Cultures

Publié le 11/06/2020

Les surfaces de tabac sont en baisse sur le périmètre de la CT2F. Une baisse significative (-20 %), mais qui s’avère plus structurelle que conjoncturelle. L’épidémie de coronavirus elle, impacte à la fois la consommation de tabac à chicha, et la mise en production du tabac en Europe.

La plantation de tabac est achevée sur le territoire de la Coopérative tabac feuilles de France (CT2F). Globalement, elle a été effectuée dans de bonnes conditions (lire en encadré) et, surtout, le plan de production tel que prévu sur la base des intentions de plantation des tabaculteurs, a été respecté. Un bon point pour la France, puisque dans les autres pays producteurs de tabac européens, la situation est différente. En Allemagne, en Pologne ou en Italie, les surfaces implantées s’avèrent inférieures aux intentions émises en hiver. En cause : l’épidémie de coronavirus, qui a menacé l’accès à la main-d’œuvre étrangère dont ces pays sont tributaires pour la production de tabac. « Pour la plantation, cette main-d’œuvre était non seulement moins disponible, mais aussi moins bien acceptée par la population locale, notamment en Allemagne, par crainte qu’elle ne représente un vecteur de diffusion du virus. Et puis un certain nombre de planteurs ont aussi eu peur de planter du tabac et de ne pas pouvoir le récolter si les restrictions de mouvement des populations devaient perdurer. Ils ont donc préféré être prudents en réduisant leur surface, voire en faisant une année blanche », indique Rémy Losser, tabaculteur à Mussig et président de la CT2F. Le bilan global de cette tendance à la réduction des surfaces en Europe n’a pas encore été dressé, mais Rémy Losser avance très prudemment quelques chiffres : « -10 % en Italie, - 20 % en Allemagne… » En Pologne, à la pénurie de main-d’œuvre s’ajoute une sécheresse marquée, aggravée par le manque d’infrastructures dédiées à l’irrigation. Si la France, confrontée aux mêmes problématiques d’accès à la main-d’œuvre, parvient à remplir les objectifs de son plan de production, c’est essentiellement parce que la culture du tabac, et notamment sa récolte, y est significativement plus mécanisée : « C’est clairement un atout, commente Rémy Losser, car cela relativise le besoin en main-d’œuvre étrangère. » La consommation de tabac à chicha impactée par le coronavirus Parallèlement à cette réduction de la mise en production de tabac en Europe, ce début d’année 2020 est marqué par une baisse de l’activité commerciale sur le marché du tabac à chicha. Une baisse qui est d’une part liée au ralentissement global du trafic maritime suite à l’épidémie de coronavirus : « Pendant six à huit semaines, tout a été suspendu, les ports étaient bloqués, il y a eu une pénurie de conteneurs… le commerce était donc ralenti mais il y avait du stock », décrit Rémy Losser. Et puis, contrairement à la consommation de cigarettes, qui a peu été impactée par l’épidémie, « il y a eu une baisse significative de la consommation de tabac à chicha, de - 30 à - 40 %, durant plusieurs semaines, notamment dans les pays du Moyen-Orient », indique Rémy Losser. En effet, contrairement à la consommation de cigarette, individuelle, le tabac à chicha se consomme généralement de manière conviviale, en groupe, dans des bars à chicha qui ont pour la plupart fermé leurs portes au plus fort de l’épidémie. « À ce jour, l’ambiance est plutôt rassurante et, si la tendance reste à une reprise de la consommation de tabac à chicha, l’épidémie de coronavirus devrait se traduire par une baisse de la consommation de 10 % sur l’année », estime Rémy Losser. Baisse historique des surfaces en France Bien que le plan de production de la CT2F soit rempli, la surface de tabac qui relève de la coopérative affiche une baisse de 20 %. « L’année 2019 a été celle de la restabilisation de la filière française, tant au niveau des capacités d’écoulement que des prix, des volumes et de la qualité des tabacs », indique Olivier Riedinger, directeur de la CT2F. Malgré cela, cette baisse de surface, « la plus importante depuis l’arrêt des soutiens européens à la production de tabac en 2014 », était attendue. Olivier Riedinger et Rémy Losser y voient plusieurs raisons. Pour le directeur, les années 2017 et 2018, compliquées, ont laissé des traces. En outre, « certains producteurs n’ont pas su transformer le virage vers la mécanisation de la production, ou ne l’ont carrément pas pris. Ils se sont alors retrouvés confrontés à des coûts de main-d’œuvre trop importants. » L’arrêt définitif de la production de Burley a aussi joué. Olivier Riedinger estime qu’en Alsace, cette mesure a poussé une quinzaine de producteurs avec leurs 50 ha de tabac vers la porte de sortie en deux ans. Pour Rémy Losser, la baisse de la surface tabacole n’est pas tant liée à des questions de manque de rentabilité ou de perspective, qu’à la restructuration de certaines exploitations. Il illustre : « Dans des départements comme la Vienne ou les Charentes, quand une exploitation en reprend une autre, il n’est pas rare qu’elle double sa surface. Or, quand on passe de 150 ha de SAU dont 15 ha de tabac à 300 ha de grandes cultures à gérer, cela remet en question la pertinence d’un atelier de production de tabac. » Et puis il y a aussi - et c’est le cas en Alsace - des agriculteurs qui préparent leur départ à la retraite sans perspective de succession. Pour continuer à assurer la rentabilité de l’atelier de production de tabac, il leur faudrait investir mais, à quelques années de la retraite, ils préfèrent arrêter. À raison de 15-20 ha perdus par-ci par-là, les raisons de cette baisse de surface de 20 % sont rapidement élucidées. Avec cette baisse des surfaces, le volume de tabac produit en France devrait lui aussi significativement reculer. Pour commercialiser le tabac de ses adhérents, la CT2F va contractualiser au courant du mois de juin avec ses quatre metteurs en marchés (NDLR : Alliance One, CNT, Mella et German Tobaco) : « Nous allons repartir sur les mêmes bases qu’en 2019, avec quelques ajustements de curseur entre les différents opérateurs », avance Rémy Losser.

