Cultures

Ferme Dephy à Petit Landau

Le « moins de phytos » fait ses preuves

Publié le 17/03/2020

Utiliser moins de produits phytosanitaires tout en gardant les mêmes rendements et sa marge brute, c’est l’objectif qu’essaient d’atteindre chaque année les fermes expérimentales Dephy. Armand Heitz, à Petit-Landau, fait partie de ce réseau national animé par les Chambres d’agriculture. Le 5 mars, il a ouvert ses portes pour présenter le bilan encourageant de trois années d’essais, mais aussi les limites qu’il a rencontrées.

Moins traiter, mieux traiter, voire ne plus traiter du tout. Voilà plusieurs années que le réseau des fermes Dephy éprouve, valorise et déploie les techniques et systèmes agricoles réduisant l’usage des produits phytosanitaires tout en promouvant des techniques économiquement, environnementalement et socialement performantes. Chiffres à l’appui, les résultats enregistrés jusqu’à maintenant sont plutôt probants. Dans le Haut-Rhin, par exemple, l’Indice de fréquence de traitement (IFT) a ainsi pu être réduit de 12 % au sein du groupe « grandes cultures, polyculture, élevage ». « Globalement, la plupart des fermes ont réussi à réduire leur IFT herbicide ou hors herbicide », se félicite Jean-François Strehler, référent Dephy au sein de la Chambre d'agriculture Alsace (CAA). C’est le cas d’Armand Heitz, agriculteur à Petit Landau. Le 5 mars, il ouvrait les portes de son exploitation pour présenter le bilan de trois années (2016, 2017 et 2018) d’essais et d’expérimentations. De la monoculture de maïs au début des années 2000, il a progressivement diversifié son assolement - 147 ha au total irrigués en grande partie - au gré des évolutions réglementaires imposées par la Politique agricole commune. Aujourd’hui, il cultive toujours le maïs grain en majorité sur 103 ha, mais produit également du blé sur 20,8 ha, du soja sur 9,2 ha, du colza sur 7,3 ha et enfin 6,7 ha de surfaces diverses (SIE, herbe...). Actionner plusieurs leviers à la fois Il a activé plusieurs leviers pour diminuer ses IFT : réduire les doses d’application des produits, veiller davantage aux conditions d’application, ou diversifier ses cultures pour pouvoir faire des impasses de traitement. Depuis l’année dernière, il expérimente les plantes associées au colza, un nouveau levier auquel il croit beaucoup pour améliorer la fertilité du sol et empêcher le développement des adventices. « Et il reste des choses à explorer comme le biocontrôle, les huiles essentielles ou le purin d’orties. Ce seront les prochaines étapes que j’explorerai dans mon exploitation », révèle l’agriculteur. En attendant d’investiguer ces nouvelles voies, il est déjà en mesure de porter un regard critique sur la faisabilité de réduire ses IFT au sein d’une exploitation céréalière. Il constate, par exemple, que l’utilisation des herbicides peut davantage être maîtrisée que celle des fongicides et insecticides. « Il y a des années où l’on peut faire l’impasse en traitement septoriose, d’autres non. Idem pour les traitements contre la pyrale du maïs », souligne Jean-François Strehler. Malgré ses efforts, Armand Heitz a constaté une légère augmentation de son IFT insecticide, contrairement à l’IFT herbicide qui est resté relativement bas. « Avec le changement climatique, la pression des insectes est de plus en plus forte. Forcément, cela a des conséquences. » Quand c’est possible, il privilégie l’utilisation de trichogrammes pour lutter contre la pyrale du maïs. Mais, là encore, il remarque que l’efficacité est aléatoire en fonction des années. « Et puis cela requiert de la main-d’œuvre. Je suis seul sur mon exploitation. C’est pour cette raison que je compte m’orienter vers du lâchage de trichogramme par drone. Après, cela reste aussi une opération délicate qu’il faut faire au bon moment pour que cela soit vraiment efficace. » Pour