Cultures

Asperges d’Alsace

Goûteuses et solidaires

Publié le 20/04/2020

Les premières asperges sont arrivées dans les rayons des supermarchés pour Pâques. Mais pour elles, pas de restaurants ni de marchés, confinement oblige.

En temps normal, la restauration et les marchés locaux représentent la moitié du réseau de commercialisation des asperges d’Alsace. Face à la crise sanitaire, les producteurs s’adaptent pour que ce mets de choix se retrouve malgré tout sur la table des Alsaciens. -25 % de surfaces buttées « Beaucoup de producteurs ont retardé le buttage en espérant être au rendez-vous pour la fin du confinement (initialement prévu le 15 avril, NDLR) », annonce Jean-Charles Jost, président de l’association pour la promotion de l’asperge d’Alsace. Ce dernier ayant été prolongé une première fois de quinze jours, les surfaces buttées ont été réduites de 25 % par rapport à l’an passé. Les producteurs s’attendaient à une saison précoce. Elle a pourtant été ralentie par des températures négatives fin mars, puis accélérée par des températures estivales début avril. Ces conditions météorologiques promettent une asperge goûteuse et tendre. Le prix de vente des premières bottes oscille entre dix et douze euros le kilo, mais devrait baisser au fil de la saison, comme tous les ans. « Malgré une main-d’œuvre plus lente que les équipes habituelles, les asperges ne sont pas vendues plus cher que d’habitude, explique Jean-Charles Jost. L’objectif est de sauvegarder nos entreprises et continuer à répondre à notre devoir : nourrir la population. La grande distribution se dit prête à jouer le jeu. Encore faut-il que ce soit au bon prix. En cela, j’ai bon espoir. » Une vingtaine de vitrines réfrigérées seront présentes chez des producteurs et dans les magasins partenaires pour bien conserver les asperges. Cela avait été prévu avant la crise et tombe à point nommé. Pierre Lammert, président de l’interprofession des fruits et légumes d’Alsace, tient à contrecarrer certaines informations diffusées récemment : « Les prix de nos fruits et légumes ne flambent pas. En tout cas, pas en Alsace. » Un argument supplémentaire pour continuer à consommer les productions locales de printemps.     95 % des asperges d’Alsace sont vendues localement L’association pour la promotion de l’asperge d’Alsace compte 46 membres, soit 70 à 80 % de la production alsacienne (1 500 à 2 000 tonnes). « 95 % des asperges d’Alsace sont vendues localement. Nous sommes une petite région productrice, nous n’ambitionnons pas d’être plus grands », complète Jean-Charles Jost. « Nous avons beaucoup de craintes pour l’agriculture en général. Cette crise impacte l’ensemble de l’économie. Le consommateur a toutes les cartes en main ». Pour soutenir les producteurs, il invite à se rendre à la ferme ou dans les grandes surfaces pour consommer une « asperge solidaire ».    

Le Point Vert Eichinger à Hochstatt et à Didenheim

« Il faut éviter un désastre économique »

Publié le 06/04/2020

La situation sanitaire conjuguée à l’éventuel prolongement d’interdiction d’ouverture de son magasin de vente est une véritable catastrophe économique pour la famille Eichinger à Hochstatt. Heureusement, mercredi 1er avril 2020, la secrétaire d’État auprès du ministre de l’économie et des finances Agnès Pannier-Runacher a annoncé l’autorisation, pour les horticulteurs, de commercialiser leurs plants potagers, considérés comme un achat de première nécessité. Reste à voir comment cela se mettra en place.

