Cultures

Publié le 03/12/2020

Ça fait quoi de se convertir à l’agriculture biologique quand on est producteur de céréales ? Est-ce accessible techniquement et viable financièrement ? Les exploitants de la ferme Pflieger, à Spechbach-le-Bas, certifiée bio depuis 2011, ont répondu positivement à ces questions le 20 novembre, lors d’une réunion organisée dans le cadre du Mois de la bio.

Si les conversions vers le bio ont le vent en poupe chez les viticulteurs, maraîchers ou arboriculteurs alsaciens, on ne peut pas en dire autant pour les céréaliers. La principale filière agricole du Bas-Rhin et du Haut-Rhin est un peu à la traîne en la matière. Sur les 968 fermes engagées en bio en Alsace en 2019, seules 260 étaient identifiées en grandes cultures. À titre de comparaison, plus de 30 % des domaines viticoles alsaciens sont désormais labellisés bio. Certains secteurs, à l’image du Sundgau, sont encore moins sensibles à l’argument « bio » pour les grandes cultures. Pour Benoît Gassmann, conseiller à la Chambre d'agriculture d’Alsace, ce désintérêt relatif pourrait s’expliquer notamment par le manque de rentabilité au regard du travail investi comparé à une filière maïsicole très compétitive en la matière. Mais cette idée s’appuie-t-elle sur des faits et observations tangibles, ou s’agit-il d’un a priori tenace ? Se convertir à la grande culture bio est-il réellement un pari risqué ou est-ce une voie d’avenir ? Des interrogations qui ont été abordées sans langue de bois le 20 novembre à la ferme Pflieger, à Spechbach-le-Bas. Un « bon prix » avant tout José Pflieger s’est installé en 1989 sur 25 ha. Il a converti intégralement l’exploitation en bio en 2011. Celle-ci est spécialisée dans l’élevage de volailles et, depuis 2014 et l’installation de son fils Jérémy, dans la production de frites fraîches. Tout est commercialisé en circuits courts. La conversion au bio a été motivée par les demandes des consommateurs, désireux d’avoir des produits encore plus « engagés » envers l’environnement et le bien-être animal. Après avoir effectué une étude économique approfondie d’une telle démarche, ils ont décidé de franchir le pas. En 2020, ils ont pu passer à l’étape supérieure en s’associant avec Joseph Frick, un agriculteur d’une commune voisine. Grâce à ce nouveau partenariat, la SAU de la ferme Pflieger passe à 55 ha, et avec elle la possibilité de devenir autonome dans l’alimentation des volailles. Avec un impératif cependant : que la marge brute à l’hectare de ses cultures céréalières soit suffisamment élevées pour couvrir les importantes charges de la structure. « Il nous faut de la valeur ajoutée, du rendement et un bon prix », estime Jérémy Pflieger. Il faut donc bien réfléchir aux céréales que l’on choisit afin d’en tirer le maximum de bénéfices. « Dans notre rotation, on était parti sur une culture de printemps alternée avec une culture d’automne avec des légumineuses entre elles. C’est pour cela qu’on avait opté pour une rotation à base de féverole, soja, lentille, blé ou triticale. La marge économique était intéressante même si nous n’avons produit que huit quintaux de féverole sur neuf hectares. Heureusement, on a pu compenser avec nos cinquante quintaux de blé meunier. »     Publiée par Ferme Pflieger sur Vendredi 4 septembre 2020   Pas de temps à perdre Dans sa SAU 2020, la ferme Pflieger avait aussi 5 ha de maïs. Si les rendements ont été plutôt bons (74 quintaux), la culture va être arrêtée au profit du soja. « Le problème avec le maïs, c’est qu’il faut le semer tard si on veut qu’il soit propre. Mais dans ce cas, on s’expose aussi plus aux risques liés aux corbeaux. Certes, il n’y en a pas partout, mais c’est très pénible quand on est concerné. Et je ne peux pas perdre de temps à m’occuper de ça et solliciter les chasseurs pour qu’ils aillent s’en occuper. » Jérémy entend bien se simplifier la vie au maximum. Pour sa prochaine rotation, il a opté pour une culture d’hiver suivie d’une culture de printemps pour « casser le cycle des mauvaises herbes » et s’offrir une « meilleure répartition » du temps de travail. Au programme : un blé meunier fauché en juillet, un déchaumage, une Cipan, un labour et un soja. La pomme de terre pourra remplacer le blé dans cette rotation en fonction de la nature du sol. La lentille auparavant cultivée sur 13 ha sera mise en suspens pendant un, voire deux ans, le