dicte le Poids de mille grains (PMG), pouvait donc encore permettre de rattraper la situation. Et c’est ce qui s’est partiellement passé : « Nous avons bénéficié d’un climat britannique durant la phase de remplissage, avec des températures fraîches, des précipitations assez régulières, et ça va peut-être permettre de sauver les meubles ». En outre, certaines situations devraient mieux s’en sortir que d’autres, comme les semis tardifs, ou les situations irriguées, où les rendements devraient même être « très bons », mais cela ne concerne que 10 % de la sole de blé en Alsace. Globalement, la collecte de blé 2020 ne sera donc ni catastrophique, ni pléthorique, mais tout juste moyenne, estime Didier Lasserre.   La #pluie ? arrive ... ça se précise, mais en quantité suffisante ? @EAVPHR #lAgricultureElleAssure pic.twitter.com/Op1SX5pXWq — Germain Schmitt (@germain_schmitt) June 4, 2020   La situation sanitaire des blés est restée bonne jusqu’au bout, ce qui s’explique aussi par les conditions climatiques printanières particulières, peu propices au développement des maladies cryptogamiques : « La septoriose n’est pas montée dans les étages foliaires. Il y a un peu de rouille, par ci, par là, mais cela reste très ponctuel. Et on n’observe pas de symptômes de fusariose dans les champs. S’il a plu, ce n’est jamais très longtemps, et ce n’est pas ça qui est favorable au développement des maladies cryptogamiques, ce sont les longues périodes d’humidité permanente », précise Didier Lasserre.

Houblon & co

Dans l’expectative

Publié le 16/06/2020

Alors que les lianes de houblon s’élancent dans les houblonnières, ceux dont l’activité dépend de leurs cônes odorants sont dans l’expectative. L’épidémie de coronavirus a fortement déstabilisé le marché de la bière, boisson conviviale par excellence. Inévitablement, le marché du houblon sera impacté. Mais l’ampleur de la vague reste difficile à estimer.

