Cultures

Publié le 01/10/2020

Les 15 et 16 septembre, la Chambre d’agriculture Alsace et Arvalis ont organisé deux demi-journées sur l’amélioration de la pulvérisation en grandes cultures. Celle-ci passe par différentes voies, comme l’utilisation d’adjuvants pour réduire les doses en désherbage du maïs, la diversification des assolements pour casser le cycle des ravageurs, l’utilisation d’un matériel de pulvérisation performant pour mieux cibler les traitements.

Le 15 septembre à Rumersheim-le-Haut (Haut-Rhin) et le lendemain à Geudertheim (Bas-Rhin), la Chambre d’agriculture Alsace (CAA) et Arvalis ont organisé deux après-midis consacrées à l’amélioration de la pulvérisation en grandes cultures. Au menu de ces deux demi-journées : les bonnes pratiques de pulvérisation. Un sujet d’autant plus important que dans certaines zones, comme les zones de captage Ermes, des objectifs ambitieux ont été fixés pour réduire les quantités d’herbicides utilisés dans les champs afin de limiter l’impact sur la nappe phréatique. La CAA accompagne les agriculteurs techniquement dans cette démarche, en veillant à ce que les solutions proposées soient adaptées au territoire concerné et préservent le revenu, a expliqué Fabien Metz, président de la commission Transition énergétique et protection des ressources de la CAA. François Lannuzel a évoqué les stratégies de réduction des doses pour le désherbage du maïs. La réflexion est partie des groupes Dephy. En mettant en place un réseau d’expérimentation sur le sujet, la CAA a souhaité pouvoir donner des préconisations aux agriculteurs. Plusieurs leviers sont à activer en même temps si l’on veut espérer désherber efficacement avec des doses réduites : jouer sur la synergie entre les produits (plusieurs matières actives et plusieurs modes d’action) ; sur le positionnement des traitements par rapport au stade des mauvaises herbes (plus on intervient à un stade jeune, meilleure est l’efficacité) ; sur les conditions de traitement (hygrométrie de l’air, du sol et temps poussant).   Tout savoir sur la #pulverisation en grandes cultures avec la Chambre d'#Agriculture #Alsace et @Arvalisofficiel Resultats #maïs #blé Réduction des doses en désherbage @EAVPHR #lAgricultureElleAssure pic.twitter.com/84Sp0utUuy — Germain Schmitt (@germain_schmitt) September 16, 2020   Désherbage du maïs : l’intérêt des adjuvants Quatre types d’associations de produits ont été testés, selon trois stratégies différentes, énumère François Lannuzel : avec des doses couramment utilisées, avec des doses beaucoup plus réduites et avec les mêmes doses réduites auxquels ont été ajoutés des adjuvants. Trois adjuvants ont été utilisés : une huile végétale pour augmenter la pénétration du produit, un mouillant pour augmenter la rétention en surface et l’étalement du produit sur la feuille, et un engrais foliaire pour maintenir à l’état liquide la gouttelette le plus longtemps possible. Il apparaît qu’en cas de forte infestation de graminées, notamment par des sétaires, il est difficile de réduire les doses sans toucher à l’efficacité. « Si on compare pleine dose et demi-dose, on est en dessous du seuil d’acceptabilité, indique le conseiller. Avec les adjuvants, on gagne en moyenne un point d’efficacité mais on n’arrive pas à rester aussi efficace qu’à pleine dose. » Dans le cas d’une infestation avec peu de graminées, le désherbage à demi-dose est plus performant (au-dessus du seuil d’acceptabilité) mais le désherbage avec adjuvants reste un point au-dessus en termes d’efficacité. La CAA a également observé les effets sur le rendement de ces différentes stratégies. Dans l’essai à forte pression de graminées, l’écart est de 3 q entre le traitement à pleine dose et le traitement à demi-dose sans adjuvants. Il se réduit à 1,8 q avec les adjuvants. Ces résultats restent à consolider dans le temps, précise François Lannuzel. Réduire l’usage des produits phytosanitaires est plus simple quand on fait partie d’un groupe et qu’on peut échanger avec des collègues sur ses expériences. C’est la logique des groupes Dephy, a expliqué Grégory Lemercier, animateur d’un groupe comptant 