temps d’écouler les stocks déjà produits. Il est par contre réellement convaincu par la pertinence du blé, une culture qu’il n’avait pas auparavant, mais qui possède un « fort potentiel » en bio, sans aucun produit phyto à appliquer. Benoît Gassmann confirme : « Les blés améliorants sont très demandés par les meuniers. C’est un marché haut de gamme, qualitatif, aux prix très élevés. » Ce qui répond aux interrogations de certains agriculteurs présents dans l’assemblée : quid du prix en bio ? « Pour l’instant, ils sont toujours au plus haut. Il y a de plus en plus de filières qui se créent, et l’offre manque, notamment en blé panifiable », continue le conseiller de la Chambre d'agriculture. Une « certaine fierté » à produire bio Financièrement, Jérémy Pflieger reconnaît qu’il n’a pas à se plaindre. Sur sa dernière récolte, il a fait une marge de 1 305 euros/ha en triticale, 1 140 euros/ha en maïs et 1 432 euros/ha en soja. Et pour lui, ces chiffres n’ont absolument rien d’exceptionnel. « Ce qu’on fait, tout le monde peut le faire. Nous travaillons sur des terres fertiles du Sundgau, comme tant d’autres agriculteurs. Et surtout, on gagne mieux alors que la charge de travail n’a pas augmenté de manière exponentielle, contrairement à ce qu’on pourrait croire. Bien sûr, il y a parfois de mauvaises surprises comme la féverole cette année. Mais à chaque fois, on apprend. Rien n’est figé. » Il ressort aussi de ces premières années en bio une réelle « satisfaction » du travail accompli. « Techniquement, le bio reste plus compliqué que le conventionnel. Forcément, quand on réussit à faire 50 quintaux en blé avec 12 ou 13 % de protéines, ou 30 tonnes de pommes de terre à l’hectare, on en retire une certaine fierté. » Aux yeux du jeune agriculteur, il n’y a plus vraiment de frein aujourd’hui à se lancer en bio quand on est céréalier : la demande est forte, il existe beaucoup de documentation et de personnes-ressources sur les sujets, et les filières sont de plus en plus structurées en aval. « On a quand même la chance que nos coopératives et négociants proposent aujourd’hui la collecte et la commercialisation de céréales bio. Ce sont des structures fiables, qui ont le sens des responsabilités », fait-il valoir. Dans son cas, la production qui ne sert pas à l’alimentation des volailles est valorisée auprès de la minoterie Dornier et d’Armbruster. L’élevage « utile » mais pas indispensable Il reconnaît cependant qu’avoir un élevage à côté « facilite beaucoup de choses », notamment pour l’apport en matière organique « bio », l’un des maillons faibles de la filière. Heureusement pour les candidats à la conversion, les matières organiques issues d’élevages conventionnels sont autorisées, sauf si l’élevage est considéré comme « industriel ». « Cela pourrait ainsi être une piste de partenariat avec un éleveur conventionnel à côté de chez vous », fait remarquer Benoît Gassmann. Après, il convient de rappeler un point essentiel : ne pas fertiliser en bio comme on le ferait en conventionnel. « L’excès d’azote, c’est l’ennemi du bio. Il ne faut pas en mettre trop au risque de voir proliférer les mauvaises herbes », ajoute le conseiller de la CAA. Le passage au bio peut aussi être vu comme une « porte d’entrée » vers la diversification en créant un atelier de volailles par exemple, ou tout autre élevage. On peut aussi rester « 100 % végétal » en grandes cultures bio et avoir une entreprise qui tourne bien. Jérémy Pflieger prend l’exemple d’un ami agriculteur, résidant le Gers : 2 500 ha, sans le moindre élevage, sur des terres à faible potentiel, avec une bonne rentabilité derrière. « Il a trouvé la rotation appropriée à son exploitation. C’est un modèle différent du mien qui marche très bien. Certains font du semis direct, d’autres non. Nous, on est resté un peu plus conventionnel sur ce point et ça fonctionne bien. C’est une filière où il faut de tout, où il n’y a pas de modèle unique. Mais je pense que si on souhaite se convertir bio, il ne faut plus hésiter, notamment dans les secteurs où la qualité de l’eau est un enjeu majeur », conclut le jeune agriculteur de Spechbach-le-Bas.   Voici une vidéo, qui présente la culture de lentilles verte ?. Vous y verrez la méthode de récolte et quelques explications sur cette production avant d’être dans votre assiette ?. Publiée par Ferme Pflieger sur Mercredi 7 août 2019  