Chou à choucroute

Ça part mal

Publié le 10/06/2020

Sécheresse, ravageurs, la campagne 2020 de chou à choucroute démarre mal en Alsace. Sachant que la surface diminue régulièrement depuis des années, ce n’est pas très rassurant.

La plantation des choux à choucroute se termine doucement, et elle n’a pas été une mince affaire. Comme pour l’implantation des autres cultures de printemps, les producteurs ont été confrontés à des conditions de travail du sol difficiles, suite à un hiver doux. L’heure de la plantation venue, l’absence de précipitations a entraîné un recours quasi systématique à l’irrigation pour assurer la reprise des plants, « alors que c’est quelque chose qui ne se faisait jamais », note Anaïs Claudel, conseillère alliacées, choux et navets salés à Planète Légumes. Puis, les choux sont assez bien partis, mais malheureusement, les ravageurs ont eux aussi profité de la chaleur et du soleil. « Nous avons été confrontés à de très grosses et très précoces attaques de pucerons, sur des choux à peine plantés, alors que normalement elles ne débutent que mi-juin. Avec, en parallèle, des attaques d’altises », décrit Anaïs Claudel. Une situation sanitaire compliquée donc, qui a imposé d’effectuer des traitements pour protéger les cultures, en plus des tours d’eau. « Les choux ne meurent pas suite aux attaques de pucerons mais leur salive contient une toxine qui décolore les feuilles de chou. Ceux-ci sont affaiblis et, à la pommaison, il peut y avoir des déformations, qui peuvent entraîner le développement de pourritures », décrit la conseillère. Mal partie, la campagne 2020 de production de choux à choucroute pourrait donc s’avérer compliquée jusqu’au bout, surtout si, comme le redoutent les producteurs, l’été devait à nouveau être chaud et sec, les obligeant à enchaîner les tours d’eau à un rythme soutenu.

Publié le 28/05/2020

Voici venu le temps des cerises. Si la météo est aujourd’hui favorable aux fruits, techniciens et arboriculteurs partagent la même inquiétude quant au marché : les clients seront-ils au rendez-vous, et sur la durée ? Les ravageurs, eux, sont d’attaque ! Heureusement, le climat propice aux insectes ne l’est pas aux maladies. La vigilance est tout de même de mise, concernant les tavelures, après chaque pluie, chaque rosée.