13 exploitations dans le Bas-Rhin dont celle de Christian Schott. Agriculteur à Schirrhein dans le ried nord, ce dernier est spécialisé dans les productions végétales qu’il cultive pour partie sur des terres sableuses, pour partie sur des terres plus argileuses. Colza, blé et maïs constituaient son assolement jusqu’à ce qu’il perçoive les limites de ce système : revenant très souvent sur les mêmes parcelles avec les mêmes cultures, il commençait à rencontrer des problèmes de désherbage et de maladies. Un levier de baisse des charges C’est ce qui l’a poussé à introduire le soja dans son assolement, une culture présente il y a très longtemps sur l’exploitation mais abandonnée par la suite. Il a également introduit le pois, l’avoine et l’orge, et a ajouté la féverole dans ses rotations avec d’« énormes bénéfices agronomiques ». Cette culture ramène en effet 20 à 30 unités d’azote pour la culture suivante et se révèle intéressante à la fois pour la vie du sol et la biodiversité, constate l’agriculteur. Christian Schott a commencé à réduire l’usage des phytosanitaires en 1991, à l’occasion de la réforme de la Pac. À l’époque, sa motivation était purement économique, le moindre recours aux produits phytosanitaires étant envisagé comme un possible levier de baisse des charges. « Je me suis formé à de nouvelles techniques de pulvérisation avec une baisse des volumes en eau, une baisse des phyto, un autre choix des plages de traitement et de dimension du pulvérisateur pour pouvoir travailler très vite dans les meilleures conditions. Quand je sors le pulvé, je suis pleinement efficace », dit-il. Cela a nécessité un investissement conséquent puisqu’il a fait l’acquisition d’un pulvérisateur de 4 000 l mais « quand on veut réduire les volumes et les doses, il faut être très bien équipé », juge l’agriculteur de Schirrhein, qui n’hésite pas à sortir son pulvé très tôt le matin ou très tard le soir pour traiter au bon moment. Il est équipé pour cela d’un éclairage de rampe. Son pulvérisateur dispose aussi d’un GPS avec coupure automatique de tronçon ce qui, compte tenu de son parcellaire, lui permet de « gagner 5 % de phyto voire plus ». Sur blé, il estime ne pas encore être « au top » car il sort d’un système de rotation sur trois ans et traite encore « pas loin des doses conseillées », toujours avec des produits de post-levée. Il parvient à maîtriser les sétaires et les panics. « La rotation apporte un plus par rapport à la pression des graminées », juge-t-il. En matière d’adjuvant, il utilise du sulfate de magnésium « seulement si les conditions se dégradent ». Pour le maïs, il travaille la qualité de la pulvérisation et prend en compte les conditions météo. Il n’utilise plus d’insecticide contre le taupin depuis une dizaine d’années, n’a plus de problèmes de limaces dans ses champs - les carabes l’en débarrassent - et a changé son fusil d’épaule dans la lutte contre la pyrale. Il procède à des comptages et ne traite que si le seuil de nuisibilité est atteint. « La rotation aide beaucoup », souligne-t-il, s’agissant de la pyrale comme de la chrysomèle qui ne le dérange « pas du tout ». « Je ne décroche pas » La diversité des cultures, malgré tout, n’a pas que des avantages. Elle engendre plus de contraintes et une charge de travail accrue, souligne Christian Schott. Sur le plan économique, la baisse des volumes et des intrants ne s’est pas faite au détriment de la productivité ni du revenu. L’agriculteur a réussi à maintenir les deux jusqu’à présent. Il affiche une réduction de son IFT (indice de fréquence de traitement) de 33 % et assure « ne pas décrocher ». Par ailleurs, Christian Schott utilise des mélanges de variétés : en colza, pour piéger les méligèthes, en blé pour éviter la verse. « Je ne fais plus de régulateur depuis 15 ans. » Il réalise trois apports d’azote systématiquement et s’apprête à passer sur des variétés de blé améliorant qui nécessiteront quatre apports. Il ne sèmera plus de blé derrière du maïs pour éviter les problèmes de fusariose et les mycotoxines. Prochaine évolution prévue : le désherbage mécanique, qu’il envisage de mettre en œuvre pour venir