diminuer ses IFT herbicides, il travaille le sol en maïs et blé, mais pas en soja. « Cela remonte les cailloux et nous avons l’obligation de livrer du soja très propre », justifie-t-il. Du coup, il effectue un traitement en pré-levée afin de ne « pas prendre de risque ». « Il n’y a pas de solution miracle de toute manière pour le soja », regrette-t-il. Pour éviter le désherbage en blé, il essaie aussi de retarder ses semis au maximum, vers la fin du mois d’octobre. Un choix qui a le double avantage de diminuer fortement, voire d’éviter complètement, la présence des pucerons vecteurs de jaunisse. Grâce à ces actions combinées, il peut aujourd’hui se satisfaire d’un niveau d’IFT herbicide quasi nul en blé (entre 0 et 0,2). Au préalable, il a veillé à sélectionner des variétés tolérantes aux ravageurs, maladies fongiques et à la verse. Ça aide, mais cela ne fait évidemment pas tout. L’agriculteur passe ainsi beaucoup de temps dans ses parcelles de blé pour regarder ce qui lève pour traiter le cas échéant. Ou alors faire une impasse de traitement quand c’est possible. Une tâche facilitée par l’utilisation d’outils d’aide à la décision. Pour lutter plus efficacement contre la verse, il ajuste sa densité de semis à la baisse afin d’éviter une concurrence trop grande entre les plantes qui les ferait pousser davantage. Il se limite ainsi à 360 grains au mètre carré. Enfin, il rappelle un élément essentiel à prendre en compte pour diminuer ses IFT : bien choisir son matériel, le régler correctement et être sûr que les conditions d’application (température, vent) soient propices. Des chiffres encourageants Quand on compare le bilan de ces trois années d’expérimentation aux chiffres « références » du groupe Économie et gestion de l’exploitation (EGE) de la Chambre d'agriculture, le résultat confirme que la réduction d’IFT n’est pas synonyme de baisse de marge ou de rendement pour le maïs grain (aux alentours de 140 q/ha pour Armand Heitz). Un point que n’a pas manqué de rappeler Jean-François Strehler aux agriculteurs présents à ces portes ouvertes. « Globalement, les chiffres sont similaires à la moyenne du groupe « grandes cultures irriguées » de l’EGE. L’IFT global s’élève à 1,43 contre 1,83 pour la moyenne EGE. Il y a certes eu quelques prises de risque, mais aucune perte de rendement ou de marge brute pour le maïs. Et puis le coût des produits phytosanitaires a aussi été divisé par deux étant donné qu’il en faut moins. » En blé, Armand Heitz a pu faire deux fois l’impasse sur le traitement septoriose, en 2017 et 2018. En 2019, il a dû revenir à un traitement chimique associé à du soufre pour lutter contre la maladie. Seul le traitement fusariose a été constant au cours de ces trois années. « C’est un point sur lesquels les agriculteurs ne veulent pas prendre de risques », indique Jean-François Strehler. À l’arrivée, une marge brute supérieure à celle du groupe « témoin » de l’EGE et surtout de meilleurs rendements compris entre 87 q/ha et 90 q/ha en fonction de l’année. Un constat quasi équivalent est fait sur le soja. Les rendements (entre 40 et 50 q/ha) sont également supérieurs à ceux du groupe référent, tout comme la marge brute qui est « régulièrement au-dessus ».   Lire aussi : « Moins de phytos, plus de marge », sur le site de L'Est agricole et viticole, et sur le site du Paysan du Haut-Rhin.  

Interprofession des fruits et légumes d’Alsace (Ifla)

Une dynamique encourageante pour la filière

Publié le 14/03/2020

Année après année, l’Ifla confirme le bien-fondé de son organisation collégiale entre producteurs, transformateurs, grossistes et distributeurs. Une dynamique collective qui sera nécessaire pour la réussite des nombreuses opérations de communication prévues dans les prochains mois et pour l’aboutissement, ou non, d’une filière « protéines végétales » made in Alsace.