Choucroute d’Alsace

Les stocks s’accumulent

Publié le 30/11/2020

La fermeture des restaurants ne fait pas l’affaire des fabricants de choucroute, qui peinent à écouler leur production. Pour éviter que la récolte des choux ne s’enlise, ils lancent un appel à consommer de la choucroute d’Alsace.

« On déplore une accumulation de stocks de choucroute dans les cuves qui sont quasi pleines chez de nombreux choucroutiers, rapportent l’interprofession des fruits et légumes d’Alsace (Ifla) et les trois organisations de la filière choucroute d’Alsace. La récolte des choux à choucroute, qui a débuté en août, ne pourra pas se terminer si les ventes n’augmentent pas très rapidement. Les conséquences seront catastrophiques pour les producteurs. Si la météo le permet (ni gel, ni pluie), nous estimons qu’il reste entre trois et quatre semaines pour pouvoir effectuer la récolte. » Passé ce délai, les professionnels considèrent que plusieurs milliers de tonnes de choux risquent d’être broyés aux champs, faute de débouché. Le syndicat des choucroutiers d’Alsace, celui des producteurs de choux à choucroute d’Alsace et l’association pour la valorisation de la choucroute d’Alsace estiment que la commercialisation est actuellement réduite de moitié en raison de la fermeture des restaurants, du ralentissement de la restauration collective, et de l’absence de festivités. Face à cette situation, les trois organisations et l’Ifla lancent un appel à consommer de la choucroute d’Alsace. Elles espèrent ainsi apporter une bouffée d’oxygène aux producteurs de la région.   Publiée par La Choucroute d'Alsace IGP sur Mardi 17 novembre 2020   Des charges supplémentaires pour les fabricants Gérant de la choucrouterie Meyer-Wagner à Krautergersheim, Jean-Luc Meyer tempère : « Les entreprises les plus impactées sont celles qui fournissent la restauration commerciale car celle-ci est à l’arrêt à cause du Covid-19. Mais il y a d’autres secteurs de la restauration qui continuent de tourner : les établissements médico-sociaux, les maisons de retraite… Les cantines scolaires et les restaurants d’entreprises sont moins fréquentés, à cause de la distanciation sociale, mais ils ne sont pas totalement à l’arrêt. » Quant aux grandes et moyennes surfaces (GMS), aux fabricants de plats cuisinés et aux conserveurs, ils poursuivent leur activité, selon Jean-Luc Meyer. La fermeture des restaurants en cette période de reconfinement a tout de même tendance à dérégler une mécanique bien huilée, qui commence au champ, dès la récolte des choux. « Les choucroutiers remplissent les cuves, ils font fermenter le chou, ils vident les cuves et c’est reparti pour un cycle », résume Jean-Luc Meyer, qui réalise deux à