Dans les serres chauffées du Point Vert à Hochstatt et à Didenheim, les fleurs poussent et les parfums printaniers sont très agréables. Le personnel est pourtant inquiet. À quelques jours de la pleine saison, l’entreprise ne sait pas encore si elle pourra vendre sa production. La faute au Covid-19 et à l’interdiction d’ouverture prononcée par les autorités. « C’est un coup dur. Nous sommes fermés depuis le début du confinement. La première journée était précisément un dimanche où, généralement, nous accueillons beaucoup de clients sur notre point de vente à Hochstatt pour la fleuristerie. Depuis, tout ce qu’on produit, on est contraint de le jeter », constate, amer, André Eichinger. Âgé aujourd’hui de 70 ans, il a repris l’entreprise familiale avec ses deux frères, Jean-Jacques et Paul, en 1970 à la suite de leur père qui avait créé l’exploitation à la sortie de la Seconde Guerre mondiale.     Depuis, cette entreprise, 100 % familiale, a connu une belle croissance. Elle est scindée en deux parties. Une première en EARL qui s’occupe d’une grosse partie de la production, à Didenheim, et une SARL qui s’intéresse plus spécifiquement à la vente, à Hochstatt. « Ce fonctionnement change actuellement. Je suis le co-gérant avec ma nièce, Katia. C’est elle qui va diriger l’entreprise et la transformer en SCEA. Moi, à mon âge, j’ai le droit de lever de pied », ajoute André Eichinger. Il reste cependant passionné par son métier et vit au rythme des saisons. « Nous avions terminé l’année 2019 avec les ventes de poinsettia Étoile de Noël. Puis, nous avons réalisé la plantation des primevères, des myosotis, des pâquerettes ou encore des pensées. Depuis la mi-février, nous étions dans les replants de salades et de choux pour le potager. Et, là, il devrait maintenant y avoir la grosse partie de notre chiffre d’affaires avec, notamment, le géranium et toutes les fleurs que l’on peut mettre aux balcons. » Les charges sont là Depuis le début du confinement, le Point Vert a dû détruire 20 000 primevères, 5 000 pâquerettes, 5 000 myosotis et 15 000 pensées qui ont fini au compost, soit déjà 40 000 euros de perte ! Dans le même temps, l’entreprise doit continuer à faire face à ses charges. Une partie de la vingtaine de salariés travaille toujours. Il faut entretenir et chauffer les serres : 2 500 m² à Didenheim et 2 500 m² à Hochstatt dans la jardinerie. Il faut arroser, mettre des engrais, planter et, surtout, retarder la croissance des fleurs. « Nous les coupons et nous les confinons au froid, pour les géraniums, de l’ordre de 10 à 12 degrés au lieu des 16 habituels. Tout cela alors que la grosse période d’activité doit arriver avec les fêtes de Pâques, le printemps, le mois de mai. Il reste également 20 000 plantes à livrer. Nous avons un gros client sur Troyes et d’autres dans l’ensemble du Grand Est », conclut André Eichinger. À Hochstatt, dans le local de vente, Katia Eichinger ne cache pas son inquiétude. « Toute la partie concernant la vente est en « stand-by » et la partie production est au ralenti. Nous travaillons avec le monde du vivant. Outre la production qui a déjà été jetée, nous avons également donné à des maraîchers 11 000 replants de salades et 8 000 choux. Ils ne pouvaient plus attendre. Dans quelques jours, ils seront trop grands. Nous semons actuellement la série 5 sachant que les 3 et 4 n’ont pas été semées. Là encore, cela fait mal. Nous ne pouvons pas nous arrêter. On peut simplement tenter de minimiser les frais », assure Katia Eichinger. Elle voit arriver avec une certaine anxiété le mois de mai. Il représente un tiers du chiffre d’affaires de l’entreprise. 60 % avec les mois de mars et d’avril. « Nous devons obligatoirement faire un bon mois de mai pour survivre », lance la professionnelle. Pour y parvenir, elle est mobilisée avec le groupement des producteurs horticoles. Elle espérait beaucoup de la réunion nationale qui devait se tenir à Paris mardi. Une partie de la jardinerie a été réaménagée, soit 300 m². « Il y aurait un circuit qui permettrait de respecter les distances de sécurité nécessaires. Les clients pourraient acheter les petits fruits, les pommes de terre, les replants et quelques fleurs. Si nous n’obtenons pas cette autorisation, nous avons également proposé de faire un drive par l’arrière avec des commandes préalables sur Internet. Ces solutions sont une grande espérance pour nous. Nous voulons ouvrir pour continuer à vivre », poursuit Katia Eichinger. En attendant, elle se consacre au rangement des décorations de Pâques que les clients ne verront pas, compte tenu de la situation. Elle continue également à répondre aux appels. De nombreux clients souhaitent venir au Point Vert. À chaque fois, elle doit leur donner la même réponse : « Nous n’avons pas encore d’autorisation pour vous recevoir et vous n’avez pas le droit de vous déplacer… »   A lire aussi : Une filière en grand danger, sur le site de L'Est agricole et viticole, et sur le site du Paysan du Haut-Rhin.