L’Ifla poursuit avec succès ses missions : informer le public sur le bienfait d’une alimentation équilibrée, organiser la filière fruits et légumes alsacienne, gérer les marchés, développer une politique de qualité et promouvoir la consommation locale. Une réussite qui doit, en premier lieu, à la nature même de cette interprofession, à savoir un dialogue et un travail constants entre les producteurs, les grossistes, les transformateurs et les distributeurs. Ensemble, ces différents partenaires ont su créer une réelle dynamique autour de la marque « fruits et légumes d’Alsace ». « Désormais, notre visuel est connu de tous. Les consommateurs se le sont approprié. Il est logiquement très utile à nos producteurs et à nos transformateurs qui font le navet salé ou le raifort. Les producteurs bios ne sont pas en reste avec leur logo vert. Seuls les grossistes l’utilisent un peu moins pour l’instant. Il y a encore un travail à faire avec eux et les restaurateurs. Et dans la distribution, des magasins jouent bien le jeu en mettant en avant ces visuels et les produits qui vont avec, d’autres moins », explique le président de l’Ifla, Pierre Lammert. Il espère ainsi que les 250 points de vente présents en Alsace sauront davantage mettre en avant les produits au cours de cette année 2020 qui s’annonce une nouvelle fois riche. Un planning com' chargé Après le lancement du navet salé le 15 janvier dernier, d’autres opérations de communication sont prévues : l’asperge avec, cette année, une opération de promotion effectuée au cœur de Strasbourg, histoire de toucher un public plus « citadin » ; la fraise ; les pommes ; peut-être les petits fruits ; la carotte, pour la première fois ; ou encore la choucroute IGP qui sera mise en avant à l’occasion de l’évènement Saveurs et Soleil d’automne prévu du 24 au 27 septembre à Illkirch-Graffenstaden. Celui-ci célébrera les quinze ans d’existence du logo « fruits et légumes d’Alsace ». « Ça sera le plus grand salon grand public de France consacré à ces produits. On attend environ 70 000 personnes », annonce Pierre Lammert. Avant ce grand rendez-vous, l’Ifla participera pour la première fois à la Fête des fruits et légumes frais organisée depuis seize ans par Interfel. « Le but est de fédérer la filière autour d’une journée particulière. Cela aura lieu le 12 juin », prévient le directeur de l’interprofession, Fabien Digel. Durant cette journée, des animations seront organisées pour promouvoir la consommation de fruits et légumes chez les enfants et dans leurs familles. Dans le même esprit se tiendra du 14 septembre au 17 octobre le « Mois des fruits et légumes d’Alsace ». L’objectif ? Inciter les restaurateurs et distributeurs à mettre le plus possible en avant les fruits et légumes d’Alsace afin d’en retrouver le maximum dans les assiettes des consommateurs.

Publié le 10/03/2020

Expérimentation, conseil, accompagnement des filières : Planète Légumes est présent sur tous les fronts. La station, qui cherche à réduire sa dépendance aux subventions, a lancé une enquête de satisfaction auprès de ses adhérents.