trois cycles de production dans une saison afin de transformer 8 000 t de choux à choucroute. Ceux-ci lui sont livrés par une quinzaine d’agriculteurs avec qui il est lié par contrat. « Lorsque les ventes ralentissent, on se retrouve avec des stocks et c’est là que ça coince. On est obligé de décaler des approvisionnements et ça rallonge la campagne », décrit le professionnel, qui s’approvisionne dans un rayon de 15 kilomètres autour de Krautergersheim. Ce rallongement de la campagne va entraîner des charges supplémentaires pour les fabricants, dont les équipes vont devoir rester en place plus longtemps. Des charges dont les professionnels se passeraient volontiers, alors que la choucroute est un produit « très mal valorisé » en dépit des efforts réalisés pour répondre aux attentes sociétales.   ??‍♂️C’est mon péché mignon absolu !!! Difficile de lui résister ! ??? Il y a toujours une bonne raison pour manger une... Publiée par Choucrouterie Meyer-Wagner sur Jeudi 19 novembre 2020   Tant qu’il n’y a pas de gelée « D’habitude, on finit la récolte aux alentours du 20 novembre. Là, ça traîne en longueur », témoigne pour sa part Mathieu Schenkbecher, vice-président du syndicat des producteurs de choux à choucroute d’Alsace. Pour rentrer la totalité de ses 10 ha, il lui faudra sans doute un mois de plus. « Tant qu’il n’y a pas de gelée, ça va, mais s’il y a deux ou trois jours de gel, on l’aura dans l’os car on n’a pas de moyen de stockage. » Le jeune agriculteur de Meistratzheim, qui travaille avec trois choucrouteries différentes, regrette que la crise sanitaire vienne enrayer la dynamique engagée par la filière. Celle-ci a débouché sur l’obtention d’une IGP (indication géographique protégée) choucroute d’Alsace voici deux ans. Les producteurs de choux à choucroute espèrent bien que l’appel à consommer de la choucroute d’Alsace sera entendu, afin de remettre les ventes - et les prix - sur la bonne pente. Un plan de communication est d’ores et déjà lancé pour dynamiser les achats de choucroute d’Alsace en GMS, dans les boucheries-charcuteries, les sociétés de restauration, dans les magasins de vente à la ferme. Ce plan, concocté par l’Ifla et ses partenaires, comprend notamment des publications dans les quotidiens régionaux et la mise en place d’affiches dans les points de vente.

Cristal Union - Sucrerie d’Erstein

85 €/tonne en bio : de quoi assurer de belles marges

Publié le 28/11/2020

Avec des betteraves bio qui seront payées 85 €/t, contre 25 €/t en conventionnel, la sucrerie d’Erstein espère séduire les agriculteurs. Selon les dépenses principalement de désherbage mécanique ou manuel et selon le tonnage/hectare, les marges s’annoncent substantielles.