Horticulture alsacienne

Une filière en grand danger

Publié le 26/03/2020

Pour l’horticulture alsacienne, réunie au sein du groupement Fleurs et Plantes d’Alsace, la crise du Covid-19 arrive au plus mauvais moment de l’année. C’est précisément entre les mois de mars et juin que plus de 50 % voire 80 % du chiffre d’affaires est habituellement réalisé. Aujourd’hui, les points de vente sont fermés et l’activité est à l’arrêt. Les entreprises horticoles alsaciennes pourront-elles se relever de cette situation ? Rien n’est moins sûr.

Au Point vert Eichinger à Hochstatt, la production de printemps arrivée à maturité la semaine dernière s’est retrouvée bloquée dans les serres. À Brumath, l’entreprise Sonnendrucker a 1,5 million de plantes en culture, soit une valeur de stock d’1 million d’euros. Or les contrats de culture signés avec les chaînes de jardinerie ont été stoppés net, et les Grandes et moyennes surfaces (GMS) ont laissé tomber le végétal. Conséquence « vingt rolls* sont sortis de nos serres la semaine passée, là où il en sort 400 d’habitude, soit 5 % de notre activité » précise Laurent Sonnendrucker. Même son de cloche pour l’entreprise Geny, située à Cernay, spécialisée dans les jeunes plants de légumes. L’entreprise, qui produit plusieurs millions de plants sur la saison, n’a à ce jour aucune visibilité sur la vente. Des plantes perdues par millions À Sand, les Goerger travaillent en famille et viennent d’investir dans de nouvelles serres. Si le début de saison s’est traduit par la mise au rebut de toutes les fleurs précoces (primevères, renoncules…) et la perte de 15 000 € de stock à la fleuristerie, la situation n’est pas encore catastrophique, mais elle risque de le devenir très rapidement. « Nous mettons des milliers de plantes en culture, mais on ne sait pas où on va. C’est tout ou rien. Si dans un mois les choses s’améliorent, on s’en sort, si on reste dans la situation actuelle, ça va être très dur ! » décrit Anthony Goerger. Stéphane Schwarz, horticulteur à Geudertheim, fournit une quarantaine de communes de sa région en plantes diverses destinées au fleurissement municipal pour un chiffre d’affaires de 400 000 €. À ce jour, il est dans le flou total. « Si les communes me lâchent, je ne sais pas ce que je deviens. Tous les jours, on joue à la roulette russe. Je plante, je rempote, je cultive, mais y aura-t-il quelqu’un pour acheter ma production ? Nul ne le sait », souligne Stéphane Schwarz. Demain, des potagers déserts Au sein du groupement Fleurs et Plantes d’Alsace, on estime à 5 millions le nombre de plants qui ne seront pas plantés si la situation perdure. L’Alsace est une terre de jardiniers amateurs. L’entretien d’un jardin potager nourricier et le fleurissement des maisons relèvent de la tradition. Par-delà la dimension esthétique d’une absence de géraniums aux fenêtres, balcons et terrasses de la région, la non mise en culture des jardins potagers représente une réalité économique dont on ne prend pas la mesure. Prenons l’exemple de la tomate. Sachant qu’un plant produit en moyenne de 10 à 15 tomates soit 2 à 3 kg sur une saison, que quelque 750 000 plants de tomates sont commercialisés par les horticulteurs de Fleurs et Plantes d’Alsace, nous aurions, pour les seuls jardiniers amateurs se fournissant chez ces derniers, un manque de production de 1 900 000 kg soit autant de légumes à trouver ailleurs. Aujourd’hui, la filière horticole alsacienne est très fragilisée par la crise du Covid-19. Avec des producteurs locaux de plus en plus exposés aux aléas climatiques, cette crise est un coup dur supplémentaire. Nombre de producteurs ont aujourd’hui des doutes quant à leur capacité à se remettre financièrement d’une telle épreuve.     Communiqué

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