Philippe Jacques, conseiller spécialisé en arboriculture fruitière à la Chambre d’agriculture Alsace (CAA), fait le tour des cultures. La récolte de cerises burlat a débuté fin de semaine passée, avec près de deux semaines d’avance par rapport à une année normale. La « chute de juin » naturelle des pommes a lieu maintenant, avec quinze jours d’avance aussi. L’éclaircissage manuel des poires est, lui, déjà en cours, en cette fin mai, pour faire tomber les fruits encore excédentaires et ainsi ajuster la charge au juste potentiel du verger. Les prunes (prunes bleues, mirabelles, quetsches) et les pêches sont en phase de différenciation : les fruits grossissent mais les plus petits ne tombent pas encore. Les abricotiers sont vides, ou presque, car ils ont gelé. D’ici deux à trois semaines, on connaîtra la charge de tous les fruitiers. « Ce qui caractérise cette année, c’est l’hétérogénéité », dit Hervé Bentz, le responsable de la station Verexal, à Obernai et à Innenheim. Une succession de nuits froides en avril et en mai, aux Saints de glace (du 11 au 13 mai, notamment), a brûlé une partie des fleurs des fruitiers et « a bloqué » les arbres (voir la vidéo d’Ilo) : ils ont arrêté de nourrir fleurs et petits fruits. Le gel a en effet une double conséquence sur l’arboriculture. Hervé Bentz relève aussi deux cas de figure au Verexal : des arbres correctement chargés de fruits de calibres moyens et des arbres chargés de très beaux fruits mais rares. Hormis ces épisodes de gel nocturne, qui ont amputé les récoltes à venir, et une sécheresse au début du printemps, la météo est « idéale » cette année, souligne Philippe Jacques. « On a eu très peur, fin mars et début avril. Il y a eu des dégâts de gel importants dans le Sundgau et dans les alentours de Molsheim, Westhoffen, Balbronn, Traenheim, selon la situation de la parcelle. Mais, depuis, on a le climat parfait : ni trop, ni trop peu. Il ne fait pas trop chaud. L’amplitude thermique est raisonnable. Il n’y a pas de grêle. La pluie est régulière : environ 20 mm tous les dix jours. Il y a du vent, mais pas de coups de vent », énumère le conseiller. Deux semaines d’avance Cette météo est favorable à une pression sanitaire moindre. Il y a peu de maladies, les arbres sont plutôt jolis. On traite donc peu. Et « quand il pleut, il pleut vraiment. On intervient quand il faut. Climatiquement, c’est facile », juge Philippe. Pour l’instant, peu de fongicides ont été utilisés. La vigilance est tout de même de mise, rappelle Stéphanie Frey, conseillère agricole à Fredon Grand Est. « En tavelures, nous ne sommes pas encore à la fin de la contamination primaire. Suite aux pluies du 11 mai, on a observé les premières taches de tavelures, la semaine passée. Si l’on en voit, il faut traiter maintenant, sinon on traitera ensuite jusqu’à la récolte. Passé le 1er juin, si on est propre, il n’y aura pas de contamination secondaire. Notre actualité, c’est donc : chercher les taches de tavelure, après chaque pluie, chaque rosée. On essaie d’être sérieux sur les contaminations primaires », mobilise Stéphanie. Si la météo est peu propice aux maladies, elle l’est en revanche aux insectes. Les cultures ont deux semaines d’avance, cette année : les ravageurs aussi ! L’hiver doux n’a pas décimé les colonies. Les chaleurs printanières prématurées et les rares pluies ont bénéficié aux pucerons. « Les insectes se sont réunis plus tôt », dixit Hervé Bentz, et, depuis, prolifèrent. « On a divisé par quatre la couverture fongicide mais on récupère en insecticides », constate Philippe Jacques, qui compare cette année sans hiver à 2014. Les insectes « attaquent », les agriculteurs « couvrent », les ravageurs « partent puis reviennent », enchaîne le conseiller : « Il y a repiquages d’attaques. » Les ravages d’hoplocampes auront une incidence économique, cette année, présage Philippe. Des attaques féroces d’hoplocampes, après un coup de gel à la floraison, ont fait perdre du potentiel de production, selon lui. Les premières piqûres de carpocapses ont été vues le 25 mai. Le modèle les prévoyait le 23 : « On est content que la théorie colle à la pratique, s’exclame Stéphanie. Les traitements ont pu être bien placés. » Le carpocapse est le ravageur le plus important. Elle insiste : « Les premières larves de carpocapses sont là. C’est le moment, pour les amateurs, de traiter avec des larvicides. » La mouche de la cerise a un mois d’avance, en 2020. « C’est une incidence du réchauffement climatique, pointe Philippe Jacques. On a les mêmes problèmes que