Construite sous le Reichsland, la sucrerie d’Erstein qui bénéficiait d’un rayon d’approvisionnement bien circulaire, s’est retrouvée dans une situation bancale quand l’Alsace est redevenue française. La zone de collecte avait alors été divisée par deux, hypothéquant la rentabilité du site. Depuis, cette situation d’instabilité n’a finalement jamais cessé : « Le combat historique d’Erstein, c’est la surface », résume Gérard Lorber, le président de la section d’Erstein. Et à chaque soubresaut de l’économie sucrière, la destinée de la sucrerie vacille. Une usine qui s’est déjà battue En 2006, par exemple, avec la nouvelle OCM-Sucre interdisant aux Européens d’exporter hors de l’Europe en vertu d’accords internationaux, Erstein qui était beaucoup sur le marché extracommunautaire, s’est vu privée du marché suisse. La solution avait alors été de rejoindre le groupe coopératif Cristal Union « pour profiter par ricochet des surfaces libérées grâce à la production nouvelle de bioéthanol au sein du groupe », rappelle Gérard Lorber. Déjà en 1980, « la sucrerie avait failli disparaître à cause de la rhizomanie ». Aujourd’hui, c’est la fin « du statut de marché protégé », c’est-à-dire des quotas betteraviers qui, une fois de plus, remet en cause le devenir de la sucrerie. Conséquence : le prix de la tonne est passé de 30 € à 22 € en 2019 et remonte à près de 25 € en 2020. Le seuil de rentabilité du site est de 6 000 tonnes/jour et 100 000 tonnes de sucres par campagne, soit une centaine de jours. « Cela fait 30 ans que l’on dit que la sucrerie doit fermer, on est toujours là et je veux y croire », conclut le président Lorber. La sucrerie cherche donc à lancer une filière bio pour entretenir la rentabilité de son outil industriel.     Des @_MissBetter #Bio en alsace ? #Erstein #sucre est partant ! Des réunions d'information organisées pour les planteurs dans les deux départements 67-68.#ProduireEtConsommerLocal @EAVPHR #lAgricultureElleAssure pic.twitter.com/XWmsfxr84J — Germain Schmitt (@germain_schmitt) November 24, 2020     Pourquoi maintenant ? C’est que l’outil industriel qui fonctionne en process continu, ne se prête pas facilement à l’introduction du bio. « Il faut séparer les process et donc dédier l’outil industriel », explique Gérard Lorber. « Les Suisses font de la betterave bio en début de campagne, ils raffinent le sucre tout de suite. Mais une betterave arrachée le 20 septembre, poursuit-il, date de démarrage de notre campagne, n’est de loin pas à l’optimum de rendement. Les passer en fin de campagne ? Avec les gelées sur une production à forte valeur ajoutée, c’est trop risqué ! » La solution est donc de réserver l’usine à la seule production bio, avec un nettoyage approprié des chaînes de transformation pour éviter tout transfert de phytosanitaire de synthèse. « On a trouvé un artifice dans le process d’élaboration - diffusion, extraction des sirops puis cristallisation. Pour simplifier, nous stockerons les sirops pour les cristalliser en fin de campagne », explique encore le président. Sur cette base, Cristal Union s’est donc lancé dans la collecte depuis trois ans sur 10 000 hectares de betteraves bio, principalement dans le sud parisien, Normandie et en Champagne. Les agriculteurs d’Alsace, des Vosges et de Moselle bénéficieront de ce fait d’une certaine expérience et de références. Les agriculteurs pourront bénéficier des services techniques de Bio Grand Est, des techniciens de la sucrerie, de la Chambre d'agriculture et de l’ITB (Institut technique de la betterave). Obtenir les engagements suffisants « Mais vous l’avez compris, Erstein ne peut pas collecter qu’une dizaine d’hectares. Pour que cela soit rentable, il nous faudra au minimum deux jours de production en usine, soit l’équivalent de 250 ha de collecte. Le rayon de collecte avoisine 150 km il y a donc du potentiel, d’autant que la demande en sucre bio augmente, on aurait donc tort de s’en priver. C’est un défi que nous sommes prêts à relever. Nous avons jusqu’à fin janvier pour obtenir les engagements suffisants, ensuite nous prendrons les décisions qui s’imposent », résume le président de la sucrerie. Après une présentation du groupe Cristal Union et de sa capacité à adapter ses productions (sucres, bioéthanol, gel