Bilan 2019, pistes d’action pour l’avenir de la production, l’assemblée générale de l’association des planteurs de houblon d’Alsace (APHA) du 31 janvier a réuni une trentaine de participants à Truchtersheim, en présence de nombreuses personnalités dont le président de la FDSEA, Franck Sander.
C’est au Trèfle à Truchtersheim que le président de l’APHA, Jean-Paul Ulrich, a accueilli les participants à leur assemblée générale statutaire. Il a remercié de leur présence Franck Sander, président de la FDSEA, Bernard Ingwiller, président de l’Association générale des producteurs de houblon de France (AGPH), Éric Trossat, président des Brasseurs d’Alsace et Marc Moser, président du Comptoir agricole.
Désarmés face au mildiou
Le président est revenu sur l’année écoulée, qualifiée « d’atypique ». La météo a été particulièrement instable, « très humide en avril ». Ces pluies ont fait surgir des attaques importantes de mildiou, touchant toutes les parcelles et laissant les planteurs démunis face « au manque de produits phytosanitaires efficaces ». Ce sont les fortes chaleurs qui ont arrêté la propagation de la maladie. Les nuits fraîches ont limité les dégâts liés à la sécheresse, qui a poussé les producteurs à « reculer au maximum la date de récolte ». Au final, le rendement moyen de cette année reste néanmoins « honorable », a indiqué le président. Confrontée au manque de main-d’œuvre, la filière cherche des solutions et expérimente. Autre facteur limitant pour la production évoquée par le président, celui du renouvellement des générations, sur fond de prix rémunérateur. Les planteurs, avec les 12 à 15 variétés actuellement plantées, sont en mesure de répondre aux demandes et aux besoins aromatiques des brasseurs, « il s’agit de jouer la carte locale du houblon », a conclu le président.
Si la profession a frôlé « les incidents sanitaires l’année dernière », Bernard Ingwiller a précisé que l’Europe a également subi ces maladies, en Slovénie, 200 ha ont été touchés par le charançon, qui a aussi sévi en Allemagne. « C’est un défi technique qui impacte le choix des futures variétés ». La filière ne pourra pas supporter le coût financier, en gardant les surfaces, « les collectivités doivent donc intervenir de façon colossale » a affirmé Bernard Ingwiller. Face au changement climatique, l’Allemagne irrigue désormais 27 % de ses surfaces en houblon. Le lycée agricole d’Obernai a également pris cette initiative. Bernard Ingwiller a souligné l’importance d’un engagement commun dans l’avenir pour stabiliser et développer la filière. « On n’imagine pas l’Alsace sans houblon », a conclu le président. Francis Woehl a présenté le rapport d’activité en soulignant l’importance de la qualité du houblon, « indispensable pour cette production de niche ». Face aux problèmes d’installation, il a évoqué un modèle économique différent, avec des surfaces « plus restreintes », qui pourrait représenter une source de diversification pour certains agriculteurs, à condition d’un engagement préalable réciproque sur les prix avec le Comptoir agricole. « Restons unis et groupés », a-t-il conclu.
Terrajob, une plateforme pour l’emploi
L’accès à la main-d’œuvre est une problématique récurrente en houblon. Joseph Schneider a présenté le bilan de l’expérience menée avec la Région, qui a concerné cinq personnes bénéficiaires du RSA, qui pouvaient le conserver en travaillant sur les exploitations. « Des jeunes dynamiques et volontaires », a-t-il décrit. Mais l’expérience s’est tout de même soldée par le désistement de ces personnes. Sans regret, Joseph Schneider s’est dit prêt à « renouveler cette expérience avec des propositions mieux étudiées ». Joseph Lechner, le responsable du dossier emploi à la FDSEA, et membre de la commission nationale emploi, a souligné que « le marché du travail se tend ». Il est « plus difficile d’embaucher actuellement, et ceux qui restent sur le front de l’emploi sont les moins employables, très éloignés du monde du travail ». Il a présenté la plateforme Terrajob, créée fin 2019. C’est un groupement d’employeurs, au nombre de sept, « obligatoire dans le droit local », d’où l’appel à des institutions, comme la FDSEA, la MSA, Alsace Agriservices… Cette plateforme complète l’ensemble des initiatives sur le secteur de l’emploi. Les solutions sont multiples, notamment la possibilité de faire appel aux migrants, qui sont « prêts à travailler, s’ils y sont autorisés », une question à travailler avec les collectivités locales et départementales. Marc Moser a souligné l’importance de l’emploi, « un enjeu majeur » pour accompagner la filière houblon et les autres : « C’est la survie du modèle agricole départemental qui est en jeu », a déclaré le président du Comptoir agricole, qui fait « au mieux » pour que le houblon reste une culture rémunératrice.
Planteurs et brasseurs, œuvrer pour un partenariat gagnant-gagnant
Éric Trossat a évoqué l’évolution du monde brassicole, marqué par l’émergence des microbrasseries, qui sont désormais plus de 2 000 en France. Ces brasseurs ramènent sur le marché de nouveaux clients, « un élan qui profite aux producteurs de houblon ». « La France est devenue le premier pays européen en matière de brasseries », dépassant l’Allemagne et la Belgique. Il a évoqué les changements dans les grandes brasseries, un nouveau PDG pour Kronenbourg, un changement d’actionnaire pour Saverne. « Il y a davantage de brasseurs artisans, à vous de positionner le houblon d’Alsace », a déclaré le président des Brasseurs d’Alsace, confiant dans l’avenir de la production.
Franck Sander s’est quant à lui interrogé sur l’ambiance particulière de cette année : « Tous les voyants sont au vert, avec 500 ha de houblon, un nombre de brasseries en hausse, et pourtant il n’y a pas de commercialisation correcte ». Il a donc adressé au représentant des Brasseurs d’Alsace un appel du pied « pour un partenariat gagnant-gagnant, basé sur la contractualisation » ainsi que pour l’incitation à l’achat de houblon d’Alsace. Une manière de répondre à une demande de la société « pour plus de local ». Face au risque de diminution du nombre de planteurs, il lui paraît important de mobiliser la Région pour développer de nouvelles surfaces en houblon. Autre piste évoquée par le président de la FDSEA, les jeunes exploitants pourraient « greffer 10 ha sur un atelier de récolte ». Sur la question du bio, le challenge est à relever, « s’il y a un marché, il faut pouvoir le prendre », a noté Franck Sander, qui a salué le projet de la plateforme Terrajob, pour trouver une main-d’œuvre sans formations, localement. L’autre possibilité, « en lien avec les collectivités », concernerait l’embauche de migrants. Sur la réforme de la Pac, Franck Sander a précisé que « pour l’instant rien n’est gagné sur le couplage ». La Fédération a posé des pions et déposé une demande à Bruxelles. En outre, la gestion des risques évolue aussi dans le houblon. « Il s’agit de ne pas abandonner trop vite une culture à valeur ajoutée », a donc exhorté Jean-Paul Ulrich.
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