Avec 487 ha de houblonnières en Alsace, la surface dédiée à la production de houblon est stable. Sur ces 487 ha, 455 sont en production, la trentaine d’hectares restant étant en repos temporaire pour être replantée à l’automne avec de nouvelles variétés, précise Christian Lux, responsable agronomie et environnement au Comptoir agricole. En effet, la phase de reconversion variétale, amorcée afin de répondre aux attentes du marché avec de nouvelles variétés aromatiques, se poursuit. De même, pour répondre à l’importante demande en houblon bio, trois planteurs sont en cours de conversion à l’agriculture biologique, soit 42 ha de houblonnières. La surface de houblon bio en Alsace devrait donc passer de 33 ha actuellement à 75 ha en 2022. L’Alsace compte actuellement quarante producteurs de houblon, un chiffre assez stable mais le Comptoir agricole en voudrait davantage : « Nous continuons à chercher des jeunes prêts à se lancer dans la culture de houblon », souligne Christian Lux. La pénurie de main-d’œuvre évitée Le confinement engendré par la Covid-19 a été source d’inquiétude pour les producteurs : « Il coïncidait avec le démarrage d’opérations qui requièrent de la main-d’œuvre, comme la taille, l’ébroussage, et c’est aussi à ce moment qu’on termine normalement la campagne de recrutement pour la mise au fil… », rapporte Sébastien Holtzmann, producteur à Wingersheim. Traditionnellement, ce sont souvent des Roumains ou des Polonais qui sont embauchés à cette fin. Sauf que les faire venir en France s’annonçait compliqué. Finalement, suite aux appels au renfort de la main-d’œuvre locale lancés par la profession, et à l’autorisation d’embaucher des personnes au chômage partiel, la pénurie de main-d’œuvre ne s’est pas concrétisée. Certes, « il y a eu pas mal d’apprentissage à faire, et le rendement horaire s’en ressent mais, globalement, on s’en sort bien », constate Sébastien Holtzmann. Du vent dans les lianes La compaction du sol, engendrée par un hiver pluvieux et sans gel a été source de quelques difficultés, notamment pour la taille, qui s’est faite « moins facilement », rapporte Christian Lux. La sécheresse printanière n’a pas spécialement affecté les plants, sauf les plus jeunes, qu’il a fallu arroser, « alors que tous les producteurs ne sont pas forcément encore équipés », pointe Sébastien Holtzmann. Le vent du nord et la faible hygrométrie ont pour corollaire une situation sanitaire très saine pour le moment. Mais, suite au retour des précipitations, « il va falloir être vigilant et notamment surveiller la progression du mildiou », prévient Christian Lux. Et, s’il chasse les champignons, le vent a aussi tendance à empêcher les lianes de s’enrouler correctement au fil. Résultat, les houblonniers passent actuellement beaucoup de temps à remettre les lianes aux fils. Si on ajoute à cela les effets du confinement, la note en termes d’heures de travail s’annonce assez salée cette année : « Au moins les houblonnières sont belles, espérons que ça dure », souhaite Sébastien Holtzmann. Moins de bière consommée, moins de houblon utilisé D’un point de vue conjoncturel, le marché du houblon est bien évidemment marqué par l’épidémie de coronavirus, qui a entraîné dans son sillage la fermeture des bars, restaurants, ainsi que l’annulation des festivals et autres rencontres sportives estivales… autant d’occasions de consommer de la bière qui se sont évaporées : « Ces mesures ont eu un impact très négatif sur la consommation de bière, impact qui s’est répercuté sur le marché de ses matières premières, dont le houblon », indique Antoine Wuchner, responsable de l’activité houblon au Comptoir agricole. Moins de bière consommée, c’est moins de bière fabriquée, donc moins de houblon utilisé. Les brasseurs se retrouvent donc avec des stocks de houblon sur les bras. Aussi, Antoine Wuchner s’attend à des reports sur les contrats passés avec certains clients : « L’ampleur de ces reports va dépendre de la dynamique de réouverture des bars et restaurants », estime-t-il. Mais, quoi qu’il en soit, le marché sera pénalisé. Ne serait-ce que parce que les festivals estivaux, eux, sont bien morts et enterrés. Le comble serait une récolte de houblon abondante : « Comme les brasseurs ont du stock de houblon qui s’accumule, la nouvelle récolte arrivera sur un marché spot, c’est-à-dire hors contrat, caractérisé par des prix bas. » Bref, la situation n’est pas rose. Mais Antoine Wuchner pointe quelques éléments positifs. Le premier, c’est que ce phénomène est mondial, donc que tous les pays producteurs de houblon sont embarqués dans la même galère. En outre, « l’Alsace est mieux armée que lors de la dernière crise houblonnière qu’elle a eue à traverser, parce qu’elle a étoffé sa gamme de variétés, parce que la production de houblon bio se développe, et que le schéma de commercialisation a été diversifié et travaillé. » Enfin, la demande en houblon bio reste soutenue, et la production française, même si elle augmente, ne couvre pas encore les besoins. Des fûts sur les bras Lorsque le confinement a été instauré en France, le 17 mars, les brasseurs qui privilégient les cafés, hôtels, restaurants (CHR), festivals et autres festivités estivales pour écouler leur production se sont retrouvés avec leur stock de fûts prêts pour la saison sur les bras, « dans des proportions assez diverses selon la part réservée aux CHR, aux grandes et moyennes surfaces (GMS…)», précise Éric Trossat, président du syndicat des brasseurs d’Alsace. Or, dans les CHR, la majeure partie des volumes de bière est écoulée au cours des deuxième et troisième trimestres, la consommation étant notamment boostée par l’ouverture des terrasses. Cette année, elles sont restées vides jusque très récemment. « Ce volume de bière qui n’a pas été vendu est définitivement perdu », constate Éric Trossat. Tout comme celui qui aurait été absorbé par les manifestations sportives et culturelles qui n’auront pas lieu cet été. Pour le reste, « la vente de bouteilles a plutôt bien fonctionné », tempère le président du syndicat des brasseurs d’Alsace. Avec, même, un engouement pour les produits locaux, que les GMS ont accompagné. En outre, certaines microbrasseries, peu ou pas référencées en GMS, ont fait preuve d’imagination pour écouler leur marchandise, mettant en place des drives, de la livraison à domicile… Gérer l’écoulement des stocks pour limiter les pertes Reste que, durant tout le confinement, et face à leur stock, rares sont les brasseurs à avoir produit des fûts. Depuis, certains ont recommencé à brasser, d’autres attendent encore, comme à la brasserie Uberach où Éric Trossat, son dirigeant, « attend de voir » comment l’activité des CHR reprend. « De toute manière, ils vont commencer par écouler les fûts qu’ils ont en cave », constate-t-il. L’objectif, pour les brasseurs, est donc désormais de gérer l’écoulement de leur stock pour subir le moins de perte possible. Car la bière est un produit sensible, dont les qualités organoleptiques s’altèrent avec le temps. Par exemple, l’amertume des bières IPA, obtenue grâce à une teneur en houblon importante, s’estompe avec le temps. L’impact de l’épidémie de coronavirus sur la filière brassicole est donc désormais suspendu à la dynamique de la reprise de l’activité des CHR : « Tout n’est pas foutu mais il faut que ça reparte », résume Éric Trossat. Hop, tous en terrasse - dans le respect des gestes barrières.  

Pages

Les vidéos