hydroalcoolique en fonction de l’évolution des marchés), Laurent Rudloff, responsable du service betteravier, a rappelé les fortes attentes sociétales à l’égard du bio, tant d’ailleurs du côté des consommateurs que des agriculteurs. La betterave bio offre des « débouchés réels en sucres, alcools et pulpes ». Sans compter que le bio « inspire » aujourd’hui l’agriculture conventionnelle, « la fait progresser ». Et en retour, la filière de betterave bio peut « bénéficier des acquis variétaux et industriels ». Chez Cristal Union, les premières parcelles bio ont été testées en 2017. Après une deuxième phase expérimentale, 1 000 ha ont été plantés en 2020. Le plein d’avantages « Dans le panel des cultures de printemps, l’avantage de la betterave c’est qu’elle peut se mettre au ralenti tout le mois de juillet, tant qu’elle est en terre, elle fait du sucre », résume Gérard Lorber. « En termes de tête d’assolement, elle présente des atouts certains. » Elle permet d’allonger les rotations. Comme c’est une plante bisannuelle, elle encaisse mieux les aléas climatiques que bien d’autres cultures. Côté rendements, « il sera optimisé en permettant d’arracher les betteraves de mi-octobre à mi-novembre, c’est-à-dire en fin de cycle ». Par ailleurs, cette culture est peu sensible aux attaques de corbeaux. En outre, elle donne un accès privilégié à la pulpe de betterave, aliment du bétail très avantageux, et aux écumes – un amendement calcique enrichi en phosphore et magnésie. « Avec trois techniciens pour 6 000 ha, nous assurons un suivi technique fort, en partenariat avec l’ensemble des organismes. » Désherbage, clef de la réussite Camille Meistertzheim, responsable relation culture à la sucrerie, suivi technique des planteurs, du chargement et réception des betteraves, a présenté les résultats de rendements. « En bio, la moyenne se situerait autour des 50 t/ha, avec des potentiels élevés, mais avec d’importantes hétérogénéités liées à la qualité du désherbage. » Côté irrigation, « en 2019, la moyenne est de 68 t/ha avec une fourchette oscillant entre 48 t/ha et 93 t/ha ». La date de semis se situe idéalement entre le 15 et 20 avril, soit 15 jours après le conventionnel, en raison de la nécessité des faux semis préalables. La gestion de l’enherbement est cruciale. Sur une quinzaine de parcelles suivies de près, il y a une relation évidente entre le niveau de salissement et le rendement. Les données techniques recensées au sud de Paris indiquent 3,5 binages mécaniques en moyenne et 55 h/ha de binage manuel. En Champagne, 3,8 binages mécaniques et 94 h/ha de binage manuel. Herse étrille, houe rotative, doigts Kress, arracheuse-écimeuse Klünder : l’arsenal dont disposent les betteraviers pour gérer l’enherbement est large, sans compter les faux semis, le choix dans les rotations : « La clef c’est d’intervenir très tôt sur les adventices. » Ce matériel Klünder, déjà testé en Alsace cette année (voir la vidéo ci-dessous), offre une réelle possibilité de réduction des interventions manuelles. Côté gestion contre les bio-agresseurs, en combinant les variétés tolérantes, le respect de la rotation et les solutions de biocontrôle, « il ne devrait pas y avoir de problèmes particuliers ». Une marge intéressante Les données technico-économiques font état d’un coût total de mise en terre de 2 770 €/ha dont principaux postes : 1 200 € pour 60 h/ha de désherbage manuel et 312 €/ha de semences. Au chapitre des marges semi-nettes possibles, elles dépendent principalement du poste désherbage manuel (voir tableau). Le prix est de 83 € + 100 €/ha de prime tiers non associé à la coopérative, soit 85 €/ha, pour une base de calcul ramenée à 16° de densité. Et les éleveurs pourront bénéficier des pulpes bio et des écumes surpressées, pour leurs amendements. Bref, en bio comme en conventionnel, la betterave sucrière stabilise le tissu agricole, et entretient la polyculture-élevage. Et apporte donc en retour des amendements organiques. Sans doute une belle compensation en termes agronomiques au fait que le trafic sur les parcelles est important à la récolte, ont soulevé des agriculteurs.   Une vidéo de désherbage sur betteraves, avec du matériel Klünder, à revoir :    

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