à bout des digitaires. L’objectif est de combiner l’usage des phytosanitaires avec les méthodes mécaniques pour arriver à équilibrer les deux « de manière contrôlée et sécurisée ». Où vont les produits phytosanitaires quand ils ne se déposent pas sur les plantes ? Certains se retrouvent dans l’air. Et cela ne va pas sans provoquer quelques polémiques. Il n’existe pourtant aucune norme sur les concentrations en pesticides dans l’air, remarque Alfred Klinghammer, conseiller à la Chambre d’agriculture Grand Est (Crage). Sur les 15 m3 d’air qu’un être humain respire quotidiennement, 80 % proviennent de l’air intérieur, qui est plus pollué que l’air extérieur, souligne encore Alfred Klinghammer. Quand les phytos dérivent En Alsace, les premières analyses de phytosanitaires dans l’air remontent à 2013. Dans le reste du territoire, elles existent de manière harmonisée depuis 2018. Le transfert des phytosanitaires dans l’air est quasi-instantané, contrairement à l’eau où il est beaucoup plus lent. Ils apparaissent par dérive lors des traitements, par volatilisation après application, voire par érosion aérienne, ce dernier cas étant peu fréquent sous nos latitudes. Mais les phytosanitaires disparaissent aussi très vite. En 2016, un projet, baptisé Repp’Air, a été lancé dans le but de « comprendre le lien entre ce qu’on retrouve dans l’air et les pratiques agricoles ». Sept sites de mesure ont été retenus en France, dont un situé à Ohnenheim, près de Marckolsheim, dans le Bas-Rhin. Des capteurs ont été installés en sortie de village et les agriculteurs ont été interrogés sur leurs pratiques. Sur chaque site, entre 60 et 100 molécules ont été analysées, alors que le nombre des molécules utilisées était compris entre 40 et 80 pour une dizaine de matières actives différentes. Premier constat : « Tout ce qui est utilisé n’a pas été retrouvé », indique Alfred Klinghammer. Grâce aux analyses réalisées, quatre cas de figure ont pu être mis en évidence : certains des produits utilisés n’ont jamais été retrouvés ; d’autres ont été retrouvés une seule fois, ce qui pourrait s’expliquer par de mauvaises conditions d’application (trop de vent). Le troisième cas de figure est celui des produits utilisés et retrouvés jusqu’à 10 semaines après traitement. Il correspond aux pertes par volatilisation, qui concernent une douzaine de molécules, dont deux ont été retirées du marché très récemment. Enfin, des molécules n’ayant pas été utilisées dans les zones d’analyse y ont malgré tout été retrouvées. Elles proviennent de produits volatils venant parfois de loin. La problématique de la dispersion des produits phytosanitaires dans l’air est donc complexe. S’agissant des grandes cultures, la dérive peut être limitée par l’utilisation de matériel de pulvérisation adéquat et de certains adjuvants. La volatilisation, en revanche, semble plus difficile à contrôler. Interdire le produit pour supprimer ce phénomène n’est pas la bonne solution, aux yeux du conseiller de la Crage. ZNT : distances à respecter Pour éviter d’exposer les riverains aux produits phytosanitaires, des zones de non-traitement (ZNT) ont été instituées par l’arrêté du 27 décembre 2019. Une distance de 20 m incompressible a été instaurée pour les produits les plus dangereux, essentiellement les insecticides utilisés en colza et en arboriculture, a rappelé Blandine Fritsch. La distance est de 10 m par rapport aux habitations pour les autres produits utilisés en arboriculture et en viticulture et de 5 m pour les cultures basses. Les produits de biocontrôle ne sont pas concernés par cet arrêté. La distance peut être réduite à 3 m pour les cultures basses s’il existe une charte départementale encadrant les pratiques et si l’agriculteur utilise des dispositifs anti-dérive. La conseillère de la CAA rappelle que FranceAgriMer subventionne l’acquisition d’équipements de ce type. Les dossiers sont à déposer avant le 31 décembre. Les chartes départementales, quant à elles, ont été soumises à consultation publique jusqu’à début septembre puis transmises à la préfecture. La charte finale devrait être applicable d’ici la fin de l’année.