dans le Sud. La mouche sort du sol plus rapidement. Son vol correspond, cette année, pile poil à la récolte de cerises précoces. » L’avance et l’intensité de cette mouche impressionnent Philippe. Il pense qu’il y aura aussi beaucoup de drosophiles cette année, comme ce fut le cas en 2014. La pluie, comme sur les pucerons, serait le meilleur insecticide contre les « droso’». Le conseiller rappelle que les traitements insecticides sont épandus avant la floraison, puis, après le 15 mai, selon la pression, pour épargner les pollinisateurs. Pression sociale pesante « Nous faisons des efforts pour améliorer les pratiques en arboriculture, tient à répéter Philippe Jacques. L’Europe et l’État ont légiféré pour ajuster les limites maximales de résidu de pesticides dans les fruits, par exemple. Il y a une pression positive de la société qui a, entre autres, amené les cultivateurs à utiliser les produits de biocontrôle qui sont plus chers. Mais, aujourd’hui, quand ils utilisent ces produits ou épandent de l’engrais foliaire, ils se font courir après, filmer, photographier. Ça s’enflamme, parfois. On en arrive à des situations débiles. Nos adhérents nous ont fait remonter trois incidents de ce type durant le confinement. Avant que de réelles avancées aient lieu, les arboriculteurs se sentaient coupables. Aujourd’hui, ils se sentent agressés. Ils en ont gros sur le cœur. Ras-le-bol. La tension sociale augmente autour des applications phytosanitaires alors que la plupart des gens n’y connaissent rien et qu’en arboriculture, qui est une culture pérenne, les enjeux sont grands : s’il y a un raté, l’arbre s’en souvient pendant quatre ou cinq ans. Les arboriculteurs, quand ils soignent leurs plantes, essaient juste de faire leur travail. Les gens qui croient mieux savoir, c’est pesant. » Stéphanie Frey abonde : « En arboriculture, c’est très pointu. D’un jour à l’autre, on doit traiter. D’où la difficulté de cohabiter avec certains riverains. Quand il y a conflit, c’est souvent que personne ne se parle. Les gens se font des idées. On intervient aussi en bio. » Elle prône l’intercompréhension et répète : « Les vergers sont des cultures, pas un lieu de promenade », même si les plans d’urbanisme peuvent le laisser penser. Nécessaires clients locaux Ce qui inquiète plus qu’une poignée de « croyants », c’est l’état du marché. « C’est l’inconnue la plus totale et la plus complète, admet Philippe Jacques. Il y a eu des craintes pour les fraises mais la demande a été si forte qu’il y a presque pénurie : on ne cueille pas assez vite. » Les cueillettes en plein champ fonctionnent bien aussi, d’ailleurs. « Certains producteurs s’en sortent correctement sur des marchés extérieurs mais, dans les halls, la limitation des clients n’a pas permis d’écouler plus que de petites quantités », nuance tout de même le conseiller de la Chambre. « Pour l’instant, les consommateurs ont joué le jeu. Ils ont repris des produits locaux », observe Daniel Dettling, de l’EARL de la Fontaine à Westhoffen, qui exploite une vingtaine d’hectares de vergers et de vigne (6 ha), et de la SARL La ferme Dettling, qui commercialise la production conditionnée et transformée, notamment à des magasins de producteurs. L’exploitant est aussi président de l’association Production fruitière intégrée d’Alsace (PFI) dont les trente producteurs ont quasiment tous rejoint la démarche qualité Vergers écoresponsables. « Ces clients sont un atout », ajoute-t-il. Les cerises, c’est de l’ultra-frais. « On ne peut pas les stocker », précise Daniel Dettling, qui a ouvert la semaine passée un distributeur de fruits et légumes, à côté de sa ferme, où il vend aussi en direct. Les acheteurs sont au rendez-vous, ces jours-ci, mais il s’interroge aussi sur la suite. « La cerise est un vecteur de trésorerie, en début de saison, explique Philippe Jacques. Ce n’est pas une filière en Alsace, sauf pour trois producteurs qui livrent des centrales d’achat. Pour les autres, elle permet de payer les salariés qui récoltent les quetsches et les pommes. Pour l’instant, avec la cerise burlat, ça se passe bien : il n’y a pas encore de grosses quantités de cerises sur le marché mais, mi-juin, que va-t-il se passer ? Cette année, on est en phase avec les autres bassins de production français. Nous avons rattrapé notre retard naturel, par rapport à une année moyenne. Toutes les cerises françaises arriveront sur les étals en même temps. Les ventes de produits alsaciens seront-elles bonnes ? »  

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