Les adhérents de Planète Légumes sont satisfaits de leur station et de ses actions : c’est ce qui ressort d’une enquête menée du 26 décembre au 28 janvier dernier auprès des 485 adhérents de la station (lire l'encadré). « Nous voulions savoir si nous étions dans le vrai par rapport à nos orientations », a expliqué Pierre Lammert, son président, lors de l’assemblée générale qui a eu lieu le 13 février à la Maison de l’agriculture à Schiltigheim. Planète Légumes entame donc l’année 2020 avec la satisfaction de voir reconnu son travail d’expérimentation, de conseil et d’accompagnement des filières. La station a connu un renouvellement assez important de son équipe en 2019, a informé Pierre Lammert. Fabien Digel, son directeur, ayant pris des responsabilités supplémentaires à la Chambre d’agriculture Alsace, il est désormais épaulé par Yannick Wir, qui consacre une partie de son temps à encadrer l’équipe technique composée de dix conseillers. La station a également embauché un salarié chargé des appels à projets, Wilfried Paget. Ceux-ci constituent, en effet, une nouvelle source de financement, à l’heure où les subventions publiques se réduisent. Grâce à cette embauche, Planète Légumes a répondu à quatre appels à projets dont les résultats seront connus en mars. À ce jour, indique Pierre Lammert, le financement de Planète Légumes est assuré à 50 % par les subventions (contre 70 %, il y a encore quelques années), le reste provenant à parts égales des cotisations des adhérents et des prestations. Cette évolution est inévitable dans un contexte de réduction des moyens, note Denis Ramspacher, président de la Chambre d'agriculture Alsace. La diversification des sources de financement lui permet d’assurer ses missions quand d’autres stations d’expérimentation, trop dépendantes des subsides publics, ont dû fermer leurs portes. Planète Légumes perçoit ainsi 100 000 € de subventions de la Crage (Chambre régionale d’agriculture Grand Est), et autant de la Région Grand Est au titre du contrat de filière. Les autres contributeurs sont l’Agence de l’eau, l’Ademe et dans une moindre mesure, le Casdar. FranceAgriMer n’accorde des financements que dans le cadre d’appels à projets, précise Pierre Lammert. La Chambre d’agriculture Alsace met également deux de ses conseillers à disposition de Planète Légumes. Certification HVE : une demande croissante La séparation de la vente de produits phytosanitaires et du conseil, qui interviendra au 1er janvier 2021, va renforcer les missions de conseil de Planète Légumes. La station accompagne déjà les producteurs dans les certifications notamment la certification haute valeur environnementale (HVE2/HVE3). Cette certification est demandée par les restaurants scolaires, qui doivent se conformer à l’obligation d’utiliser 50 % de produits sous signe de qualité ou 20 % de produits biologiques à partir de 2022. Or, en fruits et légumes, il n’y a pas de signe de qualité en dehors du bio. « Il y a une réflexion à avoir d’ici au 1er janvier 2022 », souligne Pierre Lammert, qui fait état de la demande croissante pour un approvisionnement provenant d’exploitations certifiées HVE. En 2019, Planète Légumes comptait 485 adhérents, contre 40 en 1997, constate Fabien Digel. Les deux-tiers d’entre eux sont installés en Alsace mais la station compte aussi 60 adhérents en Lorraine, une petite centaine en Champagne-Ardenne et 41 ailleurs en France. Ils ont accès à huit « menus » différents, dont le menu maraîchage, le plus plébiscité. 90 % des adhérents sont en agriculture conventionnelle mais les producteurs biologiques sont plus nombreux chaque année et cela va probablement continuer, estime Fabien Digel. Soixante expérimentations conduites en 2019 Soixante expérimentations ont été conduites en 2019. Les conseillers de Planète Légumes les ont passées en revue : essais de désherbage en oignons jaunes et en oignons de printemps, lutte alternative contre l’altise et essai variétés en choux, gestion des adventices en maraîchage bio, désherbage des céleris et des carottes, désherbage de l’interrang en culture de fraise, irrigation par goutte à goutte en raifort, résistance à l’alternaria en pommes de terre… En adhérant à Planète Légumes, et en fonction du menu qu’ils ont choisi, les producteurs ont accès aux résultats de ces essais, mais aussi à des réunions techniques, des démonstrations, des avertissements et bulletins techniques. Une partie des essais seront reconduits en 2020, d’autres seront nouvellement lancés cette année. La station poursuivra également les essais d’homologation de produits phytosanitaires qu’elle réalise à la demande des firmes. L’opération Légumes Mieux, destinée aux producteurs qui souhaitent se convertir au bio, se poursuit en 2020. Elle a concerné 50 producteurs la première année. La station anime également un réseau Dephy légumes, avec pour objectif de tester et valider des solutions alternatives aux traitements chimiques.

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