EARL Lechner-Houdé à Minversheim

Passage de témoin dans une année pas ordinaire

Publié le 12/09/2020

Olivier Houdé s’est installé en agriculture en janvier dernier, à l’âge de 40 ans. Il a repris l’exploitation houblonnière de son beau-père, Joseph Lechner. Actuellement, il rentre ses premiers houblons sous l’œil attentif de celui-ci.

Technicien informatique de métier, Olivier Houdé s’est installé en agriculture le 1er janvier dernier. Il a repris l’exploitation de son beau-père, Joseph Lechner et y a ajouté la dizaine d’hectares de son père. Une installation tardive - il a 40 ans - mais motivée par le désir qui ne l’a jamais quitté de devenir un jour agriculteur et par la volonté de poursuivre l’œuvre de son beau-père. Une installation progressive aussi, puisqu’Olivier Houdé reste pour le moment salarié chez son employeur, l’entreprise Schaeffler à Haguenau. Une installation bien préparée, enfin, puisque le nouveau houblonnier, qui participait déjà à divers travaux sur l’exploitation, a passé un brevet de responsable d’exploitation agricole (BPREA) par le biais de la validation des acquis de l’expérience et suivi des cours de comptabilité-gestion à distance pour se mettre à niveau dans ce domaine. Un tiers déjà récolté En ce moment, Olivier Houdé est occupé à la récolte du houblon. Celle-ci a commencé la semaine dernière avec les variétés précoces : fuggle, golding et P08-3. Elle se poursuit cette semaine avec le strisselspalt, variété traditionnelle en Alsace, puis viendra mistral, élixir, cascade, barbe rouge pour finir avec la plus tardive, aramis. « Ça se passe bien », juge-t-il, content de pouvoir encore bénéficier des conseils et de l’expérience de son beau-père pour cette étape cruciale de la récolte et du séchage du houblon. En début de semaine, il estimait avoir rentré environ un tiers des 18,72 ha qu’il cultive et se fixait pour objectif d’avoir achevé la récolte pour le 18 septembre. Un impératif incontournable puisque les trois Polonais qu’il emploie pour la récolte, dont un chauffeur qui revient depuis 19 ans, rentrent dans leur pays… le 19 septembre.   [#SAISONNALITE] la récolte du #houblon se poursuit en @Alsace ? dans de bonnes conditions ☀️@podcapsuleur @BtoBeer @IEUB_fr pic.twitter.com/Gc1Bn8P1Uh — AGPH (@AGPHFrance) September 10, 2020   Pour tenir la cadence, il a réorganisé le chantier : avec deux tracteurs au lieu d’un seul - un qui récolte au champ pendant que l’autre ramène le houblon au hangar de Schwindratzheim - il évite les temps morts. Une fois les lianes déchargées, il reste à les accrocher sur le rail de la cueilleuse, qui sépare les feuilles et les cônes. Les cônes subissent plusieurs tris successifs et sont placés dans une trémie tampon avant d’être envoyés dans la tour de séchage pour un cycle de 5 h 30 à 6 heures qui va ramener leur taux d’humidité autour de 8 à 9 %. En cette année de transition, Olivier, qui a entièrement pris en charge le séchage, se considère encore en période d’apprentissage. « Je me fais la main », dit-il, sachant que le séchage conditionne la qualité finale du houblon. 25 saisonniers pour la mise au fil Pour sa première campagne, Olivier a dû faire avec les conséquences de la crise sanitaire. Pour la mise au fil, le recours aux saisonniers étrangers était impossible, à cause des restrictions de déplacement liées au confinement. Il a dû faire appel à la plateforme L’Agriculture recrute pour trouver de la main-d’œuvre locale. Une expérience qui s’est avérée très positive, pour lui comme pour son beau-père : « Jusqu’alors, je n’avais jamais réussi à avoir plus de salariés que le strict nécessaire, témoigne Joseph Lechner. Mais cette année, plus de 60 candidats se sont manifestés. J’ai pris mon temps pour les sélectionner, échanger avec eux. » Au final, Olivier Houdé a engagé 25 saisonniers, ce qui lui a permis de limiter les journées de travail à 7 heures. « On n’a même pas eu besoin de travailler le dimanche car on avançait assez vite comme ça. » Et dans une bonne ambiance, ajoute Olivier, satisfait de cette première expérience de gestion de la main-d’œuvre.   #Houblon On entre de plein pied dans la période de récolte du #strisselspalt , pilier du houblon alsacien et des ? bières françaises ... et autres ! Tendances, qualité, rendements ... toutes les infos dans vos journaux @EAVPHR et ce vendredi#lAgricultureElleAssure pic.twitter.com/HnbkwmXF1L — Germain Schmitt (@germain_schmitt) September 8, 2020   La conduite de la culture n’a pas posé de problème particulier cette année. « L’an dernier, il y avait eu beaucoup de mildiou. Ce n’était pas le cas cette année. Il y avait de l’oïdium, mais pas chez nous », précise le nouveau houblonnier. La chance du débutant ? Olivier Houdé n’est pas loin de le croire, lui qui n’a pas dû traiter contre l’araignée rouge mais seulement contre les pucerons. Encore l’a-t-il fait de manière raisonnée, en observant ses parcelles de manière régulière. Une recommandation de son beau-père mais aussi des techniciens du Comptoir agricole et de la Chambre d’agriculture qui le suivent sur le plan technique. La sécheresse, d’année en année La sécheresse, par contre, a sans doute pénalisé les variétés précoces. « On verra à la livraison. On a des sols qui ont une certaine capacité à retenir l’eau, mais on voit bien que le problème de la sécheresse se pose de plus en plus chaque année », commente le houblonnier, dont les parcelles ne sont pas irriguées. Le vent aussi a donné quelques soucis : au moment de la mise au fil, il a fallu effectuer plusieurs passages. Et dans les jours qui ont précédé la récolte, le vent a chahuté les lianes et fait tomber des cônes. À l’heure du passage de témoin, Joseph Lechner laisse percer sa satisfaction. « Réussir sa vie active, c’est quelque chose. Mais réussir sa transmission, c’est un aboutissement. On ne veut pas transmettre un cadeau empoisonné, mais au contraire, un outil qui permette de vivre et de se projeter. »

Projets d’irrigation

Quand l’eau vient à manquer…

Publié le 07/09/2020

Alors que les agriculteurs doivent faire face à des sécheresses records, année après année, le manque de précipitations les oblige à trouver de nouveaux moyens d’irrigation viables et durables.

La pluie est sans aucun doute le plus grand allié de l’agriculteur. Son passage est vu comme une libération qui amène fertilité et rendement en toute gratuité. Mais quand elle vient à manquer, son absence se fait clairement sentir et l’irrigation devient le pansement de l’exploitant pour ses cultures. Les étés très secs à répétition poussent de plus en plus d’agriculteurs à franchir le pas vers l’irrigation, même dans des zones historiquement plus arrosées par la pluie ou au sol plus profond. Mais la pression de la sécheresse est trop forte. « La problématique de l’eau est aujourd’hui bien réelle et touche tous les secteurs. De nombreux agriculteurs, principalement des éleveurs et des maraîchers, se tournent vers l’irrigation car, sans elle, certains n’arriveraient pas à maintenir leur niveau de production », explique Patrice Denis, conseiller irrigation à la Chambre d’agriculture Alsace. Sept à huit projets concrets de retenues d’eau lui ont ainsi été présentés cette année rien que dans le Bas-Rhin, soit plus que n’importe quelle campagne précédente. Des projets souvent individuels, même si cette année, quelques propositions collectives ont aussi vu le jour. « On a rarement eu autant de projets collectifs que cette saison. On est d’ailleurs en ce moment même sur la phase d’étude d’un projet à Brumath, qui pourrait permettre, à partir de la nappe, d’approvisionner en eau quatre communes voisines. Certains vont découvrir l’irrigation grâce à ce type de projets », ajoute le technicien. Un travail de longue haleine Pour mener un projet d’irrigation de bout en bout, il s’agit d’anticiper longtemps à l’avance en se rapprochant le plus rapidement possible des organismes compétents. Il est en effet inutile de commencer quoi que ce soit juste avant la période d’irrigation. C’est là qu’interviennent les conseillers irrigation de la Chambre d’agriculture Alsace comme Jonathan Dahmani. « Aujourd’hui, notre rôle est de maintenir la qualité et la quantité de production des agriculteurs. Il y a pas mal de demandes pour de nouveaux projets cette année notamment dans les zones où l’accès à l’eau est le plus limité. Nous essayons de faire prendre conscience aux agriculteurs que l’objectif est de mettre sur pied des projets durables. Nous mettons en évidence des points de vigilance, l’agriculteur se charge ensuite de réfléchir à son projet avant de le soumettre », indique-t-il. Le travail de l’agriculteur est donc assez important, d’autant qu’il se doit de prendre en compte de nombreux paramètres. « Niveau faisabilité, nous essayons de prévenir les exploitants que l’irrigation coûte assez cher et ce, même pour les retenues, puisqu’on peut aller jusqu’à 10 €/m³ stocké. Il faut aussi bien considérer la zone concertée pour déterminer quelle solution est la plus adaptée. Ce n’est d’ailleurs généralement pas un achat de confort mais plutôt de nécessité. » Développer et moderniser Les retenues d’eau sont la solution la plus souvent évoquée lorsque l’on parle de projets d’irrigation. Cependant, ce n’est pas la plus répandue. Parmi les autres solutions, le forage est privilégié par les professionnels. « Nous préférons orienter les agriculteurs vers le forage car il s’agit souvent de la solution la plus adaptée. Et cela permet de ne pas pomper l’eau dans des rivières au débit déjà amoindri », révèle Jonathan Dahmani. Outre le forage, de plus en plus de professionnels préfèrent moderniser leurs infrastructures existantes. Ainsi, Patrice Denis observe depuis quelques années déjà un développement des équipements d’irrigation. « Il y a une parcelle de tabac que je suis depuis longtemps. Au début, l’irrigation était assurée par des sprinklers et des enrouleurs. L’agriculteur a ensuite voulu optimiser tout son système et y a implanté un réseau de goutte-à-goutte. Si cela ne s’adapte évidemment pas à grande échelle, il correspond à une bonne partie de la demande. » Un développement qui prouve, s’il le fallait, que la question de l’eau occupe une place centrale dans le fonctionnement de l’agriculture. Avec toujours pour objectif de faire prospérer les cultures, mais aussi de préserver les cours d’eau au maximum.

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